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Au coeur de l'énergie Beatles

Paul Cauchon   30 juin 2006  Culture
Un extrait de la période rock’n’roll des Beatles.
Source: Cirque du Soleil
Un extrait de la période rock’n’roll des Beatles. Source: Cirque du Soleil
Las Vegas — C'est avec Get Back qu'on se rend compte qu'il va se passer quelque chose d'exceptionnel. Après une petite introduction poétique autour de Because, la ligne de basse d'intro de Get Back monte puis, au moment où explosent les premiers accords, on y est. On est littéralement dans le son des Beatles.

Une pluie de pétales tombe sur les spectateurs, les danseurs et les acrobates virevoltent en tout sens et, dans la salle de l'hôtel Mirage, des spectateurs applaudissent déjà. Car jamais la musique des Beatles n'a été entendue de façon aussi claire et aussi puissante.

Love, le cinquième spectacle du Cirque du Soleil créé à Las Vegas, dont la première réservée au gratin aura lieu ce soir, et aussi le spectacle le plus attendu de l'histoire de la compagnie québécoise, n'est pas à strictement parler un spectacle de cirque. Il s'agit plutôt d'une suite de chorégraphies et de grands tableaux visuels qui recréent l'esprit des Beatles et qui intègrent également les arts du cirque.

Love n'est ni une reconstitution de la vie des Beatles, ni une tentative de les représenter sur scène, ni une comédie musicale où des interprètes reprendraient leurs chansons. Ce n'est pas non plus une collection de grands succès: vous n'y entendrez ni She Loves You ni Let It Be.

Il s'agit plutôt d'une vision personnelle de l'univers des Beatles, de leur énergie et de leur créativité, organisée autour de 28 tableaux qui s'enchaînent sans temps mort. Et ces tableaux jonglent avec les images les plus variées: les personnages imaginaires des chansons, le Liverpool bombardé de l'après-guerre, l'hystérie de la Beatlemania, le Londres des années 60, la culture hippie autour de Sergeant Pepper, et ainsi de suite.

Dans certains cas, les concepteurs (tous québécois, avec le trio Guy Laliberté, Dominic Champagne et Gilles Ste-Croix en tête) ont choisi d'illustrer une chanson de façon littérale. Lucy In The Sky With Diamonds, par exemple, c'est vraiment Lucie dans le ciel avec des diamants alors qu'une acrobate se balance au plafond de la salle parsemée de petites lumières, comme un grand ciel étoilé. L'effet est saisissant.

Ailleurs, le lien est plus ténu. Pour la chanson Help par exemple, on propose un formidable numéro de patins à roues alignées avec quatre athlètes qui multiplient les vrilles et les culbutes sur des rampes. Ici, nous ne sommes pas dans l'illustration littérale mais plutôt dans l'énergie suscitée par la pièce.

Visuellement, certains numéros touchent au grandiose. Dans Octopus' Garden, la salle semble transformée en un immense aquarium où des acrobates incarnent d'immenses méduses flottant dans l'espace aquatique. A Day In The Life propose un émouvant numéro de courroies aériennes alors qu'une acrobate percute en finale une voiture Beetle qui éclate en mille morceaux, une référence à l'accident de voiture qui avait coûté la vie à la mère de John Lennon.

Et, évidemment, le Cirque du Soleil ne pouvait pas éviter Being For The Benefit Of Mr. Kite, la seule chanson des Beatles évoquant directement un cirque, qui donne lieu ici à un carnaval étourdissant de personnages, le tout culminant avec la performance sensationnelle d'un acrobate sur balançoire russe.

Certains numéros sont moins réussis que d'autres, le cas de Blackbird étant le plus problématique puisqu'on a choisi d'illustrer cette chanson d'une façon clownesque qui jure un peu avec un personnage qui tente d'apprendre à voler à de grands oiseaux noirs patauds.

Mais de façon générale, le spectacle est vibrant d'énergie et extrêmement coloré. On sent, dans la conception de certains costumes et accessoires délirants, l'esprit des films que Richard Lester avait réalisés avec les Beatles dans les années 60, ou encore la folie du Magical Mystery Tour.

Le spectacle est entièrement basé sur un système constant de références à l'univers des Beatles. Le non-fan y trouvera-t-il son compte? C'est la principale interrogation. Un non-amateur des Beatles y verra sûrement un excellent spectacle de danse et d'acrobaties, profondément original, et trouvera peut-être que trop de personnages à l'identité mystérieuse s'entrecroisent sur scène. Il est certain qu'une connaissance minimale de l'oeuvre des Beatles, sans être absolument essentielle, permet quand même de mieux apprécier tout ce système référentiel.

Mais la vraie star de Love, c'est la musique. La salle de 2000 places, circulaire, est dotée de 6000 haut-parleurs. On compte donc littéralement trois haut-parleurs pour chaque siège. Non seulement la qualité sonore est époustouflante, mais le producteur George Martin et son fils Giles ont utilisé les bandes maîtresses d'origine des enregistrements, profitant de l'occasion pour effectuer un nettoyage numérique qui n'avait jamais été fait. Jamais on n'a entendu les Beatles de cette façon. On a vraiment l'impression d'être en studio avec eux.

Non seulement le son est exceptionnel, mais nous pourrions consacrer des pages entières à décrire en détail le travail effectué par les Martin sur cette bande sonore de 90 minutes. Des versions inédites de chansons connues sont entendues; des accords tirés d'une pièce s'entrecroisent avec les accords d'une autre; on joue avec les rythmes, les textures; l'introduction musicale de Sun King est jouée à l'envers; des percussions indiennes sont ajoutées à des passages de Here Comes The Sun; sur While My Guitar Gently Weeps, George Martin a carrément créé un nouvel accompagnement de violons. Bref, pour la première fois depuis la séparation des Beatles, il y a 36 ans, la société Apple donne son aval à un spectacle qui joue avec les chansons originales, celles-ci n'étant plus considérées comme un corpus immuable.

Love est un spectacle qui va encore évoluer, selon les mots mêmes du metteur en scène Dominic Champagne. Il aura le temps: l'hôtel Mirage voudrait le garder dix ans à l'affiche! Mais il est certain que les Beatles ne sont pas trahis. Et que le Cirque du Soleil sait encore créer un événement marquant.

***

Paul Cauchon était l'invité du Cirque du Soleil à Las Vegas.






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