Souveraineté du Québec - Robert Lepage rejoint Michel Tremblay dans sa tiédeur

Robert Lepage, hier en conférence de presse
Photo: Jacques Grenier Robert Lepage, hier en conférence de presse

L'homme de théâtre québécois Robert Lepage ne se montre pas étonné de la déclaration de l'auteur dramatique Michel Tremblay, qui dit ne plus croire à la souveraineté. Et, comme lui, il se réjouit de l'accession d'André Boisclair à la tête du Parti québécois.

Le metteur en scène impute la morosité qui règne au sujet de l'indépendance du Québec au PQ qu'il faut interroger, selon lui, sur ce qu'il est devenu. Le créateur de La Face cachée de la lune ajoute qu'il n'est pas prêt à aller aussi loin que Michel Tremblay en la matière. «J'ai encore en moi un reste de sentiment souverainiste», a-t-il confié aux journalistes, réunis en conférence de presse hier à Montréal pour parler de la présentation du Projet Andersen au Théâtre du Nouveau Monde à compter de demain. «Et si je suis moins convaincu, a-t-il précisé, je ne demande qu'à l'être de nouveau.»

Le problème

Commentant la conjoncture politique actuelle, Robert Lepage a expliqué ce qui lui semble manquer au mouvement souverainiste. Selon lui, le problème vient de ce qu'actuellement la souveraineté n'est plus une idée incarnée. Il regrette Lucien Bouchard qui, à ses yeux, portait la cause dans son corps et était un héros idéal. Depuis le départ de Bouchard, à son avis, le Parti québécois s'est surtout fait remarquer par ses tiraillements internes. La situation l'incite à voir ce que les autres ont à offrir, a poursuivi Lepage en faisant allusion à Québec solidaire, nouveau venu sur la scène provinciale.

De plus, Lepage, qui travaille sans cesse d'un bout à l'autre de la planète, avoue entretenir une relation ambiguë avec le Canada. «Quand je suis ici, dit-il, je ne me sens pas Canadien. Mais quand je suis à l'étranger, le Canada devient une réalité et j'en fais partie.» Puis il a lancé à la blague: «D'ailleurs, vous seriez surpris de voir combien de souverainistes sont ambassadeurs [du Canada] à l'étranger.» Il n'est donc pas étonnant, a-t-il ironisé, qu'un ancien ambassadeur à Paris soit devenu premier ministre du Québec.

Schizophrénie culturelle

Robert Lepage dit en connaître un bout en matière de schizophrénie culturelle. Ce qui est vrai de bien des acteurs, indique-t-il. Dans son cas, toutefois, la schizophrénie est peut-être encore plus présente. Car, à cause de son horaire chargé, il joue principalement dans des solos où il incarne des personnages radicalement différents les uns des autres. «Au théâtre, confie l'acteur qui joue en français, en anglais et maintenant en espagnol, le sous-texte est souvent dans la musique des mots. Or j'ai une personnalité bien différente quand je parle anglais. Je commence même à en développer une autre en espagnol. Ce qui m'a permis d'ajouter encore à ma schizophrénie personnelle.»

Lepage fait ainsi valoir que la traduction en anglais l'aide beaucoup à approfondir et à clarifier ses projets qu'il réalise toujours en plusieurs étapes. Pour lui, le passage d'une langue à l'autre impose de faire des choix et de trouver des équivalences. «Cela m'amène à trahir mon texte, précise-t-il, mais aussi à tirer profit de cette traîtrise.»

Passion tardive

Revenant au Projet Andersen qui prend l'affiche demain au TNM, le metteur en scène a confié avoir mis longtemps à se passionner pour l'écrivain danois. Mais il y est arrivé quand il s'est intéressé à la dernière partie de sa vie. Il a surtout aimé chez Hans Christian Andersen (1805-1875) que son romantisme débouche sur la modernité. À cet égard, l'année 1867 constitue un tournant dans la vie de ce dernier, alors qu'il se rend à l'exposition universelle de Paris. Lepage s'est inspiré de cette visite pour son spectacle. Pour autant, Andersen est relativement peu présent sur scène, tandis que ses oeuvres le sont un petit peu plus. Le créateur retient surtout de l'auteur de La Petite Fille aux allumettes qu'il était un homme très seul, qui possédait une vie secrète. En fouillant de ce côté, Lepage pense jeter un éclairage neuf sur un conteur fabuleux.

Collaborateur du Devoir
4 commentaires
  • FARID KODSI - Inscrit 11 avril 2006 13 h 29

    Effrittement de la souveraineté

    Au cours de la même semaine, violà que deux artistes influents commencent à voir clair. Après Tremblay, c'est au tour de Lepage de remettre en question la souveraineté. Au suivant.

  • Richard Vaillancourt - Inscrit 11 avril 2006 21 h 30

    In a theater near you,

    Yes, In a theater near you, "The bell sores" of Micheal Trambley, and stage-manager Bob Lipage.
    ben,c'est ça, l'importance de la souveraineté et la sauvegarde du fait Français en Amérique. Faut pas lâcher même si momentanément la démarche semble bloquée. Michel Tremblay aurait dû se tourner la langue française 7 fois . Même chose pour Bob Lepage. Les quidams peuvent dire n'importe quoi!
    Richard Vaillancourt de Courville,,,

  • Étienne LaHire - Inscrit 13 avril 2006 17 h 51

    Le someil de la pensée

    « Effrittement de la souveraineté », dit-il...

    En voilà un autre qui prend son aveuglement idéologique pour réalité.

    Ça le rassure depuis son Ottawa bien peinard.

    Jusqu'au jour du Grand Réveil de la nation québécoise.

  • Marie-France Legault - Inscrit 20 avril 2006 08 h 03

    Le réveil des endormis!

    Comme nous le savons tous, les artistes sont gagnés à la cause séparatiste. C'est une chorale qui chante les louanges de la Sécession. C'est une chorale aussi subventionnée par les deux niveaux de gouvernement. Depuis 1968, qu'ils nous écoeurent avec leur chansons engagées, leurs déclarations politiques. ET voilà que deux artistes refusent de continuer de chanter les louanges et commencent à mettre en doute le DOGME péquiste... ça ne se fait pas...c'est inconcevable que certains artistes se "réveillent" d'un long sommeil...Bercés par la vague séparatiste, ils s'étaient endormis, rêvant de jours meilleurs, du PARADIS sur terre. Mais une fissure s'est déclarée dans leur certitude ridicule...ils commencent à réfléchir et si c'était FAUX tout ce baratin répété ad nauseam à propos de l'assimilation???Et si c'était FAUX ce continuel combat contre le MÉCHANT FÉDÉRAL? Nous les opprimés, les humiliés, les méprisés, les CONQUIS...si on y regarde de près, nous sommes les citoyens les plus gâtés dans le monde. Tous ces sentiments qu'on répète depuis 1968, sont du domaine virtuel et n'ont jamais été vrais dans la "vraie vie"...Imposer des sentiments aux citoyens LIBRES que nous sommes, ça ne colle pas...même les nazis n'ont pas réussi à lessiver le cerveau de leurs DISSIDENTS. Car il y avait des allemands qui n'approuvaient pas le régime nazi. On l'oublie trop souvent...On les a emprisonnés dans les châteaux réquisisionnés pour eux en FRANCE. On les a fait taire, mis à l'écart, relégués loin des CAMPS de la mort...ils étaient des traîtres, des vendus, des anti-patriotes...

    Il n'était pas "permis" de penser autrement en Allemagne nazie...de le dire haut et fort...il fallait se la "fermer", ou sinon....

    Le flot de bêtises déversées
    contre Messieurs Lepage et Tremblay, ressemble par certains côtés, à la terreur nazie.

    Tout ce qui s'est fait ailleurs...peut se faire ici...j'en suis convaincue et je ne suis pas la seule...Alors il faut se réveiller avant qu'il ne soit trop tard...