Tourisme - Itinéraire d'un cycliste gâté
Une petite pause au bord d’un lac, ça fait aussi partie de la Route verte.
Dans les Cantons-de-l'Est, le cyclotourisme permet non seulement de s'exalter physiquement le jour, mais encore d'exulter de béatitude le soir, grâce à un splendide réseau cyclable jalonné de coquets villages, de fines auberges et de tables respectables. Avant-goût guidé à guidon de ce qu'est déjà la Route verte, dans cette région.
C'est dans moins de deux ans que la Route verte et ses 4300 km seront officiellement inaugurés en grande pompe — à vélo, s'entend. Dès lors, tous les «vélomanes» du Québec et d'ailleurs pourront franchir la Belle Province sur cet itinéraire panquébécois spécialement balisé pour les cyclistes.
Pour avoir une idée de ce qui attend les adeptes de la petite reine, nous avons entrepris de traverser l'une des deux régions où le tracé de la Route verte est d'ores et déjà complété — quoique pas encore totalement balisé —, à savoir les Cantons-de-l'Est. En trois jours, nous avons ainsi parcouru 225 km sur des pistes cyclables, des accotements, des voies partagées et, par manque d'indications, des routes principales passantes.
Accessible aux cyclistes de forme moyenne, cet itinéraire n'est qu'un parmi tant d'autres qu'on peut réaliser dans les Cantons-de-l'Est et ailleurs au Québec. Il permet de relier deux des extrémités les plus éloignées de cette région: Farnham, dans l'ouest (non loin de Saint-Jean-sur-Richelieu) et Danville, dans l'est (aux portes de la région d'Asbestos), le tout en alliant cyclotourisme, exercice, bonne chère et chouchoutage en auberge.
Car s'il est quelque chose qui peut facilement vous scier l'envie de pédaler un lendemain de veille, c'est bien d'avoir à roupiller dans une chambre inconfortable après avoir encaissé huit heures de tape-popotin. Or, les Cantons-de-l'Est se prêtent admirablement bien à ce mélange des genres: forcer du mollet le jour et pioncer mollo dans un nid douillet le soir.
Si on peut l'effectuer dans les deux sens, cet itinéraire est bien moins éreintant dans la direction ouest-est. La durée estimée des trajets ci-bas mentionnés tient compte d'une heure d'arrêts contemplatifs, d'escales rapides dans les villages et autres pauses-pipi. Et maintenant, en selle!
Jour 1: Farnham-Eastman, 66 km, 5-6 h de route
Comme c'est le cas un peu partout sur la Route verte, on peut d'abord laisser sa voiture dans un stationnement dédié aux cyclistes, à Farnham (sur la route principale). De là, il est plus qu'aisé de s'embarquer sur la Montérégiade (autre nom de ce premier tronçon de la Route verte) pour 25 km, qu'on fait les doigts dans le nez jusqu'à Granby, sur une piste rectiligne.
Si cette première étape paraît parfois monotone, elle permet une bonne mise en jambe et elle donne la chance de faire une incursion dans l'arrière-cour de toutes ces fermes qui se succèdent au loin, de part et d'autre de la piste cyclable qu'on a ici aménagée sur une ancienne emprise ferroviaire.
À Granby, après une agréable incursion le long du lac Boivin, la Montérégiade se transmue en Estriade, autre parcours souvent linéaire qui se franchit globalement sur le pilote automatique. Et tandis que la forêt se referme petit à petit sur la piste, une succession de 29 sculptures monumentales ponctue ce tronçon 100 % bitume.
C'est à Waterloo que cette bucolique balade se corse: à la sortie de l'Estriade, la Route verte pèche une première fois par manque d'indications. Il existe bien un «tracé de liaison» pour rejoindre la prochaine étape, mais bienheureux celui qui trouvera ce fameux chemin Clark-Hill. Il est alors très aisé — comme ça nous est arrivé — de s'égarer et de se retrouver en équilibre sur la ligne blanche de l'accotement graveleux de la route 112, à essayer d'éviter les poids lourds et les ados en rut qui testent la performance de leur bolide. Heureusement, cette valse-hésitation sera bientôt chose du passé, une piste cyclable étant en cours d'aménagement sur l'emprise d'un gazoduc.
À Shefford (ou à Stukely, si on a raté le tracé de liaison), la Route verte prend le nom de Montagnarde et fait maintenant corps avec le chemin des Diligences, une paisible route de campagne — le type d'artère que privilégie la Route verte, lorsqu'elle doit emprunter une route — qui se solde par une montée sportive et l'apparition du mont Orford, au pied duquel s'étend Eastman, première étape de ce circuit. Bonne nuit, et à demain.
Jour 2: Eastman-North Hatley, 72 km, 7-8 h de route
C'est l'une des plus agréables sections de ce parcours qui s'amorce ici, tandis que la Montagnarde s'enfonce dans la resplendissante forêt du parc du mont Orford. Tandis qu'on gobe, toutes narines ouvertes, la chlorophylle des majestueux arbres, la faune — notamment de nombreux chevreuils — est au rendez-vous. Certes, plusieurs montées demandent parfois du tonus, mais elles sont largement récompensées par des descentes vraiment emballantes.
Peu après la sortie du parc, un vaste développement immobilier nous force à deux reprises à mettre le vélo à l'épaule: la Route verte est ici soit en rénovation, soit amputée par des tranchées nécessaires aux aménagements de voirie en cours, «condoïsation» d'Orford oblige (cf. Le Devoir du 8 juillet).
Une fois traversé un sous-bois quasi enchanté et un long tronçon fleuri, on arrive à temps pour le lunch à Magog. Puis, après un parcours un peu tarabiscoté à travers la ville, on s'attaque bientôt aux Grandes-Fourches, nom que prend ici la Route verte avant de longer le lac Magog.
C'est un peu après Rock Forest qu'on remercie le ciel de ne pas avoir entamé cet itinéraire en sens inverse: sur plusieurs kilomètres, la route zigzague en une descente particulièrement inclinée et ce, jusqu'au lac Massawippi. Puis, c'est l'arrivée à North Hatley, seconde étape de ce circuit. Bon appétit, et bonne roupillette.
Jour 3: North Hatley-Danville, 87 km, 8-9 h de route
Entre North Hatley et Lennoxville, un autre fort joli tronçon de la Route verte se laisse allègrement dévorer. Une fois franchi le paysage lunaire et ocre des monticules de rejets miniers, on longe la rivière Massawippi, tantôt agitée, tantôt paresseuse. Puis, à la sortie de la piste cyclable, un désagréable contrôle vient nous refroidir les ardeurs. «Avez-vous votre vignette? C'est 10 $, sinon vous devez rebrousser chemin...», de dire le préposé. Oups! La Route verte n'est-elle pas censée être gratuite?
À quelques exceptions près, elle l'est, oui. Mais sur certaines pistes (Grandes-Fourches, Portneuf et piste Jacques-Cartier, entre autres), l'Association des réseaux cyclables du Québec a décidé d'imposer des frais de passage, déplorable initiative s'il en est.
À partir de Lennoxville, l'itinéraire longe la charmante rivière Saint-François, dont elle s'écarte à quelques reprises pour passer par d'harmonieux chemins de campagne. Mais peu après Sherbrooke, à Bromptonville, la Route verte perd carrément les pédales.
Même en suivant attentivement deux cartes détaillées — celle du Guide officiel de la Route verte et celle de Tourisme Cantons-de-l'Est — le risque est plus qu'élevé de s'égarer ou, à tout le moins, de tourner en rond, à cause de la confusion qu'entraînent les indications.
Résultat: une heure de glandouillage avant de demander assistance au premier venu, ce dont on se passerait bien avec 50 km au compteur. «Vous n'êtes pas le premier à me demander ça, mais essayez donc par là», de répondre un bienfaisant autochtone tondant sa pelouse.
Une fois son chemin retrouvé, un grand bout de piste ennuyeux s'étire jusqu'à Windsor, où la Route verte — qui s'appelle maintenant la Cantonnière — redevient plaisante à pédaler, le long de la rivière Saint-François, de plus en plus empreinte de joliesse.
Après avoir traversé les mignonnes localités de Melbourne et Richmond, voici enfin venu le dernier droit: une section de 25 km qui file sur une ancienne voie ferrée. Là encore, le décor se fait de plus en plus bucolique, avec de grands coteaux vallonnés au bout desquels somnolent de paisibles fermes. La piste prend par la suite une tournure sauvage jusqu'à Danville, attrayant petit village où flottent de vagues effluves de Far-West.
Et voilà, c'est ici qu'on est en droit d'enfiler son maillot jaune. Après une bonne nuit de ronchisme (rrron-chiiii...) bien mérité, ne reste plus qu'à rentrer au bercail ou... à poursuivre sur la piste cyclable qui rejoint bientôt le parc linéaire des Bois-Francs, puis Québec, puis Rimouski...
De bonnes escales
* Premier arrêt: Eastman
En descente sur le chemin des Diligences, on croise le Spa Eastman — excellente option pour les cyclistes courbaturés qui ont envie de se faire agréablement malaxer les quadriceps et les jumeaux. 895, ch. des Diligences, % 1 800 665-5272 ou www.spa-eastman.com.
En bifurquant un peu plus loin, on arrive bientôt au gîte Gloire du Matin, irréprochable établissement tenu par un couple de jeunes retraités à la fois sympas et attentionnés. Les chambres sont immenses et le p'tit déj' est aussi délicieux que pantagruélique. 437, ch. George-Bonnalie, (450) 297-4322 ou http://pages.infinit.net/gdumatin.
Pour recharger les batteries le soir, un agréable petit bistrot, Chez Jules, a récemment ouvert ses portes au village, sur la rue principale. Bouffe plus qu'honnête et jolie terrasse où il fait bon se requinquer la carcasse.
* Deuxième arrêt: North Hatley
Ravissante demeure bourgeoise quintuplement étoilée, le Manoir Hovey trône augustement sur le lac Massawippi. Le site et le décor sont tout simplement enchanteurs, la déco intérieure est ravissante à souhait et on a le choix entre des chambres mollettes ou de petits cottages isolés avec accès privé au lac. Le menu exquis (essayez la tarte au sucre avec copeaux de foie gras gélifié, un régal) et le service hors pair ont valu au restaurant de récolter l'Or aux derniers Grands Prix du tourisme, après que le sommelier ait été maintes fois encensé par Wine Spectator. Enfin, des sorties en Runabout (un authentique hors-bord d'époque en acajou) sont offertes sur le lac depuis cet été. 575, ch. Hovey, 1 800 661-2421 ou www.manoirhovey.com
Du haut de son splendide promontoire qui surplombe le lac Massawippi, l'Auberge Hatley brille tout autant de ses cinq étoiles. Affilié aux Relais & Châteaux et bardé de prix (cinq diamants AAA/CAA, Wine Spectator, etc.), ce haut lieu de la gastronomie et de l'hébergement québécois exhale l'harmonie et la finesse, que ce soit dans ses coquettes chambres ou son vaste jardin attenant. Le délectable repas du soir permet en outre de vivre un mémorable état de grâce gustatif, gracieuseté du chef Alain Labrie et de son équipe de serveurs hyper attentionnés, en plus de donner accès aux 12 000 crus de la cave à vin. 325, ch. Virgin, 1 800 336-2451 ou www.northhatley.com.
Pour les plus petits budgets, le gîte À la Cornemuse (1044, ch. Massawippi, (819) 842-1573) et l'Auberge Le Saint-Amant (3, ch. Côte Minton, (819) 842-1211) représentent aussi de fort bonnes options.
* Troisième arrêt: Danville
Douillet établissement à la chouette dégaine victorienne, l'Auberge Jeffery permet de bien récupérer après une journée de pousse-pédales. Demandez la chambre 32, au dernier étage: immense pièce double avec foyer, salle à manger et vaste salle de bain. 91, rue Water, 1 888 302-2711 ou www.cerises.com
Pour se rassasier, Le Temps des cerises vaut le détour rien que pour son extraordinaire décor: ce très bon resto loge en effet dans une ancienne église. Ambiance hors pair et petits plats du terroir mitonnés avec soin. 79, Du Carmel, % (819) 839-2196 ou www.cerises.com.
En vrac
* À privilégier pour l'itinéraire Farnham-Danville: un vélo hybride avec suspension avant, ou un vélo de montagne avec pneus semi-slick. La moitié du parcours se fait sur asphalte, mais l'autre moitié alterne entre «criblure» de pierres et pistes de terre plus accidentées (parc du mont Orford).
- Une multitude de circuits régionaux, parallèles ou limitrophes, peuvent soit remplacer, soit compléter l'itinéraire ci-haut décrit. Tous les détails sur www.routeverte.com.
* C'est tout récemment que fut adoptée l'appellation «Bienvenue cyclistes!», qui désigne un établissement offrant des services taillés sur mesure pour les vélophiles. C'est par exemple le cas de la Maison McCracken, à Danville (126, rue Grove, 1 866 839-2963 ou www.maison-mc-cracken.com), un gîte qui propose un service de navette à ses clients qui ont laissé leur voiture dans un autre village. Info: www.routeverte.com
* À se procurer: Les Cantons-de-l'Est à vélo, publié par Tourisme Cantons-de-l'Est, ainsi que La Route verte — Guide officiel de l'itinéraire et des services, notamment disponible à la Maison des cyclistes, 1251 Rachel E., Montréal, (514) 521-8356, 1 800 567-8356 ou www.velo.qc.ca. S'il date un peu (2003), ce dernier ouvrage dispose néanmoins de cartes détaillées des itinéraires de la Route verte, partout au Québec.
* Renseignements généraux: Tourisme Cantons-de-l'Est, 1 800 355-5755 ou www.cantonsdelest.com
C'est dans moins de deux ans que la Route verte et ses 4300 km seront officiellement inaugurés en grande pompe — à vélo, s'entend. Dès lors, tous les «vélomanes» du Québec et d'ailleurs pourront franchir la Belle Province sur cet itinéraire panquébécois spécialement balisé pour les cyclistes.
Pour avoir une idée de ce qui attend les adeptes de la petite reine, nous avons entrepris de traverser l'une des deux régions où le tracé de la Route verte est d'ores et déjà complété — quoique pas encore totalement balisé —, à savoir les Cantons-de-l'Est. En trois jours, nous avons ainsi parcouru 225 km sur des pistes cyclables, des accotements, des voies partagées et, par manque d'indications, des routes principales passantes.
Accessible aux cyclistes de forme moyenne, cet itinéraire n'est qu'un parmi tant d'autres qu'on peut réaliser dans les Cantons-de-l'Est et ailleurs au Québec. Il permet de relier deux des extrémités les plus éloignées de cette région: Farnham, dans l'ouest (non loin de Saint-Jean-sur-Richelieu) et Danville, dans l'est (aux portes de la région d'Asbestos), le tout en alliant cyclotourisme, exercice, bonne chère et chouchoutage en auberge.
Car s'il est quelque chose qui peut facilement vous scier l'envie de pédaler un lendemain de veille, c'est bien d'avoir à roupiller dans une chambre inconfortable après avoir encaissé huit heures de tape-popotin. Or, les Cantons-de-l'Est se prêtent admirablement bien à ce mélange des genres: forcer du mollet le jour et pioncer mollo dans un nid douillet le soir.
Si on peut l'effectuer dans les deux sens, cet itinéraire est bien moins éreintant dans la direction ouest-est. La durée estimée des trajets ci-bas mentionnés tient compte d'une heure d'arrêts contemplatifs, d'escales rapides dans les villages et autres pauses-pipi. Et maintenant, en selle!
Jour 1: Farnham-Eastman, 66 km, 5-6 h de route
Comme c'est le cas un peu partout sur la Route verte, on peut d'abord laisser sa voiture dans un stationnement dédié aux cyclistes, à Farnham (sur la route principale). De là, il est plus qu'aisé de s'embarquer sur la Montérégiade (autre nom de ce premier tronçon de la Route verte) pour 25 km, qu'on fait les doigts dans le nez jusqu'à Granby, sur une piste rectiligne.
Si cette première étape paraît parfois monotone, elle permet une bonne mise en jambe et elle donne la chance de faire une incursion dans l'arrière-cour de toutes ces fermes qui se succèdent au loin, de part et d'autre de la piste cyclable qu'on a ici aménagée sur une ancienne emprise ferroviaire.
À Granby, après une agréable incursion le long du lac Boivin, la Montérégiade se transmue en Estriade, autre parcours souvent linéaire qui se franchit globalement sur le pilote automatique. Et tandis que la forêt se referme petit à petit sur la piste, une succession de 29 sculptures monumentales ponctue ce tronçon 100 % bitume.
C'est à Waterloo que cette bucolique balade se corse: à la sortie de l'Estriade, la Route verte pèche une première fois par manque d'indications. Il existe bien un «tracé de liaison» pour rejoindre la prochaine étape, mais bienheureux celui qui trouvera ce fameux chemin Clark-Hill. Il est alors très aisé — comme ça nous est arrivé — de s'égarer et de se retrouver en équilibre sur la ligne blanche de l'accotement graveleux de la route 112, à essayer d'éviter les poids lourds et les ados en rut qui testent la performance de leur bolide. Heureusement, cette valse-hésitation sera bientôt chose du passé, une piste cyclable étant en cours d'aménagement sur l'emprise d'un gazoduc.
À Shefford (ou à Stukely, si on a raté le tracé de liaison), la Route verte prend le nom de Montagnarde et fait maintenant corps avec le chemin des Diligences, une paisible route de campagne — le type d'artère que privilégie la Route verte, lorsqu'elle doit emprunter une route — qui se solde par une montée sportive et l'apparition du mont Orford, au pied duquel s'étend Eastman, première étape de ce circuit. Bonne nuit, et à demain.
Jour 2: Eastman-North Hatley, 72 km, 7-8 h de route
C'est l'une des plus agréables sections de ce parcours qui s'amorce ici, tandis que la Montagnarde s'enfonce dans la resplendissante forêt du parc du mont Orford. Tandis qu'on gobe, toutes narines ouvertes, la chlorophylle des majestueux arbres, la faune — notamment de nombreux chevreuils — est au rendez-vous. Certes, plusieurs montées demandent parfois du tonus, mais elles sont largement récompensées par des descentes vraiment emballantes.
Peu après la sortie du parc, un vaste développement immobilier nous force à deux reprises à mettre le vélo à l'épaule: la Route verte est ici soit en rénovation, soit amputée par des tranchées nécessaires aux aménagements de voirie en cours, «condoïsation» d'Orford oblige (cf. Le Devoir du 8 juillet).
Une fois traversé un sous-bois quasi enchanté et un long tronçon fleuri, on arrive à temps pour le lunch à Magog. Puis, après un parcours un peu tarabiscoté à travers la ville, on s'attaque bientôt aux Grandes-Fourches, nom que prend ici la Route verte avant de longer le lac Magog.
C'est un peu après Rock Forest qu'on remercie le ciel de ne pas avoir entamé cet itinéraire en sens inverse: sur plusieurs kilomètres, la route zigzague en une descente particulièrement inclinée et ce, jusqu'au lac Massawippi. Puis, c'est l'arrivée à North Hatley, seconde étape de ce circuit. Bon appétit, et bonne roupillette.
Jour 3: North Hatley-Danville, 87 km, 8-9 h de route
Entre North Hatley et Lennoxville, un autre fort joli tronçon de la Route verte se laisse allègrement dévorer. Une fois franchi le paysage lunaire et ocre des monticules de rejets miniers, on longe la rivière Massawippi, tantôt agitée, tantôt paresseuse. Puis, à la sortie de la piste cyclable, un désagréable contrôle vient nous refroidir les ardeurs. «Avez-vous votre vignette? C'est 10 $, sinon vous devez rebrousser chemin...», de dire le préposé. Oups! La Route verte n'est-elle pas censée être gratuite?
À quelques exceptions près, elle l'est, oui. Mais sur certaines pistes (Grandes-Fourches, Portneuf et piste Jacques-Cartier, entre autres), l'Association des réseaux cyclables du Québec a décidé d'imposer des frais de passage, déplorable initiative s'il en est.
À partir de Lennoxville, l'itinéraire longe la charmante rivière Saint-François, dont elle s'écarte à quelques reprises pour passer par d'harmonieux chemins de campagne. Mais peu après Sherbrooke, à Bromptonville, la Route verte perd carrément les pédales.
Même en suivant attentivement deux cartes détaillées — celle du Guide officiel de la Route verte et celle de Tourisme Cantons-de-l'Est — le risque est plus qu'élevé de s'égarer ou, à tout le moins, de tourner en rond, à cause de la confusion qu'entraînent les indications.
Résultat: une heure de glandouillage avant de demander assistance au premier venu, ce dont on se passerait bien avec 50 km au compteur. «Vous n'êtes pas le premier à me demander ça, mais essayez donc par là», de répondre un bienfaisant autochtone tondant sa pelouse.
Une fois son chemin retrouvé, un grand bout de piste ennuyeux s'étire jusqu'à Windsor, où la Route verte — qui s'appelle maintenant la Cantonnière — redevient plaisante à pédaler, le long de la rivière Saint-François, de plus en plus empreinte de joliesse.
Après avoir traversé les mignonnes localités de Melbourne et Richmond, voici enfin venu le dernier droit: une section de 25 km qui file sur une ancienne voie ferrée. Là encore, le décor se fait de plus en plus bucolique, avec de grands coteaux vallonnés au bout desquels somnolent de paisibles fermes. La piste prend par la suite une tournure sauvage jusqu'à Danville, attrayant petit village où flottent de vagues effluves de Far-West.
Et voilà, c'est ici qu'on est en droit d'enfiler son maillot jaune. Après une bonne nuit de ronchisme (rrron-chiiii...) bien mérité, ne reste plus qu'à rentrer au bercail ou... à poursuivre sur la piste cyclable qui rejoint bientôt le parc linéaire des Bois-Francs, puis Québec, puis Rimouski...
De bonnes escales
* Premier arrêt: Eastman
En descente sur le chemin des Diligences, on croise le Spa Eastman — excellente option pour les cyclistes courbaturés qui ont envie de se faire agréablement malaxer les quadriceps et les jumeaux. 895, ch. des Diligences, % 1 800 665-5272 ou www.spa-eastman.com.
En bifurquant un peu plus loin, on arrive bientôt au gîte Gloire du Matin, irréprochable établissement tenu par un couple de jeunes retraités à la fois sympas et attentionnés. Les chambres sont immenses et le p'tit déj' est aussi délicieux que pantagruélique. 437, ch. George-Bonnalie, (450) 297-4322 ou http://pages.infinit.net/gdumatin.
Pour recharger les batteries le soir, un agréable petit bistrot, Chez Jules, a récemment ouvert ses portes au village, sur la rue principale. Bouffe plus qu'honnête et jolie terrasse où il fait bon se requinquer la carcasse.
* Deuxième arrêt: North Hatley
Ravissante demeure bourgeoise quintuplement étoilée, le Manoir Hovey trône augustement sur le lac Massawippi. Le site et le décor sont tout simplement enchanteurs, la déco intérieure est ravissante à souhait et on a le choix entre des chambres mollettes ou de petits cottages isolés avec accès privé au lac. Le menu exquis (essayez la tarte au sucre avec copeaux de foie gras gélifié, un régal) et le service hors pair ont valu au restaurant de récolter l'Or aux derniers Grands Prix du tourisme, après que le sommelier ait été maintes fois encensé par Wine Spectator. Enfin, des sorties en Runabout (un authentique hors-bord d'époque en acajou) sont offertes sur le lac depuis cet été. 575, ch. Hovey, 1 800 661-2421 ou www.manoirhovey.com
Du haut de son splendide promontoire qui surplombe le lac Massawippi, l'Auberge Hatley brille tout autant de ses cinq étoiles. Affilié aux Relais & Châteaux et bardé de prix (cinq diamants AAA/CAA, Wine Spectator, etc.), ce haut lieu de la gastronomie et de l'hébergement québécois exhale l'harmonie et la finesse, que ce soit dans ses coquettes chambres ou son vaste jardin attenant. Le délectable repas du soir permet en outre de vivre un mémorable état de grâce gustatif, gracieuseté du chef Alain Labrie et de son équipe de serveurs hyper attentionnés, en plus de donner accès aux 12 000 crus de la cave à vin. 325, ch. Virgin, 1 800 336-2451 ou www.northhatley.com.
Pour les plus petits budgets, le gîte À la Cornemuse (1044, ch. Massawippi, (819) 842-1573) et l'Auberge Le Saint-Amant (3, ch. Côte Minton, (819) 842-1211) représentent aussi de fort bonnes options.
* Troisième arrêt: Danville
Douillet établissement à la chouette dégaine victorienne, l'Auberge Jeffery permet de bien récupérer après une journée de pousse-pédales. Demandez la chambre 32, au dernier étage: immense pièce double avec foyer, salle à manger et vaste salle de bain. 91, rue Water, 1 888 302-2711 ou www.cerises.com
Pour se rassasier, Le Temps des cerises vaut le détour rien que pour son extraordinaire décor: ce très bon resto loge en effet dans une ancienne église. Ambiance hors pair et petits plats du terroir mitonnés avec soin. 79, Du Carmel, % (819) 839-2196 ou www.cerises.com.
En vrac
* À privilégier pour l'itinéraire Farnham-Danville: un vélo hybride avec suspension avant, ou un vélo de montagne avec pneus semi-slick. La moitié du parcours se fait sur asphalte, mais l'autre moitié alterne entre «criblure» de pierres et pistes de terre plus accidentées (parc du mont Orford).
- Une multitude de circuits régionaux, parallèles ou limitrophes, peuvent soit remplacer, soit compléter l'itinéraire ci-haut décrit. Tous les détails sur www.routeverte.com.
* C'est tout récemment que fut adoptée l'appellation «Bienvenue cyclistes!», qui désigne un établissement offrant des services taillés sur mesure pour les vélophiles. C'est par exemple le cas de la Maison McCracken, à Danville (126, rue Grove, 1 866 839-2963 ou www.maison-mc-cracken.com), un gîte qui propose un service de navette à ses clients qui ont laissé leur voiture dans un autre village. Info: www.routeverte.com
* À se procurer: Les Cantons-de-l'Est à vélo, publié par Tourisme Cantons-de-l'Est, ainsi que La Route verte — Guide officiel de l'itinéraire et des services, notamment disponible à la Maison des cyclistes, 1251 Rachel E., Montréal, (514) 521-8356, 1 800 567-8356 ou www.velo.qc.ca. S'il date un peu (2003), ce dernier ouvrage dispose néanmoins de cartes détaillées des itinéraires de la Route verte, partout au Québec.
* Renseignements généraux: Tourisme Cantons-de-l'Est, 1 800 355-5755 ou www.cantonsdelest.com
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