Voyages: L'impact des festivals
C'est à se demander comment se porterait le tourisme sans les festivals. On pense à Montréal, bien sûr, mais aussi à Osaka, Venise, Édimbourg, Tanglewood. Partout, leur impact est considérable.
Au début de la semaine, le président-fondateur Alain Simard dressait un premier bilan du 23e Festival international de jazz de Montréal: 1 650 000 spectateurs, soit 50 000 de moins que l'an dernier, essentiellement, interprétait-il, en raison des effets de la canicule au cours des après-midis. Quoi qu'il en soit, l'événement a encore été un succès et s'est traduit par un surplus de 300 000 $.
En 2001 — et ce devrait être la même chose cette année —, le festival a entraîné des dépenses touristiques de 77 millions: en effet, 19 % de sa clientèle est constituée de touristes et d'excursionnistes qui font l'aller-retour entre la métropole et leur demeure dans la même journée.
Voyons le profil des premiers: 64 % des touristes se déplacent expressément pour assister à l'événement et 13,5 % viennent de l'extérieur du Québec. De ce nombre, 33 % demeurent aux États-Unis et 12 % en Europe. À ce volume, ajoutez quelque 400 journalistes accrédités de 155 médias différents et vous obtenez 650 reportages électroniques et tout autant de reportages publiés dans des journaux et magazines. Sans oublier les 2500 musiciens.
Le rayonnement est énorme. Ne serait-ce qu'à cause de ce seul festival, Montréal jouirait d'une notoriété enviable sur l'échiquier touristique. Ce n'est pas un secret: des villes ont déjà sollicité Alain Simard pour qu'il y exporte le festival de jazz ou, du moins, sa formule. En plus, il y a tous les autres festivals qui s'enchaînent en cascade de juin à septembre. Ce qui fait dire à plusieurs observateurs que le phénomène est unique sur la planète.
Pierre Bellerose, de Tourisme Montréal, y voit trois dimensions: l'onde de choc médiatique qui attire les feux de la rampe sur Montréal, la venue des touristes (dont une bonne partie sont des fidèles) qui concrétise la puissance de l'appel et le phénomène social: «Les festivals qui s'enchaînent tout l'été sont de grandes manifestations qui occupent largement la rue dans une atmosphère urbaine conviviale.»
Autrement dit, avant d'être des succès touristiques, ce sont des succès artistiques et sociaux.
Samedi et dimanche soir, comme la majorité des festivaliers, je me suis déplacé parmi la foule compacte d'une scène extérieure à l'autre. D'année en année, je ressens le même étonnement devant ce mélange d'enthousiasme et de discipline. Pas de bousculades ni d'agressions, peu de détritus par terre, une obéissance bon enfant aux consignes: l'esprit est à la fête.
Fête, festif, festival. Ce mot est entré dans la langue française en 1830. Emprunté à l'anglais (qui l'avait lui-même tiré de l'ancien français... ), il désigne une grande manifestation musicale et, par extension subséquente, artistique.
Car c'est dans l'univers de la musique que sont nés les festivals. Haendel fut fêté à Londres en 1785, Haydn à Vienne en 1811, Beethoven à Bonn en 1845. Un festival était alors la célébration exceptionnelle d'un compositeur dans l'un des hauts lieux de sa carrière.
Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que les festivals sont devenus des institutions périodiques tout en conservant, comme le souligne l'Encyclopédie Bordas, leur «double aspect initial»: culte d'une personne, célébration d'un lieu. Pour perdurer, tout festival doit être solidement ancré dans son milieu. Voyez Wagner à Bayreuth.
Petit à petit, les festivals se sont ouverts à d'autres arts du spectacle tels la danse et, plus tard, le cinéma. Après la Seconde Guerre mondiale, les festivals se sont multipliés à l'instigation de localités (celui d'Aix-en-Provence est né en 1947), de radios ou de maisons de disques, «fidélisant ainsi, lit-on chez Bordas, un public oisif de vacanciers dans un rituel social marqué».
Les festivals font dorénavant partie du rythme de vie des sociétés. Et des échanges entre elles.
Tous les printemps, le Figaro Magazine propose à ses lecteurs des festivals par les divers continents. Cette année, dans son édition du 8 juin, il consacrait presque une demi-page au «Québec en scènes» en attirant particulièrement l'attention sur le Festival d'été de Québec et le Festival Juste pour rire, respectivement qualifiés d'«original» et d'«acteur essentiel».
Aux yeux de Pierre Bellerose, c'est la manifestation d'un «authentique entrepreneurship d'animation festivalière, qui intègre à sa gestion artistique et logistique celle de la sécurité et de la propreté, qui permet à tout le monde de pousser à la roue en allant chercher un soutien à la fois gouvernemental et privé».
«De la sorte, poursuit-il, les organisateurs et promoteurs ont établi la réputation de leurs festivals. Ils n'ont guère de difficulté à inviter des artistes de renom, qui y voient même une forme de consécration. On pourrait dire qu'il s'agit d'un cercle vertueux.»
Au début de la semaine, le président-fondateur Alain Simard dressait un premier bilan du 23e Festival international de jazz de Montréal: 1 650 000 spectateurs, soit 50 000 de moins que l'an dernier, essentiellement, interprétait-il, en raison des effets de la canicule au cours des après-midis. Quoi qu'il en soit, l'événement a encore été un succès et s'est traduit par un surplus de 300 000 $.
En 2001 — et ce devrait être la même chose cette année —, le festival a entraîné des dépenses touristiques de 77 millions: en effet, 19 % de sa clientèle est constituée de touristes et d'excursionnistes qui font l'aller-retour entre la métropole et leur demeure dans la même journée.
Voyons le profil des premiers: 64 % des touristes se déplacent expressément pour assister à l'événement et 13,5 % viennent de l'extérieur du Québec. De ce nombre, 33 % demeurent aux États-Unis et 12 % en Europe. À ce volume, ajoutez quelque 400 journalistes accrédités de 155 médias différents et vous obtenez 650 reportages électroniques et tout autant de reportages publiés dans des journaux et magazines. Sans oublier les 2500 musiciens.
Le rayonnement est énorme. Ne serait-ce qu'à cause de ce seul festival, Montréal jouirait d'une notoriété enviable sur l'échiquier touristique. Ce n'est pas un secret: des villes ont déjà sollicité Alain Simard pour qu'il y exporte le festival de jazz ou, du moins, sa formule. En plus, il y a tous les autres festivals qui s'enchaînent en cascade de juin à septembre. Ce qui fait dire à plusieurs observateurs que le phénomène est unique sur la planète.
Pierre Bellerose, de Tourisme Montréal, y voit trois dimensions: l'onde de choc médiatique qui attire les feux de la rampe sur Montréal, la venue des touristes (dont une bonne partie sont des fidèles) qui concrétise la puissance de l'appel et le phénomène social: «Les festivals qui s'enchaînent tout l'été sont de grandes manifestations qui occupent largement la rue dans une atmosphère urbaine conviviale.»
Autrement dit, avant d'être des succès touristiques, ce sont des succès artistiques et sociaux.
Samedi et dimanche soir, comme la majorité des festivaliers, je me suis déplacé parmi la foule compacte d'une scène extérieure à l'autre. D'année en année, je ressens le même étonnement devant ce mélange d'enthousiasme et de discipline. Pas de bousculades ni d'agressions, peu de détritus par terre, une obéissance bon enfant aux consignes: l'esprit est à la fête.
Fête, festif, festival. Ce mot est entré dans la langue française en 1830. Emprunté à l'anglais (qui l'avait lui-même tiré de l'ancien français... ), il désigne une grande manifestation musicale et, par extension subséquente, artistique.
Car c'est dans l'univers de la musique que sont nés les festivals. Haendel fut fêté à Londres en 1785, Haydn à Vienne en 1811, Beethoven à Bonn en 1845. Un festival était alors la célébration exceptionnelle d'un compositeur dans l'un des hauts lieux de sa carrière.
Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que les festivals sont devenus des institutions périodiques tout en conservant, comme le souligne l'Encyclopédie Bordas, leur «double aspect initial»: culte d'une personne, célébration d'un lieu. Pour perdurer, tout festival doit être solidement ancré dans son milieu. Voyez Wagner à Bayreuth.
Petit à petit, les festivals se sont ouverts à d'autres arts du spectacle tels la danse et, plus tard, le cinéma. Après la Seconde Guerre mondiale, les festivals se sont multipliés à l'instigation de localités (celui d'Aix-en-Provence est né en 1947), de radios ou de maisons de disques, «fidélisant ainsi, lit-on chez Bordas, un public oisif de vacanciers dans un rituel social marqué».
Les festivals font dorénavant partie du rythme de vie des sociétés. Et des échanges entre elles.
Tous les printemps, le Figaro Magazine propose à ses lecteurs des festivals par les divers continents. Cette année, dans son édition du 8 juin, il consacrait presque une demi-page au «Québec en scènes» en attirant particulièrement l'attention sur le Festival d'été de Québec et le Festival Juste pour rire, respectivement qualifiés d'«original» et d'«acteur essentiel».
Aux yeux de Pierre Bellerose, c'est la manifestation d'un «authentique entrepreneurship d'animation festivalière, qui intègre à sa gestion artistique et logistique celle de la sécurité et de la propreté, qui permet à tout le monde de pousser à la roue en allant chercher un soutien à la fois gouvernemental et privé».
«De la sorte, poursuit-il, les organisateurs et promoteurs ont établi la réputation de leurs festivals. Ils n'ont guère de difficulté à inviter des artistes de renom, qui y voient même une forme de consécration. On pourrait dire qu'il s'agit d'un cercle vertueux.»
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