Voyages: Perspectives
Que réserve 2004 au tourisme québécois ? D'autres misères causées par le SRAS, les affres du terrorisme, la vache folle et autres maladies issues de manipulations génétiques, les séquelles de la guerre en Irak, les effets d'un dollar canadien devenu trop vite trop fort ? De plus en plus ombrageux, nos puissants voisins peuvent aisément se refuser à voyager au delà de leurs frontières sinon carrément décider de verrouiller lesdites frontières.
Restent les Québécois eux-mêmes qui, encore en 2002, formaient 72 % de la clientèle touristique de la province. Lui resteront-ils fidèles ? Et pendant combien de temps ?
Le Québec, comme toutes les régions du monde, a besoin du tourisme — tant international que national — et de ses retombées économiques. Fait encourageant : politiciens, experts et gens du milieu — auxquels s'ajoutent les touristes — s'accordent pour dire que le Québec ne manque pas de potentiel, qu'il soit naturel ou culturel. Loin de là.
Tout consiste donc dans la manière de faire. Comment développer le tourisme au Québec ? En fonction de quels objectifs, de quelles priorités ? Selon quel échéancier et quelles étapes ? Qui doit charger et comment ? Quelle place lui réserver dans la structure économique générale ? Dans le langage d'aujourd'hui, on appelle cela un défi.
C'est à cette tâche que se sont attelés en novembre dernier les 170 participants au premier congrès biennal des ATR associées du Québec réunis à Québec, au Château Bonne Entente. De l'avis de ses organisateurs, ils représentaient « tous les secteurs d'activité de l'industrie touristique » d'ici. Il ne s'agissait donc pas d'un happening d'une quelconque chapelle ; d'ailleurs, y sont allés plusieurs des divers ministres qui se sont succédé à la tête du ministère (ce qui leur a valu des hommages bien sentis) et personne, depuis, ne s'est insurgé contre sa tenue ni ses résultats.
Le principal fruit de cet événement appelé à se répéter a été l'adoption, « d'une seule et même voix », d'un manifeste intitulé Déclaration de la Bonne Entente. Le jeu de mots pour le moins discutable laisse espérer que le document en question souligne l'active contribution que le tourisme peut apporter à la paix politique et à la concorde culturelle entre les peuples et les diverses parties du monde. Or ce n'est pas le cas.
Cette déclaration a résolument un contenu et une saveur économiques. Je vous en résume l'essentiel. Son préambule souligne, primo, l'importance du tourisme dans l'avenir économique du Québec à faire reconnaître par « tous les pouvoirs publics », réaffirme, secundo, que le client est « au coeur de tout développement durable de l'industrie touristique », et soutient, tertio, que le tout repose sur un « partenariat privé-public [qui] doit être la base de toutes les décisions » touchant l'ensemble de cette industrie et la gouvernance régionale.
Suivent cinq énoncés qui reprennent certains de ces éléments ou qui précisent des moyens à privilégier.
- « Parler haut et fort et d'une seule voix pour faire valoir l'impact » économique de l'industrie touristique.
- « Confirmer, améliorer et bonifier » la concertation et l'arrimage des rôles et compétences « à tous les paliers ».
- Reconnaître les ATR comme « modèle performant » du partenariat envisagé au niveau régional et mettre sur pied une agence ou une société d'État pour assurer la promotion touristique du Québec dans le contexte d'un tel partenariat.
- Accorder une grande importance à la connaissance des clientèles et à la recherche.
- Accroître la « performance touristique » pour mieux améliorer la formation et la compétence. [Et vice-versa, pourrait-on ajouter.]
Sur nombre de points, la déclaration rejoint ce qu'avaient préalablement présenté des exposés sur la Commission canadienne du Tourisme, sur les « enjeux d'avenir du tourisme au Québec » et sur des cas comparables (Queensland en Australie, Massachusetts aux États-Unis, pays de la Loire en France, Ontario au Canada), autant d'exposés qui lui avaient dressé la table, en quelque sorte.
Des empêchements de dernière minute ne m'ont pas permis d'accéder à l'aimable invitation de participer à une table ronde sur ces sujets. Sûrement, je n'aurais pu que me réjouir de cette volonté et de cet effort pour en arriver à une vision commune. Et pour la faire avancer. Mais je crois que ma voix aurait quelque peu détonné au sein de cette unanimité. En voici des exemples...
- Identifier le tourisme à l'« industrie touristique » est réducteur. Le tourisme n'est pas qu'économique, il est aussi social et culturel, et cette dimension ne peut suborner les autres sans que le développement du tourisme, tout durable qu'on puisse le souhaiter, n'en soit affecté. En conséquence, les solutions à privilégier ne peuvent être que du seul champ économique.
- Le tourisme peut tenir une place de choix dans l'émergence et l'affirmation d'économies nationales ou régionales fortes. En raison de la fragilité même de cette activité, cette place doit en être une de soutien et non de locomotive. Sinon, des lendemains peuvent se révéler douloureux.
- Le partenariat privé-public a certes des mérites et des avantages mais il ne faut pas en faire une panacée, un remède miracle et universel apte à guérir tous les maux et à assurer une prospérité sans faille. Surtout au Québec, doté — faut-il le rappeler ? — d'une société distincte.
- Il en est de même de la promotion, fût-elle assumée par la meilleure organisation imaginable. Toute valeur d'une solution est liée à son adéquation à un contexte particulier destiné par essence à changer. En contrepartie, il importe de faire en sorte que cette promotion trouve une résonance dans une capacité d'accueil équilibrée aux plans qualitatif et quantitatif.
- Après 25 ans d'existence, les ATR ont démontré leur pertinence et leur utilité. Pour continuer sur leur lancée et s'adapter aux transformations du tourisme, elles devront toutefois vivre — et désirer — une réforme en profondeur qui affectera leur nombre, leur mission, leur structure, leur fonctionnement.
Cette déclaration est une initiative qu'il faut saluer. Mais elle n'est qu'un début que devront enrichir, y compris à court terme, de nombreux échanges avec des instances relevant d'univers autres que la seule « industrie ». Le prochain congrès devrait refléter cette évolution.
Restent les Québécois eux-mêmes qui, encore en 2002, formaient 72 % de la clientèle touristique de la province. Lui resteront-ils fidèles ? Et pendant combien de temps ?
Le Québec, comme toutes les régions du monde, a besoin du tourisme — tant international que national — et de ses retombées économiques. Fait encourageant : politiciens, experts et gens du milieu — auxquels s'ajoutent les touristes — s'accordent pour dire que le Québec ne manque pas de potentiel, qu'il soit naturel ou culturel. Loin de là.
Tout consiste donc dans la manière de faire. Comment développer le tourisme au Québec ? En fonction de quels objectifs, de quelles priorités ? Selon quel échéancier et quelles étapes ? Qui doit charger et comment ? Quelle place lui réserver dans la structure économique générale ? Dans le langage d'aujourd'hui, on appelle cela un défi.
C'est à cette tâche que se sont attelés en novembre dernier les 170 participants au premier congrès biennal des ATR associées du Québec réunis à Québec, au Château Bonne Entente. De l'avis de ses organisateurs, ils représentaient « tous les secteurs d'activité de l'industrie touristique » d'ici. Il ne s'agissait donc pas d'un happening d'une quelconque chapelle ; d'ailleurs, y sont allés plusieurs des divers ministres qui se sont succédé à la tête du ministère (ce qui leur a valu des hommages bien sentis) et personne, depuis, ne s'est insurgé contre sa tenue ni ses résultats.
Le principal fruit de cet événement appelé à se répéter a été l'adoption, « d'une seule et même voix », d'un manifeste intitulé Déclaration de la Bonne Entente. Le jeu de mots pour le moins discutable laisse espérer que le document en question souligne l'active contribution que le tourisme peut apporter à la paix politique et à la concorde culturelle entre les peuples et les diverses parties du monde. Or ce n'est pas le cas.
Cette déclaration a résolument un contenu et une saveur économiques. Je vous en résume l'essentiel. Son préambule souligne, primo, l'importance du tourisme dans l'avenir économique du Québec à faire reconnaître par « tous les pouvoirs publics », réaffirme, secundo, que le client est « au coeur de tout développement durable de l'industrie touristique », et soutient, tertio, que le tout repose sur un « partenariat privé-public [qui] doit être la base de toutes les décisions » touchant l'ensemble de cette industrie et la gouvernance régionale.
Suivent cinq énoncés qui reprennent certains de ces éléments ou qui précisent des moyens à privilégier.
- « Parler haut et fort et d'une seule voix pour faire valoir l'impact » économique de l'industrie touristique.
- « Confirmer, améliorer et bonifier » la concertation et l'arrimage des rôles et compétences « à tous les paliers ».
- Reconnaître les ATR comme « modèle performant » du partenariat envisagé au niveau régional et mettre sur pied une agence ou une société d'État pour assurer la promotion touristique du Québec dans le contexte d'un tel partenariat.
- Accorder une grande importance à la connaissance des clientèles et à la recherche.
- Accroître la « performance touristique » pour mieux améliorer la formation et la compétence. [Et vice-versa, pourrait-on ajouter.]
Sur nombre de points, la déclaration rejoint ce qu'avaient préalablement présenté des exposés sur la Commission canadienne du Tourisme, sur les « enjeux d'avenir du tourisme au Québec » et sur des cas comparables (Queensland en Australie, Massachusetts aux États-Unis, pays de la Loire en France, Ontario au Canada), autant d'exposés qui lui avaient dressé la table, en quelque sorte.
Des empêchements de dernière minute ne m'ont pas permis d'accéder à l'aimable invitation de participer à une table ronde sur ces sujets. Sûrement, je n'aurais pu que me réjouir de cette volonté et de cet effort pour en arriver à une vision commune. Et pour la faire avancer. Mais je crois que ma voix aurait quelque peu détonné au sein de cette unanimité. En voici des exemples...
- Identifier le tourisme à l'« industrie touristique » est réducteur. Le tourisme n'est pas qu'économique, il est aussi social et culturel, et cette dimension ne peut suborner les autres sans que le développement du tourisme, tout durable qu'on puisse le souhaiter, n'en soit affecté. En conséquence, les solutions à privilégier ne peuvent être que du seul champ économique.
- Le tourisme peut tenir une place de choix dans l'émergence et l'affirmation d'économies nationales ou régionales fortes. En raison de la fragilité même de cette activité, cette place doit en être une de soutien et non de locomotive. Sinon, des lendemains peuvent se révéler douloureux.
- Le partenariat privé-public a certes des mérites et des avantages mais il ne faut pas en faire une panacée, un remède miracle et universel apte à guérir tous les maux et à assurer une prospérité sans faille. Surtout au Québec, doté — faut-il le rappeler ? — d'une société distincte.
- Il en est de même de la promotion, fût-elle assumée par la meilleure organisation imaginable. Toute valeur d'une solution est liée à son adéquation à un contexte particulier destiné par essence à changer. En contrepartie, il importe de faire en sorte que cette promotion trouve une résonance dans une capacité d'accueil équilibrée aux plans qualitatif et quantitatif.
- Après 25 ans d'existence, les ATR ont démontré leur pertinence et leur utilité. Pour continuer sur leur lancée et s'adapter aux transformations du tourisme, elles devront toutefois vivre — et désirer — une réforme en profondeur qui affectera leur nombre, leur mission, leur structure, leur fonctionnement.
Cette déclaration est une initiative qu'il faut saluer. Mais elle n'est qu'un début que devront enrichir, y compris à court terme, de nombreux échanges avec des instances relevant d'univers autres que la seule « industrie ». Le prochain congrès devrait refléter cette évolution.
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