vendredi 10 février 2012 Dernière mise à jour 01h26
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Les lèvres du désert

Faut-il se surprendre que le désert ait la réputation d'être le « pays de l'absolu détachement » ?

Normand Cazelais   22 novembre 2003  Voyage
Les dunes d’Erfoud.
Les dunes d’Erfoud.
L'impression était plutôt étrange : la route devant nous était complètement inondée. Les gens qui s'y aventuraient avaient de l'eau jusqu'aux cuisses. De partout, des mares et des torrents se déversaient dans l'oued si longtemps asséché. Car, là-bas, dans le Sud marocain aux lèvres de l'erg, le grand désert de sable, il n'avait pas plu depuis cinq ans. De la pluie dans le désert...

Les sourires étaient sur tous les visages. L'eau venue du ciel signifie abondance et prospérité. De la terre craquelée germeront des pousses et les cultures donneront fruits, légumes, céréales. Mais, pour l'instant, chacun s'activait : des ados, en riant, poussaient leurs vélos dans les flaques profondes ; des enfants offraient leurs services de guides improvisés aux camionneurs et automobilistes qui cherchaient un endroit où passer sans noyer leurs moteurs ; au volant de leurs tracteurs, des paysans tiraient des véhicules embourbés.

S'il est un univers qui nous est inconnu, c'est le désert. Nous avons, bien sûr, nos vastes étendues de forêt à peu près vides de toute occupation humaine sur des centaines de kilomètres. Rien qui ne ressemble vraiment au désert, à part les espaces immenses et glacés du Grand Nord. Mais qui d'entre nous est allé dans ce Grand Nord ? En un sens, les déserts du Maroc et de l'Afrique du Nord nous sont plus accessibles...

À circuler là-bas, on apprend au fil des heures à s'imprégner de l'atmosphère quasi lunaire d'horizons constitués de pierres, de cailloux, de rares arbres et bosquets, de montagnes minérales ocre ou grises qui vieillissent imperceptiblement sous le soleil et le vent. On apprend la grammaire de ce reg, parsemé d'oasis qui ont l'air de miracles issus de l'inanimé. De ce reg qui, après des centaines de millions d'années, se transformera en une quantité infinie de grains de sable, à moins que des bouleversements climatiques changent entre-temps le cours des choses.

Faut-il se surprendre que le désert ait la réputation d'être le « pays de l'absolu détachement » ?

À Merzouga, près d'Erfoud, comme le font de plus en plus de touristes, nous avons passé la nuit sous des tentes berbères. Basses, montées sur des pieux plantés à l'oblique, fabriquées de grosse laine rugueuse qui protège des excès du soleil et du froid nocturne, elles offraient un confort inespéré grâce à leurs épais matelas installés sur les tapis à même le sol. À quelques dizaines de mètres de là : le bloc des sanitaires, un hôtel et ses tables dressées sur la terrasse. Le seul réel inconvénient fut la génératrice électrique qui nous a assourdi de ses crachotements et hoquets.

Disque luisant, la pleine lune était haute parmi les étoiles. Les palmiers étiraient leurs ombres. Sans peine, l'on voyait se dessiner non loin du campement les premières dunes qui allaient rejoindre l'Algérie, plus à l'est. La journée avait été longue, la piste cahoteuse, mes membres aspiraient au sommeil mais je n'avais guère envie de dormir. Plutôt le goût de plonger dans ce vide que je sentais si plein.

Au matin, à 5h, Ahmed est venu nous réveiller. Après de rapides ablutions, il nous a conduits vers les dromadaires qui ruminaient, placides, de toute apparence indifférents au temps qui s'écoulait. Les seller s'est fait en un tour de main et hop ! nous étions embarqués sur ces vaisseaux du désert. Devant nous, un homme, vêtu d'une djellaba et la tête recouverte d'un long foulard enroulé à la manière d'un turban, marchait lentement en guidant les bêtes encordées l'une à l'autre.

Il avançait d'un pas régulier et ferme sur l'arête et au creux des dunes, dans la pénombre qui lentement s'éclaircissait, et les dromadaires le suivaient sans hésiter de leur démarche chaloupée. En zigzags, nous nous dirigions vers une dune plus élevée où nous pourrions assister au lever du soleil. Ce qui fut fait. Il vous faudra, ne serait-ce qu'une fois, voir l'aube naître sur l'erg, le désert de sable.

Aussi patient que ses bêtes, le chamelier s'était assis, enveloppé de ses tissus, au sommet de la dune, pendant que nous prenions des photos et échangions nos impressions. À quoi pouvait-il penser ? S'habitue-t-on à de semblables beautés ? Souriant, il a accepté de bonne grâce de se faire photographier et même de manier l'obturateur pour immortaliser ces moments.

Le midi, nous avons mangé dans un hôtel-restaurant aménagé dans une ancienne ferme. Dans l'escalier qui montait sur le toit, une femme écrivait des notes, alors qu'une petite fille toute rousse chantonnait auprès d'elle. C'était une Écossaise qui connaissait le théâtre de Michel Tremblay pour en avoir joué une pièce... traduite en gaélique.

Les propriétaires de l'établissement sont trois frères, revenus dans la région de leur enfance, dans la maison familiale. Pour eux, pas question de quitter ce pays : « Si nous travaillons comme il faut, nous confia celui qui faisait le service, nos affaires iront bien. Regardez comme c'est beau autour de vous. Jour après jour, les touristes de partout découvrent, aiment le désert. » Sans parler, nous sommes-nous dit, de ces plats parfumés, goûteux, qu'il venait de déposer sur la table tronquée devant nous.

Ainsi ont coulé les jours. De Ouarzazate à Zagora par la vallée du Drâs et le défilé de l'Aziag, dans les gorges du Dadès et aux abords des dunes de l'erg Chebbi, nous avons admiré des paysages jusqu'à plus soif, arpenté les sentiers sinueux d'oasis toutes vertes et de la palmeraie magnifique — il n'y a pas d'autres mots — de Skoura où les massifs de roses avoisinent le damier des champs en culture à l'ombre des grands arbres.

Nous avons fait notre saoul des casbahs abandonnées qui décrépissent avec les ans, faute d'entretien, telle celle du Gaoui qui vaut tous les décors de cinéma.

Nous nous sommes arrêtés sur les routes pour regarder les fossiles polis que vendent des enfants. Dans une ville dont j'ai oublié le nom, alors que mes compagnes et compagnons de voyage étaient partis marchander des tapis, je suis resté près du véhicule avec le chauffeur.

Bientôt, une nuée de garçons nous a entourés, Hicham et moi, se bousculant pour me demander de la menue monnaie, des crayons. Comme l'attente s'étirait, nous nous sommes retirés près d'un mur, de l'autre côté du véhicule. Évidemment, les enfants nous ont suivis.

Alors, pour les distraire et les empêcher de se chamailler, j'ai commencé à les faire compter jusqu'à dix en français, puis à leur apprendre des chansons. Hicham riait et les enfants aussi.

Jusqu'à la fin du voyage, Hicham, notre chauffeur toujours de bonne humeur, m'a donné du « Monsieur le professeur ». D'un air entendu, en souriant. Aux lèvres du désert.

Les Berbères

Les spécialistes s'entendent au moins sur un fait : les Berbères constituent davantage un groupe linguistique de six millions de personnes qu'un ensemble ethnique.

Tout comme les Kabyles d'Algérie et les Touaregs du nord du Sahara, les habitants des montagnes du Rif et de l'Atlas marocains en font partie.

Le tamazight, parlé par les Berbères du Maroc, dispose de son propre alphabet. Entre eux, les Berbères, quels qu'ils soient, s'appellent Imazighen, « hommes libres ».

Différences culturelles

« Le désert, pour les Arabes, est essentiellement le pays de la soif, des vastes étendues où l'on s'égare et où l'on périt. Il ne fait pas bon s'y trouver seul. Le désert des nomades et des Bédouins est un terrain de parcours, connu par les hommes de la tribu, dans lequel on sait où des puits ont été creusés, où, selon les saisons, les troupeaux pourront être mis au pâturage. Ce n'est pas une solitude, tout au contraire. » (Roger Arnaldez, Déserts-métaphores de la mystique musulmane).

Ziz

Ce mot veut dire gazelle. Une pétrolière a emprunté cette appellation et affiche ses enseignes lumineuses partout au pays. Vous ne pouvez les manquer. Mais, plus important encore, une gazelle est une femme. Combien de fois ai-je entendu : « Ah ! qu'elle est belle, ta gazelle... »

Essaouira

On dit Essaouira la Blanche. Longtemps, cette belle ville fortifiée, à une heure et demie de Marrakech, s'est alanguie au bord de la mer.

Appréciée pour son alizé et le parfum de ses fleurs par les ébénistes et les artisans travaillant le thuya, le cèdre et le citronnier pour en faire meubles et marqueteries, l'ancienne Mogador, celle qui fut le « port de Tombouctou », a vu en 2001 sa médina inscrite sur la liste du Patrimoine culturel mondial de l'UNESCO. Les guerres, l'activité navale, le commerce et le soleil qui se noie chaque soir dans l'océan ont marqué son histoire, son architecture et son urbanisme.

Essaouira est aussi connue pour ses coopératives d'huile d'argane à qui l'on attribue nombre de vertus thérapeutiques.

Ce sont des femmes berbères qui font tourner ces coopératives et vivre de la sorte leurs familles. L'une d'elles a d'ailleurs été « sponsorisée » par l'ambassade du Canada.

Les arganiers sont des arbres noueux et trapus qui se concentrent dans le Sud-Ouest marocain, autour d'Essaouira.

Les bergers y mènent leurs chèvres qui grimpent sur leurs branches — spectacle plutôt insolite... — pour manger des fruits ressemblant à des olives dont le noyau très dur procure la fameuse huile.

Les femmes font tout à la main : elles décortiquent le fruit, cassent le noyau, enlèvent la peau de l'amande contenue à l'intérieur ; celle-ci est ensuite traitée pour servir en cuisine, dans les soins de la peau et à divers autres usages.

Guides

- Maroc, Guide du Routard, Hachette : pas de photos ni de pages couleurs mais une solide documentation et beaucoup d'intéressantes suggestions pour des excursions et itinéraires, des lieux où loger et se restaurer à bons prix.

- Guide du Sahara, Guides Bleus, Hachette : une trentaine de pages de cette brique sont consacrées au Sud marocain. Toute la première partie du livre (175 pages) fourmille de judicieux conseils à l'intention des voyageurs tentés par une méharée ou de longues randonnées en quatre-quatre dans le désert.

Rêveries

- Désert, Autrement, Hors série no 5 : paru en 1983, ce numéro doit encore se trouver chez quelques bouquinistes. Les sous-titres donnent le ton : « Nomades, guerriers, chercheurs d'absolu ».

- Tableaux du haut Atlas marocain, Arthaud : ce livre-album, absolument splendide, révèle la passion de ses auteurs, Marie-Pascale Rauzier, Cécile Tréal et Jean-Michel Ruiz, pour une portion du monde qui se rapproche des cieux. Chaque page est un long voyage.

***

Renseignements

Office national marocain du tourisme, 1800, avenue McGill College, bureau 2450, Montréal H3A 3J6, % (514) 842-8112, www.tourisme-marocain.com.

***

Ce voyage a été réalisé grâce à la collaboration de l'Office national marocain du tourisme, de Royal Air Maroc et de la chaîne hôtelière Accor.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Articles
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012