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    Écosse - Inspirantes îles Hébrides intérieures

    10 août 2013 |Gary Lawrence | Voyage
    Des rues flanquées de coquettes maisons aux berges de la baie des Martyrs (ci-dessous), une aura de quiétude et de sérénité se dégage d’Iona, une des îles de l’archipel des Hébrides intérieures.
    Photo: Gary Lawrence Des rues flanquées de coquettes maisons aux berges de la baie des Martyrs (ci-dessous), une aura de quiétude et de sérénité se dégage d’Iona, une des îles de l’archipel des Hébrides intérieures.

    Une île sacrée qui tient lieu de nécropole pour les rois. Des forts vikings et des châteaux séculaires encore habités par des chefs de clan. Des décors naturels insensés, une faune abondante et bigarrée, des éléments souvent fantasques et, il va sans dire, des scotchs tourbés et iodés à souhait. Les Hébrides intérieures, c’est l’Écosse intacte, intense, intègre et à l’état pur.

     

    Il est environ 8 h du matin et je suis seul à arpenter Sràid nam Marbh, l’Allée des morts, sur la minuscule île d’Iona. Même si le ciel est dopé d’azur, même si le mercure se hissera bientôt jusqu’à 30 °C, il est encore trop tôt pour que s’animent la plupart des 150 âmes de cet austère caillou de 4,8 kilomètres. Tant mieux : l’aura de quiétude et de sérénité qui nimbe Iona n’en est que plus suave.

     

    Si l’Allée des morts est aujourd’hui flanquée de croquignolettes maisons de granit aux fenêtres gaiement peinturlurées, elle voyait jadis passer les convois funéraires entre Reilig Odhràin, le petit cimetière de l’abbaye, et la baie des Martyrs, dont les eaux émeraude lèchent des sables d’une surprenante finesse.

     

    Durant des siècles, c’est ce chemin pavé de dalles de marbre qu’empruntaient jusqu’à leur dernier repos les rois d’Écosse : 48 d’entre eux seraient inhumés à Reilig Odhràin, dont possiblement Macbethad, le Macbeth qui inspira Shakespeare et qui régna de 1040 à 1057.

     

    Depuis des lustres, cette île sacrée forme aussi un important lieu de pèlerinage sur les traces de saint Colomba, un prêtre irlandais venu s’établir ici en 563 - il y a 1450 ans cette année -, avant qu’il christianise l’Écosse et que ses disciples répandent sa foi partout en Europe.

     

    Quand Colomba essaya de construire une chapelle à Iona, on raconte que les murs tombaient sans cesse, vu la présence d’esprits malfaisants. La légende veut qu’Oran, disciple de Colomba, se soit alors fait enterrer vivant sous la chapelle pour exorciser les lieux, avant de revenir à la vie et de révéler que tout n’était pas si sombre de l’autre côté. Ce qui lui valut d’être enterré de nouveau, la bouche remplie de terre, à la demande de Colomba qui ne voulait pas que de telles révélations soient portées aux oreilles de ses ouailles…

     

    Des îles au souffle inspirateur

     

    L’Écosse est terre de légendes et les Hébrides intérieures n’y échappent pas. Dans ce vaste archipel amarré à la côte ouest écossaise, les îles rugueuses alternent entre rude beauté piquée d’aspérités, cadres dantesques et dramatiques mais aussi douces vallées flanquées de collines glabres dignes des Highlands. Le tout sur fond de mer, une mer tantôt d’huile, tantôt turbide, surtout dans le golfe de Corryvreckan, où certaines des marées les plus puissantes du monde forment un fascinant maëlstrom.

     

    Peuplé par les Celtes, envahi par les Vikings - un fort du IXe siècle subsiste à Ulva -, dominé par les Norvégiens, ce territoire insulaire était déjà habité il y a plus de 5000 ans, comme en font foi les cercles de pierre et les menhirs qui trônent sur Mull, notamment. De Gigha à Trodday en passant par Oronsay, Eorsa et Eigg, la plupart des Hébrides dégagent toujours des effluves puissamment évocateurs, et nombreux sont ceux qui espèrent y trouver la paix intérieure ou… un peu d’inspiration.

     

    Ainsi, George Orwell s’est retiré dans une ferme à Jura, en 1948, pour écrire 1984, tandis que William Turner, le peintre de la lumière, tenta de capter les clairs-obscurs embrumés de Staffa. Cette île presque irréelle est percée d’une véritable cathédrale naturelle d’orgues basaltiques (des piliers volcaniques), la grotte de Fingal, dont parle également Jules Verne dans Le Rayon vert. Et c’est en y écoutant le clapotis des eaux sur ses parois que Mendelssohn eut une révélation et qu’il composa sa célèbre Ouverture aux Hébrides.

     

    Plus récemment, l’extraordinaire péninsule de Trotternish, sur l’île de Skye, a servi de lieu de tournage à Prometheus, ce navet futuriste aux paysages fabuleux, tandis que Breaking the Waves, de Lars von Trier, a notamment été tourné à Neist Point, sur la même île.

     

    Peu habitées, souvent isolées, cerclées de falaises et ponctuées de lochs, les Hébrides forment aussi de véritables sanctuaires fauniques, surtout chez la gent ailée : on dénombre ainsi 250 espèces d’oiseaux à Islay et 300 à Mull, qui abrite la plus grande population d’aigles de mer au monde, dans l’un des cadres les plus éblouissants de l’archipel.

     

    Chère Mull

     

    « On ne vient pas à Mull pour se détendre : cette île évolue sous l’égide des forces de la nature, dit le guide Philippe Rigal. Ici, les éléments ne se reposent jamais, et les êtres humains sont portés par ces éléments. » Celui qui tient de si sages propos sait de quoi il parle : depuis 18 ans, cet immigrant français vit à Tobermory, ravissant petit port de pêche et chef-lieu de Mull.

     

    D’abord venu pour étudier les étranges dérèglements des champs magnétiques de Mull, cet ingénieur n’a jamais su repartir dans ses Alpes natales, envoûté par la pureté des paysages, retenu par les courants d’aimantation des lieux et leur rémanence. « Historiquement, il faut également dire qu’il existe une relation tendre entre Français et Écossais », ajoute le guide à temps partiel.

     

    Beaucoup d’artistes figurent parmi les 2600 habitants de cette île au relief éminemment varié, où se côtoient basalte noir, granit rose, sapinières olive et sommets arrondis aux verts tendres. « Chaque année, bien des gens en crise existentielle atterrissent aussi à Mull, dit Philippe Rigal. Mais la plupart repartent au bout de trois ans parce que l’hiver est dur : les journées sont courtes, les vents sont violents et les pluies torrentielles tombent à l’horizontale… »

     

    Heureusement que la distillerie de Tobermory, qui produit d’excellents scotches depuis 1798, permet de mieux supporter le difficile des mois sombres, sous de si hautes latitudes. « Si je passais l’hiver ici, je deviendrais vite alcoolique ! », lâche en esquissant un sourire Lachlan Maclean, 28e chef du clan éponyme, qui passe l’été dans son château de Duart.

     

    Érigé au XIIe siècle, ravagé au XVIIe par le clan rival des Campbell, Duart tomba à l’abandon avant d’être racheté, en 1910, par Fitzroy Maclean, arrière-grand-père de l’actuel occupant, qui l’a complètement retapé. Aujourd’hui, Duart est l’un des plus anciens châteaux encore habités d’Écosse.

     

    À l’intérieur, on peut accéder à l’ancienne forteresse aux murs colossalement épais avant de monter à la grande salle où trônent les portraits de plusieurs générations de Maclean, pour ensuite gagner le toit du donjon, d’où on a une vue éblouissante sur Mull, son détroit et les Highlands qui se profilent au loin.

     

    Tous les cinq ans, Duart voit converger des centaines de membres de la famille Maclean venus de partout dans le monde pour prendre part à un grand rassemblement. Mais lors de la prochaine réunion, en 2017, le statut de Duart pourrait bien avoir changé : plus de trois siècles après être tombé aux mains des forces royalistes du clan Campbell, se pourrait-il qu’il entre dans la légende en devenant plus que jamais écossais, après le référendum sur l’indépendance qui aura lieu l’an prochain ?

     

    « C’est difficile à dire, note Lachlan MacLean. L’Écosse est déjà presque en faillite, alors ceux qui voteront avec leur tête choisiront de demeurer en Grande-Bretagne et ceux qui voteront avec leur coeur opteront pour l’indépendance… »

     

    Autres aspirations nationales, mêmes préoccupations vitales, serait-on tenté d’ajouter.


    ***

    En vrac

    Y aller. La meilleure façon d’aborder les Hébrides, c’est par la mer, comme l’ont fait ses premiers habitants. Deux fois par année, parfois plus, un yacht de croisière de la Compagnie du Ponant y fait escale, que ce soit lors de la croisière celtique Lisbonne-Reykjavik ou à l’occasion d’un périple autour des îles britanniques via le nord de l’Écosse.

    Transport aérien. L’aéroport international le plus près des Hébrides intérieures est celui de Glasgow, qu’on peut gagner depuis Montréal via Londres ou Amsterdam (avec British Airways ou KLM), ou en vol direct depuis Toronto sur Air Transat, jusqu’en octobre. Ensuite, il ne reste plus qu’à prendre le traversier depuis Oban, Lochaline ou Kilchoan. 

    Meilleure saison. Surtout en juillet et en août, mais aussi en mai, juin, septembre et octobre, le climat étant tempéré grâce au Gulf Stream… bien qu’il puisse se faire très changeant, surtout au printemps et à l’automne. Le mois d’août est le plus propice à l’observation des baleines de Minke, voire des baleines à bosse et des cachalots, notamment au large de Mull et de Tiree. whaledolphintrust.co.uk En octobre, l’île accueille aussi le Tiree Wave Classic, une compétition internationale de planche à voile. 

    Distiller son scotch. La Whisky Academy de la distillerie Bruichladdich, à Port Charlotte (Islay), propose des stages de cinq jours pour apprendre la fabrication du célébrissime whisky écossais. 

    Guides. Le Lonely Planet Écosse, publié en français en 2013, comporte des sections détaillées sur les Hébrides intérieures et extérieures. 

    Renseignements : visitscotland.com. Pour une galerie de photos additionnelles et des vidéos.


     

    Collaborateur

    Des rues flanquées de coquettes maisons aux berges de la baie des Martyrs (ci-dessous), une aura de quiétude et de sérénité se dégage d’Iona, une des îles de l’archipel des Hébrides intérieures. Deux vaches Highland prennent le frais à Mull, une île au relief éminemment varié, où se côtoient basalte noir, granit rose, sapinières olive et sommets arrondis aux verts tendres.  Le château de Duart est l’un des plus anciens encore habités d’Écosse. Certaines parties sont accessibles au public.  Les scotches de Tobermory permettent de mieux supporter l’hiver dans l’archipel...
     
     
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