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Tourisme Pérou - Fouilles dans les méandres du temps

Cinq sites archéologiques construits par des civilisations méconnues

13 avril 2013 | Sylvain Leclerc | Voyage
Un visiteur devant les colonnes de Las Falconidas, l’entrée principale du temple au complexe archéologique Chavín de Huantar, à 460 kilomètres au nord-est de Lima. L’endroit est notamment reconnu pour ses cabezas claves, d’impressionnantes têtes rocheuses animales humanisées protégeant le site des mauvais esprits (photo du bas)
Photo : Agence France-Presse Ernesto Benavides Un visiteur devant les colonnes de Las Falconidas, l’entrée principale du temple au complexe archéologique Chavín de Huantar, à 460 kilomètres au nord-est de Lima. L’endroit est notamment reconnu pour ses cabezas claves, d’impressionnantes têtes rocheuses animales humanisées protégeant le site des mauvais esprits (photo du bas)
L’histoire précolombienne du Pérou ne se résume pas à la civilisation inca. Conquis par les Espagnols, les Incas sont plutôt les derniers d’une longue lignée de sociétés ayant occupé ces grandioses contrées désertiques et montagneuses. Empruntons ici un itinéraire différent du classique Lima -Cuzco -Machu Picchu -lac Titicaca et dirigeons-nous au nord de la capitale, à la rencontre de cinq lieux mythiques construits par autant de civilisations méconnues, et dont plusieurs artéfacts sont actuellement présentés au Musée des beaux-arts de Montréal, dans le cadre de l’exposition Royaumes du soleil et de la lune.

Caral. Identifiée par les archéologues comme la plus vieille ville des Amériques, Caral, de la civilisation du même nom, a été fondée il y a 5000 ans. Cette cité, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2009, a été découverte par l’archéologue péruvien ne Ruth Shady en 1994.


Depuis le début des fouilles, deux ans plus tard, six pyramides trapézoïdales, six secteurs résidentiels, trois temples et deux places publiques, ensevelis par le sable de la côte désertique soufflé dans la vallée du Supe pendant des siècles, ont été découverts (Caral est à 23 kilomètres de la côte). Les deux structures les plus imposantes et spectaculaires sont sans contredit la pyramide Mayor et El Templo del Anfiteatro.


La cité, qui s’étend sur plus de six kilomètres carrés doit sa remarquable conservation à son abandon précoce et à sa découverte tardive. Son développement s’est échelonné entre 3000 et 1800 avant J.-C. Les experts jugent qu’environ 40 % du site a été excavé à ce jour. Ces derniers ne prévoient pas déterrer de nouvelles structures majeures ; les recherches futures seront plutôt destinées à excaver celles existantes à la recherche d’artéfacts permettant de mieux comprendre la civilisation.


Malgré la richesse historique du site, Caral est peu achalandé par les touristes. Lors de notre visite, à peine quelques dizaines de personnes découvraient ce tableau surréel.


Chavin de Huantar. Complexe religieux de la civilisation chavín, Chavín de Huantar est le dernier site large existant du peuple ayant prospéré dans la vallée Conchucos, au sud-est de la Cordillera Blanca, entre 1500 et 300 avant J.-C. Situé à 3200 mètres d’altitude, le site est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1985.


Si Caral est la première preuve de sédentarité au Pérou, Chavín de Huantar est son équivalent en matière d’unification religieuse et d’iconographie artistique. Ceux qui s’y rendent peuvent admirer deux temples - l’ancien et le nouveau - et deux places - une circulaire et une quadrangulaire creusée dans le sol -, de même que des bas-reliefs omniprésents, essentiellement caractérisés par des représentations animales (jaguar, serpent, condor).


Moment fort de la visite, la promenade dans les sombres corridors des temples permet notamment d’aller à la rencontre de la stèle de Lanzon, un monolithe de granite sculpté sur trois faces de cinq mètres de hauteur. Symbole de fertilité, de dualité et d’interaction humaine avec la nature, craint des Chavin, le dieu est représenté par un visage humain au large sourire et coiffé de serpents.


Parmi les autres icônes d’importance construites sur le site, on retrouve notamment une réplique de la stèle de Raimondi (l’original est au Musée national d’archéologie et d’histoire de Lima). La stèle est une plaque de granite de trois mètres représentant un dieu souriant tenant deux bâtons et dont la coiffure est, à l’instar de Lanzon, composée de serpents.


Huantar est également reconnu pour les cabezas claves, une série de 56 impressionnantes têtes rocheuses animales humanisées, soutenant les murs des temples et protégeant le site des mauvais esprits. Aujourd’hui, une seule tête siège à son emplacement initial, ornant la face sud du vieux temple. Plusieurs ont été détruites ; d’autres sont exposées au musée adjacent au site (une de ces têtes est même présentée au MBAM).


Sipan


Les tombeaux des rois Sipan, de la civilisation Moche, qui ont vécu près de l’actuelle ville de Chiclayo, n’ont été découverts qu’en 1987, alors que cette société a peuplé la région entre 100 et 800.


La découverte de l’archéologue péruvien Walter Alva est ce qu’on pourrait qualifier de miracle des temps modernes. Quelques tombes du complexe avaient été pillées au fil des ans, mais les voleurs n’avaient jamais réussi à atteindre les tombeaux royaux, enfouis plus profondément. La surprise fut donc totale quand Alva a découvert, intact, le premier des deux tombeaux royaux excavés à ce jour.


Le site, entouré à perte de vue de champs de canne à sucre, héritage direct des Moche qui ont conquis cette portion désertique en construisant un impressionnant réseau de canaux à des fins agricoles, est composé de trois constructions majeures : un temple, un palais et les tombeaux. Les visiteurs n’ont accès qu’à ces derniers. Outre les tombeaux royaux, ceux de prêtres et d’autres proches du pouvoir sont également exposés au public. Une visite frappante qui permet de bien saisir l’importance qu’accordaient les Moche à la dualité de la vie en fonction du positionnement d’objets dans les tombeaux.


Les Moche avaient également une fascination pour l’or, la région regorgeant de la précieuse ressource. Se basant sur les objets trouvés in situ, les archéologues estiment que le roi, à qui les ornements dorés étaient principalement destinés, pouvait porter sur lui jusqu’à 30 kilogrammes d’or lors de cérémonies officielles. Le contenu des tombeaux découverts par Alva est exposé à l’impressionnant Museo Tumbas Reales de Sipan, en banlieue de Chiclayo, dont l’une des pièces de résistance est un collier en or pur de 3,5 kilogrammes !

 

Kuelap


Citadelle fortifiée de la civilisation Chachapoyas, Kuelap a été construite au IXe siècle dans l’inaccessible vallée de l’Utcubamba. Surnommée « l’autre Machu Picchu » en raison de son emplacement au faîte d’une montagne, Kuelap se démarque toutefois de sa cousine inca sur quelques points. Elle se retrouve sur le plus haut sommet des environs (alors que le Machu est entouré de cimes plus élevées), à 3000 mètres d’altitude (contre 2400 pour le Machu), et est pratiquement ignorée des touristes, accueillant en un mois le nombre de visiteurs à la cité inca en une journée !


Malgré le faible achalandage, Kuelap est l’une des ruines précolombiennes les plus impressionnantes d’Amérique du Sud. Après un trajet de trois heures sur une route hostile depuis la ville de Chachapoyas, le visiteur est frappé par l’immensité du site au premier contact, accueilli par un mur de 20 mètres de hauteur ceinturant la cité de 600 mètres de long et 110 de large.


On comprend ainsi pourquoi les Chachapoyas, grâce à leur imprenable construction, ont résisté aux assauts ennemis pendant plus de six siècles. Une fois dans la citadelle, la vue des monts avoisinants est tout simplement à couper le souffle. À condition de bénéficier d’une journée claire. Les Chachapoyas ayant été surnommés « le peuple des nuages », une visite dans un épais brouillard n’est pas à exclure.


Brouillard ou non (ce dernier ne fait qu’ajouter au mysticisme du site), l’intérieur de Kuelap n’en est pas moins spectaculaire : plus de 400 maisons circulaires construites sur quatre niveaux (en fonction du rang social), protégées et cachées par une végétation luxuriante ayant repris sa place au fil des siècles. Un décor sauvage et rude, à l’opposé du Machu où chaque morceau de verdure est minutieusement nettoyé.

 

Chan Chan


Capitale impériale du peuple Chimu, qui a occupé la désertique côte nord-ouest du Pérou (près de l’actuelle Trujillo) entre 850 et 1470, Chan Chan a été la plus grande ville à l’architecture en terre (adobe) de l’Amérique précolombienne.


Ayant développé d’impressionnants systèmes industriel, agricole et de gestion d’eau pour surmonter les rigueurs du désert (notamment la construction d’un complexe canal d’irrigation de 80 kilomètres en provenance des rivières Moche et Chicama, respectivement au nord et au sud de la cité), les Chimu ont réussi à faire vivre jusqu’à 100 000 personnes dans cette cité de 20 kilomètres carrés, avant de tomber aux mains des Incas au XVe siècle.


La zone monumentale, au coeur de la cité, comprend neuf citadelles ou palais rectangulaires délimités par d’épaisses et hautes murailles en boue séchée. À l’intérieur de ces constructions, dont le palais Nikan est la manifestation la plus imposante avec sa muraille de 440 mètres de long par 320 mètres de large, on retrouvait nombre d’espaces libres (plateformes funéraires, temples, habitations, réservoirs d’eau) pour les citadins. L’impressionnant site a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1986.


En vrac


Air Canada relie Toronto à Lima en huit heures. Prévoir environ 1000 $ pour un aller-retour. Pour les vols intérieurs, Lan et Taca sont les deux principaux transporteurs. Pour le transport en autobus, Cruz del Sur, Movil Tours et Ormeno sont les compagnies les plus fiables.


La haute saison s’étend de juin à août (c’est l’hiver dans l’hémisphère Sud : prévoir des températures plus froides, surtout en altitude). Entre septembre et novembre, le temps est plus chaud et il y a moins de touristes (une excellente période pour visiter le pays). En montagne, la saison des pluies s’étend de décembre à mars. La côte, désertique, n’est pas affectée par la pluie (période idéale pour visiter Lima).


Le nord du Pérou est beaucoup moins visité que le sud par les étrangers. Nourriture, hôtels et souvenirs y sont généralement moins chers.


Le guide Lonely Planet (français ou anglais) détaille très bien le nord du pays et les sites archéologiques dont il est question dans cet article.


L’exposition Royaumes du soleil et de la lune, au Musée des beaux-arts de Montréal, prend fin le 16 juin 2013.


Renseignements sur le Pérou


 

Collaboration spéciale

Un visiteur devant les colonnes de Las Falconidas, l’entrée principale du temple au complexe archéologique Chavín de Huantar, à 460 kilomètres au nord-est de Lima. L’endroit est notamment reconnu pour ses cabezas claves, d’impressionnantes têtes rocheuses animales humanisées protégeant le site des mauvais esprits (photo du bas) <div>
	Des visiteurs sont juchés au-dessus de l’accès principal du site archéologique Kuelap, citadelle fortifiée de la civilisation des Chachapoyas.</div>
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	Reconstitution du personnage du roi Sipan, de la civilisation des Moches, et des ornements en or qu’il portait.</div>
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	Les escaliers de l’un des amphithéâtres de Caral, de la civilisation du même nom, la cité la plus ancienne d’Amérique, âgée de 5000 ans.</div>
Une décoration murale à l’intérieur du palais Nikan de Chan Chan, capitale impériale du peuple chimu.
 
 
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