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    Tourisme Turquie - Mémoires grecques en bord de mer

    10 novembre 2012 |Geneviève Tremblay | Voyage
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	D’une capacité de 10000 places, le théâtre de Pergame est unique en son genre puisqu’il fut construit en hauteur, à flanc de colline, pour profiter de la vue sur la vallée environnante.</div>
    Photo: Geneviève Tremblay Le Devoir
    D’une capacité de 10000 places, le théâtre de Pergame est unique en son genre puisqu’il fut construit en hauteur, à flanc de colline, pour profiter de la vue sur la vallée environnante.
    C’est un pays à l’histoire alambiquée, posé en équilibre sur les rebords de deux continents millénaires. Si, dans ses mosquées et ses déserts du sud-est, l’Arabie n’est jamais loin, sur sa côte étincelante de l’ouest, entre Méditerranée et mer Égée, le voyageur mélancolique peut remonter la Turquie siamoise, celle des vestiges et des dédales grecs où le temps hellène a déposé des beautés.

    Fethiye — On arrive à Kayaköy par un chemin à flanc de montagne qui ondule entre de grands pins odorants et un tapis d’aiguilles fauves. Dans le dolmus silencieux à moitié vide attrapé sur un trottoir du joli port de Fethiye, quelques voyageurs somnolent malgré les brusques virages négociés à la turque — quand la route débouche enfin. Et c’est avec stupeur que l’on accueille le panorama de milliers de bâtisses immobiles qui gisent sur un versant de colline depuis près d’un siècle.


    Le village autrefois grec de Kayaköy a été abandonné par ses habitants vers 1923, au terme d’un douloureux échange de population entre la Grèce et la Turquie après la guerre d’indépendance turque. Des milliers de musulmans grecs et de chrétiens turcs ont dû renoncer à leur terre natale et transiter vers le pays voisin, laissant tout derrière — comme ici. C’est pour symboliser la paix entre les deux nations qu’Ankara a fait de ce « village fantôme » un musée national à ciel ouvert, dont les vestiges de pierre sont aujourd’hui laissés au vent et à la végétation.


    D’ailleurs, personne, ou presque, n’escalade les sentiers inégaux par cet après-midi de chaleur écrasante, sinon une poignée de chèvres qui se promènent entre les maisons aux murs érodés. Une quinzaine de chapelles au toit rond, deux écoles et deux superbes églises — dont on distingue encore les fresques colorées et les planchers de mosaïque — peignent un tableau saisissant de l’ancienne Levissi, son nom grec d’origine. Même endommagée par le tremblement de terre qui a secoué la région de Fethiye en 1957, Kayaköy reste curieusement digne dans son silence.


    Pour ajouter au surréalisme, deux chapelles solitaires montent la garde, chacune sur son bout de montagne, où l’on grimpe pour admirer la vue dans le vent frais venu de la mer. Nul doute possible, c’est bel et bien une paix qu’on vient chercher ici, loin de l’affluence des stations balnéaires de la Riviera turque.


    Kabak, la perdue


    La paix, mais aussi la mer. Élégamment baptisée deniz en turc, elle se peinture dans le coin des yeux à chaque tournant de la route en têtes d’épingle jusqu’à Kabak, où l’asphalte fait place à des sentiers de terre qui débouchent sur une plage quasi déserte. Suspendu au creux des montagnes, à une heure au sud de Fethiye, ce minuscule hameau aligne de petits potagers et des cabanes de bois rond, où jeunes écolos et adeptes de yoga viennent regarder passer le temps en buvant du çay.


    Une jeune Albertaine fuit justement le vacarme de Toronto en louant un bungalow sous les arbres pour quelques jours, avec l’idée de parcourir un tronçon de la voie lycienne. Ce chemin sauvage, qui ratisse 500 kilomètres de côte entre Fethiye et Antalya et où s’éparpillent les ruines de l’ancienne Lycie, traverse la végétation en terrasses de Kabak pour surplomber les eaux turquoise de la vallée des Papillons. Il faut bien un brin d’aventure, rigole Michelle, tant Kabak est tranquille - mais elle ne marchera pas longtemps, le vertige ayant eu raison d’elle.


    Possiblement originaires de Crète, une île grecque de la Méditerranée, les Lyciens ont laissé derrière eux nombre de cités éparpillées, célèbres pour leurs tombeaux rupestres — dont deux postés à l’entrée de Kayaköy, qui dateraient du IVe siècle avant Jésus-Christ.

     

    Véritables paradis du randonneur, les sentiers de la voie lycienne sont balisés par deux traits de peinture à même les pierres et rallient entre autres les ruines de Patara et de Xanthos, l’ancienne capitale de la Lycie, classée avec sa voisine Létoon au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Ceux qui voudront voir jusqu’aux vestiges les plus reculés devront toutefois sillonner la côte et la campagne en voiture, le très bon réseau d’autobus et de dolmus turcs ayant ses limites.

     

    Sage Pergame


    Bien moins achalandée que sa rivale Éphèse, Pergame vit dans l’atmosphère tranquille de la campagne où elle se terre, à quelque 450 kilomètres au nord de Fethiye. Il règne dans ses rues un mélange de camaraderie turque et d’élégance grecque, l’acropole juchée sur la montagne ne quittant jamais l’horizon — où que l’on regarde.


    Grâce au petit plan remis par l’office du tourisme, on peut marcher jusqu’au téléphérique, à environ un kilomètre du centre, pour rallier le sommet en épargnant ses mollets. Il faut ensuite flâner sans se presser dans les ruines de l’acropole, parmi les monceaux de marbre blanc du temple de Trajan et sur les sièges raides de l’amphithéâtre, construit en à-pic sur le flanc de la montagne. La vue sur la vallée en contrebas est majestueuse, et pour ne rien perdre du paysage, mieux vaut redescendre jusqu’à la ville par le petit sentier en paliers envahi par les foins, au bout duquel se cache un très beau gymnase antique.


    Autre curiosité de Pergame : son Asclépiéion, un centre médical romain d’origine grecque très réputé, où affluaient les malades pour enchaîner les bains, lavements et autres potions promettant la guérison. Le site est étonnamment bien préservé et on peut arpenter autant l’ancienne voie commerçante, longue d’un kilomètre, que le couloir souterrain menant à l’impressionnant temple de Télesphore.


    N’écoutez pas les guides de voyage : les deux sites se font très bien à pied dans la même journée, et pour ajouter au plaisir, vous risquez de rencontrer en chemin d’affables paysans qui font un bel honneur à la courtoisie turque.

     

    Le dédale d’Ayvalık


    Il faut avaler quelques kilomètres de plus au bord des champs de vignes et d’oliviers pour arriver dans la très égéenne Ayvalık. Avec ses toits de tuiles orangées et ses mosquées aux murs blancs, la ville a des airs de la Grèce toute proche — l’île de Lesbos est ici à une heure et demie de ferry. C’est presque avec un sursaut que l’on entend retentir l’un des cinq appels à la prière quotidiens, tant on est ici en terres mitoyennes.


    D’ailleurs, on s’arrête à Ayvalık moins pour son port de pêche que pour sa vieille ville grecque, un dédale où se chevauchent d’anciennes églises orthodoxes et de petites maisons pastel émaillées de volets blancs. De très belles pansiyons ont élu domicile dans d’authentiques demeures grecques, pour certaines plus que centenaires, où l’on marche pieds nus sur d’épais tapis et où l’on peut déguster le kahvaltı (petit-déjeuner turc) avec vue sur la mer. Au menu : olives fraîches, concombre, oeuf dur, fromage de brebis, çay, confitures maison et pain tranché, que l’on plonge avec extase dans la belle huile d’olive claire qui fait la renommée de la ville.


    À parcourir à pied les rues serrées dans le roucoulement des pigeons, sans autre repère que le bleu de la mer Égée qui apparaît parfois dans une ruelle plus pentue, le voyageur peut aisément s’imaginer la douloureuse tranche d’histoire récente. Car le mouvement de population des années 20 n’a pas épargné Ayvalık et l’île de Lesbos, même si les deux peuples auraient ici un peu moins souffert du déracinement étant donné leur proximité culturelle et géographique.


    Au discret Tarlakusu Gurmeko, un café-coopérative de la vieille ville, la tenancière parle justement d’une « culture égéenne » propre à cette côte siamoise qui fut longtemps sous domination grecque. Femme courtoise et engagée, elle illustre cette fraternité avec sa pâtisserie du moment, un mélange de zucchinis, de fromage et d’huile d’olive qui n’apparaît pas au menu et qu’elle propose avec fracas à l’ensemble des clients, depuis sa cuisine grande comme un mouchoir de poche.


    Même si la ville reste prisée des touristes, ce sont surtout des couples et des familles turcs que l’on croise dans les rues commerçantes et sur le petit port, où l’on peut prendre un bateau à moteur qui rejoint en une quinzaine de minutes l’île d’Alibey toute proche — ou Cunda, comme on l’appelle ici. C’est la banlieue calme de la ville, un petit refuge.


    Car là-bas, sur les hauteurs du village, loin de la marina bondée, des chats flânent sur les pavés ondulés et des vieillards regardent la télévision derrière des rideaux blancs crochetés. La vieille église Taksiyarhis, fendue par le tremblement de terre de 1944, se refait une beauté, comme sa jumelle d’Ayvalık, à grand renfort d’échafaudages. Et il y a encore ces volets blancs, ces mêmes murs aux jolies couleurs, avec cependant une atmosphère relâchée, plus insulaire.

     

    Troie, l’ancêtre


    Impossible de ratisser la côte sans s’arrêter à Troie, dont un épisode de la guerre légendaire a été consigné par le poète grec Homère dans son Iliade — une guerre à laquelle les Lyciens auraient même participé en tant qu’alliés du roi Priam. Posée au confluent de trois mondes anciens et de deux continents, ressuscitée huit fois, Troie symboliserait à elle seule la naissance de la civilisation occidentale.


    De ce site mythique, lui aussi classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, il ne reste toutefois qu’une poignée de pierres gisant sur un petit vallon, à cinq ou six kilomètres du détroit des Dardanelles. Les quelque 4000 ans d’histoire, que l’on parcourt à pied dans les boucles du sentier et le vent doux, se font heureusement plus concrètes sur les parois d’une haute tranchée, au centre du site, où s’alignent les couches archéologiques des neufs cités. Et cela, même si une bonne partie des ruines ont été passablement endommagées, au XIXe siècle, par les fouilles hâtives de l’archéologue Heinrich Schliemann.


    Histoire complexe oblige, mieux vaut lire avec soin les panneaux explicatifs ou apporter son propre livre d’histoire — on peut ainsi mieux s’imaginer la splendeur passée du temple d’Athéna, construit à l’époque de Troie IX, et celle des multiples remparts, portes et sanctuaires bâtis les uns sur les autres, siècle après siècle.


    C’est la tête dans les nuages qu’on retourne jusqu’à Çanakkale, agréable ville estudiantine où l’on a déposé ses bagages le temps d’un détour à Troie. Le trajet sinueux passe par des villages immobiles comme poussés à travers champs, où des Turcs souriants saluent notre passage sur leur chemin vers la mosquée. Car, oui, on est bien ici en terres musulmanes… Mais ça, c’est un autre voyage.


    En vrac


    Transport. Le réseau d’autobus turc est développé, ponctuel et efficace, surtout sur la côte ouest. Les distances sont parfois très longues, d’où l’intérêt des trajets de nuit. De bonnes compagnies: Metro, Pamukkale et Kamil Koç. Pour les courtes distances, le dolmus (sorte de taxi collectif) est bon marché et permet de côtoyer les locaux.


    Cuisine. À goûter sur la côte de la mer Égée, en plus des fabuleux plateaux de mezze turcs: l’huile d’olive, le fromage de brebis et les confitures d’orange. Les lokantas, de petits restaurants familiaux, servent des plats savoureux pour une bouchée de pain.


    Argent. La lira turque est encore relativement bon marché, bien que les prix montent. Pour les aventuriers, 80 liras par jour (environ 40 dollars) permettent de vivre confortablement. Les banques ne manquent pas, il est donc possible de retirer de l’argent presque partout.


    Hébergement. Les hôtels peuvent être quelconques et impersonnels, aussi est-il mieux de leur préférer les pansiyons, sortes d’auberges chez l’habitant où l’on discute avec des voyageurs autour d’un copieux petit-déjeuner.


    Information. Il est bon de fureter sur le portail du tourisme turc: goturkey.com. Un exemplaire du guide Lonely Planet est toujours utile... Et pour suivre la situation géopolitique, consulter le site du ministère canadien des Affaires étrangères: voyage.gc.ca.

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	D’une capacité de 10000 places, le théâtre de Pergame est unique en son genre puisqu’il fut construit en hauteur, à flanc de colline, pour profiter de la vue sur la vallée environnante.</div>
Les planchers de mosaïque et les murs pastel de l’une des deux anciennes églises orthodoxes grecques de Kayaköy. Les rues tranquilles et colorées de la vieille ville grecque d’Ayval?k forment un véritable dédale où il fait bon se perdre par un après-midi ensoleillé. Sur la modeste terrasse de Mamma, à Kabak, on peut déguster le çay et des gözleme fraîches, cuites sur le poêle d’à-côté, avant de descendre vers la plage déserte.
     
     
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