Tourisme Ontario - Toronto à vélo
Il y a quelques semaines, un magazine canadien rapportait que les deux tiers de la population du Grand Toronto estiment que les déplacements quotidiens portent préjudice à leur qualité de vie. Un sondage, ma foi, pas très surprenant, surtout lorsqu’on sait que les Torontois passent en moyenne 80 minutes par jour dans les transports — soit le temps requis pour préparer, puis savourer chaque minute de la cuisson d’un croustillant aux bleuets et aux pommes, version encore plus santé (minu.me/6la6), ou pour revoir Michael Douglas sauter un plomb dans Falling Down (en retranchant 33 minutes).
C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles le vélo s’impose de plus en plus dans les déplacements, partout à Toronto. Autour de l’université, du Kensington Market, du Chinatown ou de la Petite Italie, les proprios accrochent leur bicyclette au moindre poteau, à la moindre clôture.
Les vélos s’empilent, s’abandonnent, se foutent bien de prendre trop de place sur le trottoir, ce qui leur vaut parfois une baffe dans les flancs par des passants irrités.
Au cours de la dernière décennie, Toronto a connu une légère augmentation du pourcentage de cyclistes, passant de 48 % en 1999 à 54 % en 2009. Son objectif de 2001 d’avoir plus de 1000 kilomètres de réseau cyclable n’a été qu’à moitié réalisé (460,4 kilomètres en 2011), mais la Ville fait ce qu’elle peut, avec à sa tête un maire qui considère que les cyclistes sont « a pain in the ass » pour les automobilistes et un fossé béant entre la mentalité des banlieues et celle du centre-ville.
Mais comme les tramways et les autobus poireautent sur les grandes avenues à cause de la densité de la circulation et des travaux routiers, la bicyclette devient une séduisante option pour préserver sa fragile joie de vivre.
Sur le site Internet de la Ville de Toronto, sous l’onglet « Bicycle Friendly Street », il est inscrit que « toutes les rues de Toronto sont cyclables ». Avec raison : partout, les vélos circulent, sur les artères les plus achalandées autant que dans les rues de quartier.
La preuve de l’engouement pour ce transport alternatif est visible sur les balcons des maisons du centre-ville, encombrés de bicyclettes — hiatus mode, les Torontois semblent d’ailleurs avoir un faible pour les modèles vintage rehaussés de selles britanniques Brooks.
Les chanceux ont même des supports à vélo sur certaines routes de la Toronto Transit Commission (TTC) et la Ville prévoit en installer sur tous les autobus du réseau d’ici la fin de l’année. Comble de convivialité : en dehors des heures de pointe, les chauffeurs permettent même d’embarquer sa bicyclette à bord si le porte-vélos affiche complet.
Notre Bixi fait un tabac chez les voisins depuis son implantation en mai 2011 ; ces 1000 vélos sont disponibles à longueur d’année et les associations cyclistes locales sont à genoux pour qu’on ajoute d’autres engins à la flotte (Montréal en offre 5120). Des touristes font même traverser Bixi sur les îles de Toronto pour une balade de quelques heures, par ailleurs un paradis pour cyclistes puisque les voitures y sont interdites sur les routes.
Autour de Queen West, j’exagère à peine en disant que chaque coin de rue a sa boutique de location et de réparation de vélos, raison pour laquelle le cyclotouriste peut apporter sa propre monture en toute confiance dans la grande ville.
Transportation Options, un organisme à but non lucratif qui multiplie les initiatives pour favoriser le transport alternatif en voyage, a fait une campagne de sensibilisation auprès des hôteliers ontariens — il s’attaquera bientôt à l’imposante Toronto — afin qu’ils prévoient un endroit sécuritaire pour entreposer les vélos. En saison, certains établissements mettent même des bécanes à la disposition de leurs invités.
Bien qu’il soit moins paisible de rouler à Toronto qu’à Boston ou à Québec, les habitués des déplacements à vélo dans les grands centres urbains tels que Montréal, Paris ou New York ne seront pas dépaysés de partager la route avec des automobilistes ; le terrain de jeu y est relativement plat et en dehors des réseaux cyclables, il faut parfois jouer du coude et gueuler un brin pour se faire une place, comme le fait tout citadin.
Les Torontois pédalent 24/24, leur boston terrier aux trousses, un abat-jour ou des plants de pétunias suspendus aux guidons en pleine Bloor Street. J’ai même vu un casse-cou multitâche rouler sur Queen West en textant, fiston endormi sur son siège arrière. Une mère rencontrée à une intersection m’a avoué faire l’épicerie familiale sur deux roues, sans discrimination pour l’eau de javel et le détergent à lessive.
Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour préserver sa joie de vivre.
En vrac
Via Rail met à la disposition des cyclotouristes un wagon à vélos durant la belle saison. Ainsi, de la maison on peut littéralement rouler jusqu’à la gare la plus près (Jonquière, Senneterre, Québec, Montréal, Ottawa, Windsor), enregistrer sa compagne sur roues moyennant 20 $ à l’aller et autant au retour, puis sortir à l’Union Station de Toronto. Le plus beau : pas même besoin de la démonter et de la mettre en boîte ; Via prend notre bicyclette telle quelle. Et un boni : une fois en Ontario, le service Bike Train permet de donner une longueur d’avance aux touristes qui veulent visiter la région du Niagara à bicyclette. viarail.ca/fr/velo, biketrain.ca.
Savourer un latte ou se donner un boost espresso dans les cafés qui aiment les vélos. Dans son couloir garance, Jet Fuel Coffee Shop (519 Parliament Street) sert un puissant carburant et derrière le comptoir sont exposés les maillots de l’équipe sportive cycliste de ce chouette café. Voilà l’esprit ! On prend une pause italienne au tout mini The Slow Room, un garde-robe vitré qui accompagne ses mixtures caféinées de sandwichs au capicollo. Remarquez, près de l’entrée, le panache en selle de vélo et guidon. Chou (874 College Street). Si vous passez au Corner Cafe Bistro du Drake Hotel, levez les yeux au plafond après avoir commandé votre biscuit aux pépites de chocolat et bacon : les luminaires sont sculptés à partir de cadres de bicyclette (1150 Queen Street West).
Prendre un verre dans l’un des estaminets de Rachel Conduit. Cette fana de vélo, qui, selon la rumeur, va chercher ses bières en tricycle, tient The Avro, relax débit au look aviateur (750b Queen Street East). Une thématique spéciale tous les soirs : du « Apportez votre vinyle » à la soirée « Motifs écossais ». Elle ouvrira quelque part cet été le HandleBar près du Kensington Market, un autre repère sans prétention très attendu de la faune locale.
Dormir au coolissime Drake Hotel. Ce repère à forte connotation culturelle, icône de la nightlife et de la hipsitude, tient des soirées qui font courir les stars du globe et les banlieusards du 905 et sert les plus savoureux cocktails en ville. Il n’y a peut-être pas d’endroit pour remiser en sécurité son vélo (-1 point), mais son jeune personnel utilise, ô joie, les transports alternatifs. Lorsque ma chaîne de bicyclette s’est sévèrement coincée dans mon dérailleur, Craig, samaritain préposé au quart matinal de la réception et fervent « bicycleux », est venu à la rescousse avec son tournevis à tête plate. « C’est mon travail de me salir les mains », a-t-il prétexté, taché d’huile jusqu’aux aisselles. L’argent et le lubrifiant : même combat. Par ailleurs, l’hôtel offre une fine sélection de films érotiques en DVD.
Dénicher l’une des 100 000 cartes des routes cyclables que publie la Ville chaque année. Pour d’autres informations sur les infrastructures, les événements mensuels liés au vélo, les balades.
Suivre les conseils et les suggestions du guide Ulysse sur Toronto pour élaborer le voyage.
Planifier son séjour avec le nouvel ajout du site de Tourisme Toronto. D’autres sites utiles pour les visiteurs qui voudraient prendre Toronto par le guidon : Bixi Toronto ; Toronto Bicycling Network ; Community Bicycle Network ; Waterfront Trails :.













