Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Tourisme - L’aventure autochtone

23 juin 2012 | Lio Kiefer | Voyage
L’organisme Les Amis du Mushuau-nipi offre des séjours pour vivre à la façon des Innus, en août et septembre, au Nunavik.
Photo : François Léger-Savard Tourisme Autochtone Québec L’organisme Les Amis du Mushuau-nipi offre des séjours pour vivre à la façon des Innus, en août et septembre, au Nunavik.
Plusieurs pays du monde proposent du tourisme autochtone : Suède, Finlande, Australie, Nouvelle-Zélande, Mongolie, États-Unis et Canada sont sur les rangs. Tourisme de légendes enfantines ou de rumeurs adultes, tourisme du passé ou du futur…

Transposons-nous 30 ans en arrière. C’était le 21 décembre 1981. Il venait d’y avoir une grosse bordée de neige. De Mirabel, le taxi m’avait laissé au carré Saint-Louis, comme convenu, car j’avais lu que ce lieu était un vivarium culturel un peu branché.


Ce matin-là, il n’y avait pas un chat. Sauf un type seul et un peu bourré. Je lui ai demandé s’il connaissait un p’tit café sympa dans le coin. M’a accompagné jusqu’à Ontario, au Café Pèlerin.


Pendant le trajet, Jim my l’autochtone m’avait glissé qu’il vivait en Abitibi et que sa mère était mourante à l’Hôtel-Dieu, mais que si j’aimais pêcher, il connaissait des lacs par coeur.


Ai pris ses coordonnées, mais n’ai jamais rappelé. Perdu le bout de papier, sans doute.


Ou peut-être parce que, pour mes premiers pas au Québec, j’étais tombé sur trois individus qui m’avaient déstabilisé : un douanier pour qui la suspicion était un sérum ou un vaccin ; un chauffeur de taxi libanais qui était gelé et qui me racontait le Beyrouth des grandes plages ; et un autochtone qui me conduisait dans un café.


Quinze ans plus tard, j’étais invité à visiter les pourtours de la baie James et à dormir chez l’Indien. J’avais une chambre quadruple dans un tipi. Il y avait quatre couchettes en épinette. J’y ai mangé de l’outarde et du caribou, séché et en sauce.


Quant à la pêche, on me promettait maskinongés ou autres monstres marins. Après trois jours, rien. J’ai alors souhaité rencontrer Jimmy au bord d’un lac !


Plus récemment, je suivais trois jeunes Québécois qui avaient décidé de rejoindre le pôle Nord magnétique en ski de fond avec des chiens et des traîneaux.


Sommes arrivés à Resolute Bay. Deux hôtels, des dizaines d’explorateurs et un village autochtone où les peaux d’ours polaires sont tendues dans le jardin. Tout autour, un de ces déserts de glace que fréquente le pôle Nord magnétique.


Les mêmes sensations, peut-être les mêmes étoiles que celles des déserts maghrébins, mais au lieu du sable, ce sont les glaces, bleutées, épaisses, translucides. Des hurlements la nuit, des ours polaires qui courent sur la banquise, des chiens qui jouent aux loups, des volatiles tout blancs qui parcourent les cieux… La solitude est la même, avec les fameux bruits du silence authentique.


Aujourd’hui, le tourisme autochtone s’organise, se marketise, s’étend et se vend.

 

Diagnostic


Selon Diagnostic - Tourisme autochtone, une publication du ministère québécois du Tourisme, les définitions varient selon les juridictions mais au Québec, on s’entend généralement sur la notion « d’expérience touristique autochtone ».


Cela se traduit par un ensemble d’activités offertes par des entreprises exploitées majoritairement par les Premières Nations, les Métis ou les Inuits et qui intègrent une expérience autochtone de manière appropriée, respectueuse et authentique du point de vue de la culture autochtone représentée.


Mais les communautés doivent faire face à la difficulté d’engager du personnel, à la petite taille de leurs entreprises qui sont des niches à l’intérieur d’une grande niche touristique, à la concurrence des produits « nature » et des festivals tous azimuts.


Une concurrence qui vient également du tourisme autochtone très organisé de certains pays.


Le document gouvernemental souligne par ailleurs la faible notoriété des produits touristiques autochtones québécois et le peu de connaissances des agences.


Mais on note, depuis quelques années, un intérêt de la part des Associations touristiques régionales (ATR) pour commercialiser certains produits autochtones. Les régions de Québec et du Saguenay s’y sont déjà impliquées.


À Montréal, on peut voir des groupes de marcheurs guidés arpenter les quartiers hassidique, chinois et italien par les méandres du marché Jean-Talon… À quand de telles visites de Kanawake à pied, par exemple ?


Aussi, des projets sont à l’étude pour donner une classification de qualité au tourisme autochtone : tipi, plume, calumet, pow-wow ? Le déterminatif reste à trouver.


Les clientèles


Tourisme Autochtone Québec, malgré de faibles moyens, propose à ses membres de commercialiser leurs produits et de participer à des foires touristiques. Il s’agit d’une association sectorielle reconnue par le ministère du Tourisme.


En septembre dernier, on a créé une branche « développement aux entreprises » afin d’outiller les nouveaux entrepreneurs et de les faire cheminer vers un mouvement de qualité. Un guide touristique officiel a été conçu et l’organisme est très actif dans les réseaux sociaux.


Tourisme Autochtone Québec ne folklorise pas le phénomène autochtone. Car il y a une grande marge entre différences culturelles (hébergement, nourriture, rythme de vie, famille, nature, pêche, chasse…) et voyeurisme « kodakien ».


Selon l’organisme, 58 % de la clientèle provient de l’intra-Québec. Aussi, le ministère a reconnu que le tourisme autochtone est un incontournable pour les visiteurs. D’ailleurs, il fait partie des quatre grands axes de commercialisation de ses bureaux outre-mer.


Ce type de tourisme attire plus de 816 000 personnes par année et procure de l’emploi à plus de 3400 travailleurs. Pourtant, les Québécois restent encore un peu frileux pour se déplacer dans les régions autochtones, par rapport aux Européens qui sont une manne naissante. Un peu comme l’ont été les circuits de motoneige et les traîneaux à chiens il y a 20 ans.


Un clin d’oeil pour finir. Il y a quelques années, je voyageais en France avec la regrettée critique gastronomique Françoise Kayler. Cette dame bienveillante me racontait des histoires de foie gras et de jarret de veau (nous étions dans le sud-ouest du pays), mais surtout des histoires de cuisines amérindiennes qu’elle avait écrites. Il s’agit de Cuisines amérindiennes, publié aux Éditions de l’Homme.

***


Diagnostic - tourisme autochtone : tourisme.gouv.qc.ca/publications/media/document/etudes-statistiques/diagnostic-tourisme-autochtone.pdf. On y trouve des informations pertinentes sur le tourisme autochtone et ses différents défis et sur les destinations Canada, Nouvelle-Zélande, Australie, Filande et Suède.


Tourisme Autochtone Québec



Collaborateur

L’organisme Les Amis du Mushuau-nipi offre des séjours pour vivre à la façon des Innus, en août et septembre, au Nunavik. Aventure plein air Awashish propose des forfaits nature à Mistissini. Un mets traditionnel au restaurant La Sagamité de Wendake. Préparation du poisson à la rivière George, au Nunavik.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel