Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Tourisme - Sauts de puce dans le Karnataka indien

19 mai 2012 | Guy Taillefer | Voyage
<div>
	Le Golgumbaz, un tombeau gigantesque datant du XVIIe siècle, est vu par certains comme le chef-d’œuvre de l’art indo-musulman de tout le Deccan. Le mausolée surmonté d’un dôme de 38 mètres de diamètre est le plus grand au monde après celui de la basilique Saint-Pierre, à Rome. L’édifice a ceci de phénoménal que court à l’intérieur de sa coupole une «galerie des murmures» : parlez à voix basse contre la pierre, on vous entendra de l’autre côté...</div>
Photo : Sylvie Pépin
Le Golgumbaz, un tombeau gigantesque datant du XVIIe siècle, est vu par certains comme le chef-d’œuvre de l’art indo-musulman de tout le Deccan. Le mausolée surmonté d’un dôme de 38 mètres de diamètre est le plus grand au monde après celui de la basilique Saint-Pierre, à Rome. L’édifice a ceci de phénoménal que court à l’intérieur de sa coupole une «galerie des murmures» : parlez à voix basse contre la pierre, on vous entendra de l’autre côté...
  • Voir nos 3 vidéos à la fin de l'article
Il y a deux grandes figures imposées pour le voyageur qui débarque en Inde. La première passe au nord par le Rajasthan et le Taj Mahal. La deuxième, au sud, par le Tamil Nadu et le Kerala. Parmi tous les autres itinéraires possibles, il y a celui-ci : de Hyderabad, phare de l’industrie technologique indienne, à l’ancienne cité royale de Hampi - par sauts de puce dans des coins peu fréquentés de l’État du Karnataka.

C’est le Suhail Hotel, mais il devrait s’appeler quelque chose comme Pick A Rock, tant les lits sont durs. Durs comme la vie dure des préjugés qu’on peut avoir sur l’Inde. On s’y connaît, pourtant, en paillasses indiennes tapées par des siècles de dormeurs. Mais ceux-là mériteraient une médaille : c’est plus des matelas, c’est des galettes. Le lendemain matin, on se réveille avec les épaules collées au fond des oreilles.


Pour le reste, le Suhail, c’est le Ritz à 12 $ la nuit. Draps propres et eau chaude. Pas de coquerelles. L’hôtel est dans le quartier utile d’Abids, pas très loin du lac, dans une ruelle dont les murs tiennent lieu de pissotière. Ça embaume l’ammoniac. Mais l’hôtel a la qualité de se trouver à deux pas du Palace Hights Restaurant Bar et de ses kébabs de poulet à la peshawari.


Hyderabad est au coeur d’une région musulmane qui a été tentée de devenir un pays indépendant du reste de l’Inde en 1947. Et sa cuisine moghole est un paradis du «non-veg».


Une ville tirée à hue et à dia. En contrebas, le bazar des vieux quartiers autour du Charminar, fameux monument érigé à la fin du XVIe siècle pour célébrer la fondation de la ville et la fin d’une vague effrayante d’épidémies.


Dans les hauteurs, la Tech City de Cyberabad, installée à proximité des quartiers riches, sur la route de Pune. Hyderabad est, avec Bangalore plus au sud, l’une des mamelles de l’industrie des technologies de l’information qui fait l’orgueil du sous-continent dans le monde. Un quartier flambant neuf, avec des buildings à l’architecture sensationnelle au milieu de l’habituelle désolation urbaine indienne.


Quand même plus réussi que Gurgaon, en banlieue de Delhi. Un chauffeur d’auto-rickshaw vous emmène pour une dizaine de dollars. Celui avec qui nous sommes allés n’y avait de toute évidence jamais mis les pneus.

 

Bidar, fillettes en foule


Bidar est à 1,50$ et quatre heures d’autobus de Hyderabad, dans un coin reculé du nord du Karnataka. Un bled perdu d’environ 200 000 habitants, mais un joyau de l’art architectural islamique pour lequel on se demande pourquoi si peu de touristes font le détour. Les Indiens sont partout ravis de croiser des étrangers; à Bidar, le ravissement est démultiplié. La Blanche et son Blanc y sont des espèces particulièrement rares.


Nous sommes reçus comme des vedettes bollywoodiennes qui se sont égarées en chemin. Séances de photos collectives à n’en plus finir avec des bouquets d’écolières en folie.


La ville comme telle ne paye pas de mine et la première impression pourrait vous donner envie de déguerpir, mais à y regarder de plus près, on est vite fasciné par les amples coupoles des extraordinaires tombeaux musulmans qui constellent le paysage. Leur beauté efface la mocheté urbaine ambiante.


À la réception de l’hôtel où nous nous arrêtons, l’ironiquement nommé Sapna International, le jeune homme a l’air d’avoir envie de nous demander si nous ne serions pas Martiens, par hasard. C’est un hôtel d’«affaires», avec hall d’entrée aux murs écaillés et divans défoncés. Des hommes en chemise blanche discutent de choses apparemment importantes. La chambre coûte 10 $ et The Times of India est glissé sous votre porte chaque matin. Que demander de mieux?


Au sous-sol, le restaurant a été fermé parce qu’on y employait des enfants. Pourquoi celui-là et pas un autre? Un peu plus loin, à la porte du chic resto-bar de l’hôtel Mayura, glauque et sympathique, deux pasteurs indiens d’une Église évangéliste, fort ivres, nous invitent à venir chez eux boire un coup et lire la Bible. Nous nous enfuyons poliment. À l’intérieur, deux dentistes en train de siroter leur whisky veulent faire des photos pour accrocher dans leur cabinet. Ils sont sûrs que nos fraises leur donneront de la crédibilité et de la clientèle.

 

Le goût du Fanta


Sept heures de tape-cul entre Bidar et Bijapur, plus au sud, en route par sauts de puce vers Hampi, clou officiel de la balade. «Personne ne va à Bijapur. Je veux dire: aucun étranger», écrivait Jean-Claude Carrière dans son Dictionnaire amoureux de l’Inde, publié il y a une dizaine d’années. C’est encore vrai. Et pourtant, quel spectacle!


Bijapur fut le théâtre d’un «royaume fou» qui ne dura pas deux siècles, «maintenu au sabre et gorgé de sang, écrit Carrière. Rien avant, rien après, ou presque.» Le temps de laisser en héritage un tombeau gigantesque, le Golgumbaz, datant du XVIIe siècle, vu par certains comme le chef-d’oeuvre de l’art indo-musulman de tout le Deccan.

 

Un mausolée surmonté d’un dôme de 38 mètres de diamètre, le deuxième plus grand au monde après celui de la basilique Saint-Pierre, à Rome. La modestie n’étouffait pas le roi Adil Shah. L’édifice a ensuite ceci de phénoménal que court à l’intérieur de sa coupole une «galerie des murmures» : parlez à voix basse contre la pierre, on vous entendra de l’autre côté.


Pour les touristes indiens et les classes d’écoliers, l’occasion est trop belle de faire exactement le contraire : crier! L’effet d’écho est grisant. Ça vire au défoulement collectif.


Au-delà du Golgumbaz et de ses beaux jardins, la ville poussiéreuse et les quartiers très pauvres des musulmans. Une gamine bien jeune pour être déjà voilée. D’autres enfants nous réclament du chocolat. Ce sera leur jour de fête. L’abîme entre nos moyens et les leurs. Pas loin, à l’hôtel Madhuvan International où nous prenons une chambre, on vous offre un petit verre de Fanta en guise de cocktail de bienvenue. L’Inde développe le goût du Fanta.

 

Les grottes de Badami


À Badami, deux heures de train plus loin, on retourne en territoire hindou. Ville importante entre le VIe et le VIIIe siècle, aujourd’hui village au développement bordélique. Les Indiens ont de la croissance urbaine une science singulière. Badami est connue pour ses grottes troglodytiques où l’on se rend par les ruelles tranquilles de son vieux quartier.


Derrière le petit musée archéologique, un escalier grimpe une colline qui surplombe les champs au soleil couchant. Croisons une bande d’étudiants qui ne rêvent que de partir pour Bangalore-la-techno et travailler chez Infosys. En janvier, Badami accueille pour plusieurs semaines une foire commerciale courue par des dizaines de milliers de personnes. Cinémas en plein air. Robots qui vous annoncent votre avenir. Grandes roues que des adolescents font tourner sans moteur, à la seule force de leurs jambes. Hallucinant!

 

Hampi suspendue


À Hampi, nous ne sommes plus seuls. C’est en plein centre du Karnataka, loin de tout mais néanmoins sur la route des voyageurs qui finissent par se «désaccrocher» les pieds de l’État balnéaire de Goa, situé 400 kilomètres à l’ouest. Lieu de prédilection des jeunes juifs israéliens qui viennent fêter en Inde la fin de leur service militaire. On sent qu’ils ont besoin de se défouler, ces petits. En tout cas, leur présence diversifie pour le mieux la carte des restaurants.


Surtout, Hampi est une date et un lieu majeurs dans l’histoire du sous-continent. Fut aux XVe et XVIe siècles la capitale de l’un des plus grands empires hindous de l’histoire indienne, celui de Vijayanagar. On en exhume encore les ruines de ses temples et de sa ville royale. Le site est très grand, il faut avoir au moins deux jours pour le visiter. Et d’une beauté géographique exceptionnelle, beau comme Orchha, dans le Madhya Pradesh. Climat semi-désertique. La région est montagneuse, baignée de rizières et de bananeraies. De l’autre côté de la rivière Tungabhadra, que l’on traverse à gué ou en chaloupe, le village d’Anegundi. Un peu plus loin, le temple d’Hanuman, au sommet d’un escalier de 600 marches… Ô temps, suspends ton vol! Et voilà qu’il est suspendu. Encore un coin de l’Inde qu’on ne peut pas quitter sans devoir se faire violence.


***
 

En vrac


Compter de trois semaines à un mois pour faire le voyage.

On débarque à l’aéroport de Hyderabad, on repart par celui de Goa où l’on va écouler sur une plage la fin de ses vacances. Le trajet Hampi-Goa : une bonne dizaine d’heures de route.









<div>
	Le Golgumbaz, un tombeau gigantesque datant du XVIIe siècle, est vu par certains comme le chef-d’œuvre de l’art indo-musulman de tout le Deccan. Le mausolée surmonté d’un dôme de 38 mètres de diamètre est le plus grand au monde après celui de la basilique Saint-Pierre, à Rome. L’édifice a ceci de phénoménal que court à l’intérieur de sa coupole une «galerie des murmures» : parlez à voix basse contre la pierre, on vous entendra de l’autre côté...</div>
Cinéma en plein air à la foire de Badami. Pellerin à Badami Tombeaux musulmans à Bidar Salon de coiffure à Hampi Hampi est en plein centre du Karnataka, loin de tout mais néanmoins sur la route des voyageurs qui finissent par se «désaccrocher» les pieds de l’État balnéaire de Goa, situé 400 kilomètres à l’ouest. Fillettes du quartier musulman de Bijapur près du Golgumbaz.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel