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    Un musée à ciel ouvert

    Les sommets aveuglants de la Cordillère s’érigent à l’horizon du Parque Nacional Los Cardones.<br />
    Photo: Etienne Plamondon-Emond Les sommets aveuglants de la Cordillère s’érigent à l’horizon du Parque Nacional Los Cardones.
    Au nord-ouest de l'Argentine, les montagnes et les canyons, avec leur tignasse clairsemée de cactus, s'élèvent dans une variété insolite de formes et de couleurs. La douce et éclatante Salta sert de base pour explorer ce musée à ciel ouvert expulsé du ventre des Andes et admiré par les condors tournoyant dans les airs.

    Salta — Au petit matin, l'autobus qui a roulé toute la nuit traverse une chaîne de collines. Sous notre regard encore embrumé, la resplendissante Salta reflète crûment la lumière de l'aube avec ses bâtiments blancs.

    Enfoncée entre les collines et les montagnes des Andes, la ville, parsemée ici et là de maisons jaune chatoyant et rose criard, donne l'illusion d'illuminer le fond d'un cratère.

    L'impression s'accentue lorsqu'on embarque à bord d'un vertigineux téléphérique se hissant au sommet du Cerro San Bernardo. Séduit, on approuve aussitôt son surnom: la Linda. Belle, en effet, sans être pompeuse, ni prétentieuse.

    Faciles d'approche, les habitants, pour la plupart de descendance autochtone, nous accueillent avec le sourire dans ce coin sec et ensoleillé de l'Argentine. La cité coloniale a été fondée en 1582 dans cette vallée au climat doux, propice à l'agriculture et à l'élevage, afin de nourrir les villes minières de l'Alto Peru.

    Salta s'impose aujourd'hui comme une base de prédilection pour démarrer des expéditions hautes en couleur. C'est de là que s'amorce le parcours du Tren a las Nubes, une ancienne voie ferrée industrielle récupérée en attrait touristique et grimpant à plus de 4000 mètres d'altitude.

    Avant d'aller admirer les exubérances rocheuses, on nous conseille de s'arrêter dans n'importe quel modeste marché pour se procurer quelques feuilles de coca, légales dans les provinces de Salta et de Jujuy. À ce qu'on dit, elles permettraient au corps humain de mieux encaisser l'altitude. Réelle propriété ou effet placebo? Le mystère demeure, mais certains Salteños se délectent d'en glisser sous leur joue à chaque petite ou grande ascension.

    À partir de Salta, il faut se diriger vers le sud pour franchir le Quebrada de Cafayate, un aride canyon tournant à l'ocre, voire au rouge et au rose. Le décor devient celui d'un western se jouant sur la planète Mars. À chaque détour, une texture surréaliste, un plissement improbable ou une érosion frisant l'art du sculpteur nous évoque une image.

    On laisse vagabonder notre imagination, comme on le faisait, plus jeune, en observant les nuages.

    Certaines formes font consensus, comme le crapaud, la momie et le Titanic. Il y a aussi cette immense torsade au milieu d'une paroi bombée donnant à la falaise l'allure d'un immense empanada, ce petit pâté rempli de viande et d'oeuf comblant les légers appétits argentins. Avec l'entêtement d'un architecte, l'érosion a aussi foré une grotte, surnommée l'amphithéâtre et dont l'acoustique ferait rougir plusieurs salles de spectacle.

    Après cette hallucinante traversée, le sol s'aplatit en un champ fertile. On a la chance d'y visiter les vignobles les plus hauts du monde, installés entre 1700 et 2200 mètres d'altitude. La ville de Cafayate, dominée par sa cathédrale orangée, trône au centre de la deuxième région vinicole de l'Argentine. Ses cabernets-sauvignons et malbecs n'arrivent pas à la cheville de ceux de la province de Mendoza, mais ses bodegas nous donnent la chance de déguster la spécialité du coin: le torrontès, un vin blanc de cépage sec et aromatique.

    Poursuivre vers le sud mène aux ruines Quilmes. Si cette cité autochtone a légué son nom à la plus populaire brasserie d'Argentine, ce fut surtout un village qui a farouchement résisté aux envahisseurs incas et espagnols. Les vestiges permettent de préserver la mémoire des Indiens Diaguita finalement déportés par les colons européens.

    Une excursion dans les Valles calchaquíes mérite un détour par Cachi, un village qui semble bien se plaire, isolé du reste du monde, au pied des aveuglants sommets enneigés de la Cordillère. Les enfants y font du vélo sur la place centrale pendant que les personnes âgées demeurent calmement sur le parvis surélevé des maisons en pisé.

    Pour s'y rendre depuis Salta, l'autobus grimpe la Cuesta del Obispo sur une route étroite et tortueuse, ponctuée de croix marquant les lieux d'accidents funestes. Le véhicule se tasse et s'arrête par moments pour laisser passer des personnes dévalant à sens inverse en voiture ou à dos de cheval. Plus haut et plus loin, les massifs s'adoucissent, coiffés de courtes herbes blondes. Perchée à 3460 mètres, une chapelle de pierre contemple des montagnes qui ne laissent émerger des nuages que le bout doré de leur nez. On s'enfonce ensuite dans le Parque Nacional Los Cardones touffu de cactus cierges généralement hauts comme trois hommes. Un endroit où les épines semblent tirer les cactées vers le ciel, assoiffées par son bleu éclatant.

    Une escale dans une cuisine rupestre nous permet de sortir du régime pizza-parillas-empanadas imposé par la restauration argentine. Ici, le locro, un tonique potage traditionnel à base de citrouille, de maïs et de morceaux de viande, fait notre régal. Rico!, comme on dit dans les environs.

    Cap, ensuite, vers la province de Jujuy, la plus septentrionale du pays. Après la ville de San Salvador, on sillonne le Quebrada de Humahuaca, déclaré patrimoine naturel et culturel de l'humanité par l'UNESCO. Ici, les rochers s'agencent en de coquets contrastes. Des traits rouges, bleus, verts, beiges ou jaunes éclaboussent des massifs kakis comme des drapeaux hissés dans le roc, des toiles fauvistes coulées dans la pierre. À Purmamarca, village fondé au XVIe siècle et porte d'entrée de cette vallée, la colline affiche dès le départ ses couleurs. Sept, pour être précis, comme l'indique son nom: Cerro de los Siete Colores. Plus loin, la Paleta del Pintor donne l'impression qu'un immense pinceau a badigeonné la falaise de roses, d'ocres et de verts dans un geste ondoyant façonnant un relief psychédélique.

    Une fois franchi le tropique du Capricorne, sur une route bordée d'alpagas, on arrive à Humahuaca, un pittoresque village quechua réputé pour son carnaval. On peut y manger du lama bien apprêté dans l'un des restaurants animés par des musiciens jouant de la flûte et du charango. Les rues pavées croulent sous les marchandises et les étalages d'artisanat, mais on y observe un paysage ardent et orangé à couper le souffle... à moins que ce souffle coupé ne soit l'oeuvre de l'altitude. Car pour accéder au point de vue, il faut grimper les escaliers du colossal Monumento a la Independencia, construit pour commémorer les nombreuses batailles qui se sont déroulées dans les environs au début du XIXe siècle. Ces combats ont été menés par les gauchos, des figures comparables aux cow-boys américains avec leur cheval, leur chapeau et leur virilité. Bien que leur solitude fût tout aussi légendaire, ces derniers n'étaient pas sans foi ni loi, comme l'ont prouvé leurs exploits durant la guerre pour l'indépendance du pays.

    Une bravoure qui a autant nourri leur mythe que les fresques militaires, un brin romantiques, exposées au Museo historico del norte de Salta. La Linda elle-même a teinté son drapeau d'un rouge vif inspiré des flamboyants ponchos des gauchos. Une couleur franche qu'arborent aussi les taxis fonçant cavalièrement dans les intersections de la ville et l'électrisante devanture de l'Iglesia San Francisco.

    Car Salta sait aussi nous en faire voir de toutes les couleurs. La cathédrale à la façade rose pastel relève l'ambiance de la plaza 9 de Julio, encadrée par de charmantes terrasses, mais aussi par l'incontournable Museo de Arqueología de Alta montaña (MAAM). En 1999, des fouilles archéologiques à plus de 6000 mètres d'altitude ont permis de déterrer trois momies d'enfants sacrifiés dans les volcans de la région par les Incas. Le peu d'oxygène et de bactéries au sommet des montagnes a permis de conserver de manière étonnante le corps, les vêtements, la peau et la chevelure de ces bambins enterrés vivants il y a près de 500 ans. Sous des conditions minutieusement contrôlées, ce musée présente une seule des trois momies à la fois, avec des statuettes d'or retrouvées à leurs côtés. Un regard sans concession sur l'histoire inca, à la fois fascinante et déconcertante.

    La nuit tombée, les peñas égaient Salta avec leurs spectacles de danse et de musique folklorique, accompagnés de copieux repas bien arrosés se terminant aux petites heures, juste avant que la Linda ne se remette à briller.

    ***

    En vrac

    Hébergement. Coup de coeur pour l'Hostel Salta por siempre, propre et accueillant. Sur la terrasse, on sert parfois des grillades, en soirée, de façon conviviale.

    Tour guidé. La Posada, recommandée par plusieurs hôtels et auberges de la région, propose de belles excursions d'une journée à partir de Salta. Elles présentent l'avantage de nous transporter devant les chromatismes géologiques au moment où la lumière du jour fait le mieux ressortir leur vivacité.

    Livre. Le riche, détaillé et documenté guide Lonely Planet demeure une référence importante. Seul bémol, les cartes se révèlent, contrairement à ce que vante la couverture, plutôt difficiles à utiliser, particulièrement celle de Salta, bonne à jeter. À noter: l'inflation galopante en Argentine ne permet pas de se fier aux prix indiqués dans ses pages pour établir un budget avec précision. La maison Ulysse, quant à elle, a publié un livre superbement illustré intitulé Fabuleuse Argentine. Dénué de toute information pratique, il permet tout de même de bien cibler les visites lors d'un court séjour et offre quelques clés pour mieux comprendre la culture.

    Langue. Ulysse a publié un guide de conversation, L'espagnol pour mieux voyager en Argentine, dont les traductions phonétiques tiennent compte de la prononciation particulière des Argentins. Car l'immigration massive en provenance d'Italie, au tournant du XXe siècle, a fortement teinté cet accent sud-américain à part.

    ***

    Collaborateur du Devoir
    Les sommets aveuglants de la Cordillère s’érigent à l’horizon du Parque Nacional Los Cardones.<br />
Vue du haut du Monumento a la Independencia de Humahuaca.<br />
La devanture de l’église San Francisco, à Salta.<br />
Le Monumento a la Independencia de Humahuaca fut construit pour commémorer les nombreuses batailles qui se sont déroulées dans la région au début du XIXe siècle.<br />
Le locro, un potage traditionnel à base de citrouille, de maïs et de morceaux de viande.<br />
La place centrale de Cachi.<br />
     
     
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