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    Australie - Melbourne, art urbain et pelotes de laine

    3 mars 2012 |Véronique Voyer | Voyage
    Le pendant montréalais de Bali, l’artiste textile Tricot Pirate, lors des Journées de la culture en septembre dernier.<br />
    Photo: Nicolas Marchand Le pendant montréalais de Bali, l’artiste textile Tricot Pirate, lors des Journées de la culture en septembre dernier.
    Le tricot est très à la mode en Australie. À Melbourne, le tronc des eucalyptus du City Square est recouvert de laines multicolores. Pour un mois seulement, la Ville tolère ces longs bas faits à la main. Même si c'est joli, cet art urbain est aussi illégal que les autres types de graffitis.

    Melbourne — «C'est un jour triste. Après un mois, notre beau pays des merveilles a été détricoté... Mais on ne se laisse pas abattre, il y a d'autres grands projets à venir!», écrit Bali sur la page Facebook du regroupement qu'elle a fondé, le Yarn Corner. Entre elles, les tricoteuses se qualifient de «yarn bombers» (les bombardeuses de fils).

    Cet art urbain inusité a vite attiré l'attention du reste du pays. Bali est désormais invitée à Brisbane et à Sydney pour des conférences. Si elle est libre d'enseigner les techniques pour propager cet art, les policiers sont plutôt rabat-joie lorsqu'ils surprennent l'artiste en pleine action. «C'est de la désobéissance civile», explique Bali, qui a commis son premier méfait à l'adolescence. La jeune fille était alors sortie la nuit en catimini pour mettre de la couleur sur le poteau d'un panneau de signalisation au coin de sa rue.

    Lorsqu'elle a proposé aux membres de Yarn Corner de décorer le parc le plus populaire de Melbourne, ces dernières ont cru qu'elle avait perdu la raison. Six mois plus tard, 40 jeunes femmes tricotaient allègrement sur les eucalyptus odorants. Après le grand détricotage, elles se sont réunies dans Brunswick, l'un des plus vieux quartiers de Melbourne, pour planifier leur prochain coup. Interdit d'en dire plus, c'est top-secret.

    Si le prochain projet d'art urbain doit rester confidentiel, Yarn Corner partage avec joie des astuces pour tricoter plus vite et des techniques pour créer des motifs, au crochet ou autrement. En effet, Bali publie régulièrement des tutorials, guides pratiques pour tricoter les motifs qu'elle crée. Son dernier? Un couvre-poussin en plastique. «Les enfants adorent; ça fait une serviette parfaite à la sortie du bain!», lance celle qui est toujours en quête d'une nouvelle manière de créer avec de la laine. Yarn Corner doit sa popularité à l'impressionnante fanbase du blogue de sa fondatrice: twilighttaggers.blogspot.com.au.

    Depuis ses débuts, la tricoteuse photographie chacune de ses créations et publie de courts textes sur le sujet. Grâce à cette assiduité, le nombre de membres de Yarn Corner est passé de 7 à 240 en huit mois, la plupart l'ayant découvert sur Internet. Mais si des mots d'encouragement lui parviennent des quatre coins du monde, elle n'est pas la première à avoir eu l'idée de tricoter dans des lieux publics.

    À l'origine, c'est une Américaine qui a créé cet art. Au Texas, Magda Sayeg s'ennuie: pas un client dans sa boutique. Elle se met alors à tricoter et accroche sa création à l'extérieur, sur la poignée de la porte principale. La chose fait mouche, les passants se laissent interpeller par les couleurs vibrantes de cette décoration originale et entrent dans la boutique pour s'informer de son prix. De ce couvre-poignée, le yarn bombing est né. Aux États-Unis, la technique se répand comme une traînée de poudre, mais la vocation du concept change lorsqu'il fait son apparition à New York. Dans la Grosse Pomme, on tricote pour dénoncer, pas pour décorer.

    Tricot artistico-illégal

    L'artiste Olek a fait l'objet d'un article dans le New York Times pour avoir recouvert le taureau de la Bourse d'un tricot à motifs de camouflage, comme sur les costumes de l'armée, mais dans des teintes mauves et roses. Pourquoi? «La statue est trop grosse, trop macho, trop touristique», explique-t-elle. Olek a passé une nuit dans Wall Street à coudre les différentes parties du couvre-taureau, sous le regard amusé des fêtards.

    Les artistes qui tapissent les murs de graffitis sont majoritairement des hommes, souligne Olek, qui décrit son art comme une combinaison de deux forces très féminines: l'art d'abrier d'une couverture celui qui a froid et l'art de la tricoter. Mais la doudou du taureau de la Bourse ne l'a pas réchauffé longtemps. À Melbourne comme à New York, cet art est illégal et l'amende peut être salée, car elle est double: vandalisme combiné à l'interdiction de laisser des détritus sur la voie publique.

    Les Villes-laines à Montréal


    Toutefois, les yarn bombers ne se découragent pas pour autant et certaines tricoteuses n'ont pas froid aux yeux. Ainsi, l'Autrichienne Christine Pavlic n'hésite pas à percer les bancs publics de Vienne pour que son art soit plus difficile à retirer. Puisque le yarn bombing est éphémère, deux Canadiennes ont voulu en assurer la pérennité en publiant The Art of Crochet and Knit Graffiti. Le livre de Mandy Moore et Leanne Prain a donné une poussée à cette tendance qui est également présente à Montréal.

    En effet, la Bali québécoise se nomme Tricot Pirate. Elle signe chacune de ses oeuvres d'un coeur rose où se croisent deux aiguilles à tricoter, comme les os derrière le crâne sur le fond noir des drapeaux pirates. L'artiste textile a même créé Les Villes-laines, un collectif qui ressemble au Yarn Corner de Melbourne. Pour plus de détails: karinefournier.com.

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    Collaboration spéciale
    Le pendant montréalais de Bali, l’artiste textile Tricot Pirate, lors des Journées de la culture en septembre dernier.<br />
Lorsque Bali a proposé aux tricoteuses de son groupe de décorer le parc le plus populaire de Melbourne, ces dernières ont cru qu’elle avait perdu la raison. Six mois plus tard, 40 jeunes femmes tricotaient allègrement sur les eucalyptus odorants.<br />
     
     
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