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La DMZ - Une zone touristique «à haut risque» entre le Nord et le Sud

Antoine Char   9 juillet 2011  Voyage
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Photo : Victor Char

Le quartier ressemble à Saïgon en pleine guerre du Vietnam. Prostituées, travestis et homosexuels occupent les bars où le soldat américain en permission peut également tâter des drogues de son choix. C'est d'Itaewon que part tous les jours, au petit matin, le minibus pour la Demilitarised Zone (DMZ), à une soixantaine de kilomètres de Séoul.

Séoul — «Vous y allez vraiment?», lance Richard Chang, un client de l'Hamilton Hotel où commence l'excursion touristique la plus courue de la Corée du Sud. «La dernière fois que j'y ai mis les pieds, c'était il y a 15 ans. Cela me rappelle la guerre, donc de mauvais souvenirs... vous, vous allez aimer, mais n'oubliez pas votre passeport, on va souvent vous le demander!», dit l'ancien combattant de 83 ans.

Sitôt sorti de la capitale sud-coréenne ceinturée de ses 34 montagnes et de ses multiples gratte-ciel, le minibus fonce sur la Jayooro, l'autoroute de la Liberté. Elle longe la rivière Han et file tout droit vers le nord en perdant rapidement ses six voies pour devenir une simple route de campagne, traversant ici et là des rizières et des champs de ginseng, dont les racines sont réputées pour leurs propriétés pharmaceutiques. Elles combattent notamment le stress. Il faudra peut-être en prendre, une fois à la DMZ...

Tout au long des 57 kilomètres séparant Séoul de la frontière la plus militarisée au monde, ce ne sont que fils de fer barbelés, sacs de sable et guérites à tous les 200 mètres. Dans certains postes d'observation, les soldats armés de mitraillettes font place à des mannequins. L'essentiel, c'est de faire peur.

Entre les deux Corées, les combats ont peut-être cessé, mais pas la guerre. Les «frères ennemis» n'ont signé qu'un armistice pour mettre fin au carnage qui fit près de trois millions de morts de 1950 à 1953. Pour l'instant, le minibus se presse vers Imjingak, avec sa cloche de 21 tonnes. De temps en temps, elle sonne pour souhaiter haut et fort la réunification.

Elle viendra bien un jour, croient les Sud-Coréens. Un peu plus loin, une gare ultramoderne a d'ailleurs été construite pour relier les deux pays quand ils ne seront plus qu'un.

Le premier arrêt avant la DMZ dure une trentaine de minutes. Une cinquantaine de véhicules attendent que les touristes reviennent du pont de la Liberté, qui permit à 12 000 prisonniers de guerre de rentrer chez eux. Criblé de balles, un vieux train à vapeur est immobilisé non loin du pont en bois traversé par des barbelés où pendent des banderoles multicolores cherchant à symboliser la paix entre les deux parties.

En attendant, le déminage aux alentours d'Imjingak se poursuit. Il y aurait encore un million de mines tout au long de la DMZ, qui est devenue une véritable réserve faunique. La Corée du Sud rêve de faire de la frontière une zone écologique inscrite au Patrimoine mondial de l'UNESCO.

Contrairement aux humains, toutes sortes d'animaux s'y côtoient en paix. Parfois, vous dira votre guide, on peut voir des cerfs musqués gambadant ici et là au milieu d'une végétation rayonnante. La faune et la nature ont repris pleinement leurs droits.

Descente dans les tunnels

En quittant Imjingak, le minibus longe de nombreux marais avant de s'arrêter devant l'entrée d'un tunnel. Il y en a quatre au total. Le quatrième n'est jamais visité. Est-ce parce que le 4 est un chiffre porte-malheur pour tous les Coréens? Toujours est-il que ces tunnels ont été creusés par les Nord-Coréens pour s'infiltrer en territoire ennemi.

Dans l'ensemble, il y en aurait une vingtaine. Seul le numéro 3 est ouvert au public. On y entre muni d'un casque, car, sur près de 500 mètres, il faudra souvent se baisser pour ne pas se cogner au plafond bas. L'aller-retour se fait malgré tout dans un concert de «Aïe!» et de «Ouille!». La descente aux enfers est interminable. Elle dure une vingtaine de minutes, mais c'est l'un des clous de la tournée, à condition d'être en relative forme, surtout pour remonter. Sitôt sorti, vous êtes conduit au seul restaurant touristique de la DMZ où attend une petite armée de serveuses souriantes, certaines avec une paire de ciseaux pour couper en fines tranches votre bulgogi au boeuf. Tout est chronométré au centième de seconde. Séjourner quelques heures à la DMZ — six heures, pour être précis —, c'est vraiment participer à la visite la plus guidée au monde. Il ne faut jamais quitter le groupe, on doit suivre presque pas à pas le guide et surtout respecter les consignes «photos, pas photos». Tout cela pour un peu plus de 200 $.

Dora et Panmunjom

À l'observatoire du mont Dora, par exemple, il y a une ligne de démarcation tracée en jaune. En grosses lettres: «Photo». Vous pouvez la fouler pour observer les plaines et montagnes de la Corée du Nord en face de vous, mais pas question de la franchir pour immortaliser le plus haut mât au monde (160 mètres!) où claque au vent le drapeau du «frère» communiste. Un soldat rôde toujours autour des touristes en mal de sensations fortes. «Les Nord-Coréens pourraient croire que vous êtes un sniper!», vous avertit le guide. Les échanges de tirs sur la DMZ ne sont pas rares. Les derniers remontent au 29 octobre 2010.

De Dora, le minibus prend la route du Camp Bonifas où flotte le drapeau des Nations unies. L'arrêt est obligatoire avant Panmunjom. C'est là que fut paraphé l'armistice. On vous fait signer un papier comme quoi vous pouvez tomber sous les balles de l'ennemi.

On vérifie votre passeport, on vous donne un badge avec le mot «Visitor» et vous montez dans un bus de l'ONU escorté par une jeep avec quatre soldats, armés, bien sûr.

Moins de dix minutes plus tard, vous êtes devant trois bâtiments bleus où les soldats sud-coréens, poings fermés, immobiles, observent jour et nuit en chiens de faïence leurs homologues nord-coréens. En entrant dans l'un des bâtiments, une table, quelques chaises et surtout la frontière entre les deux Corées. Vous la franchissez. Vous êtes en Corée du Nord! Vous revenez aussitôt sur vos pas. La visite touristique à haut risque est terminée!

***

Collaboration spéciale
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Les Sud-Cor&eacute;ens croient majoritairement que la p&eacute;ninsule sera un jour r&eacute;unifi&eacute;e.<br />
Panmunjom, la zone de d&eacute;marcation vue du c&ocirc;t&eacute; Sud et le c&oelig;ur de toute la Demilitarised Zone.<br />
Des banderoles pour la paix et la r&eacute;unification dans la Demilitarised Zone. Photo du haut: la cloche de la DMZ, qui fait bruyamment sentir sa pr&eacute;sence lors des grandes f&ecirc;tes sud-cor&eacute;ennes.<br />
 
 
 
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