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    Dempster Highway : sur la voie de l'aventure

    Tourisme/Yukon - Territoires du Nord-Ouest

    14 mai 2011 |Benoît Legault | Voyage
    Le frisson de plaisir attendu de tous est le rituel de la trempette du gros orteil dans l’océan Arctique. L’eau est froide, mais l’émotion est forte.<br />
    Photo: Benoit Legault Le frisson de plaisir attendu de tous est le rituel de la trempette du gros orteil dans l’océan Arctique. L’eau est froide, mais l’émotion est forte.
    Liaison aérienne Montréal-Vancouver. Normalement, à partir de là, on s'envole pour l'Asie. Mais cette fois, ce sera plus exotique... Départ pour Inuvik, au-delà du cercle polaire, en roulant sur la Dempster Highway, une des routes les plus intrigantes du monde.

    Yukon — Après un court transit au magnifique aéroport de Vancouver, le petit jet d'Air Canada décolle pour Whitehorse. Pendant deux heures, nous survolons les Rocheuses de la Colombie-Britannique, un délice pour les yeux qui se termine de manière bucolique dans les verdoyantes vallées du Yukon. Whitehorse, la capitale, présente peu de beautés et de surprises, à part cette étonnante messe du dimanche en français soulignant la Saint-Jean-Baptiste devant de petites familles attachantes. La fête de la francophonie nous suivra tout au long de cette semaine de la Saint-Jean 2010 à la poursuite du soleil de minuit.

    En effet, il fait clair 24 heures sur 24 dans le cercle polaire, notre objectif. La route Whitehorse-Dawson City (453 kilomètres) est sympathique, mais elle ne vaut pas le voyage, comme le décrirait le guide Michelin.

    Le lendemain, la Dempster Highway commence sans crier gare par de l'asphalte sur quelques kilomètres. Quand le ruban de bitume s'efface à la faveur du gravier, le coeur bat plus fort à la pensée que le grondement rocheux des pneus durera 465 kilomètres au Yukon et ensuite 275 kilomètres dans les Territoires du Nord-Ouest.

    Ressources arctiques

    La Dempster Highway — The Dempster pour les intimes — a été construite de 1959 à 1979 pour donner accès aux ressources naturelles de l'Arctique. Accessoirement, elle permet aux voyageurs de vivre un fantasme: rouler jusqu'à l'océan Arctique (c'est possible l'hiver sur une route de glace à partir d'Inuvik).

    Cette route de gravier repose sur environ deux mètres de terre compressée servant d'isolant au pergélisol; sans cette bande isolante, elle s'enfoncerait dans le pergélisol fondu. Dans un véhicule récréatif, nous roulons à 80 km/h en toute sécurité; on suppose qu'en voiture, on ferait du 90 km/h tout aussi confortablement. Ouf! Je me dis que faire de la planche à laver sur 740 kilomètres eût été éprouvant...

    Certains des paysages les plus grandioses de la Dempster s'exposent dès le lever du rideau. Le Tombstone Park s'avère le premier acte de cette pièce à la mise en scène sauvage. Il y a encore des autocars de touristes, un centre d'interprétation, des dépliants et une toilette qui sent bon.

    C'est toujours de la civilisation, servie sur pergélisol et gravier. Je ne le sais pas encore, mais quand nous reprendrons la route, ce sera la fin du Canada tel que je le connais.

    Les Rocheuses s'éteignent au profit de monts verdoyants qui font penser à des paysages du Kazakhstan. On longe aussi une rivière ferreuse aussi rousse qu'une Irlandaise. Il n'y a plus d'arbres, il n'y a plus rien que cette route et ce paysage. Une fois qu'on a apprivoisé le gravier, on apprend à craindre les poids-lourds qui soulèvent des nuages opaques de poussière et qui projettent des cailloux sur notre véhicule.

    Après 370 kilomètres sans aucun service, nous arrivons à l'Eagle Lodge. De nombreux poids-lourds sont alignés dans le stationnement format géant. On se croirait à la rude époque de la baie James. Même la nourriture du restaurant semble figée dans le temps: fromage orange, vinaigrette Mille Îles et compagnie.

    Cercle polaire

    Le cercle polaire est à 26 kilomètres. Énergisés par un grilled cheese et de la laitue iceberg, nous ne pouvons attendre au lendemain et partons pour voir ce cercle. Des motocyclistes américains y célèbrent l'aboutissement de leur voyage. Ils n'iront pas plus loin.

    Le fond de l'air est froid et les cailloux projetés font peur; mais ils ont le sourire aux yeux, ils sont heureux. Nous aussi. Le cercle polaire est fort joli à cet endroit.

    Tôt le lendemain, nous traversons aux Territoires du Nord-Ouest J'ai visité 57 pays mais cette frontière territoriale m'a remué. Si peu de gens vont aux Territoires du Nord-Ouest. Les TNO, c'est la valeur de la rareté, c'est aller aux antipodes, sans passeport. La frontière est dans les magnifiques montagnes Richardson, dont La Dempster épouse les courbes et les cols.

    Tous les sens participent à l'expérience. Paysages, odeurs, son du roulement et du vent s'engouffrant par les fenêtres baissées... Les deux mains sur le volant, je vis pleinement.

    À cette apothéose succède un triste plat pays infesté de gros moustiques. Et nous arrivons éventuellement à Fort McPherson. L'isolement des autochtones est impressionnant. Comment vivre dans un tel village? Le suivant, Tsigehtchic, apporte une réponse: dans la joie. Ce jour-là, on y célèbre un mariage et c'est très émouvant.

    Au traversier du grand fleuve Mackenzie, nous croisons un cycliste d'Ottawa, le Franco-Ontarien Paul Touzin, qui est parti d'Inuvik et qui ira jusque dans le sud. Je l'admire; il est brave, bien préparé, mais je crains pour lui quand les cailloux projetés par les camions finiront bien par le frapper.

    Plus que quelques heures de gravier avant l'arrivée à Inuvik. C'est excitant, mais je suis un peu déçu d'arriver si vite au bout de la route. Il ne faudrait pas; il y a encore beaucoup d'émotions fortes et de découvertes à l'horizon.

    Avant d'arriver dans la plus grande ville arctique au Canada, on passe devant l'aéroport — étonnamment grand — et on roule finalement sur de l'asphalte. Inuvik compte moins de 4000 habitants, mais c'est très étendu et les bâtiments publics semblent énormes.

    Mon instinct d'explorateur urbain se met en marche. Quelle collectivité fascinante. À son coeur, les autochtones, solides, souriants, fiers mais déracinés. Et tout autour, les commerçants et administrateurs venus de partout. Des proprios du Moyen-Orient vendent de la poutine à 12,10 $ au restaurant The Roost; le Dempster burger y coûte 13,30 $. Bienvenue dans le Grand Nord.

    Une des choses intéressantes à faire à Inuvik est simplement de demander aux gens pourquoi ils habitent là. Par exemple au proprio chinois d'un dépanneur: «J'avais un dépanneur à Toronto, mais je dépensais tout mon argent dans les salons de massage et les casinos. Ici, je n'ai pas ces tentations», dit-il d'un air où il est difficile de discerner la satisfaction de la résignation.

    Pas de transport en commun à Inuvik, mais des taxis qui demandent 5 $, peu importe la destination... qui du reste ne peut être très loin sur cet îlot d'urbanité dans le delta du Mackenzie. Mon chauffeur de taxi est arabe: autre cliché, direz-vous. Il explique qu'il roule 12 mois par année avec des pneus d'hiver. «La traction est meilleure dans la boue et le gravier, et on risque moins les crevaisons.»

    Nous dormirons dans le bel Arctic Chalet, en marge d'Inuvik (1 800 685-9417, articchalet.com). Les proprios organisent des excursions en petit avion vers Tuktoyaktuk (les «locaux» disent simplement Tuk). Le vol aller-retour et la visite guidée coûtent quelques centaines de dollars, qui compteront parmi les mieux dépensés de ma vie. Le vol sur une distance de 200 kilomètres se fait essentiellement au-dessus du fascinant delta du fleuve Mackenzie. On bifurque vers la droite une fois rendus à la mer de Beaufort, portion de l'océan Arctique.

    Juste avant d'arriver, on surplombe le parc des pintos, ces incroyables monts d'une quarantaine de mètres de haut, formés par l'action prolongée du gel, de l'eau et du pergélisol — autre surprise captivante de ce voyage. On peut aussi aller à Tuk en bateau, ce qui doit être tout aussi criant.

    Une guide autochtone nous fait faire le tour de la petite collectivité de quelques centaines d'habitants. C'est le soir, mais le soleil est aveuglant. Les jeunes jouent au basketball. «Ils jouent presque 24 heures sur 24 en été, raconte la guide, mais les adultes s'écroulent de fatigue malgré la lumière.»

    Tuk n'est pas Westmount, mais la misère n'est pas évidente. Il y flotte une joie de vivre communautaire qui me rappelle, c'est étrange, la visite de villages reculés en Afrique noire... La nature humaine n'a pas de latitude.

    La grande curiosité de Tuk est son congélateur communautaire naturel creusé depuis la nuit des temps dans le pergélisol. Mais le frisson de plaisir attendu de tous est le rituel de la trempette du gros orteil dans l'Arctique. L'eau est froide, mais l'émotion est forte. Reverrai-je jamais l'Arctique? Spontanément, je remplis une bouteille de plastique de cette eau grisâtre; elle réside depuis dans mon congélateur pour ne pas être trop dépaysée.

    Retour à Inuvik, où il fait plus de 20 degrés. Une dernière journée sans fin se termine. Le lendemain, il faut repartir. J'ai le coeur brisé de quitter ce terrain de jeu géant pour les vrais voyageurs. Il faudra bien revenir l'hiver, emprunter la route de glace jusqu'à Tuktoyaktuk. Ou bien au printemps, quand les jours sont déjà longs, pas trop froids, et que la neige permet mille activités.

    ***

    En vrac

    On croise partout des visiteurs francophones du Canada et de l'Europe. Et la francophonie en résidence est très dynamique au Yukon, tout comme les nombreux Français et Canadiens français qui ont marqué l'histoire initiale du Yukon à Dawson City. Beaucoup de commerces touristiques sont tenus par des francophones et les services d'information du Yukon sont souvent bilingues.

    La Dempster Highway n'est pas pour tout le monde. Il faut gérer un certain goût du risque et être bien préparé (pneus de secours, véhicule en très bon état de marche, capacité à bien réagir en cas de panne ou d'accident à des centaines de kilomètres de services). Mais pour bien des gens, c'est potentiellement le voyage le plus marquant d'une vie.

    Renseignements: Yukon, 1 800 661-0494, travelyukon.com/fr; Territoires-du-Nord-Ouest, 1 866 849-9139, tourismetno.com.

    ***

    Collaborateur du Devoir
    Le frisson de plaisir attendu de tous est le rituel de la trempette du gros orteil dans l’océan Arctique. L’eau est froide, mais l’émotion est forte.<br />
Une cycliste «réfléchie» devant le mythique hôtel Westminster à Dawson City.<br />
Il fait clair 24 heures sur 24 dans le cercle polaire.<br />
Des motos au garde-à-vous à Dawson City.<br />
Un cours d’eau minéralisé: les couleurs n’ont pas été retouchées!<br />
     
     
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