L'art à ciel ouvert au nord de New York
Photo : Benoit Legault
Le journaliste Benoit Legault s’amuse dans le jardin de sculptures du siège social de PepsiCo, situé, comme le Purchase College (photo du bas, à droite), à quelques kilomètres de la ville de White Plains, à 30 minutes de train de banlieue au nord de Manhattan.
Le nord de New York, c'est encore toute la puissance magnétique de la ville des villes, sauf qu'il y a de l'espace. C'est pourquoi on y trouve des parcs de sculptures exceptionnels, parmi les meilleurs au monde.
Il y a d'abord le Storm King Art Center. C'est le sculpture park le plus prestigieux des États-Unis. Ce parc est si grand (250 hectares) et ses oeuvres si gigantesques que l'expression «parc de sculptures» ne s'applique pas tout à fait car celui-ci est dépassé à la fois en matière de taille, d'espace et de concept.
On y a donc inventé l'expression sculpture landscape (paysage de sculptures, ou serait-ce plutôt «sculptures du paysage»?) pour désigner le Storm King Art Center. Ici, dans la salle de montre extérieure, le ciel est le plafond, le gazon est le plancher et les murs sont formés des arbres et des lignes d'horizon.
D'ailleurs, il est interdit de toucher aux oeuvres du Storm King Art Center. Sa «salle» de 250 hectares permet d'exposer des oeuvres immenses, impensables ailleurs, même dans les parcs de sculptures habituels. Il fête ses 50 ans cette année et ses plus grandes sculptures sont parmi les plus récentes.
La nouvelle vedette du Storm King Art Center est le Wavefield (2008) de Maya Lin, l'Américaine d'origine chinoise qui s'est illustrée en gagnant le concours de design du mémorial dédié à la guerre du Vietnam à Washington; elle était alors âgée d'une vingtaine d'années.
Amorçant aujourd'hui la cinquantaine, Maya Lin demeure au plus fort des tendances de son époque. Le Wavefield est un grand champ de «vagues» de près de cinq mètres de haut et longues d'une centaine de mètres; une forme de houle océanique transposée dans un champ d'un vert magnifique au bord d'une forêt idyllique.
C'est une oeuvre riche en références géographiques, artistiques, historiques, scientifiques et même autobiographiques, mais cette oeuvre est néanmoins sensuelle et elle ne nécessite pas d'explications pour être appréciée.
Le Wall (1998), de l'Anglais Andy Goldsworthy, est l'autre oeuvre récente qui redéfinit le Storm King Art Center par sa taille (quelque 300 mètres de long) et le fait qu'elle soit site specific; en effet, le Wall se sert carrément de son environnement pour créer sa magie.
Ce mur de roches, très semblable aux nombreux murs de roches qui séparent les champs privés dans le nord de l'Angleterre, s'enroule autour des arbres d'une forêt avant de plonger dans l'eau d'un étang et d'en ressortir de l'autre côté du plan d'eau.
Le reste de la centaine d'oeuvres du centre est composé de sculptures monumentales des grands maîtres mondiaux du genre depuis les années 1960 (Alexander Calder, Henry Moore, Isamu Noguchi, etc.).
Le Storm King Art Centre est situé à Mountainville, à 80 kilomètres au nord de Manhattan. On marche beaucoup au Storm King Art Center, mais on prend aussi un mini-tram gratuit qui passe aux demi-heures. Et depuis cette année, on peut louer un vélo à l'entrée.
Retraite fermée du design
Les sièges sociaux mondiaux de nombreuses compagnies sont, ça va de soi, situés dans la région de New York. Nombre d'entre eux ont choisi la lointaine banlieue et ses grands espaces.
C'est le cas de PepsiCo, le conglomérat dont les produits vedettes sont Pepsi et Frito-Lay. Comme c'est souvent le cas aux États-Unis, les profits colossaux tirés de la vente mondiale de produits industriels dénaturés servent à créer un environnement d'un goût exquis.
En effet, le siège mondial de PepsiCo ressemble à une retraite fermée de l'art et du design dans des jardins superbes. Feu Donald M. Kendall aurait un point de vue différent. C'est qu'il était P.-D.G. de PepsiCo en 1965, lorsque les jardins qui portent son nom ont été créés pour établir «une atmosphère de stabilité, de créativité et d'expérimentation qui reflète la vision de la compagnie», disait-il.
Aujourd'hui, les Donald M. Kendall Sculpture Gardens présentent 45 oeuvres réparties sur quelque 45 hectares autour des magnifiques bâtiments administratifs de PepsiCo, des édifices carrés constitués de ziggourats inversées.
Les jardins comme tels ont été conçus par François Goffinet, un des maîtres mondiaux de l'architecture de jardin. Le site PepsiCo est d'ailleurs considéré comme un de ses chefs-d'oeuvre. Les sculpteurs représentés sur le site sont aussi célèbres que Calder, Rodin, Moore et Noguchi. Tout le XXe siècle y est évoqué.
Purchase College
Juste en face de PepsiCo, le Purchase College présente un immense bronze d'Henry Moore (Two Large Forms). Le campus de ce petit (4000 étudiants) chaînon culturel du réseau de l'université de l'État de New York (SUNY) est enjolivé de plusieurs sculptures extérieures. Le Purchase College recèle le Neuberger Museum of Art, un des meilleurs musées d'art universitaires aux États-Unis.
PepsiCo et le Purchase College sont situés à quelques kilomètres de la ville de White Plains, à 30 minutes de train de banlieue au nord de Manhattan.
***
Collaborateur du Devoir
Il y a d'abord le Storm King Art Center. C'est le sculpture park le plus prestigieux des États-Unis. Ce parc est si grand (250 hectares) et ses oeuvres si gigantesques que l'expression «parc de sculptures» ne s'applique pas tout à fait car celui-ci est dépassé à la fois en matière de taille, d'espace et de concept.
On y a donc inventé l'expression sculpture landscape (paysage de sculptures, ou serait-ce plutôt «sculptures du paysage»?) pour désigner le Storm King Art Center. Ici, dans la salle de montre extérieure, le ciel est le plafond, le gazon est le plancher et les murs sont formés des arbres et des lignes d'horizon.
D'ailleurs, il est interdit de toucher aux oeuvres du Storm King Art Center. Sa «salle» de 250 hectares permet d'exposer des oeuvres immenses, impensables ailleurs, même dans les parcs de sculptures habituels. Il fête ses 50 ans cette année et ses plus grandes sculptures sont parmi les plus récentes.
La nouvelle vedette du Storm King Art Center est le Wavefield (2008) de Maya Lin, l'Américaine d'origine chinoise qui s'est illustrée en gagnant le concours de design du mémorial dédié à la guerre du Vietnam à Washington; elle était alors âgée d'une vingtaine d'années.
Amorçant aujourd'hui la cinquantaine, Maya Lin demeure au plus fort des tendances de son époque. Le Wavefield est un grand champ de «vagues» de près de cinq mètres de haut et longues d'une centaine de mètres; une forme de houle océanique transposée dans un champ d'un vert magnifique au bord d'une forêt idyllique.
C'est une oeuvre riche en références géographiques, artistiques, historiques, scientifiques et même autobiographiques, mais cette oeuvre est néanmoins sensuelle et elle ne nécessite pas d'explications pour être appréciée.
Le Wall (1998), de l'Anglais Andy Goldsworthy, est l'autre oeuvre récente qui redéfinit le Storm King Art Center par sa taille (quelque 300 mètres de long) et le fait qu'elle soit site specific; en effet, le Wall se sert carrément de son environnement pour créer sa magie.
Ce mur de roches, très semblable aux nombreux murs de roches qui séparent les champs privés dans le nord de l'Angleterre, s'enroule autour des arbres d'une forêt avant de plonger dans l'eau d'un étang et d'en ressortir de l'autre côté du plan d'eau.
Le reste de la centaine d'oeuvres du centre est composé de sculptures monumentales des grands maîtres mondiaux du genre depuis les années 1960 (Alexander Calder, Henry Moore, Isamu Noguchi, etc.).
Le Storm King Art Centre est situé à Mountainville, à 80 kilomètres au nord de Manhattan. On marche beaucoup au Storm King Art Center, mais on prend aussi un mini-tram gratuit qui passe aux demi-heures. Et depuis cette année, on peut louer un vélo à l'entrée.
Retraite fermée du design
Les sièges sociaux mondiaux de nombreuses compagnies sont, ça va de soi, situés dans la région de New York. Nombre d'entre eux ont choisi la lointaine banlieue et ses grands espaces.
C'est le cas de PepsiCo, le conglomérat dont les produits vedettes sont Pepsi et Frito-Lay. Comme c'est souvent le cas aux États-Unis, les profits colossaux tirés de la vente mondiale de produits industriels dénaturés servent à créer un environnement d'un goût exquis.
En effet, le siège mondial de PepsiCo ressemble à une retraite fermée de l'art et du design dans des jardins superbes. Feu Donald M. Kendall aurait un point de vue différent. C'est qu'il était P.-D.G. de PepsiCo en 1965, lorsque les jardins qui portent son nom ont été créés pour établir «une atmosphère de stabilité, de créativité et d'expérimentation qui reflète la vision de la compagnie», disait-il.
Aujourd'hui, les Donald M. Kendall Sculpture Gardens présentent 45 oeuvres réparties sur quelque 45 hectares autour des magnifiques bâtiments administratifs de PepsiCo, des édifices carrés constitués de ziggourats inversées.
Les jardins comme tels ont été conçus par François Goffinet, un des maîtres mondiaux de l'architecture de jardin. Le site PepsiCo est d'ailleurs considéré comme un de ses chefs-d'oeuvre. Les sculpteurs représentés sur le site sont aussi célèbres que Calder, Rodin, Moore et Noguchi. Tout le XXe siècle y est évoqué.
Purchase College
Juste en face de PepsiCo, le Purchase College présente un immense bronze d'Henry Moore (Two Large Forms). Le campus de ce petit (4000 étudiants) chaînon culturel du réseau de l'université de l'État de New York (SUNY) est enjolivé de plusieurs sculptures extérieures. Le Purchase College recèle le Neuberger Museum of Art, un des meilleurs musées d'art universitaires aux États-Unis.
PepsiCo et le Purchase College sont situés à quelques kilomètres de la ville de White Plains, à 30 minutes de train de banlieue au nord de Manhattan.
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