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Sous le soleil de Saint-Louis

J'y allais pour Mermoz, j'y ai aussi trouvé Maï et ses Mandjaks. Magnifique rencontre.

Carolyne Parent   14 août 2010  Voyage
Pirogues au repos à Saint-Louis. La cité portuaire a soufflé ses 350 bougies l’an passé.<br />
Photo : Carolyne Parent
Pirogues au repos à Saint-Louis. La cité portuaire a soufflé ses 350 bougies l’an passé.
Saint-Louis du Sénégal — La toubab que je suis en a ras le boubou, mais oh la la!, ce qu'elle assure. De rue en boulevard, on m'aborde et on me baratine avec la régularité d'une marée. Comme Louise Marleau dans La Comtesse de Bâton-Rouge, une meute masculine me talonne. Des rabatteurs, plus sympas que rabat-joie. Mieux vaut en rire, et je ris avec eux. Ils sont beaux. Ils ont peut-être faim. Et c'est bien la seule pensée qui risque d'entacher mon bonheur d'être à Saint-Louis du Sénégal. Allez, c'est combien, vos bracelets en corne de machin?

À Dakar, on m'avait prévenue: «Vous verrez, Saint-Louis est une ville émouvante.» Dans le mille, Aziz! L'émotion suinte de partout. De la lumière, qui égaie ou attriste, selon l'heure, les crépis décrépits de la vieille ville, inscrite au Patrimoine mondial de l'Unesco. De l'architecture coloniale portugaise et française à demi ruinée, qui laisse deviner un avenir qui se conjugue au passé prospère. Et puis, il y a la relative «fragilité» de son emplacement géographique: situé au nord-ouest du pays, Saint-Louis, ou N'Dar en wolof, s'étale en partie sur le continent et en partie sur la langue de Barbarie, un long et maigrichon cordon de sable, qui protège des déferlantes de l'Atlantique une petite île dans l'embouchure du grand fleuve Sénégal, où se répand la vieille ville.

La cité portuaire, qui a soufflé ses 350 bougies l'an passé, a connu de meilleurs jours, ça se voit à l'oeil nu. L'élégance du pont Faidherbe, du Palais de justice et de l'édifice de la gouvernance en témoigne. De belles résidences, certaines en train d'être restaurées, aussi. Première colonie française en Afrique, Saint-Louis s'est enrichi du commerce de l'ivoire, de l'or, de la gomme arabique et, surtout, des esclaves. Un négoce auquel participaient notamment, tiens donc, des métisses influentes — certaines étaient armateurs — appelées signares et nées d'unions entre femmes sérères et commerçants portugais. À la fin du XIXe siècle, la ville est à son apogée grâce à l'ouverture d'un chemin de fer la reliant à Dakar. La perte de son statut de capitale de l'Afrique occidentale française, en 1902, puis de la colonie à la veille de son indépendance marqueront le début de la fin de son rayonnement.

Dans les années 1930, elle accueille néanmoins d'intrépides visiteurs. En provenance de Toulouse et en route pour le continent sud-américain, les aviateurs de la Compagnie aéropostale, qu'Air France prendra éventuellement sous son aile, y font étape. Dans la vieille ville, un musée rend hommage à deux d'entre eux: Antoine de Saint-Exupéry et, surtout, Jean Mermoz, à qui l'on confiait les missions les plus périlleuses, telle la première traversée de l'Atlantique Sud, entre Saint-Louis et Natal, au Brésil. L'hôtel de la Poste, l'ancien relais de ces casse-cou, où Mermoz avait sa chambre attitrée, attire toujours leurs admirateurs.

Le marché aux poissons des pêcheurs du quartier Guet N'Dar, les pirogues impressionnantes qu'ils chevauchent dès le lever du jour, les maisons à portes cochères et à balcons en fer forgé un rien néo-orléanais du coeur historique, les mosquées immaculées, la mer, le fleuve, frontière naturelle avec la Mauritanie... Si la ville de 175 000 habitants, où Bertrand Tavernier a tourné en partie Coup de torchon — un resto du même nom le rappelle —, peut se découvrir en calèche le temps d'un parcours commenté, c'est encore à pied qu'on l'apprécie le mieux. Et qu'on fait les plus belles rencontres.

Oh, Maï...

Je suis allée chez Tësss sur la recommandation de Muriel Bancal, propriétaire, avec son mari, de La Résidence, un des plus anciens et des plus charmants hôtels de Saint-Louis. À la fois boutique, atelier de tissage et galerie d'art, Tësss (une interjection en wolof qui exprime le ravissement) a une vocation bien spécifique: la valorisation des pagnes traditionnels des Mandjaks, un groupe culturel établi au Sénégal, au Cap-Vert et en Guinée-Bissau.

Le pagne est un vêtement de première importance en Afrique. Il y a celui du baptême, celui du mariage, celui des funérailles, qui se transmettent de génération en génération. Il y a aussi celui avec lequel les mères attachent leurs enfants sur leur dos jusqu'à ce qu'ils marchent. Bref, ce sont à la fois de longs pans de tissu utilitaires et de véritables trésors de famille.

Née en Haute-Savoie, tisserande de métier, Véronique Picart est arrivée au Sénégal en 1998 pour y faire un séjour de perfectionnement en peinture et n'en est plus repartie. Elle a pris un époux sénégalais, un nom sénégalais, Maï Diop, s'est entichée des textiles locaux et, en 2000, fondait Tësss pour préserver un artisanat qui se meurt. Une belle histoire.

«Chez nous, on crée des tissages selon des originaux des Mandjaks, car il s'agit d'un patrimoine très riche et très ancien, dit-elle. Toute la culture de ce groupe, toutes ses superstitions y sont intégrées dans des motifs représentant les animaux-totems des familles et des symboles aux significations occultes. Ce sont les tissages les plus élaborés d'Afrique. Sauf qu'il y a une perte de transmission de ce savoir. Aucun jeune ne veut apprendre le métier parce que les tisserands ne peuvent plus vivre de leur labeur.»

En effet, s'il reste bien quelques Sénégalais nostalgiques et assez fortunés pour s'offrir ces pagnes traditionnels, devenus très chers, poursuit Mme Diop, la majorité de la population n'en a plus les moyens. Aux touristes sensibles aux belles matières, Tësss propose du linge de maison, une façon de renouveler et de perpétuer l'héritage des Mandjaks.

Depuis 10 ans, Maï Diop collectionne également des étoffes anciennes, qu'elle souhaite faire connaître. Elle en possède une centaine, majoritairement mandjaks et datant de 1930 et même au-delà, qui constituent le corpus d'une exposition itinérante ne demandant qu'à être vue. «J'attends d'être invitée à la présenter!», lance la tisserande. Avis à nos instances muséales... Le Metropolitan Museum of Art de New York et le Minneapolis Institute of Arts ont déjà, par ailleurs, fait l'acquisition de quelques pièces.

Outre la culture mandjak, la Saint-Louisienne d'adoption a apprivoisé un autre enseignement au fil des ans: la valeur de la modestie. «Étonnant pour une Française, non? dit-elle en riant. Je pense qu'il faut arrêter de donner des leçons aux Africains et qu'il est temps de les écouter. Les Sénégalais nous donnent volontiers la parole. Et nous la prenons, comme nous l'avons prise au temps de la colonie, car avec elle vient le pouvoir. Mais quand on les laisse exister, on comprend qu'on a affaire à un peuple noble.»

Un peuple à découvrir à travers son artisanat, sa culture, son histoire, et en des lieux aussi attachants que Saint-Louis.

En vrac

- Y aller: avec Air Canada, qui offre des correspondances relativement rapides sur Dakar, via Bruxelles notamment. Avec Royal Air Maroc via Casablanca, l'attente est de 12 heures. Soit on se repose à l'hôtel (le transporteur met des chambres à la disposition des passagers en transit), soit on en profite pour visiter la mosquée Hassan II, siroter un thé à la menthe à la terrasse d'un café de la Corniche ou explorer la médina du quartier des Habous. (www.aircanada.com; www.royalairmaroc.com)

- Se loger: dans la vieille ville, à La Résidence (www.hoteldelaresidence.com; la chambre 300 dispose d'une superbe terrasse panoramique) ou à l'hôtel de la Poste (http://hotel-poste.simpleform.eu). Sur la langue de Barbarie, au campement Océan et Savane (www.oceanetsavane.com), où on aura des kilomètres et des kilomètres de sable à ses pieds et l'Atlantique à perte de vue, qu'on ne partagera qu'avec quelques hôtes, des sternes naines et des pélicans géants.

- Rendre visite à Maï Diop: Tësss est situé au 396, rue Xalifa-Ababacar-Sy. www.destinationsenegal.com/tesss.htm et www.textilesmandjak.over-blog.com.

- Zyeuter les volatiles: de décembre à février, des millions d'oiseaux migrateurs atterrissent au parc national du Djoudj, inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco et situé sur un bras du fleuve Sénégal, à une soixantaine de kilomètres au nord de Saint-Louis.

- Naviguer au fil des caprices d'un fleuve, pour reprendre le titre du beau film de Bernard Giraudeau, tourné à Saint-Louis: au départ de la ville et à destination de Podor (ou inversement), le bateau de croisière Bou el Mogdad fait halte dans les ports des anciens comptoirs français jalonnant le grand fleuve. www.compagniedufleuve.com.

- En savoir plus: la Maison de l'Afrique convie le grand public à son Salon du tourisme, où le Sénégal sera à l'honneur les 25 et 26 septembre prochains. www.maison2lafrique.com.

- Renseignements: www.tourisme.gouv.sn, www.tuktuk.ca.

***

Carolyne Parent était l'invitée du ministère du Tourisme du Sénégal et de Royal Air Maroc.
Pirogues au repos à Saint-Louis. La cité portuaire a soufflé ses 350 bougies l’an passé.<br />
Sénégal<br />
Sénégal Assane, un des tisserands de l’atelier Tësss<br />
 
 
 
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  • jocelyne53 - Inscrit
    14 août 2010 10 h 37
    Sénégal
    Merci beaucoup pour ce magnifique reportage qui me donne de plus en plus l'envie de visiter ce grand continent qui a plusieurs leçons à donner et à transmettre aux Occidentaux excités que nous sommes devenus.
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  •  
  • Sadou N - Inscrit
    15 août 2010 16 h 34
    Super
    Superbe reportage sur un beau pays, le Sénégal, et un continent magnifique, l'Afrique. Un reportage loin des clichés habituels véhiculés hélas sur le continent africain.
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