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L'entrevue - Voyage au pays de l'antitourisme

Le sociologue français Rodolphe Christin fustige une industrie devenue dévastatrice pour la planète

Fabien Deglise   8 février 2010  Voyage
Un groupe de touristes visite le canyon du Sumidero, au Chiapas. «Même le tourisme dit d’aventure ne veut pas d’insécurité et d’improvisation», constate le sociologue français Rodolphe Christin.
Photo : Agence France-Presse Ronaldo Schemidt
Un groupe de touristes visite le canyon du Sumidero, au Chiapas. «Même le tourisme dit d’aventure ne veut pas d’insécurité et d’improvisation», constate le sociologue français Rodolphe Christin.
Clic! La mer turquoise vue d'une terrasse en bois tropical avec toit en feuilles de palmier. Clic! Sur la plage, une table bien dressée attend un couple pour un souper aux chandelles. Un serveur aux traits latinos, aussi. Clic! Des huttes sur pilotis avec un fond d'îles coralliennes. Clic! Une jeune femme en maillot de bain deux-pièces rouge plonge au milieu d'un banc de poissons-clowns...

Il y a les images de l'évasion. Mais il y a aussi la dure réalité: le tourisme, avec son pouvoir d'exploitation des ressources et d'uniformisation des environnements, commence à devenir sérieusement néfaste pour l'humanité qui le supporte. Pis, il stimule aussi la gêne et l'absurde, y compris dans sa forme dite équitable, estime le sociologue Rodolphe Christin, qui lance du coup une invitation à un autre voyage: l'antitourisme planétaire, fondé sur le moins, le mieux et le sans-traces.

«Le tourisme a mis en commerce le voyage, constate l'homme dans son Manuel de l'antitourisme qui vient de sortir aux Éditions Écosociété. Aujourd'hui, les organisations touristiques sont plus dédiées au divertissement qu'à la découverte de la diversité.» Et forcément, les questions qui viennent avec ce constat sont loin d'être reposantes.

Première industrie mondiale, le tourisme n'en demeure pas moins un privilège de nantis qu'à peine 3,5 % des habitants du globe ont finalement les moyens de se payer. «C'est un luxe pour les riches qui vont se promener chez les pauvres», lance à l'autre bout du fil l'auteur, que Le Devoir a joint la semaine dernière à sa résidence, en France.

Or, même s'ils sont circonscrits dans les pays occidentaux, ces touristes sont aussi, depuis plusieurs années, dévastateurs partout sur la planète en stimulant un univers qui carbure à la construction d'hôtels pour format «tout compris», au bétonnage sauvage de côtes qui le sont tout autant, à la mise sous pression des nappes phréatiques, le tout dans une grande mise en scène de l'évasion, dont la triste standardisation va du Maroc à la Thaïlande en passant par Dubaï, le Vietnam, Cuba et la péninsule du Yucatan. La liste n'est pas exhaustive.

«Regardez la signalétique utilisée dans les endroits touristiques, lance M. Christin. Peu importe où vous allez, c'est la même. Le paysage diffère, mais sa mise en forme est identique. On est dans le registre de l'homogène. Le tourisme se joue en circuit fermé dans des parcs d'attractions automatisés qui se généralisent à l'échelle de la planète.»

L'échec du tourisme durable

Le cliché est sombre. Il peut aussi, au terme d'une semaine «tout compris» à Samana, en République dominicaine, ou d'un séjour de cinq jours sous les sonorités technos d'Ibiza, en Espagne, donner mauvaise conscience... et du coup encourager un tourisme plus responsable, que l'on dit équitable. «C'est en remettant en question ses propres pratiques que le touriste et les organismes touristiques ont fait naître le tourisme durable, dit l'empêcheur de bronzer en rond. Ça donne bonne conscience, mais ça ne règle pas le problème puisque cette pratique s'inscrit dans la même mise en production des territoires.

«La répartition des ressources financières est certes différente, c'est vrai, et c'est bien. Le hic, c'est qu'il ne s'agit que d'un dérivé du modèle original fondé sur des critères commerciaux. Comme pour le commerce équitable.» Et le sociologue est loin de trouver ça très nourrissant.

Alors? À l'appel du chaud, du différent, de l'autre et du lointain, quelle réponse apporter? Le tourisme, avec tous ses travers, le confort de ses chambres d'hôtel aseptisées et climatisées, «est en train de devenir un antivoyage», dit M. Christin. Et, donc, «pour retrouver le sens du voyage, c'est finalement l'antitourisme que l'on doit développer».

La formule peut séduire. Elle commande aussi de s'éloigner franchement du miroir aux alouettes pour mieux renouer avec le caractère aventureux du voyage, dans sa dimension angoissante et insécurisante, selon lui. «Ça fait partie de l'aventure, il faut l'accepter. C'est ça qui apporte une expérience singulière», un réel dépaysement que le tourisme de masse cherche à faire disparaître avec méthode, investissements étrangers, fauteuils en bambou et buffets à volonté offrant le même poulet en sauce à Bangkok, Cozumel, Panama et Casablanca. «Même le tourisme dit d'aventure ne veut pas d'insécurité et d'improvisation: les gens veulent dormir sur des matelas confortables et avoir des repas diversifiés à heures fixes, même au milieu du désert où, là aussi, on est, malgré les apparences, dans une logique de prestation de services.»

L'évasion n'est pas une marchandise

La quête du bonheur, angoisse de notre temps, y est certainement pour beaucoup, selon lui, puisqu'elle s'accompagne d'une recherche d'environnements confortables accessibles par carte de crédit, chez soi comme ailleurs. «Il y a quelque chose de l'ordre de l'égohédonisme qui lie bien-être personnel et consommation, dit-il. Et c'est une chose qui, pour le renouveau du voyage par l'antitourisme, mérite vraiment d'être remise en question.»

Selon lui, en matière d'évasion, la dictature de la destination gagnerait à disparaître pour mieux se concentrer sur le déplacement nécessaire au voyage. «On devrait voyager moins et surtout prendre le temps de voyager mieux», en troquant l'avion pour le bateau, la destination lointaine pour les attraits proches, à portée de vélo, de train ou de voiture... «Il faut intégrer le voyage comme une expérience philosophique porteuse de sens.»

Mais il y a plus: «Il faut aussi accepter l'idée que les lieux ne soient pas aménagés pour satisfaire à nos besoins», dit-il en mentionnant la philosophie du «sans-traces» qu'il a découverte lors d'un récent voyage dans l'Ouest canadien. En substance, dans les parcs d'ici, plusieurs groupes d'amateurs de plein air encouragent l'évasion avec un objectif: laisser le moins d'empreintes possible de son passage sur un territoire, vierge ou pas.

«C'est un modèle valable pour l'environnement qu'il faut aussi adapter pour réduire ses traces sur les cultures locales, les économies locales, les communautés locales...» Et il ajoute: «C'est un peu utopique, je le reconnais. Mais c'est aussi une question de volonté et d'imaginaire politique ou sociétal.» Un imaginaire qu'une absorption abusive de rhum dans un bar-piscine, une baignade avec des dauphins ou une visite d'îles chinoises sur une autoroute de jonques n'aide certainement pas à développer.
 
 
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  • Anne-Marie Berthiaume
    Abonné
    lundi 8 février 2010 08h29
    Pour vIvre sans la «nécessité» du voyage : vivez en région !
    Est-ce que vivre dans les grandes villes ne sous-tend pas quelque part la nécessité d'en sortir pour s'évader pendant les vacances ou les fins de semaine ?

    Lorsqu'on vit dans un environnement où les gens viennent pour leurs vacances (et il n'est pas nécessaire d'aller très loin des villes pour cela), on réalise que le concept même de vacances change, puisqu'on est tous les jours dans un cadre inspirant et ressourçant, proche de la nature.

    Pourquoi ne pas alors prôner une vie éco-responsable 365 jours par année et favoriser l'établissement en région et dans des villes de dimension moyenne ? L'économie et l'environnement ne s'en porteraient que mieux, en suscitant une décentralisation et un mode de vie moins axé sur la consommation de biens et de services. Et c'est une ancienne Montréalaise établie en région depuis près 30 ans qui le dit...

  • Caroline Dubois
    Inscrit
    lundi 8 février 2010 10h23
    Touriste VS Voyageur
    Ce n'est pas la première fois que je lis ce type de critique du tourisme de masse. Il y a depuis toujours une éternelle opposition entre le "touriste" et le "voyageur". Le voyageur, c'est le type routard avec son sac à dos qui veut absolument sortir des sentiers battus et aller là ou personne n'est allé avant lui (ce qui est de plus en plus utopique dans le monde d'aujourd'hui), et le touriste c'est celui qui va dans des formules tout inclus et qui voyage dans des bus avec un guide.

    Le voyageur croit avoir une supériorité morale sur le touriste, dont il a une vision remplie de clichés et de mépris. Le voyageur veut voir du vrai, il veut un contact avec les populations locales, il veut être le premier à arriver dans un petit village au fond de la campagne de l'Inde ou du Népal. Il veut que les habitants l'accueuillent à bras ouverts, l'hébergent et le nourrissent gratuitement, etc... parce qu'ils sont tellement accueillants les pauvres dans les autres pays à l'égard de ces gosses de riches qui ont bien plus les moyens de manger qu'eux!

    Je ne crois pas que les touristes nuisent plus à la culture locale que ces "voyageurs", parce que n'oubliez pas que ces zones d'hôtels sont très centralisées dans certaines zones du pays. Ce n'est pas comme cela partout. Le touriste dans son gros hôtel ne dérange personne, il ne mendie à personne, il débourse des frais pour son séjour et il crée des emplois pour les locaux. Il y a de nombreux pays pour lesquels le tourisme est leur principale activité économique. Haïti aurait intérêt à développer une industrie comme la Rep. Dominicaine, cela les aideraient beaucoup.

    Ce que je comprend dans ce type d'article, c'est que les "voyageurs" méprisent les tout inclus, non pas pour l'impact que cela a sur la population locale, mais plutôt parce qu'eux ça ne les intéressent pas.

    Le voyageur est un être aussi égocentrique que le touriste, puisqu'il veut être le "premier", "celui qui vit l'expérience unique" partout ou il passe avec son sac à dos. Et puis il se lamente quand les locaux le voient comme un signe de $ ambulant. Mais comment voulez-vous qu'il en soit autrement? Ils sont pauvres et vous êtes riches, que vous ayez des bermudas fleuries ou des rastas sur la tête ça ne fait pas de différence pour eux. Peut-on le leur repprocher?

  • C. Poulin
    Inscrit
    lundi 8 février 2010 13h10
    Réponse à Mme Caroline Dubois
    Chère Mme Dubois,
    Les deux types de TOURISTES que vous décrivez sont tout deux néfastes, même si leurs intentions sont bien différentes. Toutefois, vous semblez oublier qu'il y a entre les deux uniques formes de tourismes que vous semblez imagine, un tourisme responsable. Je ne vous blâme pas de l'oublier, la majorité des québécois semble aussi l'avoir oublié, sans-doute grâce aux marketing efficace des agences de voyage...

    En fait, il existe un principe de tourisme "responsable" assez simple: essayer de voyager dans d'autres pays comme on voyage à l'intérieur du Québec. Choisir un hébergement tenu par des habitants de l'endroit que l'on visite (bed and breakfast, auberge, villa, chambre à louer, etc.). Sur place, aller manger dans des restaurants qui sont aussi des entreprises locales (ce n'est pas compliqué, à la minute qu'on sort des grandes villes, il y a beaucoup moins de grandes chaînes!). C'est peu, mais c'est déjà beaucoup par rapport aux tout-inclus qui appartiennent à des entreprises étrangères et qui emploient les gens avec des conditions médiocres ou qui rendent les populations locales accros au pourboire des gros blancs bien saouls qui veulent les voir à leur service durant tout leur séjour (si c'est pas proche de l'esclavage ça...).

    J'ai récemment décider de voyager de cette façon et je peux vous dire que même si le principe est simple à imaginer pour la Gaspésie, les gens d'ici ont beaucoup de difficulté à se sortir l'idée du "tout inclus" quand on parle de voyager à l'étranger.

  • Eric Le Chasseur
    Abonné
    lundi 8 février 2010 16h11
    @Anne-Marie Berthiaume
    J'ai beaucoup de difficulté à conjuguer enjeux environnementaux (éco-responsabilité) et vivre en zones peu densément peuplées. Au Québec, il est une évidence consternante: dès que l'on sort de Montréal (l'Île), on se retrouve dans un univers intégralement motorisé, où il est absolument impossible de vivre sans voiture. Quant à moi, le fait de vivre dans ce cadre «inspirant et ressourçant» tel que vous le définissez a un prix environnemental exhorbitant.

    Au Québec, les villes de «dimension moyenne» (Saint-Jean-sur-Richelieu, Chambly, Joliette, etc.) sont en fait des villes froides, sans âme, qui ne semblent habitées que par des voitures. Dans ce genre d'agglomérations, je vous mets au défi d'apercevoir ne serait-ce qu'un seul piéton sur semaine!

    Favoriser l'étalement urbain, la sous-densité démographique, c'est contribuer à distancer les ressources, encourager le transport motorisé individuel et stimuler l'émission de GES. Et quant à moi, c'est tout sauf «éco-responsable».

  • Vivianne Lafrance
    Abonnée
    lundi 8 février 2010 16h25
    À mi-chemin: le tourisme responsable
    Il existe des possibilités de voyage très variées qui peuvent convenir à des tempéraments et à des intérêts tout aussi divers. Cela, c'est du point de vue du touriste. Mais du point de vue de la communauté d'accueil, il n'y a qu'une façon de faire valable pour voyager «responsable»: respect de l'environnement, de la culture et des personnes avant tout. J'ai publié un article dans Présence magazine faisant un survol de quelques options qui se situent dans une zone à mi-chemin entre le tourisme de masse et l'antitourisme (qui recèle certainement de l'intérêt) mis de l'avant ici. On peut le lire à cette adresse: http://temporubato.files.wordpress.com/2009/12/voy

  • Eric Le Chasseur
    Abonné
    lundi 8 février 2010 16h31
    Un modèle de tourisme éco-responsable importable au Québec?
    Je suis tout à fait d'accord avec le modèle de tourisme durable (ou soutenable) de Rudolphe Christin - où il est question de laisser le moins de traces possible (qu'elles soient environnementales ou culturelles) dans les communautés d'accueil. On ne peut être contre la vertu. Cependant, je me demande si on peut l'appliquer à la réalité de la travailleuse et du travailleur québécois.

    Christin demeure en France, où le travailleur moyen bénéficie de six semaines de vacances/année. Au Québec, les travailleuses et les travailleurs ne bénéficiant que de deux semaines sont légion, et avec d'aussi courts séjours, est-il vraiment envisageable de renouer avec le "caractère aventureux du voyage, dans sa dimension angoissante et insécurisante"? Quand on n'a qu'une semaine de vacances, n'a-t-on pas intérêt à ne pas manquer son coup?

    Par ailleurs, les forfaits en pension complète s'équivalent-ils éthiquement, poltiquement et socialement? Un "tout inclus" à Cuba, est-ce vraiment aussi délétère et irresponsable qu'un "tout inclus" en République Dominicaine ou au Mexique?

    Lorsque je séjourne à Cuba, le gros touriste colon que je deviens, tout conscient qu'il est que ce n'est pas parfait, a l'impression d'être quand même un peu plus utile et responsable que s'il séjournait ailleurs.

  • Yves Lever
    Abonné
    lundi 8 février 2010 17h58
    L'émotion d'être là
    L'émotion d'être là

    Les distinctions entre «voyageur» et «touriste» ont peu d'intérêt. Il s'agit avant tout d'une question d'âge. J'ai pratiqué les deux.

    Aujourd'hui que je sais que les voyages forment autant la vieillesse, et souvent davantage, que la jeunesse, je n'ai pas honte d'être un touriste aussi souvent que je le peux.

    Pendant des décennies, j'ai lu, j'ai entendu parler, j'ai vu dans des films...

    Puis, quand j'ai pu voyager, j'ai connu l'émotion de me trouver dans ce théâtre où Paul de Tarse prêchait aux Éphésiens, celle de toucher aux pyramides, de gravir la Grande Muraille, d'entrer dans la Taj Mahal, de marcher dans des ruelles du Caire, d'admirer les verrières de Chartres, etc. Il suffit d'un brin d'imagination pour recomposer en esprit la vie des temps passés.

    C'est du tourisme, mais cela offre des regards sur les autres civilisations, donne une nouvelle vision de l'histoire, et cela fait vivre beaucoup d'émotions. Je le souhaite à bien du monde.

    Je n'ai rien contre, non plus, le fait d'aller passer une ou deux semaines de repos sur une plage du Sud en février, dans un tout compris. Cela n'est pas du tourisme, mais un ressourcement pour conserver le mieux possible la santé. Cela ne fait pas de tort à nos amis cubains.

  • France Marcotte
    Abonnée
    lundi 8 février 2010 20h45
    Un humain digne de ce nom
    Cher monsieur Lever. Personne ne dit que ce n'est pas super trippant de se trouver dans le théâtre où Paul de Tarse prêchait aux Éphésiens (c'est où déjà?) ou de visiter le canyon de Sumiderao au Chiapas (bien calé dans sa ceinture de sauvetage). Certains pensent même que c'est essentiel pour devenir un être humain digne de ce nom. Il n'y aurait donc au monde que 3.5% d'humains dignes de ce nom... Bien d'autres choses pourraient être trippantes; comme de détourner une rivière pour la faire passer chez soi ou je ne sais quoi d'autre (sky is the limit). Mais il arrive qu'il soit préférable de s'abstenir.

  • Benoit Blanchard
    Inscrit
    mercredi 10 février 2010 12h06
    Touriste fast-food vs. Routard mijoté
    À la lecture de vos réflexions je me suis senti interpellé. Il existerait deux types de voyageurs : le touriste fast-food et le routard mijoté. Et pour imager cette hypothèse je les compare au Riz Express Uncle Ben’s et au riz brun à grain entier.

    Les Riz Express Uncle Ben’s est prêt seulement 2 minutes au micro-onde. Mais pour ce faire on a extrait une partie de sa valeur nutritive. On a aussi rajouté des arômes et du sucre pour lui donner bon goût des agents de conservation. Le riz minute est habitué au "toute suite" et à l’immédiat. Il veut s’éviter l’effort de l’organisation et est peu débrouillard. Il ne veut pas se casser la tête. Craintif, il a peur de l’inconnu et de la découverte et préfère rester dans sa tour de verre. Je me rappelle un de mes premiers voyages en terre du sud loin des tout-inclus. On m’avait dit : « C’est dangereux là-bas tu sais. » J’en étais venu à rédiger un testament avant mon départ. Difficile de sentir les odeurs de la cannelle au marché, de discuter économie avec un éleveur de chèvres ou de découvrir une petite cascade "secrète" couleur azur enfermé entre quatre murs ou sous la supervision d'un guide. Le riz minute n’a pas le temps. Disons plutôt qu’il ne veut pas prendre le temps. Le touriste fast food voit mais pour voir -.

    Les riz brun à grain entier lui doit mijoter 20 minutes. Il a conservé tous ses nutriments et pour lui donner du goût et bien, il faut un peu d’imagination. Le riz mijoté dévore les guides et les cartes, fait des recherches et est curieux. Lorsque l’on cuisine un tajine ou un carry, on a la satisfaction de préparer quelque chose de ses propres mains, d’avoir accompli et apprit quelque chose. La débrouillardise en voyage (comme dans tout) n’est pas un gène réservé à certain privilégié. C’est un muscle qui se développe au fil des expériences et des dents cassées. Le riz mijoté prend le temps. Il y a quelque année je suis descendu d’un bus dans les montagnes du Chiapas lors d’une escale, photographié un fermier labourant sa terre et remonté dans le bus. Que reste-t-il de ce moment; un photographie. Lors de mon dernier voyage j’ai rencontré des fermiers sur leurs terres, échangé avec eux et passé la journée avec eux. Un souvenir gravé en moi à jamais. Et pas besoin de partir 2 mois pour ça. Le routard mijoté voit – pour voir .

  • Louise Constantin
    Abonné
    mercredi 10 février 2010 12h44
    Le tourisme équitable au service des communautés locales
    Le tourisme est en effet l'un des secteurs économiques qui connaît la plus forte croissance ces dernières années. Avec des revenus de 856 milliards de dollars E.-U. en 2007, le tourisme correspond à 30 % des exportations de services dans le monde. C'est dans ce contexte qu'on peut parler d'une véritable industrie qui, comme les autres grands secteurs économiques, tels que l'industrie minière, agroalimentaire et énergétique, se pratique largement dans les pays du Sud et est largement contrôlés par des intérêts financiers du Nord, par des multinationales. Et ces intérêts financiers appliquent des règles
    connues : appropriation de sites naturels attrayants, principalement le littoral, exclusion ou exploitation de la population locale, pression excessive sur l'environnement. Ce cadre laisse alors peu de place à l'expérience romantique ou existentielle du voyage dont M. Christin semble avoir la nostalgie.

    La lecture critique du tourisme qu'il nous offre cependant, tout en reprenant des analyses maintes fois exprimées, n'en est pas moins pertinente et essentielle. La question à se poser demeure en effet toujours la même : le voyage en tant que "produit de consommation" est-il conçu aujourd'hui pour répondre aux besoins des voyageurs ou bien les besoins des consommateurs sont-ils façonnés pour satisfaire les intérêts de l'industrie touristique? Poser la question, c'est y répondre.

    Mais le tourisme ne concerne pas que les voyageurs. Les populations d'accueil représentent l'autre élément de l'équation touristique. Si je me fie aux deux articles du Devoir portant sur le livre de M. Christin, toutefois, il semble la critique de ce dernier s'applique à toute forme de tourisme, y compris le tourisme qu'on dit "durable" ou encore "équitable". Si c'est le cas, alors M. Christin ne prend pas en considération le fait que plusieurs communautés dans les pays du Sud, mais également ici, notamment chez les communautés autochtones, se sont approprié le tourisme en tant qu'outil de développement socioéconomique et culturel.

    En tant que promotrice de tourisme équitable et solidaire au Mexique et à Cuba, j'ai eu l'occasion de visiter plusieurs communautés qui se sont tournées vers le tourisme équitable pour améliorer leurs conditions de vie, créer des emplois et mettre un frein à l'exode des jeunes vers les États-Unis, revaloriser leurs cultures traditionnelles, réinvestir les revenus tirés du tourisme dans des services collectifs, principalement la santé et l'éducation. Mieux encore, plusieurs de ces communautés se consacrent à la protection de leur environnement, notamment à celles d'espèces animales en péril, au reboisement, à l'agriculture biologique, etc. En l'absence de subventions, c'est le tourisme qui leur permet de tirer les revenus leur permettant de travailler à la protection de leur environnement.

    Malheureusement, ce type de tourisme qui profite autant aux communautés d'accueil qu'aux voyageurs eux-mêmes, est encore largement méconnu et n'attirerait, selon les rares statistiques existantes, qu'à peine 1 % des voyageurs. La question demeure donc : comment renverser la tendance lourde du tourisme de masse pour que le tourisme devienne un véritable outil de développement et de solidarité, ainsi que le propose le Bureau international du tourisme social (BITS), dont le siège social pour les Amériques est situé à Montréal?

  • Nathalie Choquette
    Inscrit
    jeudi 11 février 2010 06h30
    Voyager de façon responsable : "a catch 22 situation"
    Je m'inscris dans la mouvance d'un tourisme durable et responsable tel que décrit, et pratiqué, par Jacinthe Lafrance, C.Poulin et Louise Constantin. Mais il ne faut pas tomber dans l'angélisme pour autant.

    Par définition et pour son intégrité, le tourisme durable doit demeurer marginal, se pratiquer en petits groupes (pour ne pas exercer trop de pressions sur le milieu d'accueil), supposer une logistique organisationnelle plus complexe et locale qu'un tout inclus et, par conséquent, coûter plus cher. En revanche, oui, bien sûr, quand les promoteurs du Nord offriront à leur clientèle qui se dirige dans les destinations du Sud davantage de produits et de services locaux - et qu'ils se seront assurés au passage de soutenir les populations locales pour qu'elles prennent en main leur développement -, le tourisme de masse pourra se targuer de l'étiquette durable ou responsable.

    Mais, dans toute cette histoire, là où, à mon avis, la bât blesse, c'est dans le transport. On aura beau compenser nos émissions de carbone comme plusieurs voyagistes et transporteurs le proposent maintenant, reste que le déplacement en avion est l'Élement le plus néfaste sur l'environnement d'un voyage, aussi durable soit-il. Alors c'est là qu'il faudrait renverser la tendance lourde : voyager durablement, c'est décider, par exemple, une année sur deux, de voyager localement plutôt que d'aller prendre sa dose de vitamine C sur le sable doré. Pour un partage des retombées du tourisme vers nos aubergistes, restaurateurs et autres prestataires locaux.

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    jeudi 11 février 2010 11h47
    Pourquoi a-t-on besoin du tourisme?
    On dit que le tourisme fait vivre bien des communautés locales. Mais on pourrait se demander pourquoi ces communautés en ont besoin. N'ont-elles pas les ressources pour s'auto-suffire? Doivent-elles trop acheter sur le marché extérieur, le pétrole et la machinerie, par exemple? Achète-t-on trop bon marché ce qu'elles peuvent produire et exporter? Voir le tourisme comme le salut de ces communautés, c'est affirmer que les touristes riches pratiquent une forme de charité envers les pauvres. Le tout noyé dans une relation de service que je trouve souvent dévalorisante.

  • Caroline Dubois
    Inscrit
    jeudi 11 février 2010 17h15
    Valorisation du voyage à haut risque
    Cet article oublie un point important: Le voyage d'aventure et la prise de risques ce n'est pas pour tout le monde non plus.

    Il y a des gens dont leur condition de ne leur permet pas de partir vers l'imprévu, seuls avec leur sac à dos, dans les villages éloignés de l'Inde ou de s'aventurer dans les bidonvilles sud-américains par goût d'un contact avec le "vrai". Je trouve que c'est condescendant de juger les gens qui préfèrent avoir un cadre un peu plus sécuritaire à l'étranger.

    Par exemple, il y a des gens qui voyagent en famille avec de jeunes enfants. Exposer sa propre vie au risque c'est une chose, mais embarquer des enfants mineurs là-dedans c'est une autre histoire. Il y a des gens avec des hancicaps et des conditions médicales particulières, sans oublier la problématique d'être une femme seule dans des pays non-occidentaux. Dans plusieurs pays, la femme occidentale seule est vue comme une fille facile et elle peut vivre un harcèlement sexuel assez pénible. Les féministes ne m'aimeront pas, mais parfois il faut accepter le fait que les autres cultures n'ont pas tous la même conception que nous de l'égalité des sexes et il faut s'adapter et non les obliger à modifier leur mentalité.

    Je ne dis pas qu'il faut rester enfermé dans des hôtels complètement coupés de la population locale et voyager en bus blindés, mais voyager en petits groupes organisés avec des guides locaux expérimentés peut être une option intéressante pour contourner ce genre de problèmes. Il n'y a rien de niaiseux à ne pas vouloir s'aventurer n'importe ou, n'importe comment.

  • Yvon Bureau
    Abonné
    vendredi 12 février 2010 19h26
    Voyager par la philo
    Les voyages forment souvent la jeunesse, si peu souvent la vieillesse.

    Par la philosophie, que de beaux voyages relationnels à réaliser, chez les vieux dont je suis.

    C,est souvent en demeurant là où l'on est, seul et avec d'autres que l'on voyage le plus !

  • Michel Boucher
    Abonné
    jeudi 25 février 2010 15h23
    tourisme VS voyage
    J'ai lu cet article intéressant ainsi que les nombreux commentaires qu’il suscite. Le tourisme de masse ‘ tout inclus ‘ contribue au développement économique des communautés locales; mais, si l’on a le temps et le goût d’approfondir, d’aller voir plus loin, de parler aux gens dans leur langue et vivre dans leur maison, cela m'apparaît extrêmement enrichissant d’un point de vue culturel. Ces deux formes de tourisme/voyage sont valables selon moi, pourvu qu’on ne laisse pas des traces néfastes de notre passage et que tout se fasse dans le plus grand respect et avec modestie.

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