Virée en blanc
Photo : Hélène Clément
Balade en traîneau à chiens sur le lac Emmuraillé.
Dans le Bas-Saguenay, on ne subit pas l'hiver, on en jouit. Entre fjord et montagne, il est une grande fête attendue de tous. Et maintenant que le «blanc» apparaît comme prometteur en matière de développement touristique, on le souhaite rigoureux. Le fjord est bel et bien vivant durant l'hiver et on y pratique plusieurs sports: ski, raquette, traîneau à chiens, motoneige, pêche blanche... Et côté neige, pas de souci. On parle sur le territoire de poudreuse à l'infini, c'est ce qui distingue cette région située à cinq heures de route de Montréal et à deux heures de Québec. Réconciliation totale avec l'hiver. Le vrai!
La Baie — Dire que je m'imaginais accroupie sur une caisse de bières déposée dans la baie des Ha! Ha!, face à un trou d'eau glacée, attendant, canne à pêche en main et grelottant de froid, que sébaste, morue ou flétan du Groenland daigne mordre à l'hameçon. Ramassis de préjugés! Il n'en fut rien.
C'est plutôt dans le confort feutré d'une cabane en bois spacieuse, équipée d'un poêle à chauffer, d'une toilette intérieure, d'un sofa douillet, d'une table à manger et de lampes électriques que j'ai été initiée à la pêche blanche sur le fjord. Tarte aux bleuets et café en sus.
La pêche blanche est une activité populaire dans le fjord, celle où les habitants échangent des nouvelles sur la glace avant de rentrer se calfeutrer dans leur maisonnette pour taquiner le poisson. «Après le travail, quand on ne sait pas quoi manger, on s'arrête à notre cabane», dit Sophie Bouchard, coordonnatrice du marketing à Promotion Saguenay et originaire de La Baie.
Impossible de ne pas aimer l'hiver au contact des sympathiques Saguenéens, tant les «purs» que ceux qui un jour ont quitté leur pays pour s'installer dans la région. Comme Emmanuelle et Philippe, un couple de Francais qui depuis l'an dernier accompagne les touristes désireux d'apprendre les rudiments de la pêche blanche.
Ainsi, le visiteur n'est plus livré à lui-même sur le fjord. «Nous louons les cabanes à la journée, enseignons les techniques de manipulation de la canne et de l'appâtage. Nous proposons même des repas préparés par des traiteurs de La Baie.»
S'il faut voir une chose dans la baie des Ha! Ha!, c'est l'Aquabane du fjord, un petit centre d'interprétation situé au coeur du village de pêche de Grande-Baie. Caméra sous-marine, sonar, hydrophone, données scientifiques... tous les moyens sont bons pour sensibiliser le visiteur curieux à la faune aquatique de la baie du fjord et à la grande fragilité de son écosystème.
«Les seuls appareils de pêche autorisés sur le fjord en hiver sont la ligne à main appâtée, la canne à pêche, le moulinet et la dandinette», explique Dominique, guide-interprète au Musée du fjord. Sous la petite cabane bleue déposée sur 30 centimètres de glace, la caméra a détecté un sébaste et une anguille. «Des 60 espèces de poissons d'eau salée et d'eau douce du fjord, une vingtaine sont pêchés en hiver. La loi autorise un quota de cinq poissons de fond par jour, par personne.»
En provenance du parc des Laurentides, l'arrondissement de La Baie, qui forme, avec les anciennes villes de Chicoutimi, Jonquière et Latterrière, la ville de Saguenay, est la porte d'entrée de la Route du fjord vers L'Anse-Saint-Jean, but de cette virée blanche dans le Bas-Saguenay.
C'est pour le pittoresque des paysages, la quantité de neige, l'accueil des gens et l'absence totale de kitsch et de tape-à-l'oeil le que nous avons choisi de passer nos vacances dans le fjord du Saguenay. Ici, rien de chromé et pas d'usines à sport. Mais une quantité d'activités faciles d'accès.
Le fjord est si beau, si convivial et si gastronomique que bon nombre de touristes attirés par l'aventure «modérée» choisissent la destination pour leurs vacances. En 2008, l'Association touristique régionale du Saguenay-Lac Saint-Jean a enregistré chez la clientèle française plus de 44 280 jours-visites. Cette dernière aurait dépensé sur le territoire la même année près de 15 millions de dollars, pour une moyenne de 330 $ par jour. Selon les statistiques du ministère du Tourisme pour l'année 2007, la proportion des clients internationaux dans la région est de 7 %.
L'appel de la forêt
«Un village... Quatre saisons... Douze mois de sensations !»Tel est le slogan de la localité de l'Anse-Saint-Jean dont la beauté est reconnue depuis 1997 par l'Association des plus beaux villages du Québec. Ce label de qualité garantit aux visiteurs qu'ils ne seront pas déçus par leur visite.
Il faut le reconnaître, le village de 1088 âmes a du pittoresque à revendre. À commencer par son fameux pont couvert qui ornait les billets de 1000 $ de la série émise par la Banque du Canada en 1954. On ignorait alors que le village, l'étendue d'eau et les collines représentaient l'Anse-Saint-Jean. Ce n'est qu'au moment d'effectuer une transaction pour la compagnie Wood Gundy Limited, en 1972, que James William, un amateur de pêche au saumon, reconnut la scène. Le dessin, réalisé par un Montréalais à partir d'une photographie, représentait le Saguenay, l'îlot et la rivière Saint-Jean, le cap de l'Anse-à-Tabatière et le pont couvert du Faubourg.
L'Anse-Saint-Jean a su tirer parti de sa situation idéale entre fjord et montagne. Le parc national du Saguenay et le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent assurent la conservation des lieux. Là-bas, ni cliché, ni mise en scène touristique, mais nature sauvage, falaise qui tombe abruptement dans le Saguenay et forêt magnifique dans l'ombre de laquelle se déroule une vie discrète. Celle de l'ours qui ronfle, du loup qui rôde, de l'orignal qui mâchouille, du renard qui gambade.
Nous arrivons à la Maison de Vébron, située au pied des pentes de ski du Mont-Édouard, vers 19h30. C'est dans ce petit hôtel de 18 chambres que nous logerons pour quelques jours, le temps de s'initier au télémark et au traîneau à chiens et de faire une randonnée à cheval sur les plateaux au-dessus de l'Anse-Saint-Jean. Avant de redescendre vers le village pour souper, j'en profite pour faire connaissance avec les propriétaires, Doris Duchesne et Lynn Mercure. Séduit par les pentes de ski du Mont-Édouard, le couple entreprend en 2004 la construction d'un vaste complexe récréotouristique qui prévoit au pied du versant nord 150 unités résidentielles. À cela s'ajoute la Maison Vébron, un spa nordique et une épicerie. Et d'ici peu devrait débuter la construction d'une auberge de 25 chambres.
On se demande pourquoi un centre de ski du calibre du Mont-Édouard n'est pas dans la mire des skieurs les plus fanatiques du Québec. De la neige à profusion — 239 centimètres recus depuis le début de la saison —, un dénivelé de 450 mètres qui le place sixième en importance au Québec, plus d'une trentaine de pistes de ski, de nombreux sous-bois pour la pratique du télémark, un beau village à proximité et la vue sur le plus long fjord habité au monde.
Au-dessus de la vallée des Bouleaux, une passerelle de 80 mètres de longueur permet aux skieurs d'accéder au versant nord-est de la montagne et de profiter d'un tracé de près de 300 mètres de dénivelé. Les amateurs de raquette peuvent aussi emprunter une douzaine de kilomètres de sentiers balisés qui mènent vers des panoramas à couper le souffle. Le circuit rejoint également un réseau de plus de 50 kilomètres de sentiers de ski hors piste.
L'origine du Mont-Édouard constitue une histoire en soi, et Dieu sait si on aime raconter des histoires au Saguenay! En 1989, afin d'appuyer l'implantation du centre de ski, quelques fervents de la région ont manifesté en bloquant des routes. «Même le curé de la paroisse s'est mis de la partie en observant une grève de la faim», raconte Alain Goulet, directeur de la station de ski, dans un film relatant l'histoire du Mont-Édouard qu'il a produit avec Nicolas Gagnon.
Heureusement, il suffit d'un cours de première année pour diriger un traîneau à chiens. «Vous êtes des skieuses?», demande Vanessa, musheuse et propriétaire de la petite entreprise de chiens de traîneau Plein Air de l'Anse. «Alors vous n'aurez pas de problème: il y a le frein à vos pieds, la corde de trait entre le traîneau et les chiens à garder tendue en tout temps, et dès que vous voyez qu'un chien se positionne pour faire ses besoins, vous vous arrêtez.» Fin des explications.
C'est fou, j'avais l'impression en lisant L'Appel de la forêt, de Jack London, que de diriger des chiens de traîneau était une activité plus complexe. Mais non! Pour l'essentiel, il suffit dans la montée de marcher derrière le traîneau pour faciliter la tâche des chiens et dans la descente de garder le pied sur le frein pour maintenir la corde de trait tendue. Et de rester vigilants au cas où un orignal passerait dans le coin. L'odeur excite les chiens, qui redoublent de vigueur.
Ce soir-là, à L'Anse-Saint-Jean, la vue du fjord gelé avec ses amas de glace superposés sur la rive donne des frissons. On sent la nature puissante. La lune rayonnante éclaire le pont couvert, rebaptisé pont de Florac pour souligner le jumelage de L'Anse-Saint-Jean avec le village français de Florac, situé dans les Cévennes. Les étoiles prennent part à la danse du gel du Saguenay engourdi par le froid. Seule en son centre une ligne d'eau permet aux bateaux de livrer leur manchandise jusque dans la baie des Ha ! Ha!. À fréquenter la région, on devient poétique.
***
En vrac
- Le Musée du fjord fait découvrir l'univers du fjord du Saguenay. Actuellement, l'exposition temporaire Mammifères venus du froid présente des mammifères de l'époque glaciaire, dont un gigantesque squelette de mastodonte ainsi qu'une énorme dent de mammouth découverte par un enfant en 1987, à Chambord, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. www.muséedufjord.com.
- Pour se payer la traite: Contes de la pleine lune, le 28 février à 13h, au sommet du Mont-Édouard, à L'Anse Saint-Jean. Invités: Élias Côté, petit-fils d'Arthur Côté, chouenneux, homme des bois et beau parleur, livrera ses anecdotes croustillantes et racontera la petite histoire de son pays, le Saguenay; Nadine Walsh, petite-fille d'Arthémise, cherchera à prendre contact avec ses racines, à perpétuer la mémoire de ceux qui l'ont précédée avec le souci d'ouvrir une fenêtre sur les cultures autochtones.
- Pêche sur glace dans la baie des Ha! Ha!: www.pecheblanchelabaie.com.
- Équitation au Centre équestre des Plateaux: 418 272-3231, www.cedp.ca/Centreequestre.htm.
- Chiens de traîneau Plein Air de l'Anse: www.pleinairdelanse.com.
- Ski au Mont-Édouard: www.montedouard.com.
- Spa nordique Édouard-les-Bains à L'Anse-Saint-Jean, à proximité du Mont-Édouard: www.edouard-les-bains/accueil.html.
- L'Auberge des Battures, cotée 3 diamaants par AAA/CAA, pour sa table d'hôte mais aussi pour la vue spectaculaire sur le fjord. Les propriétaires français ont su s'adapter à la culture québécoise: www.hotel-saguenay.com.
- Au restaurant l'Islet, face à l'Anse-Saint-Jean, la propriétaire, Marina Lavoie, s'est inspirée de la petite île visible de la verrière pour nommer son restaurant. «Dans les débuts de la colonisation de L'Anse-Saint-Jean, la communication se faisait par voie maritime. Les familles attendaient la venue du curé afin de baptiser les nouveau-nés. En raison de grands vents, il est parfois arrivé que les bateaux ne puissent accoster. Ils devaient alors rester près de l'île. Les gens s'y rendaient donc avec des barques pour chercher les provisions. Maintenant, cette île est un patrimoine protégé pour la protection de la faune et de la flore.» 418 272-9944.
- La Maison de Vébron: ce qu'il y a de particulier à ce petit hôtel situé au pied du Mont-Édouard, c'est l'aménagement des pièces communes dans chacun des pavillons qui permet de partager avec la clientèle, dans les pavillons respectifs, la cuisine, la salle à manger, le salon, la salle de séjour ainsi que la buanderie. Le nom de Vébron est donné en l'honneur d'un petit village de la France, situé dans le Languedoc-Roussillon. www.maisondevebron.com.
- Ce voyage a été possible grâce au soutien de l'Association touristique régionale du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de Promotion Saguenay.
***
Collaboratrice du Devoir
La Baie — Dire que je m'imaginais accroupie sur une caisse de bières déposée dans la baie des Ha! Ha!, face à un trou d'eau glacée, attendant, canne à pêche en main et grelottant de froid, que sébaste, morue ou flétan du Groenland daigne mordre à l'hameçon. Ramassis de préjugés! Il n'en fut rien.
C'est plutôt dans le confort feutré d'une cabane en bois spacieuse, équipée d'un poêle à chauffer, d'une toilette intérieure, d'un sofa douillet, d'une table à manger et de lampes électriques que j'ai été initiée à la pêche blanche sur le fjord. Tarte aux bleuets et café en sus.
La pêche blanche est une activité populaire dans le fjord, celle où les habitants échangent des nouvelles sur la glace avant de rentrer se calfeutrer dans leur maisonnette pour taquiner le poisson. «Après le travail, quand on ne sait pas quoi manger, on s'arrête à notre cabane», dit Sophie Bouchard, coordonnatrice du marketing à Promotion Saguenay et originaire de La Baie.
Impossible de ne pas aimer l'hiver au contact des sympathiques Saguenéens, tant les «purs» que ceux qui un jour ont quitté leur pays pour s'installer dans la région. Comme Emmanuelle et Philippe, un couple de Francais qui depuis l'an dernier accompagne les touristes désireux d'apprendre les rudiments de la pêche blanche.
Ainsi, le visiteur n'est plus livré à lui-même sur le fjord. «Nous louons les cabanes à la journée, enseignons les techniques de manipulation de la canne et de l'appâtage. Nous proposons même des repas préparés par des traiteurs de La Baie.»
S'il faut voir une chose dans la baie des Ha! Ha!, c'est l'Aquabane du fjord, un petit centre d'interprétation situé au coeur du village de pêche de Grande-Baie. Caméra sous-marine, sonar, hydrophone, données scientifiques... tous les moyens sont bons pour sensibiliser le visiteur curieux à la faune aquatique de la baie du fjord et à la grande fragilité de son écosystème.
«Les seuls appareils de pêche autorisés sur le fjord en hiver sont la ligne à main appâtée, la canne à pêche, le moulinet et la dandinette», explique Dominique, guide-interprète au Musée du fjord. Sous la petite cabane bleue déposée sur 30 centimètres de glace, la caméra a détecté un sébaste et une anguille. «Des 60 espèces de poissons d'eau salée et d'eau douce du fjord, une vingtaine sont pêchés en hiver. La loi autorise un quota de cinq poissons de fond par jour, par personne.»
En provenance du parc des Laurentides, l'arrondissement de La Baie, qui forme, avec les anciennes villes de Chicoutimi, Jonquière et Latterrière, la ville de Saguenay, est la porte d'entrée de la Route du fjord vers L'Anse-Saint-Jean, but de cette virée blanche dans le Bas-Saguenay.
C'est pour le pittoresque des paysages, la quantité de neige, l'accueil des gens et l'absence totale de kitsch et de tape-à-l'oeil le que nous avons choisi de passer nos vacances dans le fjord du Saguenay. Ici, rien de chromé et pas d'usines à sport. Mais une quantité d'activités faciles d'accès.
Le fjord est si beau, si convivial et si gastronomique que bon nombre de touristes attirés par l'aventure «modérée» choisissent la destination pour leurs vacances. En 2008, l'Association touristique régionale du Saguenay-Lac Saint-Jean a enregistré chez la clientèle française plus de 44 280 jours-visites. Cette dernière aurait dépensé sur le territoire la même année près de 15 millions de dollars, pour une moyenne de 330 $ par jour. Selon les statistiques du ministère du Tourisme pour l'année 2007, la proportion des clients internationaux dans la région est de 7 %.
L'appel de la forêt
«Un village... Quatre saisons... Douze mois de sensations !»Tel est le slogan de la localité de l'Anse-Saint-Jean dont la beauté est reconnue depuis 1997 par l'Association des plus beaux villages du Québec. Ce label de qualité garantit aux visiteurs qu'ils ne seront pas déçus par leur visite.
Il faut le reconnaître, le village de 1088 âmes a du pittoresque à revendre. À commencer par son fameux pont couvert qui ornait les billets de 1000 $ de la série émise par la Banque du Canada en 1954. On ignorait alors que le village, l'étendue d'eau et les collines représentaient l'Anse-Saint-Jean. Ce n'est qu'au moment d'effectuer une transaction pour la compagnie Wood Gundy Limited, en 1972, que James William, un amateur de pêche au saumon, reconnut la scène. Le dessin, réalisé par un Montréalais à partir d'une photographie, représentait le Saguenay, l'îlot et la rivière Saint-Jean, le cap de l'Anse-à-Tabatière et le pont couvert du Faubourg.
L'Anse-Saint-Jean a su tirer parti de sa situation idéale entre fjord et montagne. Le parc national du Saguenay et le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent assurent la conservation des lieux. Là-bas, ni cliché, ni mise en scène touristique, mais nature sauvage, falaise qui tombe abruptement dans le Saguenay et forêt magnifique dans l'ombre de laquelle se déroule une vie discrète. Celle de l'ours qui ronfle, du loup qui rôde, de l'orignal qui mâchouille, du renard qui gambade.
Nous arrivons à la Maison de Vébron, située au pied des pentes de ski du Mont-Édouard, vers 19h30. C'est dans ce petit hôtel de 18 chambres que nous logerons pour quelques jours, le temps de s'initier au télémark et au traîneau à chiens et de faire une randonnée à cheval sur les plateaux au-dessus de l'Anse-Saint-Jean. Avant de redescendre vers le village pour souper, j'en profite pour faire connaissance avec les propriétaires, Doris Duchesne et Lynn Mercure. Séduit par les pentes de ski du Mont-Édouard, le couple entreprend en 2004 la construction d'un vaste complexe récréotouristique qui prévoit au pied du versant nord 150 unités résidentielles. À cela s'ajoute la Maison Vébron, un spa nordique et une épicerie. Et d'ici peu devrait débuter la construction d'une auberge de 25 chambres.
On se demande pourquoi un centre de ski du calibre du Mont-Édouard n'est pas dans la mire des skieurs les plus fanatiques du Québec. De la neige à profusion — 239 centimètres recus depuis le début de la saison —, un dénivelé de 450 mètres qui le place sixième en importance au Québec, plus d'une trentaine de pistes de ski, de nombreux sous-bois pour la pratique du télémark, un beau village à proximité et la vue sur le plus long fjord habité au monde.
Au-dessus de la vallée des Bouleaux, une passerelle de 80 mètres de longueur permet aux skieurs d'accéder au versant nord-est de la montagne et de profiter d'un tracé de près de 300 mètres de dénivelé. Les amateurs de raquette peuvent aussi emprunter une douzaine de kilomètres de sentiers balisés qui mènent vers des panoramas à couper le souffle. Le circuit rejoint également un réseau de plus de 50 kilomètres de sentiers de ski hors piste.
L'origine du Mont-Édouard constitue une histoire en soi, et Dieu sait si on aime raconter des histoires au Saguenay! En 1989, afin d'appuyer l'implantation du centre de ski, quelques fervents de la région ont manifesté en bloquant des routes. «Même le curé de la paroisse s'est mis de la partie en observant une grève de la faim», raconte Alain Goulet, directeur de la station de ski, dans un film relatant l'histoire du Mont-Édouard qu'il a produit avec Nicolas Gagnon.
Heureusement, il suffit d'un cours de première année pour diriger un traîneau à chiens. «Vous êtes des skieuses?», demande Vanessa, musheuse et propriétaire de la petite entreprise de chiens de traîneau Plein Air de l'Anse. «Alors vous n'aurez pas de problème: il y a le frein à vos pieds, la corde de trait entre le traîneau et les chiens à garder tendue en tout temps, et dès que vous voyez qu'un chien se positionne pour faire ses besoins, vous vous arrêtez.» Fin des explications.
C'est fou, j'avais l'impression en lisant L'Appel de la forêt, de Jack London, que de diriger des chiens de traîneau était une activité plus complexe. Mais non! Pour l'essentiel, il suffit dans la montée de marcher derrière le traîneau pour faciliter la tâche des chiens et dans la descente de garder le pied sur le frein pour maintenir la corde de trait tendue. Et de rester vigilants au cas où un orignal passerait dans le coin. L'odeur excite les chiens, qui redoublent de vigueur.
Ce soir-là, à L'Anse-Saint-Jean, la vue du fjord gelé avec ses amas de glace superposés sur la rive donne des frissons. On sent la nature puissante. La lune rayonnante éclaire le pont couvert, rebaptisé pont de Florac pour souligner le jumelage de L'Anse-Saint-Jean avec le village français de Florac, situé dans les Cévennes. Les étoiles prennent part à la danse du gel du Saguenay engourdi par le froid. Seule en son centre une ligne d'eau permet aux bateaux de livrer leur manchandise jusque dans la baie des Ha ! Ha!. À fréquenter la région, on devient poétique.
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En vrac
- Le Musée du fjord fait découvrir l'univers du fjord du Saguenay. Actuellement, l'exposition temporaire Mammifères venus du froid présente des mammifères de l'époque glaciaire, dont un gigantesque squelette de mastodonte ainsi qu'une énorme dent de mammouth découverte par un enfant en 1987, à Chambord, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. www.muséedufjord.com.
- Pour se payer la traite: Contes de la pleine lune, le 28 février à 13h, au sommet du Mont-Édouard, à L'Anse Saint-Jean. Invités: Élias Côté, petit-fils d'Arthur Côté, chouenneux, homme des bois et beau parleur, livrera ses anecdotes croustillantes et racontera la petite histoire de son pays, le Saguenay; Nadine Walsh, petite-fille d'Arthémise, cherchera à prendre contact avec ses racines, à perpétuer la mémoire de ceux qui l'ont précédée avec le souci d'ouvrir une fenêtre sur les cultures autochtones.
- Pêche sur glace dans la baie des Ha! Ha!: www.pecheblanchelabaie.com.
- Équitation au Centre équestre des Plateaux: 418 272-3231, www.cedp.ca/Centreequestre.htm.
- Chiens de traîneau Plein Air de l'Anse: www.pleinairdelanse.com.
- Ski au Mont-Édouard: www.montedouard.com.
- Spa nordique Édouard-les-Bains à L'Anse-Saint-Jean, à proximité du Mont-Édouard: www.edouard-les-bains/accueil.html.
- L'Auberge des Battures, cotée 3 diamaants par AAA/CAA, pour sa table d'hôte mais aussi pour la vue spectaculaire sur le fjord. Les propriétaires français ont su s'adapter à la culture québécoise: www.hotel-saguenay.com.
- Au restaurant l'Islet, face à l'Anse-Saint-Jean, la propriétaire, Marina Lavoie, s'est inspirée de la petite île visible de la verrière pour nommer son restaurant. «Dans les débuts de la colonisation de L'Anse-Saint-Jean, la communication se faisait par voie maritime. Les familles attendaient la venue du curé afin de baptiser les nouveau-nés. En raison de grands vents, il est parfois arrivé que les bateaux ne puissent accoster. Ils devaient alors rester près de l'île. Les gens s'y rendaient donc avec des barques pour chercher les provisions. Maintenant, cette île est un patrimoine protégé pour la protection de la faune et de la flore.» 418 272-9944.
- La Maison de Vébron: ce qu'il y a de particulier à ce petit hôtel situé au pied du Mont-Édouard, c'est l'aménagement des pièces communes dans chacun des pavillons qui permet de partager avec la clientèle, dans les pavillons respectifs, la cuisine, la salle à manger, le salon, la salle de séjour ainsi que la buanderie. Le nom de Vébron est donné en l'honneur d'un petit village de la France, situé dans le Languedoc-Roussillon. www.maisondevebron.com.
- Ce voyage a été possible grâce au soutien de l'Association touristique régionale du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de Promotion Saguenay.
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