Déjeuner sur l'erg
Photo : Carolyne Parent - Le Devoir
Sable émouvant, à Illizi.
Le développement du tourisme saharien figure tout en haut de la liste des priorités du ministre du Tourisme de l'Algérie. Et pour cause: ce pays donne accès à des portions spectaculaires du plus grand désert du monde.
Oasis de Djanet — Mieux connue pour sa richesse pétrolière que pour ses attraits touristiques, voilà que l'Algérie emboîte le pas au Maroc, à la Tunisie et à l'Égypte et promeut à son tour le tourisme du désert. Bonne initiative: comme le Sahara couvre 84 % de son territoire, soit environ deux millions de kilomètres carrés, autant en tirer profit! Qui plus est, avec ses ergs (mers de dunes), ses regs (étendues rocheuses), ses étonnants massifs et ses oasis, ce formidable carré de sable donne à contempler une rare diversité de panoramas.
Djanet, une oasis située à plus de 2000 kilomètres au sud-est d'Alger, non loin de la frontière algéro-libyenne, est la porte d'entrée du Tassili n'Ajjer, une des destinations phares du Grand Sud algérien. Et ici, on le clame sans ambages: ce plateau des Ajjers (un regroupement de Touaregs) est l'une des plus belles portions du Sahara!
«Le Tassili n'Ajjer est un musée à ciel ouvert, et si le tourisme existe ici depuis toujours, il a vraiment démarré avec la désignation de l'UNESCO», dit Lalmi Khirani, directeur de l'agence de voyages Tin-Akaham, avec qui nous découvrons ce coin de pays. En 1982, donc, l'agence onusienne reconnaissait le Tassili comme bien naturel et culturel du Patrimoine de l'humanité, car il «abrite l'un des plus importants ensembles d'art rupestre préhistorique du monde». De fait, entre l'an 6000 av. J.-C. et les premiers siècles de notre ère, à même leurs abris ou sur des dalles, des hommes ont raconté leur monde en quelque 15 000 dessins et gravures. En 1986, l'UNESCO consacrait également ce plateau Réserve de l'homme et de la biosphère.
À Djanet, où vivent environ 18 000 Touaregs sédentarisés, l'agriculture et surtout le tourisme sont les moteurs de l'économie locale. On s'y arrête pour visiter le petit musée du Tassili qui présente la faune et la flore sahariennes. On en profite aussi pour faire provision de dattes et acheter des chèches avec lesquels on s'enturbanne pour se protéger du soleil et du vent. Puis on prend la route à bord de véhicules 4X4. Prendre la route... façon de parler: aussitôt hors de cet îlot vert, on pique à travers l'infinie étendue de sable, peuplée de surprenantes formations rocheuses, en direction de l'erg Admer. Et fonce, Alphonse, à gauche d'un acacia, à droite d'un tamaris rabougri! Manifestement, Momed, notre chauffeur, un fils du désert, sait reconnaître des repères qui nous échappent...
Tantôt doux, tantôt violent, le paysage est grandiose. Çà et là jaillissent du sable des massifs de grès, autant de cathédrales», de «paquebots», d'«épées» et de «gâteaux» pétris par les éléments depuis la nuit des temps. On s'arrête à l'ombre de «grandes orgues», Momed et ses collègues étalent des nattes et en un tournemain, mirage!, un pique-nique est servi.
On reprend ensuite le sable d'assaut en direction de l'oued d'Essendilène et de sa guelta, un point d'eau tapi tout au fond d'un canyon, où les nomades viennent abreuver leurs troupeaux et où... fleurissent des lauriers-roses. Chemin faisant, on croise des Touaregs et leurs ânes, d'autres Touaregs et leurs chameaux, ceux-là destinés à balader les touristes, et quelques zéribas, des habitations traditionnelles à toitures coniques. Décidément, ce coin du désert ne l'est pas du tout!
Un camping étoilé
Le temps file et c'est l'heure de gagner notre bivouac. Car s'il est un spectacle qu'on ne veut rater où que l'on soit au Sahara, c'est bien celui du coucher du soleil. Re-fonce, Alphonse, le ciel rosit déjà! Au sommet d'une dune, une dizaine de tentes nous attendent, chacune pourvue de deux lits de camp, de couvertures de laine et de sacs de couchage. On déballe le tout avant la tombée de la nuit, car après, on ne pourra compter que sur sa lampe de poche pour s'éclairer. Pas exactement un 5 étoiles, ce camping? Dites plutôt un zilliard d'étoiles, et s'il ne faisait pas si froid, j'installerais mon sac de couchage dehors, juste en dessous d'Orion.
Un jeune Touareg allume un feu, puis pétrit longuement la semoule avec laquelle il façonne des galettes qu'il fait ensuite cuire sous les braises. D'autres s'affairent à préparer la soupe, d'autres encore, les méchouis, le thé à la menthe... Après ce festin, des musiciennes sorties d'on ne sait où s'amènent sous la tente targuie. Yeux mi-clos, Lalmi danse au son de l'oud et des tam-tam. Voilà un homme heureux, et son bonheur est contagieux.
Le lever du soleil sur les dunes est un autre temps fort de notre séjour sur le plateau des Ajjers. Un temps de silence vécu en solitaire, qui nous reconnecte aux premiers habitants du plateau, au Néolithique, à l'univers. Puis on lève le camp, on quitte les falaises du Tassili vers une autre oasis, Iherir, un autre canyon, celui-là vertigineux, Idaren, et d'autres vestiges de la préhistoire. À Dider, notamment, sur une immense dalle de pierre volcanique, on contemple des gravures dessinées il y a des lunes. Ici, une girafe: tiens donc, il y en a déjà eu dans ces parages? Là, un boeuf. Plus loin, une gazelle, immortalisée sur les billets de 1000 dinars. Et puis voilà, il faut gagner Illizi, son aéroport, Alger et son Salon international du tourisme... consacré au tourisme saharien, où on nous vantera un autre attrait majeur du désert algérien: le massif du Hoggar. Inch' Allah, un frère de Momed m'y emmènera un jour.
En vrac
* Y aller. Air Algérie offre quatre vols directs hebdomadaires de juin à septembre et deux le reste de l'année. (www.airalgeriecanada.ca).
* Séjourner dans le désert. Parce qu'il n'y fait pas trop chaud le jour, les mois de septembre à avril sont recommandés, mais sachez que les nuits sont froides en hiver (il faisait 9 °C en décembre dernier).
* Organiser son séjour. Notre visite-éclair du Tassili n'Ajjer nous a donné un aperçu de ce que le voyagiste Aviatours propose dans le Grand Sud algérien. Depuis Tamanrasset, il offre aussi un séjour dans le Hoggar. Les deux forfaits d'une dizaine de jours comprennent des nuitées en bivouac (et à l'hôtel si on passe par Djanet), ainsi qu'une journée et une nuitée à Alger. Consultez votre agent de voyages. www.aviatours.ca.
* Être de la fête. Chaque année, à Djanet, le jour de la fête musulmane de l'Achoura, se déroule la Sebiba. Cette grande célébration touarègue commémore un pacte de paix survenu il y a des siècles entre deux communautés par le biais de combats simulés où on rivalise d'adresse, épée à la main. Chants et danses traditionnels sont également au programme. La prochaine Sebiba aura lieu le 17 décembre.
* Voyager en toute sécurité. «Les touristes qui ont des ennuis sont ceux qui s'aventurent seuls dans le désert avec un GPS au lieu d'un guide!», dit Lalmi Khirani. Et le terrorisme? Oh! L'épineuse question sur laquelle semble régner une omertà. Un chauffeur de taxi algérois s'exclamera tout de même: «Vous n'avez pas idée de ce qu'on a vécu dans les années 1990 [une guerre civile]. On n'osait seulement pas sortir la nuit tombée. Maintenant, on peut dormir tranquille.» Grâce notamment à des mesures de sécurité renforcées et à un état d'urgence en vigueur depuis près de 20 ans...
* Admirer des artefacts du Sahara algérien. Au musée national du Bardo, à Alger, lorsque ses travaux de restauration seront terminés, fin 2010. www.musee-bardo.art.dz.
* Renseignements: www.ont-dz.org.
* Carolyne Parent était l'invitée d'Aviatours et du ministère de l'Aménagement du territoire, de l'Environnement et du Tourisme de l'Algérie.
***
Collaboratrice du Devoir
Oasis de Djanet — Mieux connue pour sa richesse pétrolière que pour ses attraits touristiques, voilà que l'Algérie emboîte le pas au Maroc, à la Tunisie et à l'Égypte et promeut à son tour le tourisme du désert. Bonne initiative: comme le Sahara couvre 84 % de son territoire, soit environ deux millions de kilomètres carrés, autant en tirer profit! Qui plus est, avec ses ergs (mers de dunes), ses regs (étendues rocheuses), ses étonnants massifs et ses oasis, ce formidable carré de sable donne à contempler une rare diversité de panoramas.
Djanet, une oasis située à plus de 2000 kilomètres au sud-est d'Alger, non loin de la frontière algéro-libyenne, est la porte d'entrée du Tassili n'Ajjer, une des destinations phares du Grand Sud algérien. Et ici, on le clame sans ambages: ce plateau des Ajjers (un regroupement de Touaregs) est l'une des plus belles portions du Sahara!
«Le Tassili n'Ajjer est un musée à ciel ouvert, et si le tourisme existe ici depuis toujours, il a vraiment démarré avec la désignation de l'UNESCO», dit Lalmi Khirani, directeur de l'agence de voyages Tin-Akaham, avec qui nous découvrons ce coin de pays. En 1982, donc, l'agence onusienne reconnaissait le Tassili comme bien naturel et culturel du Patrimoine de l'humanité, car il «abrite l'un des plus importants ensembles d'art rupestre préhistorique du monde». De fait, entre l'an 6000 av. J.-C. et les premiers siècles de notre ère, à même leurs abris ou sur des dalles, des hommes ont raconté leur monde en quelque 15 000 dessins et gravures. En 1986, l'UNESCO consacrait également ce plateau Réserve de l'homme et de la biosphère.
À Djanet, où vivent environ 18 000 Touaregs sédentarisés, l'agriculture et surtout le tourisme sont les moteurs de l'économie locale. On s'y arrête pour visiter le petit musée du Tassili qui présente la faune et la flore sahariennes. On en profite aussi pour faire provision de dattes et acheter des chèches avec lesquels on s'enturbanne pour se protéger du soleil et du vent. Puis on prend la route à bord de véhicules 4X4. Prendre la route... façon de parler: aussitôt hors de cet îlot vert, on pique à travers l'infinie étendue de sable, peuplée de surprenantes formations rocheuses, en direction de l'erg Admer. Et fonce, Alphonse, à gauche d'un acacia, à droite d'un tamaris rabougri! Manifestement, Momed, notre chauffeur, un fils du désert, sait reconnaître des repères qui nous échappent...
Tantôt doux, tantôt violent, le paysage est grandiose. Çà et là jaillissent du sable des massifs de grès, autant de cathédrales», de «paquebots», d'«épées» et de «gâteaux» pétris par les éléments depuis la nuit des temps. On s'arrête à l'ombre de «grandes orgues», Momed et ses collègues étalent des nattes et en un tournemain, mirage!, un pique-nique est servi.
On reprend ensuite le sable d'assaut en direction de l'oued d'Essendilène et de sa guelta, un point d'eau tapi tout au fond d'un canyon, où les nomades viennent abreuver leurs troupeaux et où... fleurissent des lauriers-roses. Chemin faisant, on croise des Touaregs et leurs ânes, d'autres Touaregs et leurs chameaux, ceux-là destinés à balader les touristes, et quelques zéribas, des habitations traditionnelles à toitures coniques. Décidément, ce coin du désert ne l'est pas du tout!
Un camping étoilé
Le temps file et c'est l'heure de gagner notre bivouac. Car s'il est un spectacle qu'on ne veut rater où que l'on soit au Sahara, c'est bien celui du coucher du soleil. Re-fonce, Alphonse, le ciel rosit déjà! Au sommet d'une dune, une dizaine de tentes nous attendent, chacune pourvue de deux lits de camp, de couvertures de laine et de sacs de couchage. On déballe le tout avant la tombée de la nuit, car après, on ne pourra compter que sur sa lampe de poche pour s'éclairer. Pas exactement un 5 étoiles, ce camping? Dites plutôt un zilliard d'étoiles, et s'il ne faisait pas si froid, j'installerais mon sac de couchage dehors, juste en dessous d'Orion.
Un jeune Touareg allume un feu, puis pétrit longuement la semoule avec laquelle il façonne des galettes qu'il fait ensuite cuire sous les braises. D'autres s'affairent à préparer la soupe, d'autres encore, les méchouis, le thé à la menthe... Après ce festin, des musiciennes sorties d'on ne sait où s'amènent sous la tente targuie. Yeux mi-clos, Lalmi danse au son de l'oud et des tam-tam. Voilà un homme heureux, et son bonheur est contagieux.
Le lever du soleil sur les dunes est un autre temps fort de notre séjour sur le plateau des Ajjers. Un temps de silence vécu en solitaire, qui nous reconnecte aux premiers habitants du plateau, au Néolithique, à l'univers. Puis on lève le camp, on quitte les falaises du Tassili vers une autre oasis, Iherir, un autre canyon, celui-là vertigineux, Idaren, et d'autres vestiges de la préhistoire. À Dider, notamment, sur une immense dalle de pierre volcanique, on contemple des gravures dessinées il y a des lunes. Ici, une girafe: tiens donc, il y en a déjà eu dans ces parages? Là, un boeuf. Plus loin, une gazelle, immortalisée sur les billets de 1000 dinars. Et puis voilà, il faut gagner Illizi, son aéroport, Alger et son Salon international du tourisme... consacré au tourisme saharien, où on nous vantera un autre attrait majeur du désert algérien: le massif du Hoggar. Inch' Allah, un frère de Momed m'y emmènera un jour.
En vrac
* Y aller. Air Algérie offre quatre vols directs hebdomadaires de juin à septembre et deux le reste de l'année. (www.airalgeriecanada.ca).
* Séjourner dans le désert. Parce qu'il n'y fait pas trop chaud le jour, les mois de septembre à avril sont recommandés, mais sachez que les nuits sont froides en hiver (il faisait 9 °C en décembre dernier).
* Organiser son séjour. Notre visite-éclair du Tassili n'Ajjer nous a donné un aperçu de ce que le voyagiste Aviatours propose dans le Grand Sud algérien. Depuis Tamanrasset, il offre aussi un séjour dans le Hoggar. Les deux forfaits d'une dizaine de jours comprennent des nuitées en bivouac (et à l'hôtel si on passe par Djanet), ainsi qu'une journée et une nuitée à Alger. Consultez votre agent de voyages. www.aviatours.ca.
* Être de la fête. Chaque année, à Djanet, le jour de la fête musulmane de l'Achoura, se déroule la Sebiba. Cette grande célébration touarègue commémore un pacte de paix survenu il y a des siècles entre deux communautés par le biais de combats simulés où on rivalise d'adresse, épée à la main. Chants et danses traditionnels sont également au programme. La prochaine Sebiba aura lieu le 17 décembre.
* Voyager en toute sécurité. «Les touristes qui ont des ennuis sont ceux qui s'aventurent seuls dans le désert avec un GPS au lieu d'un guide!», dit Lalmi Khirani. Et le terrorisme? Oh! L'épineuse question sur laquelle semble régner une omertà. Un chauffeur de taxi algérois s'exclamera tout de même: «Vous n'avez pas idée de ce qu'on a vécu dans les années 1990 [une guerre civile]. On n'osait seulement pas sortir la nuit tombée. Maintenant, on peut dormir tranquille.» Grâce notamment à des mesures de sécurité renforcées et à un état d'urgence en vigueur depuis près de 20 ans...
* Admirer des artefacts du Sahara algérien. Au musée national du Bardo, à Alger, lorsque ses travaux de restauration seront terminés, fin 2010. www.musee-bardo.art.dz.
* Renseignements: www.ont-dz.org.
* Carolyne Parent était l'invitée d'Aviatours et du ministère de l'Aménagement du territoire, de l'Environnement et du Tourisme de l'Algérie.
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