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    Délirante, la New York

    26 septembre 2009 |Diane Précourt | Voyage
    Dans le hall d’entrée du Carlton, un hôtel plus que centenaire de style Beaux-Arts sur Madison Avenue à New York, une fontaine coule sur deux étages, devant une photo originale surdimensionnée de l’établissement.
    Photo: THE CARLTON HOTEL Dans le hall d’entrée du Carlton, un hôtel plus que centenaire de style Beaux-Arts sur Madison Avenue à New York, une fontaine coule sur deux étages, devant une photo originale surdimensionnée de l’établissement.
    New York — On l'aime pour sa démesure, la New York, pour sa folie aussi, son délire, ses excès. Alors que la propension au gigantisme des États-Uniens a souvent l'heur de nous agacer royalement, l'extravagance de la Grosse Pomme a plutôt le don de fasciner jusqu'aux plus abrutis. Il faut dire qu'on est bien loin ici du puritanisme et de l'ultraconservatisme qui sévissent dans d'autres régions du pays de l'oncle Sam. Et d'ailleurs, avant de se dire américains, les New-Yorkais eux-mêmes se voient comme des New-Yorkais, point final.

    Se ce n'est pour des activités professionnelles, où on ne fréquente souvent qu'un centre des congrès et des salles de réunion, il y avait quelques années que je n'avais mis les pieds à New York. Et cette fois, je les ai vraiment posés, les pieds, tellement nous avons marché, marché, pendant trois jours, plusieurs heures par jour, de Ground Zero à Central Park, puis le reste à l'avenant.

    Cette ville où les piétons, qui avancent littéralement en pelotons serrés aux heures de pointe, font fi volontiers des poches de laideur, des îlots de saleté et des affres du smog pour déambuler à travers des quartiers aussi nombreux que versatiles. Déambuler? Plutôt circuler dans une indiscipline effrénée... comme à Montréal, quoiqu'en plus dense, bien entendu. Tout est ici plus gros, plus grand, plus tout.

    Du piano classique live chez McDo!

    Ainsi, nous les avons épluchées, les rues, tellement cette cité interpelle. Et sa transformation, en quelques années, est saisissante. Outre les indéniables attraits culturels qu'on lui connaît depuis longtemps et la frénésie qui l'anime depuis toujours, New York s'impose définitivement comme une ville cool, conviviale et relativement sécuritaire pour une pareille agglomération.

    À part la part belle qui est faite au fast-food — n'en déplaise aux New-Yorkais, nous sommes aux États-Unis... —, les boutiques alimentaires et restaurants raffinés abondent. Quant aux vendeurs ambulants qui font griller leurs brochettes à chaque coin de rue, s'ils ne sont pas tous des exemples d'extrême propreté, les émanations qu'ils répandent ont le mérite de mettre de l'ambiance dans cette immensité urbaine. Est-ce aussi au nom de l'ambiance, ou juste pour faire original, qu'une pianiste joue du classique en plein brouhaha du midi dans un McDo près de Wall Street? Il faut oser, apparemment!

    Oser? Voilà manifestement le mot d'ordre dans la mégalopole qui ne manque quand même pas d'afficher, comme d'autres, des zones de grand délabrement. Oser, par exemple, aménager des tronçons piétonniers en pleine rue Broadway, ou encore des aires publiques dans des lieux déjà hyperbondés, pour lesquels on a d'ailleurs rogné sur l'espace réservé à la circulation automobile, au royaume de la voiture: des tables, des chaises, des parasols s'offrent aux résidants et aux touristes, au beau milieu d'artères centrales. Un peu à la manière des terrasses de restos, mais sans impératif de consommation.

    On l'aime aussi, la New York, pour le magasinage qui s'y fait, à commencer par ses fringues et ses chaussures dégriffées.

    La Grosse Pomme en met plein la panse: il n'y a qu'à croquer dedans. Même avec boulimie, comme plusieurs le font. À la bonne heure, car cette ville vous fiche un formidable boost culturel.

    ***

    Côté hébergement, la ville « qui ne dort jamais » abrite pourtant son lot d'établissements où poser la tête sur l'oreiller. Parmi eux, certains palaces, et quelques hôtels historiques. The Carlton, sur Madison Avenue, près de la 28e Rue, en est un. De style Beaux-Arts celui-là. D'abord conçu par l'architecte Harry Allen Jacobs et inauguré sous le nom d'Hotel Seville tout juste avant l'ouverture du métro, il y a de cela plus de 100 ans, on vient de lui offrir une cure de rajeunissement de 60 millions de dollars.

    Le designer David Rockwell lui a apporté une touche résolument contemporaine tout en préservant le caractère historique de l'endroit. Résultat: des chambres au cachet traditionnel aménagées avec les matériaux nobles que sont le bois, le marbre et le cuir. Toutes les commodités technologiques s'y trouvent, dont iHome et Internet sans fil gratuit.

    Dès l'entrée dans le lobby, le ton est donné. Et le charme opère. Le vaste espace est flanqué d'un escalier et d'une mezzanine qu'on peut facilement imaginer dans leur contexte original, au début du siècle dernier, le prestige de l'époque à la clé. Une fontaine haute de deux étages y coule son liquide sur fond d'une photo de l'établissement en noir et blanc, prise en 1924 et qu'on a surdimensionnée. Le soir venu, on y ajoute de petites bougies dont les contenants dessinent des ronds dans l'eau. Et une superbe mosaïque s'impose au contour de fauteuils de cuir.

    Rockwell a tellement aimé le style Fleur de lis du deuxième étage de l'hôtel d'origine qu'il l'a incorporé dans le design des rénovations de l'institution de 317 chambres et quelques suites. Partout, des pièces de mobilier témoignent de traces du passé. Un passé qu'on sait riche en rebondissements, particulièrement durant les deux guerres mondiales. Selon la rumeur, The Seville avait même gagné le coeur des New-Yorkais comme bar clandestin pendant les années de la Prohibition.

    Situé dans Midtown, Manhattan, à distance de marche de l'Empire State Building, du Madison Square Garden, du Flatiron District et des gares centrales de train et de bus, le Carlton, membre du groupe Preferred Hotels, est très bien positionné pour tous les déplacements dans la ville. C'est là, dans cet environnement, qu'était installé à l'époque le premier magasin de la célèbre compagnie Tiffany. Son restaurant Country a mérité trois étoiles du New York Times, il a été le « Best New Hotel Restaurant » du prestigieux Travel and Leisure et détient une étoile Michelin.

    On l'aura deviné, tout cela n'est pas donné, mais si on tient compte du rapport qualité-prix du Carlton, des basses saisons, des forfaits offerts et des tarifs d'autres hôtels beaucoup moins glamour, il y a moyen de s'en tirer côté budget. En tout cas, il vaut mieux compter sur des valeurs sûres que de s'empêtrer dans des mésaventures frustrantes qui, à la fin, peuvent d'ailleurs coûter très cher...

    ***

    En route vers New York, nous avons eu l'idée — très mauvaise idée — de nous arrêter à Lake George, histoire de faire une halte pour diviser le trajet en deux parties. Le samedi de ce week-end du Labor Day, les hôtels et motels — et ils sont légion, presque empilés les uns sur les autres — ne louaient des chambres que pour deux nuits! Après tout, il fallait boucler au plus vite la fin de semaine hyperlucrative entre toutes. Impossible, donc, même encore tôt en après-midi, de trouver à s'héberger pour ce soir-là seulement: la « politique » est généralisée, et on ne met pas de gants blancs pour vous le faire entendre.

    L'un des hôteliers approchés a manifestement fixé le tarif de « la seule chambre qui restait » à la tête du client... c'est-à-dire hors de prix pour ce qu'il avait à offrir. Refusé: comme touristes, on a quand même ses principes. Si bien que, affamés et fatigués de rouler, nous avons dû nous rabattre sur un motel d'apparence correcte mais où nous attendait une pièce miteuse en fond de cour, « la seule chambre qui restait », au milieu de nulle part et à un coût indécent dans les circonstances. Aussi, épargnons-nous d'autres détails.

    Un triste exemple de tourisme exacerbé, sur un site qui a connu ses heures de gloire à une certaine époque et qui tente d'étirer la sauce dans des installations vieillissantes. Mais presser le citron trop fort peut laisser un goût amer chez une clientèle avertie, exigeante. Et ultimement tuer une destination.

    Mais à quelque chose malheur est bon: nous étions downtown New York pour le petit-déjeuner!
     
     
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