Fervor de Argentina
De coup de tête, l'Argentine est devenue une destination coup-de-coeur. Mi-janvier, le chaud soleil de Buenos Aires se fait accueillant. Avec ses espaces verts, ses vastes boulevards, une scène artistique riche ainsi qu'une gastronomie, des vins et une industrie de la mode en plein essor, Buenos Aires possède tous les atouts pour séduire. Quant à l'Argentine, terre de contrastes, elle ne peut que charmer... Attention, vous pourriez avoir le goût d'y retourner!
Le Paris du Sud: c'est l'idée qu'on se fait habituellement de la capitale argentine. Mais cette ville de 13 millions d'habitants se construit une nouvelle image. Malgré les coups durs que les Porteños, les habitants du port du Río de la Plata, ont encaissés au cours des dernières années, l'effervescence est palpable. La dette de 100 milliards de dollars héritée de la crise économique de 2001 met du temps à se résorber; les gens en parlent encore avec émotion. Aussi, la criminalité augmente depuis lors. Il en faudra cependant plus pour déposséder les Argentins de leur légendaire optimisme.
Trouver de l'hébergement est chose assez facile à Buenos Aires compte tenu de l'offre diversifiée. La Casa Palermitano (www.casapalermitano.com), située dans le quartier Palermo, nous avait été chaudement recommandée. Le nom nous a tout de suite attirés vers ce bed and breakfast, en plus du fait que la propriétaire, Lorena, parle français. La Casa (maison), située au deuxième étage d'un vieil immeuble rénové, est un petit havre. Les sifflements de Lucas, le perroquet de la Casa, accueillent avec enthousiasme les visiteurs. La Casa Palermitano est charmante, conviviale, très propre et décorée avec goût.
Premier arrêt: les docks de Puerto Madero, qui se développe rapidement, un peu comme le Vieux-Montréal. Depuis 1993, ce quartier longeant le port, qui a fait l'objet d'un programme d'urbanisation, est devenu un des endroits les plus en vue et les plus chers de la ville. On remarque avec satisfaction que les Porteños ont conservé le meilleur de l'apport de leurs ancêtres et de l'architecture française et italienne, avec un regard différent sur le modernisme. Plusieurs anciens entrepôts sont transformés en habitations de luxe. Les grues d'acier des docks ont été conservées, symboles de la renaissance du quartier. Le soir, elles sont superbement illuminées.
Le Puente de la Mujer (pont de la Femme) attire tout de suite le regard. Ce pont piétonnier long de 102 mètres qui relie le centre-ville à Puerto Madero a été conçu par l'architecte espagnol Santiago Calatrava avec un budget de six millions de dollars et inauguré en 2001. On raconte que ce pont a été conçu au son du tango, ce qui aurait inspiré sa forme inclinée. La structure du pont, d'une blancheur immaculée, contraste avec la couleur de l'eau du Río de la Plata, d'un brun douteux, avec quantité de déchets y flottant.
Malgré les chantiers de construction qui parsèment le décor, il fait bon se promener le long des quais, faire son jogging, regarder le coucher du soleil sur le Microcentro tout en dégustant une glace à saveur de dulce de leche de chez Freddo (www.freddo.com.ar). Mais à la brunante, gare aux mosquitos! Bord de l'eau oblige, les moustiques sont présents en grand nombre et affamés. Un peu plus tard dans la nuit, la discothèque Opera B vaut le coup d'oeil: son architecture est semblable à celle de l'opéra de Sydney, d'où son nom. Le plafond amovible donne à la jeune clientèle branchée une vue imprenable sur les gratte-ciels du Microcentro. Suivez la musique!
República de La Boca
Première destination touristique par excellence: La Boca, quartier développé par les immigrants espagnols et italiens le long de la rivière la plus polluée vue à Buenos Aires, la Riachuelo. À voir le jour pour son architecture, ses cantinas colorées, anciens bordels ou bars à tango pour la plupart. S'y trouve aussi le stade de fútbol La Bombonera, véritable religion pour les Latino-Américains, c'est connu. Sur les murs, des graffitis scandent: República de La Boca! Cependant, il est fortement déconseillé de déambuler dans La Boca le soir venu: le taux de criminalité y est le plus élevé de la ville.
En revenant vers l'est, on passe par le plus ancien quartier de la capitale fédérale, San Telmo, incontournable pour ses airs de Paris bohème. En après-midi, un spectacle de musique présenté par des artistes de rue captive l'attention de la foule. Et pour cause: una orquestra típica de tango, composée d'une dizaine de jeunes musiciens, interprète ses compositions qu'on retrouve sur CD: Fervor de Buenos Aires (www.fervordebuenosaires.com). Le tango redevient encore une fois à la mode auprès des jeunes Porteños. Pour preuve, les milongas, ces soirées itinérantes de danse, sont fort courues et toujours bondées.
La Plaza de Mayo, place principale de la ville, est de toute beauté (station de métro Plaza de Mayo, ligne A). Autour d'elle sont rassemblées de nombreuses attractions touristiques, tel le palais présidentiel, appelé Casa Rosada. C'est en fait l'arrière du bâtiment qui donne sur la plaza. Une page d'histoire: c'est des balcons situés à l'arrière que Juan et Eva Perón — ainsi que d'autres politiciens — ont livré des discours enflammés à des foules tout aussi enflammées. Madonna, interprétant Eva, s'est rendue sur les lieux pour tourner la désormais fameuse scène chantée du balcon dans le long métrage Evita, sorti en 1996.
La cuisine des gauchos
Pour le lunch, rien de mieux qu'une spécialité argentine: les empanadas, sortes de chaussons fourrés à la viande, au thon ou au maïs (humita). El Cuartito, établi depuis 1934 (937, rue Talcahuano, entre Alvear et Paraguay, dans le Microcentro), est réputé pour ses empanadas et sa pizza et toujours bondé de «locaux». Ouvert tous les jours jusqu'à deux heures du matin, ça vaut le détour et c'est très bon marché.
Les restaurants sont nombreux et peu coûteux en Argentine, sauf en Patagonie. La «gastronomie» des gauchos (cavaliers de la Pampa, qu'on appellerait cow-boys ici) est la plus répandue, évidemment, et les Argentins s'enorgueillissent de leur boeuf. La fameuse et délicieuse parrilla (viande cuite à la braise) est une institution en Argentine, et les portions sont généreuses. Pour vous en convaincre, prévoyez un repas au restaurant La Caballeriza (580, rue Alicia Moreau de Justo, Dique no 4).
Le cimetière de Recoleta est un autre incontournable pour qui aime les monuments grandioses et l'histoire. Il faut prévoir au moins deux heures pour visiter toutes les rues de cette ville dans la ville.
Pour trouver la tombe d'Eva Perón, laissez-vous guider par les flots de visiteurs qui se rendent chaque jour y porter des fleurs. La deuxième femme de Juan D. Perón a voulu reposer avec sa famille; on cherche donc le mausolée de la Familia Duarte. De nombreux chats errent dans le cimetière, bien installés, tels des gardiens, à l'ombre des sépultures de grands noms de Buenos Aires.
Grandeurs et misères
À la tombée de la nuit, la prospère capitale dévoile un côté qu'elle essaie tant bien que mal de cacher le jour. Buenos Aires est plus que jamais une ville à deux vitesses. Les beaux quartiers de Recoleta, Palermo et Puerto Madero donnent toujours cette illusion de richesse, mais la misère se fait plus visible et les villas miserias, sortes de bidonvilles avec leurs maisons de tôle où se réunissent de nombreux sans-abri, se multiplient au centre même de la ville. Symboles incontestables de cette misère, les cartoneros, qui trient les ordures afin de récupérer ce qui est recyclable, envahissent les rues du centre-ville dès le coucher du soleil. Des familles entières, des enfants, s'agitent dans les sacs d'ordures qu'ils laissent là, éventrés, empreintes de leur passage.
Au bout du monde
On ne peut pas se rendre en Argentine sans passer par la Patagonie. Le nom fait rêver et fascine par sa diversité et les animaux qu'elle abrite. C'est aussi là qu'on foule la Tierra del Fuego (Terre de Feu), endroit privilégié pour les amateurs de plein air, de trekking en sentiers non battus, d'observation d'animaux, etc. Et au sud, tout au sud, Ushuaïa, la ville la plus australe du monde. Ou, comme les Argentins le disent: «El fin del mundo» (le bout du monde)!
Cette petite ville de 64 000 habitants est le point de départ de nombreuses excursions vers le parc national de la Terre de Feu ou encore sur l'eau, qu'il s'agisse d'admirer la fin de la cordillère des Andes, le repaire des loups de mer et des cormorans, de naviguer sur le canal Beagle ou encore près de la isla de los Lobos, l'île des Lions de mer. La plupart des agences ont un kiosque sur le port; nous avons opté pour le voilier Tres Marias, plus cher mais moins polluant (www.tresmariasweb.com). Pour visiter la région, prévoir des vêtements chauds... et un bon coupe-vent.
Où dormir? Ushuaïa vit du tourisme: les prix sont donc plus élevés qu'ailleurs au pays. La Casa de Silvia Casalaga (1380, rue Gobernador Paz, casalaga@satlink.com), tout en bois, au décor chaleureux, nous a pleinement satisfaits. Silvia, la propriétaire, est francophone! Les chambres sont petites mais impeccables, et le petit-déjeuner est compris.
À ne pas manquer: le Museo maritimo y del Presidio, dans l'ancien pénitencier de la ville, fermé en 1947 et transformé en base militaire. Impressionnant!
À un saut de puce d'Ushuaïa, une ville de 15 000 habitants qui a connu un développement fulgurant grâce au tourisme, sorte de Las Vegas de la Patagonie puisque construite au milieu de nulle part, au pied de la cordillère des Andes, au bord du Lago Argentino: El Calafate. C'est la ville-étape avant le parc national Los Glaciares — inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1981 —, à 80 kilomètres du fameux glacier Perito Moreno. Le plus spectaculaire des glaciers andins, le Perito Moreno est celui dont on voit régulièrement des images dans les médias. Grandiose avec ses 15 kilomètres de long sur cinq de large, il fait 60 mètres au-dessus du niveau du lac. Ce glacier semble vivant tellement il grince, craque, gronde: le moindre morceau de glace qui tombe du haut de ses 80 mètres résonne comme un coup de tonnerre. On peut observer le glacier d'une passerelle qui le longe, ainsi que d'un bateau et même en faisant un mini-trekking sur celui-ci!
Traditions andines
Après avoir visité deux des régions les plus riches d'Argentine, la découverte de la province de Salta, au nord, une des plus pauvres du pays, s'avère déstabilisante. On a vraiment l'impression de pénétrer dans une Argentine originelle. Dans certains villages qui semblent immuables, on compte en haute saison plus de touristes que d'habitants.
Purmamarca est le village le plus typique de la région, situé au pied d'une curiosité géologique naturelle appelée Cerro de los Siete Colores (la montagne aux Sept Couleurs). Beige, violet, rose, vert: la montagne ressemble à une pile de glaces de différentes saveurs.
Dès l'arrivée des cars de touristes, les enfants au visage tanné par le vent sec et le soleil accourent, mains tendues, pour demander de la monesita (monnaie) ou des bonbons. Ne donnez ni l'un ni l'autre, conseillent les guides: l'argent revient aux parents et sert à payer de l'alcool (le taux d'alcoolisme et de violence familiale est très élevé dans la région) et les sucreries sont mauvaises pour les dents de ces petits qui vivent dans la rue et n'ont pas accès aux mesures d'hygiène qu'on exige de nos enfants avant d'aller au lit.
Encouragez plutôt la communauté locale en achetant des souvenirs dans les nombreux marchés d'artisanat: vêtements en laine d'alpaga ou de lama, poterie, feuilles de coca, instruments de musique, masques, etc.
À près de 3000 mètres d'altitude, le village de Humahuaca est sans doute le plus connu d'Argentine. En février, pendant le carnaval, le XXIe siècle semble ne jamais avoir atteint cette partie du monde tellement les traditions andines et préhispaniques (des Indiens guaranis) sont toujours vivantes... Et il semble y avoir autant de chiens errants que d'habitants (8000).
Le voyage vers les ruines de Quilmes, au sud de Salta, compte son pesant d'histoire. On passe entre autres par Cafayate, petite ville au style colonial espagnol. Si vous ne voulez pas faire le détour vers Mendoza, région des vins, Cafayate pourra vous satisfaire. C'est là qu'on trouve les meilleurs vins blancs du pays. On peut visiter plusieurs bodegas.
Mais les ruines de Quilmes, 50 kilomètres plus au sud, sont spectaculaires! Les indiens Quilmes ont bâti leur cité labyrinthique dans une colline vers l'an mil. Lors de la conquête, les Quilmes se sont battus furieusement contre les Espagnols et ont résisté pendant 130 ans. Une histoire captivante. À l'entrée, le musée permet d'admirer des vestiges trouvés sur le site et les ruines permettent de comprendre la vie et les croyances de ces premiers habitants.
***
Merveille du monde
Avant de quitter l'Argentine, prévoyez un détour de quelques jours afin d'aller admirer les chutes d'Iguazú. On reste sans voix devant cette merveille naturelle: 275 chutes hautes de 72 mètres sur un front de 2,5 kilomètres aux frontières de l'Argentine, du Brésil et du Paraguay. Le tout au coeur d'une forêt tropicale à la végétation luxuriante qui abrite une faune impressionnante: pumas, toucans, singes, iguanes, coatis, tapirs, de magnifiques oiseaux, des papillons multicolores, d'innombrables moustiques et même des tarentules.
En haute saison, il est difficile de trouver de l'hébergement dans la petite ville de Puerto Iguazú. Il est donc préférable de s'y prendre à l'avance. La ville elle-même n'est pas dépourvue de charme; cependant, la pauvreté est grandement répandue et on parle davantage d'agressions de touristes. De plus, parce que c'est une ville frontalière, plusieurs commerces illicites y ont cours. Restez sur vos gardes et sachez qu'à l'aéroport, vous aurez affaire aux policiers d'Interpol plutôt qu'aux douaniers argentins...
J. C.
Le Paris du Sud: c'est l'idée qu'on se fait habituellement de la capitale argentine. Mais cette ville de 13 millions d'habitants se construit une nouvelle image. Malgré les coups durs que les Porteños, les habitants du port du Río de la Plata, ont encaissés au cours des dernières années, l'effervescence est palpable. La dette de 100 milliards de dollars héritée de la crise économique de 2001 met du temps à se résorber; les gens en parlent encore avec émotion. Aussi, la criminalité augmente depuis lors. Il en faudra cependant plus pour déposséder les Argentins de leur légendaire optimisme.
Trouver de l'hébergement est chose assez facile à Buenos Aires compte tenu de l'offre diversifiée. La Casa Palermitano (www.casapalermitano.com), située dans le quartier Palermo, nous avait été chaudement recommandée. Le nom nous a tout de suite attirés vers ce bed and breakfast, en plus du fait que la propriétaire, Lorena, parle français. La Casa (maison), située au deuxième étage d'un vieil immeuble rénové, est un petit havre. Les sifflements de Lucas, le perroquet de la Casa, accueillent avec enthousiasme les visiteurs. La Casa Palermitano est charmante, conviviale, très propre et décorée avec goût.
Premier arrêt: les docks de Puerto Madero, qui se développe rapidement, un peu comme le Vieux-Montréal. Depuis 1993, ce quartier longeant le port, qui a fait l'objet d'un programme d'urbanisation, est devenu un des endroits les plus en vue et les plus chers de la ville. On remarque avec satisfaction que les Porteños ont conservé le meilleur de l'apport de leurs ancêtres et de l'architecture française et italienne, avec un regard différent sur le modernisme. Plusieurs anciens entrepôts sont transformés en habitations de luxe. Les grues d'acier des docks ont été conservées, symboles de la renaissance du quartier. Le soir, elles sont superbement illuminées.
Le Puente de la Mujer (pont de la Femme) attire tout de suite le regard. Ce pont piétonnier long de 102 mètres qui relie le centre-ville à Puerto Madero a été conçu par l'architecte espagnol Santiago Calatrava avec un budget de six millions de dollars et inauguré en 2001. On raconte que ce pont a été conçu au son du tango, ce qui aurait inspiré sa forme inclinée. La structure du pont, d'une blancheur immaculée, contraste avec la couleur de l'eau du Río de la Plata, d'un brun douteux, avec quantité de déchets y flottant.
Malgré les chantiers de construction qui parsèment le décor, il fait bon se promener le long des quais, faire son jogging, regarder le coucher du soleil sur le Microcentro tout en dégustant une glace à saveur de dulce de leche de chez Freddo (www.freddo.com.ar). Mais à la brunante, gare aux mosquitos! Bord de l'eau oblige, les moustiques sont présents en grand nombre et affamés. Un peu plus tard dans la nuit, la discothèque Opera B vaut le coup d'oeil: son architecture est semblable à celle de l'opéra de Sydney, d'où son nom. Le plafond amovible donne à la jeune clientèle branchée une vue imprenable sur les gratte-ciels du Microcentro. Suivez la musique!
República de La Boca
Première destination touristique par excellence: La Boca, quartier développé par les immigrants espagnols et italiens le long de la rivière la plus polluée vue à Buenos Aires, la Riachuelo. À voir le jour pour son architecture, ses cantinas colorées, anciens bordels ou bars à tango pour la plupart. S'y trouve aussi le stade de fútbol La Bombonera, véritable religion pour les Latino-Américains, c'est connu. Sur les murs, des graffitis scandent: República de La Boca! Cependant, il est fortement déconseillé de déambuler dans La Boca le soir venu: le taux de criminalité y est le plus élevé de la ville.
En revenant vers l'est, on passe par le plus ancien quartier de la capitale fédérale, San Telmo, incontournable pour ses airs de Paris bohème. En après-midi, un spectacle de musique présenté par des artistes de rue captive l'attention de la foule. Et pour cause: una orquestra típica de tango, composée d'une dizaine de jeunes musiciens, interprète ses compositions qu'on retrouve sur CD: Fervor de Buenos Aires (www.fervordebuenosaires.com). Le tango redevient encore une fois à la mode auprès des jeunes Porteños. Pour preuve, les milongas, ces soirées itinérantes de danse, sont fort courues et toujours bondées.
La Plaza de Mayo, place principale de la ville, est de toute beauté (station de métro Plaza de Mayo, ligne A). Autour d'elle sont rassemblées de nombreuses attractions touristiques, tel le palais présidentiel, appelé Casa Rosada. C'est en fait l'arrière du bâtiment qui donne sur la plaza. Une page d'histoire: c'est des balcons situés à l'arrière que Juan et Eva Perón — ainsi que d'autres politiciens — ont livré des discours enflammés à des foules tout aussi enflammées. Madonna, interprétant Eva, s'est rendue sur les lieux pour tourner la désormais fameuse scène chantée du balcon dans le long métrage Evita, sorti en 1996.
La cuisine des gauchos
Pour le lunch, rien de mieux qu'une spécialité argentine: les empanadas, sortes de chaussons fourrés à la viande, au thon ou au maïs (humita). El Cuartito, établi depuis 1934 (937, rue Talcahuano, entre Alvear et Paraguay, dans le Microcentro), est réputé pour ses empanadas et sa pizza et toujours bondé de «locaux». Ouvert tous les jours jusqu'à deux heures du matin, ça vaut le détour et c'est très bon marché.
Les restaurants sont nombreux et peu coûteux en Argentine, sauf en Patagonie. La «gastronomie» des gauchos (cavaliers de la Pampa, qu'on appellerait cow-boys ici) est la plus répandue, évidemment, et les Argentins s'enorgueillissent de leur boeuf. La fameuse et délicieuse parrilla (viande cuite à la braise) est une institution en Argentine, et les portions sont généreuses. Pour vous en convaincre, prévoyez un repas au restaurant La Caballeriza (580, rue Alicia Moreau de Justo, Dique no 4).
Le cimetière de Recoleta est un autre incontournable pour qui aime les monuments grandioses et l'histoire. Il faut prévoir au moins deux heures pour visiter toutes les rues de cette ville dans la ville.
Pour trouver la tombe d'Eva Perón, laissez-vous guider par les flots de visiteurs qui se rendent chaque jour y porter des fleurs. La deuxième femme de Juan D. Perón a voulu reposer avec sa famille; on cherche donc le mausolée de la Familia Duarte. De nombreux chats errent dans le cimetière, bien installés, tels des gardiens, à l'ombre des sépultures de grands noms de Buenos Aires.
Grandeurs et misères
À la tombée de la nuit, la prospère capitale dévoile un côté qu'elle essaie tant bien que mal de cacher le jour. Buenos Aires est plus que jamais une ville à deux vitesses. Les beaux quartiers de Recoleta, Palermo et Puerto Madero donnent toujours cette illusion de richesse, mais la misère se fait plus visible et les villas miserias, sortes de bidonvilles avec leurs maisons de tôle où se réunissent de nombreux sans-abri, se multiplient au centre même de la ville. Symboles incontestables de cette misère, les cartoneros, qui trient les ordures afin de récupérer ce qui est recyclable, envahissent les rues du centre-ville dès le coucher du soleil. Des familles entières, des enfants, s'agitent dans les sacs d'ordures qu'ils laissent là, éventrés, empreintes de leur passage.
Au bout du monde
On ne peut pas se rendre en Argentine sans passer par la Patagonie. Le nom fait rêver et fascine par sa diversité et les animaux qu'elle abrite. C'est aussi là qu'on foule la Tierra del Fuego (Terre de Feu), endroit privilégié pour les amateurs de plein air, de trekking en sentiers non battus, d'observation d'animaux, etc. Et au sud, tout au sud, Ushuaïa, la ville la plus australe du monde. Ou, comme les Argentins le disent: «El fin del mundo» (le bout du monde)!
Cette petite ville de 64 000 habitants est le point de départ de nombreuses excursions vers le parc national de la Terre de Feu ou encore sur l'eau, qu'il s'agisse d'admirer la fin de la cordillère des Andes, le repaire des loups de mer et des cormorans, de naviguer sur le canal Beagle ou encore près de la isla de los Lobos, l'île des Lions de mer. La plupart des agences ont un kiosque sur le port; nous avons opté pour le voilier Tres Marias, plus cher mais moins polluant (www.tresmariasweb.com). Pour visiter la région, prévoir des vêtements chauds... et un bon coupe-vent.
Où dormir? Ushuaïa vit du tourisme: les prix sont donc plus élevés qu'ailleurs au pays. La Casa de Silvia Casalaga (1380, rue Gobernador Paz, casalaga@satlink.com), tout en bois, au décor chaleureux, nous a pleinement satisfaits. Silvia, la propriétaire, est francophone! Les chambres sont petites mais impeccables, et le petit-déjeuner est compris.
À ne pas manquer: le Museo maritimo y del Presidio, dans l'ancien pénitencier de la ville, fermé en 1947 et transformé en base militaire. Impressionnant!
À un saut de puce d'Ushuaïa, une ville de 15 000 habitants qui a connu un développement fulgurant grâce au tourisme, sorte de Las Vegas de la Patagonie puisque construite au milieu de nulle part, au pied de la cordillère des Andes, au bord du Lago Argentino: El Calafate. C'est la ville-étape avant le parc national Los Glaciares — inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1981 —, à 80 kilomètres du fameux glacier Perito Moreno. Le plus spectaculaire des glaciers andins, le Perito Moreno est celui dont on voit régulièrement des images dans les médias. Grandiose avec ses 15 kilomètres de long sur cinq de large, il fait 60 mètres au-dessus du niveau du lac. Ce glacier semble vivant tellement il grince, craque, gronde: le moindre morceau de glace qui tombe du haut de ses 80 mètres résonne comme un coup de tonnerre. On peut observer le glacier d'une passerelle qui le longe, ainsi que d'un bateau et même en faisant un mini-trekking sur celui-ci!
Traditions andines
Après avoir visité deux des régions les plus riches d'Argentine, la découverte de la province de Salta, au nord, une des plus pauvres du pays, s'avère déstabilisante. On a vraiment l'impression de pénétrer dans une Argentine originelle. Dans certains villages qui semblent immuables, on compte en haute saison plus de touristes que d'habitants.
Purmamarca est le village le plus typique de la région, situé au pied d'une curiosité géologique naturelle appelée Cerro de los Siete Colores (la montagne aux Sept Couleurs). Beige, violet, rose, vert: la montagne ressemble à une pile de glaces de différentes saveurs.
Dès l'arrivée des cars de touristes, les enfants au visage tanné par le vent sec et le soleil accourent, mains tendues, pour demander de la monesita (monnaie) ou des bonbons. Ne donnez ni l'un ni l'autre, conseillent les guides: l'argent revient aux parents et sert à payer de l'alcool (le taux d'alcoolisme et de violence familiale est très élevé dans la région) et les sucreries sont mauvaises pour les dents de ces petits qui vivent dans la rue et n'ont pas accès aux mesures d'hygiène qu'on exige de nos enfants avant d'aller au lit.
Encouragez plutôt la communauté locale en achetant des souvenirs dans les nombreux marchés d'artisanat: vêtements en laine d'alpaga ou de lama, poterie, feuilles de coca, instruments de musique, masques, etc.
À près de 3000 mètres d'altitude, le village de Humahuaca est sans doute le plus connu d'Argentine. En février, pendant le carnaval, le XXIe siècle semble ne jamais avoir atteint cette partie du monde tellement les traditions andines et préhispaniques (des Indiens guaranis) sont toujours vivantes... Et il semble y avoir autant de chiens errants que d'habitants (8000).
Le voyage vers les ruines de Quilmes, au sud de Salta, compte son pesant d'histoire. On passe entre autres par Cafayate, petite ville au style colonial espagnol. Si vous ne voulez pas faire le détour vers Mendoza, région des vins, Cafayate pourra vous satisfaire. C'est là qu'on trouve les meilleurs vins blancs du pays. On peut visiter plusieurs bodegas.
Mais les ruines de Quilmes, 50 kilomètres plus au sud, sont spectaculaires! Les indiens Quilmes ont bâti leur cité labyrinthique dans une colline vers l'an mil. Lors de la conquête, les Quilmes se sont battus furieusement contre les Espagnols et ont résisté pendant 130 ans. Une histoire captivante. À l'entrée, le musée permet d'admirer des vestiges trouvés sur le site et les ruines permettent de comprendre la vie et les croyances de ces premiers habitants.
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Merveille du monde
Avant de quitter l'Argentine, prévoyez un détour de quelques jours afin d'aller admirer les chutes d'Iguazú. On reste sans voix devant cette merveille naturelle: 275 chutes hautes de 72 mètres sur un front de 2,5 kilomètres aux frontières de l'Argentine, du Brésil et du Paraguay. Le tout au coeur d'une forêt tropicale à la végétation luxuriante qui abrite une faune impressionnante: pumas, toucans, singes, iguanes, coatis, tapirs, de magnifiques oiseaux, des papillons multicolores, d'innombrables moustiques et même des tarentules.
En haute saison, il est difficile de trouver de l'hébergement dans la petite ville de Puerto Iguazú. Il est donc préférable de s'y prendre à l'avance. La ville elle-même n'est pas dépourvue de charme; cependant, la pauvreté est grandement répandue et on parle davantage d'agressions de touristes. De plus, parce que c'est une ville frontalière, plusieurs commerces illicites y ont cours. Restez sur vos gardes et sachez qu'à l'aéroport, vous aurez affaire aux policiers d'Interpol plutôt qu'aux douaniers argentins...
J. C.
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