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Voyageries - Ciel, mes CO2!

Diane Précourt   21 avril 2007  Voyage
On connaît le rapport entre certains gestes associés à notre mode de vie et leurs conséquences sur l'environnement. Voitures énergivores, déchets dangereux, émissions de gaz à effet de serre et autres effets nocifs font maintenant partie du vocabulaire courant. Mais dans ce discours ambiant, rarement est-il question de la pollution générée par le transport aérien, une notion pour le moins nébuleuse dans l'imaginaire collectif.

Pour bien des gens, ce qui vient spontanément à l'esprit, lorsqu'il s'agit de prendre l'avion, rime davantage avec vacances et changement d'air qu'avec pollution de l'air... surtout s'ils présentent un teint verdâtre comme celui de cette année, gracieuseté d'un hiver qui a pris ses aises.

Un groupe de réflexion britannique, l'Institut de recherche sur les politiques publiques (IPPR), y a pourtant songé: le très sérieux organisme recommande rien de moins que d'ajouter dans les publicités de vols ou même de forfaits touristiques des messages inspirés de ceux qui figurent sur les paquets de cigarettes afin de rappeler aux usagers que l'avion pollue l'atmosphère. De tels avertissements, a expliqué l'IPPR, feraient réfléchir les voyageurs sur l'impact négatif de leur consommation, rapportait récemment l'agence de presse Reuters.

«On sait que le transport aérien nuit à l'environnement tout comme on sait que fumer tue», a souligné Simon Retallack, chargé des dossiers du réchauffement climatique au sein de cette organisation. Verra-t-on bientôt surgir des messages dramatiques comme «Prendre l'avion tue» ou encore «Le danger croît avec l'usage»? M. Retallack ne va quand même pas jusque-là mais préconise des avertissements non équivoques comme «Prendre l'avion contribue au réchauffement climatique».

«Nous savons que les fumeurs font attention aux messages d'avertissement sur les paquets de cigarettes et nous devons nous attaquer à notre dépendance à l'avion de la même façon», a-t-il poursuivi. Vraiment? Plusieurs recherches n'ont-elles pas évoqué les résultats plutôt mitigés de ces messages morbides, notamment chez les jeunes? Les voyageurs seraient-ils plus sensibles à de telles publicités «aériennes»? Pas si sûr.

Un dosage

On ne peut pas s'opposer à une plus grande sensibilisation des passagers aux conséquences de ce mode de transport sur l'environnement, avec un éventuel effet d'entraînement sur un plus vaste public. Mais il est écrit dans le ciel que les gens ne cesseront pas de se déplacer en avion. Les solutions résident donc peut-être dans la conscientisation et le dosage?

L'IPPR va jusqu'à suggérer «d'indiquer pour chaque vol la quantité d'émissions de CO2 par passager et de proposer une comparaison avec d'autres modes de transport comme le train». Vrai que de tels renseignements auraient l'avantage de mieux faire comprendre aux voyageurs les effets de leur choix en l'air, mais on ne peut pas dire que les transporteurs et les organismes publics ont abusé de ce type d'information jusqu'à maintenant...

«Si on veut changer le comportement des gens, il faut que les messages s'accompagnent de la mise en place d'une offre alternative aux vols sur les petites distances et de mesures destinées à ce que le coût du transport aérien reflète mieux ses impacts sur l'environnement», a noté Simon Retallack. Mais la prolifération actuelle des transporteurs à rabais et les vols sur des distances de plus en plus courtes nous renvoient plutôt à la situation inverse.

La part du transport aérien dans la somme totale des émissions de dioxyde de carbone est pour l'instant limitée, reconnaît tout de même l'organisme britannique, mais c'est un secteur en pleine expansion et les experts s'attendent à un doublement, voire à un triplement de ces émissions de CO2 dans un avenir proche. Bien qu'il soit difficile pour le voyageur d'en évaluer les impacts concrets chaque fois qu'il monte à bord, il va de soi que le transport aérien est voué à une croissance exponentielle avec la multiplication des vols offerts sur le marché.

Une comparaison absurde

À l'International Air Transport Association (IATA), dont les 250 membres représentent 94 % du trafic aérien, le porte-parole Steve Lott explique depuis Washington: «Il est absurde de comparer l'aviation, qui stimule l'économie et qui, en passant, contribue aussi à l'aide humanitaire et au transport de malades et de médicaments, à un tabagisme qui affecte la santé des gens! L'avion n'est responsable que de 2 % de toutes les émissions de dioxyde de carbone: c'est moins que pour les voitures qu'on prend chaque jour.»

La réduction des effets nocifs de cette industrie dans l'atmosphère figure parmi les cinq priorités de l'IATA, qui vient d'ailleurs de lancer une campagne d'information auprès du public voyageur dans le but de faire connaître les programmes de ses membres en matière d'environnement. «Bien sûr, quand on voit ces gros engins voler dans le ciel, on imagine spontanément un degré équivalent de pollution. Et il y a un prix à payer pour toute forme d'activité humaine. Mais en cette matière, il faut relativiser», poursuit M. Lott.

Les constructeurs multiplient les efforts pour rendre les appareils plus efficaces et moins dommageables pour l'environnement. Remarquez, ces recherches sont probablement motivées en bonne partie par une volonté de réduire les coûts d'exploitation des compagnies aériennes; il n'empêche que les résultats restent les mêmes.

Et si on suivait la suggestion de l'IPPR de formuler des messages affirmant que «voyager, c'est polluer» dans les publicités des transporteurs aériens et des forfaitistes, faudrait-il à ce compte-là concevoir aussi de tels avertissements pour l'alcool — monopole d'État ici —, les gras trans, la sédentarité malsaine ou la surconsommation de sucre et de sel?

Pour le directeur général du Réseau de veille en tourisme ESG-UQAM, Paul Arseneault, «le fait d'associer le transport aérien au tabagisme, comme le fait l'IPPR, donne malheureusement l'impression que le voyage n'est qu'une partie de plaisir d'une inutilité absolue alors que le côté nuisible de cette industrie se trouve ailleurs. Mais, encore une fois, le tourisme a le dos bien large».

dprecourt@ledevoir.com
 
 
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