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Panoramique Patagonie

Carolyne Parent   20 janvier 2007  Voyage
Le très vivant glacier Pia.
Photo : Carolyne Parent
Le très vivant glacier Pia.
De la Patagonie chilienne comme argentine, on nous vante surtout les nombreux parcs nationaux et les treks plus ou moins exigeants qu'on peut y faire. Mais pour aborder l'extrême sud du continent sud-américain, vive le bateau, une option pour contemplatifs ou paresseux, c'est selon.

Sur le Mare Australis — Tout le monde à bord et que la croisière s'anime! C'est un départ pour cinq jours d'émerveillement au coeur d'une contrée forgée par les éléments. À Punta Arenas, sur le détroit de Magellan, où est amarré le Mare Australis, notre 2200 tonnes, on ne sait rien encore du labyrinthe de canaux et de passes qui nous attend mais le simple fait de s'engager dans le sillage de l'intrépide explorateur portugais qui découvrit en 1520 le passage reliant l'Atlantique au Pacifique procure un petit frisson.

Si la Patagonie argentine est plus propice au peuplement, la chilienne, beaucoup plus petite, abrite tout de même 160 000 braves, la majorité d'entre eux vivant ici, à Punta Arenas. Jadis havre des grands voiliers marchands, la ville connut une première période de prospérité lors de la découverte de gisements d'or juste en face, à Sierra Boquerón, en 1882.

Avec l'ouverture du canal de Panamá en 1914, le port déclina mais l'industrie de la laine créa un autre boom économique, plus important encore, qui attira à nouveau son lot d'aventuriers. D'où l'ascendance... croate de Francisco Cardenas Marusic, notre guide-naturaliste né en ce patelin!

Ça tangue, ça roule, et le zodiac qui doit nous emmener à terre en ce premier matin de croisière semble bien frêle sur fond de cordillère... Francisco nous explique la «technique d'embarquement» à bord des pneumatiques pour que tout se passe sans heurts lors de nos excursions. «C'est que, voyez-vous, l'hôpital le plus près est très, très loin.»

Ça y est, nous voguons dans la baie Ainsworth, où le glacier Marinelli régresse comme peau de chagrin, paraît-il. Aux pieds de la cordillère Darwin, le rivage est constellé de fragments de glace, sculptures surréalistes qui étincellent au soleil. Les rochers sont habillés d'une courtepointe de mousses et de lichens multicolores. Dans la forêt, le «fruit du diable» montre ses rouges épis. L'été, c'est-à-dire notre hiver, l'orchidée jaune fleurit et apparaît aussi la calafate, une baie qui ressemble au bleuet et avec laquelle «on fait la confiture que vous avez mangée ce matin», dit Francisco.

Le panorama est tout simplement grandiose, peuplé de cèdres, de hêtres et de canelos. Pour les indigènes qui vivaient autrefois dans ces parages, raconte Francisco, le cannelier de Winter, riche en vitamine C antiscorbut, était un arbre sacré. En passant, on colporte bien des choses au sujet de ces autochtones depuis longtemps disparus...

Dans Chili - Terre des extrêmes, Katia et Alain Mahuzier écrivent que «Magellan n'aurait pas nommé la Patagonie à cause des grands pieds des Patagons. Il se serait plutôt souvenu de Patagon, héros du roman de chevalerie castillan Primaleon de Grece publié en 1512, un géant qui rugissait aussi fort que les indiens de taille élevée rencontrés en ces lieux: "patagos" signifie "fracas" en grec».

Le temps change en un éclair. Parti subito presto, le soleil. Sur le rivage brumeux, je cherche du regard les éléphants de mer promis, les plus imposants représentants de la famille des phoques, censés se reproduire ici. Sans doute se cachent-ils au-delà de ces rochers. Approchons-nous. Et voilà qu'un desdits rochers émet une sorte de holà perçant! C'est papa Cyrano — vu son pif en forme de trompe — qui veille au grain sous l'oeil attendri de sa maîtresse tandis que maman éléphant de mer, couchée sur un flanc, donne la tétée à junior, tout noir et lustré comme si on l'avait astiqué à l'Armor All. Quels curieux animaux... Informes, difformes, polygames, préhistoriques, attachants et, surtout, menacés d'extinction.

Un peu plus tard, ce sont aux manchots de Magellan, aux cormorans, aux chimango caracara, de grands rapaces, et aux brassemer cendrés ou canards-vapeur que nous allons rendre visite, à l'îlot Tucker. Ces canards sont vraiment rigolos: incapables de voler, ils battent l'eau de leurs petites ailes comme les aubes d'un bateau à vapeur.

On dirait des Roadrunner aquatiques. Les manchots, eux, nous accueillent comme il se doit en tenue de soirée. Ils passent six mois de l'année en mer, explique Francisco alors quand ils reviennent ici pour se reproduire, ils doivent d'abord retrouver le réflexe de marcher. Depuis le zodiac, on ne se lasse pas de les observer tituber.

De Pia en cap

Les glaciers sont vivants. Le saviez-vous? Je l'ignorais moi aussi jusqu'à ce que nous nous arrêtions au glacier Pia. Notre guide nous invite à nous asseoir sur les rochers et à garder le silence quelques instants devant la masse bleutée. Et ça y est. On l'entend. Pia gémit, craque, gronde, grogne, hurle, et voilà que glissent dans la mer de grands pans de glace dont quelques morceaux finiront dans nos verres de Johnny Walker, les moussaillons du Mare Australis ayant improvisé le bar le plus austral du monde!

Le long de la partie chilienne de la Grande Île de la Terre de Feu, sur «l'avenue des glaciers», une succession impressionnante de rideaux de glace drapant la cordillère défile maintenant sous nos yeux. Nul doute qu'elle éblouit aussi un jeune naturaliste amateur du nom de Charles Darwin, passager du vaisseau britannique qui donna son nom au canal sur lequel nous naviguons: le HMS Beagle.

Prochaine escale: le parc national du cap Horn, dernier bout de terre ferme avant l'Antarctique. Dans la baie de Nassau, nous sommes déjà exposés aux flots de l'Atlantique et ça brasse fort à tribord comme à bâbord.

Découvert en 1616 par l'expédition commerciale qu'organisa Isaac Le Maire, le cap doit son nom au port hollandais de Hoorn, d'où elle avait largué les amarres. Longtemps il figura sur les routes commerciales des clippers marchands navigant entre l'Europe et l'Asie, qui durent affronter les violentes tempêtes et les vagues géantes qui ont créé sa légende. Francisco dit que ses abords sont un véritable cimetière marin: pas moins de 800 navires y ont fait naufrage et 10 000 marins y ont trouvé la mort. Sur le promontoire s'élève d'ailleurs un albatros géant, monument commémorant l'héroïsme des braves qui ont tenté de doubler ce cap d'enfer où se rencontrent les océans Atlantique et Pacifique. De nos jours, les navires cargos lui préfèrent bien sûr le canal de Panamá et seuls quelques aventuriers et les intrépides de la course Vendée Globe se risquent à le franchir. Aujourd'hui, donc, il vente à édenter un morse. Il pleut, il grêle, et c'est très bien comme ça! En effet, qui aurait envie de poser le pied sur un cap Horn ensoleillé?

La croisière tire à sa fin. En après-midi, nous nous arrêtons à Port Williams, sur l'île Navarino, base navale chilienne et village le plus austral au monde, quoi qu'en disent les Argentins. Nous quitterons le Mare Australis chez eux, sur la rive nord du canal Beagle, à Ushuaia, sur la Grande Île de la Terre de Feu. Au coeur de la ville qui s'est développée autour d'un bagne nous attend un alignement désolant de boutiques de babioles, de casinos et de salles de bingo. Vite, vite, un catamaran, ça presse. De leurs îlots, d'autres lions de mer et cormorans à ventre blanc nous appellent.

En vrac

- Avec la compagnie aérienne LAN, depuis Santiago, c'est un voyage de cinq heures et deux escales jusqu'à Punta Arenas, l'un des ports d'embarquement des navires Australis. www.lan.com.

- Construits respectivement en 2005 et 2002, Via Australis et Mare Australis sont deux bateaux à l'échelle humaine comptant chacun une soixantaine de cabines pour une capacité maximale de 136 passagers. Confort, conférences sur la faune, la flore, l'histoire des lieux et bonne table sont compris dans le forfait. www.australis.com.

- En passant, Sportstour est un tour opérateur chilien qui peut prendre en charge l'organisation de votre séjour au pays et vous obtenir d'excellents tarifs pour la croisière. www.sportstour.cl.

- Les meilleurs mois pour la contemplation comme pour la navigation sont de décembre à février, bien qu'on considère que la haute saison s'échelonne de novembre à la mi-mars. En janvier, il fait autour de 10 °C, la Patagonie est fleurie et l'ensoleillement est à son meilleur.

- À lire à bord: le guide Ulysse Chili, signé Eric Hamovitch, pour un instantané politique, social et culturel du pays. La section Patagonie passe en revue géographie, histoire, faune, flore, attraits; celle consacrée à Santiago est fort utile pour une escale dans la capitale. Côté littérature chilienne: Cap Horn de Francisco Coloane, un recueil de nouvelles aussi dures et belles que la terre qu'elles décrivent; J'avoue que j'ai vécu de Pablo Neruda, et quelle vie!; Le Ballet de la victoire d'Antonio Skármeta, où il est question d'un plan infaillible pour ruiner un ancien chef de la police de Pinochet.

- Renseignements: www.visit-chile.org.

Collaboratrice du Devoir
Le très vivant glacier Pia. Sur le rivage de la baie Ainsworth, une petite famille d’éléphants de mer se la coule douce.
 
 
 
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  • Maria Hotes - Inscrite
    21 janvier 2007 14 h 10
    Patagonie
    La Patagonie est un endroit magnifique! À visiter en été (donc, l'hiver d'ici). Entre autres, vous pourrez visiter la province de Neuquen, Santa Cruz et la Terre du Feu (Argentine)... certains endroits sont presque désertiques, mais le paysage est fascinant. Vous trouverez d'ailleurs un drôle mélange de cultures; entre les peuples autochtones (ceux qui ont survécu....) et les héritiers d'une culture européenne (allemands, anglais, espagnols, italiens...). Endroit tout à fait charmant!
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