Beaux livres - Pôle position
L'hiver n'est plus ce qu'il était, l'Arctique non plus. Pendant dix ans, le photographe Francis Latreille a sillonné mers et banquise de l'extrême septentrion pour témoigner de l'inéluctable compte à rebours qui frappe le Grand Nord, en proie à la dilution. Édité à l'occasion de l'Année polaire internationale, Paradis blanc nous fait naviguer sous les latitudes les plus boréales de la planète.
En glissant ses doigts sous les pages glacées — dans tous les sens du terme —, on croise de frêles esquifs de glace mais aussi de blanches cathédrales flottantes. Des ours polaires qui n'ont pas l'air d'apprécier, mais des baleines qui sont sur le krill. Des villes minières sibériennes qui donnent froid dans le dos mais de réconfortants visages poupins aux joues bien irriguées. De pusillanimes vaisseaux qui s'insinuent entre les icebergs mais d'incroyables brise-glace atomiques qui broient tout sur leur passage. Des glaciers aux à-pics vertigineux mais de plates eaux noires ou violacées.
Qu'on s'imagine l'au-delà du cercle polaire complètement immaculé, on constate plutôt que l'Arctique peut arracher toutes les couleurs du monde et se les approprier: bleus des glaces, roses des aubes et ambres des crépuscules s'intègrent aux cristaux et aux neiges gélifiées.
Francis Latreille part aussi à la rencontre de quelques-uns des «26 petits peuples de Sibérie», dixit Staline, dont les étonnants Dolganes, des nomades boréaux qui se déplacent avec leurs baloks, sortes de yourtes carrées montées sur patins et tirées par des rennes. Une partie de l'ouvrage dévoile d'épatantes images tirées de l'expédition Mammuthus, au cours de laquelle on a délogé de son «linceul de glace» un mammouth vieux de 20 000 ans, avant de le décongeler au sèche-cheveux...
À la fois ode aux pays arctiques et cri d'alarme climatique, Paradis blanc est un excellent incitatif à vouloir se battre pour le droit à la froidure. Hélas, au moment où vous lirez ces lignes, plusieurs des images qu'on y voit auront fondu comme neige au soleil.
- Paradis blanc, Francis Latreille, Éditions de la Martinière, Paris, 2006, 232 pages.
Collaborateur du Devoir
En glissant ses doigts sous les pages glacées — dans tous les sens du terme —, on croise de frêles esquifs de glace mais aussi de blanches cathédrales flottantes. Des ours polaires qui n'ont pas l'air d'apprécier, mais des baleines qui sont sur le krill. Des villes minières sibériennes qui donnent froid dans le dos mais de réconfortants visages poupins aux joues bien irriguées. De pusillanimes vaisseaux qui s'insinuent entre les icebergs mais d'incroyables brise-glace atomiques qui broient tout sur leur passage. Des glaciers aux à-pics vertigineux mais de plates eaux noires ou violacées.
Qu'on s'imagine l'au-delà du cercle polaire complètement immaculé, on constate plutôt que l'Arctique peut arracher toutes les couleurs du monde et se les approprier: bleus des glaces, roses des aubes et ambres des crépuscules s'intègrent aux cristaux et aux neiges gélifiées.
Francis Latreille part aussi à la rencontre de quelques-uns des «26 petits peuples de Sibérie», dixit Staline, dont les étonnants Dolganes, des nomades boréaux qui se déplacent avec leurs baloks, sortes de yourtes carrées montées sur patins et tirées par des rennes. Une partie de l'ouvrage dévoile d'épatantes images tirées de l'expédition Mammuthus, au cours de laquelle on a délogé de son «linceul de glace» un mammouth vieux de 20 000 ans, avant de le décongeler au sèche-cheveux...
À la fois ode aux pays arctiques et cri d'alarme climatique, Paradis blanc est un excellent incitatif à vouloir se battre pour le droit à la froidure. Hélas, au moment où vous lirez ces lignes, plusieurs des images qu'on y voit auront fondu comme neige au soleil.
- Paradis blanc, Francis Latreille, Éditions de la Martinière, Paris, 2006, 232 pages.
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