Mexique - La fiesta au Michoacán
Photo : Carolyne Parent
Mi-décembre, ça bouge le soir place de la cathédrale, à Morelia.
La scène se déroule au centre du Mexique, à Tzintzuntzán, un nom qui bourdonne comme l'oiseau-mouche qu'il désigne en langue tarasque. Dans la cour de la cathédrale s'arrête en trombe et dans un nuage de poussière un vieux pick-up dans lequel on transporte une image muy, muy grande d'une vierge métissée dans son beau cadre de bois ouvré, visiblement tout neuf. Et qu'on transbahute le cadre à dos d'hommes sur le parvis de l'église et qu'on le dépoussière avec déférence et qu'on l'enguirlande de fleurs et qu'on me pince... Ce ne sera pas nécessaire: la population mexicaine est à 90 % catholique, après tout.
Michoacán — Si tous les prétextes sont bons pour faire la fiesta chez M. Calderón, deux occasions se démarquent: la Noël et la fête de Notre-Dame de Guadalupe, célèbre vierge à la peau sombre, patronne des Amériques et des femmes enceintes ainsi que le plus puissant symbole de l'église catholique mexicaine.
Dès les premiers jours de décembre, dans chaque recoin du pays, s'ébranlent les processions qui commémorent ses multiples apparitions à l'Indio Juan Diego entre les 9 et 12 décembre 1531, à Mexico.
«Tous les corps de métier, associations de marchands, études d'avocats, équipes sportives et syndicats dont les membres sont catholiques organisent un défilé pour rendre hommage à la vierge, raconte Guillermo Moreno, notre chauffeur au Michoacán. Les églises débordent de couronnes de fleurs, des offrandes à la vierge de la part de la Cruz Roja Mexicana, de Coca-Cola, de la bière Moctezuma... Car, avec Noël, c'est la plus importante fête du Mexique. Le 12 décembre, les églises sont ouvertes 24 heures et des pèlerins en provenance de partout au pays se rendent à la basilique de Mexico. Les autres sanctuaires, qu'on trouve dans toutes les capitales du Mexique, comme Morelia au Michoacán, sont tout aussi bondés.»
Accueillant chaque année plus de 10 millions de dévots, certains arrivant à genoux, la basilique Notre-Dame de Guadalupe, à Mexico, est l'une des églises catholiques les plus visitées au monde. À Morelia, c'est le Santuario de la Virgen de Guadalupe, aux murs semés de milliers de roses en céramique mauve et or, qui remporte cet honneur.
Cette année marque le 475e anniversaire de l'apparition de la vierge à Juan Diego. Imaginez un peu l'ambiance qui régnera dans chaque ville, dans chaque pueblo... Déjà que ce n'était pas triste du tout, l'an passé, au Michoacán.
Je me rappelle encore avec acuité une procession très sonore d'ambulanciers et l'animation, le soir, dans les rues de Morelia avec force pétards et feux d'artifice. Parce que les enfants y sont intégrés, la fête est particulièrement joyeuse: les petits garçons, affublés d'une fausse moustache, personnifient Juan, et les fillettes, portant robe neuve et cheveux tressés, représentent la vierge. Dans les campagnes, on voit parfois aussi des «diables» et des «loups» parmi les participants aux processions, le rituel religieux comportant encore des éléments païens.
Dès cette fiesta terminée, c'est parti pour la prochaine! «Tout de suite après, les municipalités préparent Noël», dit M. Moreno. De fait, le 13 décembre dernier, au zócalo de Santa Clara del Cobre, des bambins chantaient en choeur des villancicos, ou cantiques. Arbres de Noël et poinsettias, bien sûr, font partie du décor dans la plupart des patios privés, des halls d'hôtel et des cours intérieures des restaurants.
Et on pense également au menu des Fêtes! «Dans les grosses villes, on mangera de la dinde, comme chez vous, dit M. Moreno, mais dans les villages, où la base de l'alimentation est le maïs, on mangera plutôt des pozoles [goûteux ragoûts de grains de maïs séchés], des tamales [tortillas farcies de viande et cuites dans des feuilles de maïs], des corundas [mini-tamales triangulaires].»
Beautés coloniales
En langue aztèque, Michoacán, un État ignoré des touristes, signifie «pays des maîtres du poisson». C'est une référence aux Purepechas (ou Tarasques) qui, installés tout autour du lac Pátzcuaro, à 2200 mètres d'altitude, ont vécu de la pêche pendant quelque 700 ans, jusqu'à l'arrivée de Nuño de Guzman. Selon le guide Lonely Plantet Mexique, la cruauté de ce conquistador à l'endroit des indigènes était telle que le gouvernement colonial et l'Église catholique déléguèrent sur place Vasco de Quiroga pour y mettre fin. Disciple de l'humaniste Thomas More, ce bon évêque en profita pour créer des communautés agricoles assurant l'autosuffisance alimentaire de la région et aider chaque village du Lago à développer son artisanat propre, qui subsiste encore aujourd'hui.
Mais de Pátzcuaro, ce n'est probablement pas ce que vous retiendrez si vous avez le bonheur d'y aller. Vous remarquerez plutôt que toutes ses maisons, sans exception, sont blanches et lisérées de rouge et que cet «uniforme» est un superbe écrin à ses places, à ses balcons de fer forgé et à l'architecture baroque et néoclassique de ses édifices religieux. Vous n'oublierez pas de sitôt non plus le grand lac, son volcan, ses îles, dont Janitzio, célèbre pour son día de muertos coloré, le 1er novembre, ses pêcheurs aux filets-papillons et les délicieux charales, mini-poissons blancs qu'on fait frire sur le quai.
À côté, Santa Clara del Cobre est un bien drôle de village, où toute l'activité tourne autour du cuivre même si les mines environnantes sont épuisées depuis les années 50! Sauf qu'une collectivité d'artisans ne se laisse pas démonter pour si peu, explique l'un d'eux: ils achètent au kilo le vieux filage de la Comisión Federal de Electricidad, dont ils brûlent le revêtement pour en tirer les filaments de cuivre. Et par ici assiettes, marmites et vases étincelants au soleil.
Au nombre des premières villes de la Nueva España, Valladolid fut rebaptisée Morelia en l'honneur d'un héros du mouvement indépendantiste mexicain, José María Morelos y Pavón, qui y est né. C'est une superbe cité coloniale traversée d'un bel aqueduc en pierres roses qui a acheminé l'eau des montagnes dans les fontaines de la ville jusqu'au début du XXe siècle. En face de la cathédrale, au Palacio de gobierno, on peut voir de belles fresques représentant la vie paysanne et la lutte des Mexicains pour leur indépendance. Au Palacio de justicia, à l'autre extrémité du square, c'est Morelos qui est immortalisé. Mais en ce 12 du 12, honnêtement, on n'en avait tous que pour la fiesta!
***
En vrac
- À découvrir à www.toursmont-royal.com: des circuits guidés et en liberté au Michoacán, qu'il est possible de combiner à un séjour plage puisque notre point d'arrivée au pays est Ixtapa, dans l'État voisin de Guerrero.
- Mi-décembre, même les postes de péage de la nouvelle autoroute qui relie Ixtapa à Morelia sont parés de poinsettias et de crèches de Noël. À noter: le trajet se fait en trois heures et demie et nous faisons route avec des cactus candélabres, des nopales aux «oreilles» de Mickey et des rapaces sur fond de volcans et de monts pelés.
- «Tesoros de Michoacán» est un label de qualité qui regroupe un bouquet d'hôtels-boutiques et de restaurants de charme. À Morelia, l'hôtel Los Juaninos, idéalement situé en face de la cathédrale, ainsi que Villa San José et Villa Montaña, juchées sur les hauteurs de la ville, sont en effet de vrais trésors hôteliers qui perpétuent un art de vivre 100 % mexicain. www.tesorosmichoacan.com.
- Toujours à Morelia, le restaurant San Miguelito, également de la collection Tesoros, propose des spécialités locales dans un environnement ludico-baroque. Ah, le bonheur de déguster ces «truffes» mexicaines que sont les huitlacoche en compagnie de 480 statuettes de aaint Antoine disposées dans un espace baptisé Rincón de las Solteronas ou, si vous préférez, le coin des grosses vieilles filles!
- N'oubliez pas d'aller voir les papillons monarques, au sanctuaire El Rosario, à Ocampo: ils y hibernent jusqu'en mars.
- À emporter: la nouvelle édition du guide Lonely Planet Mexique pour bien s'orienter au Michoacán et pour ses chapitres «Histoire», «Culture» et «Cuisine» bien touffus. Aussi, une petite laine pour le soir: le temps peut être frisquet en altitude.
- Renseignements: www.michoacan-travel.com, www.visitmexico.com.
***
Carolyne Parent était l'invitée de Tours Mont-Royal et d'Air Transat.
Collaboratrice du Devoir
Michoacán — Si tous les prétextes sont bons pour faire la fiesta chez M. Calderón, deux occasions se démarquent: la Noël et la fête de Notre-Dame de Guadalupe, célèbre vierge à la peau sombre, patronne des Amériques et des femmes enceintes ainsi que le plus puissant symbole de l'église catholique mexicaine.
Dès les premiers jours de décembre, dans chaque recoin du pays, s'ébranlent les processions qui commémorent ses multiples apparitions à l'Indio Juan Diego entre les 9 et 12 décembre 1531, à Mexico.
«Tous les corps de métier, associations de marchands, études d'avocats, équipes sportives et syndicats dont les membres sont catholiques organisent un défilé pour rendre hommage à la vierge, raconte Guillermo Moreno, notre chauffeur au Michoacán. Les églises débordent de couronnes de fleurs, des offrandes à la vierge de la part de la Cruz Roja Mexicana, de Coca-Cola, de la bière Moctezuma... Car, avec Noël, c'est la plus importante fête du Mexique. Le 12 décembre, les églises sont ouvertes 24 heures et des pèlerins en provenance de partout au pays se rendent à la basilique de Mexico. Les autres sanctuaires, qu'on trouve dans toutes les capitales du Mexique, comme Morelia au Michoacán, sont tout aussi bondés.»
Accueillant chaque année plus de 10 millions de dévots, certains arrivant à genoux, la basilique Notre-Dame de Guadalupe, à Mexico, est l'une des églises catholiques les plus visitées au monde. À Morelia, c'est le Santuario de la Virgen de Guadalupe, aux murs semés de milliers de roses en céramique mauve et or, qui remporte cet honneur.
Cette année marque le 475e anniversaire de l'apparition de la vierge à Juan Diego. Imaginez un peu l'ambiance qui régnera dans chaque ville, dans chaque pueblo... Déjà que ce n'était pas triste du tout, l'an passé, au Michoacán.
Je me rappelle encore avec acuité une procession très sonore d'ambulanciers et l'animation, le soir, dans les rues de Morelia avec force pétards et feux d'artifice. Parce que les enfants y sont intégrés, la fête est particulièrement joyeuse: les petits garçons, affublés d'une fausse moustache, personnifient Juan, et les fillettes, portant robe neuve et cheveux tressés, représentent la vierge. Dans les campagnes, on voit parfois aussi des «diables» et des «loups» parmi les participants aux processions, le rituel religieux comportant encore des éléments païens.
Dès cette fiesta terminée, c'est parti pour la prochaine! «Tout de suite après, les municipalités préparent Noël», dit M. Moreno. De fait, le 13 décembre dernier, au zócalo de Santa Clara del Cobre, des bambins chantaient en choeur des villancicos, ou cantiques. Arbres de Noël et poinsettias, bien sûr, font partie du décor dans la plupart des patios privés, des halls d'hôtel et des cours intérieures des restaurants.
Et on pense également au menu des Fêtes! «Dans les grosses villes, on mangera de la dinde, comme chez vous, dit M. Moreno, mais dans les villages, où la base de l'alimentation est le maïs, on mangera plutôt des pozoles [goûteux ragoûts de grains de maïs séchés], des tamales [tortillas farcies de viande et cuites dans des feuilles de maïs], des corundas [mini-tamales triangulaires].»
Beautés coloniales
En langue aztèque, Michoacán, un État ignoré des touristes, signifie «pays des maîtres du poisson». C'est une référence aux Purepechas (ou Tarasques) qui, installés tout autour du lac Pátzcuaro, à 2200 mètres d'altitude, ont vécu de la pêche pendant quelque 700 ans, jusqu'à l'arrivée de Nuño de Guzman. Selon le guide Lonely Plantet Mexique, la cruauté de ce conquistador à l'endroit des indigènes était telle que le gouvernement colonial et l'Église catholique déléguèrent sur place Vasco de Quiroga pour y mettre fin. Disciple de l'humaniste Thomas More, ce bon évêque en profita pour créer des communautés agricoles assurant l'autosuffisance alimentaire de la région et aider chaque village du Lago à développer son artisanat propre, qui subsiste encore aujourd'hui.
Mais de Pátzcuaro, ce n'est probablement pas ce que vous retiendrez si vous avez le bonheur d'y aller. Vous remarquerez plutôt que toutes ses maisons, sans exception, sont blanches et lisérées de rouge et que cet «uniforme» est un superbe écrin à ses places, à ses balcons de fer forgé et à l'architecture baroque et néoclassique de ses édifices religieux. Vous n'oublierez pas de sitôt non plus le grand lac, son volcan, ses îles, dont Janitzio, célèbre pour son día de muertos coloré, le 1er novembre, ses pêcheurs aux filets-papillons et les délicieux charales, mini-poissons blancs qu'on fait frire sur le quai.
À côté, Santa Clara del Cobre est un bien drôle de village, où toute l'activité tourne autour du cuivre même si les mines environnantes sont épuisées depuis les années 50! Sauf qu'une collectivité d'artisans ne se laisse pas démonter pour si peu, explique l'un d'eux: ils achètent au kilo le vieux filage de la Comisión Federal de Electricidad, dont ils brûlent le revêtement pour en tirer les filaments de cuivre. Et par ici assiettes, marmites et vases étincelants au soleil.
Au nombre des premières villes de la Nueva España, Valladolid fut rebaptisée Morelia en l'honneur d'un héros du mouvement indépendantiste mexicain, José María Morelos y Pavón, qui y est né. C'est une superbe cité coloniale traversée d'un bel aqueduc en pierres roses qui a acheminé l'eau des montagnes dans les fontaines de la ville jusqu'au début du XXe siècle. En face de la cathédrale, au Palacio de gobierno, on peut voir de belles fresques représentant la vie paysanne et la lutte des Mexicains pour leur indépendance. Au Palacio de justicia, à l'autre extrémité du square, c'est Morelos qui est immortalisé. Mais en ce 12 du 12, honnêtement, on n'en avait tous que pour la fiesta!
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En vrac
- À découvrir à www.toursmont-royal.com: des circuits guidés et en liberté au Michoacán, qu'il est possible de combiner à un séjour plage puisque notre point d'arrivée au pays est Ixtapa, dans l'État voisin de Guerrero.
- Mi-décembre, même les postes de péage de la nouvelle autoroute qui relie Ixtapa à Morelia sont parés de poinsettias et de crèches de Noël. À noter: le trajet se fait en trois heures et demie et nous faisons route avec des cactus candélabres, des nopales aux «oreilles» de Mickey et des rapaces sur fond de volcans et de monts pelés.
- «Tesoros de Michoacán» est un label de qualité qui regroupe un bouquet d'hôtels-boutiques et de restaurants de charme. À Morelia, l'hôtel Los Juaninos, idéalement situé en face de la cathédrale, ainsi que Villa San José et Villa Montaña, juchées sur les hauteurs de la ville, sont en effet de vrais trésors hôteliers qui perpétuent un art de vivre 100 % mexicain. www.tesorosmichoacan.com.
- Toujours à Morelia, le restaurant San Miguelito, également de la collection Tesoros, propose des spécialités locales dans un environnement ludico-baroque. Ah, le bonheur de déguster ces «truffes» mexicaines que sont les huitlacoche en compagnie de 480 statuettes de aaint Antoine disposées dans un espace baptisé Rincón de las Solteronas ou, si vous préférez, le coin des grosses vieilles filles!
- N'oubliez pas d'aller voir les papillons monarques, au sanctuaire El Rosario, à Ocampo: ils y hibernent jusqu'en mars.
- À emporter: la nouvelle édition du guide Lonely Planet Mexique pour bien s'orienter au Michoacán et pour ses chapitres «Histoire», «Culture» et «Cuisine» bien touffus. Aussi, une petite laine pour le soir: le temps peut être frisquet en altitude.
- Renseignements: www.michoacan-travel.com, www.visitmexico.com.
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Carolyne Parent était l'invitée de Tours Mont-Royal et d'Air Transat.
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