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Japon - Au pays des enfants calmes

Eugénie Francoeur   29 avril 2006  Voyage
Une jeune fille japonaise devant le repas préparé par une nutritionniste de concert avec le cuisinier de l’école.
Photo: Nancy Lessard
Une jeune fille japonaise devant le repas préparé par une nutritionniste de concert avec le cuisinier de l’école. Photo: Nancy Lessard
Notre collaboratrice rentre tout juste d'un séjour au Japon. Dans le cadre de ses reportages effectués dans la région d'Okinawa (où on retrouve la plus grande concentration de centenaires au monde), elle a eu l'occasion de visiter une école primaire. Elle a eu l'impression d'atterrir sur une autre planète.

Nous entrons dans la cour de l'école Tamarai, à Naha, capitale de la préfecture d'Okinawa, au Japon. Des enfants jouent gaiement au ballon. En nous apercevant, ils suspendent leur joute pour venir nous saluer. Tout fiers, ils répètent la dizaine de mots d'anglais qu'ils connaissent alors que nous répondons avec les trois mots de japonais que nous avons réussi à retenir.

À l'intérieur, après quelques entraves au très rigoureux protocole japonais, ce qui n'est pas sans gêner notre guide, la directrice de l'école nous reçoit. Tous les repas servis aux enfants doivent être approuvés par la directrice. Au menu aujourd'hui: des légumes variés, un mélange de riz et de millet, des algues kombu, de petits poissons, du radis daïkon, du tofu, du lait et, pour dessert, la moitié d'une orange. «Un repas type», m'assure la directrice, qui goûte elle-même et s'assure de la qualité et de l'équilibre des repas des élèves. Une nutritionniste travaille de concert avec les cuisiniers de l'école afin que tous les besoins nutritionnels du corps et du cerveau des jeunes enfants en croissance soient comblés. Les menus sont donc très variés et complets.

La directrice nous accompagne dans une classe d'enfants de sept et huit ans qui se préparent à dîner. Une scène délicieuse nous attendait! Quatre élèves de la classe avaient revêtu de minuscules répliques d'habits et de chapeaux de cuisinier et servaient plus ou moins maladroitement leurs compagnons de classe. La directrice explique que les enfants servent les repas à tour de rôle. «Les élèves sont sensibilisés très jeunes à l'importance de la nourriture et au respect qu'on doit lui porter», explique-t-elle. Dès leur entrée à l'école, les jeunes se font enseigner les vertus et la provenance de divers aliments. Alors, plutôt que d'apprendre à compter les calories, les enfants apprennent à apprêter les aliments. En discutant avec les enfants — et n'oublions pas qu'ils n'ont que sept et huit ans —, on constate qu'ils savent détailler les vertus des légumes, expliquer ce qu'il faut et ne faut pas manger pour rester en santé et dresser une liste des aliments à consommer pour éviter la constipation, la haute pression, le cholestérol et les maladies du coeur.

On a vraiment l'impression de se retrouver sur une autre planète! D'autant qu'il y a quelques mois à peine, en novembre dernier, j'avais eu l'occasion de travailler sur un dossier qui faisait état de l'ignorance de plusieurs jeunes Britanniques en matière de nourriture. La British Heart Foundation avait mené un sondage auprès de 1000 enfants âgés de 8 à 14 ans sur la provenance de certains aliments consommés régulièrement. 36 % de ces enfants ne savaient pas que les frites sont faites de pommes de terre! Une proportion égale de jeunes ignorait également que le fromage est fabriqué avec du lait de vache. Ces résultats ont choqué et bouleversé l'Angleterre. Depuis lors, une campagne d'éducation massive a été lancée.

De retour en classe, les élèves plaisantent tranquillement en attendant de commencer à manger. La politesse veut que personne n'entame son repas avant que tous ne soient servis. Lorsque le dernier élève va s'asseoir avec son assiette remplie, un court rituel d'une trentaine de secondes est récité en choeur. Après seulement, on commence à entendre le son des baguettes de bois s'entrechoquer.

Aliments préférés: les légumes!

Pendant le repas, lors d'une petite enquête que nous menons, les enfants sont invités à choisir leur aliment préféré, toutes catégories confondues. Résultats approximatifs? Tenez-vous bien: près de 75 % des enfants ont choisi les légumes. Viennent ensuite le kombu (des algues) et, en troisième place, le poisson. Surprise par leurs réponses, je les observe comme s'il s'agissait d'une nouvelle espèce d'êtres vivants! Arrive alors le moment, pour ceux qui ont encore faim, d'aller se chercher une deuxième assiettée. Ils se ruent vers les légumes. Ils aiment vraiment les légumes. Ils ont dit vrai. Ils ne se sont pas contentés de répéter la réponse que l'enseignante ou la directrice leur avait soufflée à l'oreille.

Le repas se termine et nous remarquons de petits gobelets et des brosses à dents, roses pour les filles et bleues pour les garçons, sur les bureaux. Les enfants font la file et attendent leur tour pour se brosser les dents. Ensuite, les élèves nettoient la classe. Les restes sont jetés à la poubelle et les assiettes vides sont empilées dans des bacs qu'on dépose ensuite à la cuisine. Je demande à la directrice: «Les enfants nettoient-ils toujours après le repas?» Elle répond: «Bien sûr! Mais pas seulement après les repas, ils sont aussi responsables de la propreté de l'école. Ils nettoient tout, ils lavent les planchers et les toilettes.» Et que fait le concierge? «Le concierge?, demande-t-elle, visiblement amusée. Mais nous n'avons pas de concierge. Les enfants sont des citoyens comme les autres, avec leurs propres responsabilités. Comment deviendront-ils des adultes responsables si nous ne leur donnons pas de responsabilités lorsqu'ils sont enfants? Vous voyez bien que nous n'avons pas besoin de concierge», conclut-elle. Elle a raison, l'école est impeccable, comme tout ce que nous avons vu au Japon, et les enfants ont l'air épanoui.

Le ménage terminé, les enfants ont une vingtaine de minutes pour jouer avant de retourner en classe. Dans ce joyeux brouhaha, il me tarde de savoir si les enfants réclament parfois des sucreries, des frites, du junk-food. La directrice me regarde comme si j'avais prononcé des mots tabous. «Des frites, non, non, non. Jamais. Une ou deux fois par mois, nous faisons une exception, dit-elle. Nous servons alors des pommes de terre cuites à la vapeur ou rôties, ou encore un hamburger ou un dessert.»

Interrogée au sujet de cas éventuels d'hyperactivité dans cette école, la directrice, un peu surprise, explique: «Nous n'avons jamais eu de cas d'enfants hyperactifs dans cette école.» S'agit-il d'une coïncidence ou peut-on y voir un lien direct de cause à effet entre la nourriture et le comportement des enfants? En mai dernier, des chercheurs de l'université Oxford, en Grande-Bretagne, ont publié les résultats de leurs recherches sur la question dans l'American Journal of Pediatrics. Dans leur étude menée auprès de 117 enfants âgés de cinq à douze ans, ils ont conclu que les problèmes de comportement et les difficultés d'apprentissage de ces jeunes Britanniques étaient dus à une déficience en nutriments vitaux qui permettent au cerveau de fonctionner normalement. Une fois ces carences comblées, le comportement et la concentration des enfants se sont tous deux améliorés.

Et je reviens à la charge auprès de la directrice afin de m'assurer qu'elle a bien compris le sens de la question: «Avez-vous des enfants qui prennent du Ritalin ou d'autres médicaments du genre pour calmer les jeunes turbulents et aider à la concentration?» Elle me répond, l'air un peu horrifié: «Bien sûr que non, pourquoi ferions-nous une telle chose à nos enfants?»

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