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Courants: L'hôtel vert

Diane Précourt   21 janvier 2006  Voyage
On n'a pas idée à quel point nos petites habitudes de grand confort pèsent lourd sur l'environnement dès qu'on franchit le seuil d'une chambre d'hôtel. Et même avec la meilleure conscientisation du monde au plan individuel: une fois que la «machine» est en marche... Certaines grandes chaînes de l'hôtellerie, un secteur considéré comme extrêmement énergivore — sans compter les pays aux ressources limitées —, ont déjà couché sur papier des programmes de limitation d'une consommation tous azimuts: de la part des clientèles par des gestes aussi banals qu'un usage modéré des serviettes, aussi bien que de l'administration par une rationalisation des installations lourdes comme les systèmes de chauffage et de climatisation. Mais encore?

Nul ne se posera contre la vertu, encore moins celle qui tourne au vert. Et surtout lorsqu'elle comporte en prime des économies budgétaires. Car on estime que les coûts reliés à l'infrastructure et à l'entretien d'une chambre d'hôtel grugent jusqu'à 35 % des revenus générés «par porte», comme le veut l'expression hautement poétique du jargon hôtelier... cela, lorsqu'elle les génère. Ce qui inclut les frais inhérents au maintien de la température ambiante aussi bien qu'au nettoyage, aux installations technologiques et aux équipements informatiques.

Peter Gaudet est consultant chez Horwath Horizons, une firme montréalaise spécialisée dans l'industrie touristique: «Des chaînes hôtelières comme Delta, Fairmount ou même Comfort Inn ont pris depuis longtemps le virage vert. Et plutôt que de laisser au client le choix de son degré d'implication, comme c'est souvent le cas actuellement, la nouvelle tendance chez certains de leurs membres consiste à imposer un niveau maximum d'utilisation des ressources. À commencer par celles qui requièrent les services de buanderie, dont les eaux usées s'avèrent des plus nuisibles pour l'environnement.»

Dans plusieurs hôtels européens, par exemple, et même parmi ceux où le luxe pourrait se couper au couteau, les cartes-clés magnétiques des chambres servent également de passe-partout pour l'éclairage. C'est simple, ça ne brime personne et ça évite une surconsommation parfaitement inutile ou encore les «oublis».

Mais la mise en place de tels systèmes ainsi reliés serait plutôt coûteuse ici: de 3000 $ à 5000 $, et même jusqu'à 7000 $ «par porte», selon Peter Gaudet. En Amérique du Nord, où les tarifs d'électricité justifient moins ce genre d'interventions, d'un point de vue strictement économique, s'entend, celles-ci restent encore hésitantes. Sans compter que l'investissement total pour mettre une chambre d'hôtel sur le marché se situerait, selon notre consultant, entre 70 000 $ et 400 000 $ «par porte», de la plus ordinaire à la plus luxueuse, à quoi il faut ajouter un fonds de réserve attribué au remplacement, tous les sept ou dix ans, de certains meubles et accessoires.

Et même lorsque l'économie d'énergie découlant d'un programme vert rime avec des économies budgétaires, il faut admettre que, souvent, la seule adhésion requiert une mise de fonds importante bien avant de faire épargner un sou.

Chez le groupe Fairmount par exemple, explique M. Gaudet, la gestion de bacs de recyclage du papier et du verre séparés des bacs à ordures entraîne des coûts sans générer aucun revenu. Si ce n'est un retour sur l'image de bon citoyen corporatif pour la chaîne, pourrait-on proposer. Et l'image de marque, dans une industrie aussi fragile aux humeurs d'une clientèle déjà difficile à fidéliser, revêt une importance capitale, voire démesurée parfois.

C'est là, d'ailleurs, un des motifs de l'Association des hôteliers du Québec (AHQ) pour inciter ses membres à prendre le virage vert, dont elle a fait le thème de son congrès en octobre dernier. Il faut dire que les pressions des clientèles elles-mêmes se font de plus en plus insistantes. L'existence d'un programme environnemental n'est pas toujours un élément incontournable dans le choix d'un hôtel mais représente certes une valeur ajoutée pour voyageurs conscientisés, selon Michel Archambault, titulaire de la Chaire de tourisme de l'UQAM: «Après les chambres pour non-fumeurs et les établissements bicycle friendly, notamment, la tendance va au développement durable et nous en sommes à la phase de passer aux actes.»

«Les nouvelles exigences de nos clients, beaucoup plus sensibilisés au respect de l'environnement, écrit dans L'Hôtelier le président de l'AHQ, Olivier Désilets, nous incitent à revoir ou à établir des normes précises pour l'industrie en matière de qualité. Recyclage, produits équitables et biodégradables, économie d'énergie et gestion de l'eau devront maintenant faire partie de nos préoccupations.»

Le projet de programme vert de l'AHQ s'inscrit dans la foulée de la Politique de développement durable du ministère du Tourisme. Politique? En tout cas, on n'est pas sorti de l'auberge quant au volet «Qualité des services», à en croire l'AHQ.

Certains de ses membres se seraient investis dans «ce projet qui piétine un peu, depuis plusieurs mois, quant aux suites à y donner, selon le porte-parole Louis Villemur. Il n'y a pas même un logo attestant de leurs efforts auprès des clientèles.» Mais, ô consolation, ils auraient obtenu une certification officielle!

L'AHQ est à élaborer un cahier des charges et à rechercher des partenaires financiers pour son virage vert, qu'on souhaiterait concrétiser dès l'an prochain, avec une reconnaissance rattachée à une réglementation et... à une identification visuelle pour le client. Le défi, c'est de concevoir un projet applicable à tout type d'établissement puisque le nombre d'unités de chacun des membres peut varier de quelques-unes à quelques centaines.

Au Québec seulement, le parc hôtelier compte quelque 72 000 chambres: imaginons juste un instant, à l'échelle planétaire, l'impact potentiellement multiplicateur du plus petit geste individuel pour ménager l'environnement. Les Verts salivent à moins que ça. Si le virage environnemental de l'Association des hôteliers du Québec a suscité l'enthousiasme à son congrès de l'automne, il reste difficile de prévoir dans quelle proportion les membres passeront à l'action. Chose certaine, plusieurs sont conscients que s'ils n'embarquent pas dans le train aujourd'hui, ils risquent fort d'y être poussés demain.

Tout un savon

Il faudra s'assurer aussi de travailler en collaboration avec l'organisme de classification des hôtels par des étoiles: la Corporation de l'industrie touristique du Québec (CITQ). Une classification basée sur un pointage attribué à une série d'éléments, du mobilier jusqu'aux produits d'hygiène, comme le savon emballé individuellement par exemple.

Dans la revue post-congrès de l'AHQ, un hôtelier s'inquiète de l'impact «étoilé» de sa décision d'utiliser du savon biodégradable en bouteille... La planète touristique est constituée de bien petites choses, qui valent tout de même leur pesant d'or. Mais il n'est pas encore nécessaire de jouer à l'auberge espagnole!

Cela dit, la prochaine fois que vous franchirez la porte d'une chambre d'hôtel, sachez qu'on pourrait éventuellement vous demander, par exemple, de chanter un peu moins longtemps sous la douche, histoire d'éviter le gaspillage d'eau: de toute façon, c'est peut-être le voisin qui sera content.

dprecourt@ledevoir.com
 
 
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