Israël - La terre où coulent le lait, le miel et... le vin
On connaît surtout la région parce qu’à une certaine époque, un certain monsieur dans un certain banquet eut le bon réflexe, pour ne pas dire l’idée géniale, de transformer l’eau en vin. Grand bien lui en prit. Après tout, le raisin compte parmi les sept espèces bénies de fruits dans le Deutéronome, comme nous l’apprend l’auteure Jancis Robinson dans sa bible à elle, l’Encyclopédie du vin, parue chez Hachette. Il faudra attendre deux millénaires, quelque part vers le début des années 1980, pour qu’une viniculture de qualité s’impose, sans toutefois atteindre les généreux volumes que nous a valus le judicieux réflexe de ce même monsieur qui, lors d’un certain banquet, révolutionnait déjà les arts de la table. Voilà qui n’aurait pas déplu à Nadine de Rothschild elle-même.
Cette terre d’Israël était-elle destinée à produire un vin de qualité? Certes, il y a eu l’occupation musulmane (636 de notre ère), visiblement allergique aux miracles, même liquides, puis au retour des croisés (entre 1100 et 1300), qui remettent en selle la viticulture, et, bien avant, l’exil des Juifs qui stoppe toute activité. Mais constatons que le potentiel est là. D’autant qu’avec des hivers pluvieux et des étés très secs, les vignerons israéliens savent redoubler d’ingéniosité pour planter là où il faut planter, à savoir en altitude, sur des sols volcaniques où l’irrigation demeure toutefois nécessaire.
Une petite révolution est d’ailleurs en cours depuis une vingtaine d’années avec un choix pointu de porte-greffes, de techniques au vignoble (non-effeuillage, entre autres, pour protéger celui-ci du soleil) comme au chai (refroidissement de la vendange), même si les volumes de production (14 millions de bouteilles pro- duites annuellement) sont sans commune mesure avec, par exemple, une production bordelaise qui frise les 850 millions de cols. La consommation nationale, en revanche, a doublé, passant de trois à sept litres par habitant (nous en sommes à 22 litres chez nous), et pas seulement du vin de messe!
Cinq régions viticoles
Pour l’essentiel, cinq régions se distinguent: la Galilée (Galil), au nord du pays, à la frontière libanaise et dans les hauts plateaux du Golan; la Samarie (Shomron), sur la côte au sud de Haïfa; les collines de Judée, à l’ouest de Jérusalem; Samson (Shimshon), plus à l’ouest de celles-ci; enfin, en climat subdésertique, Néguev, tout au sud.
Les cépages carignans, grenaches, alicantes Bouschet et muscats d’Alexandrie, naturellement à l’aise dans les conditions souvent arides du pays, côtoient cabernets sauvignons, merlots, petits verdots, caber- nets francs, rieslings, chardonnays et autres sauvignons blancs traités aux petits oignons par des établissements de moyenne et petite taille tels Castel et Flam, Margalit, Yatir ou encore, en plus imposants, Carmel et Barkan.
Il ne faudra pas s’attendre à percevoir en dégustation ce découpé précis sur le plan aromatique des caractéristiques inhérentes aux vins cultivés à la limite septentrionale de la vigne. Non. Les robes sont riches et profondes, les parfums souvent capiteux mais très suggestifs, mêlant l’épicé au minéral, avec ce trait exotique qui favorise immédiatement la fusion avec la finesse souvent troublante des mets de la région. Une poignée seulement de vins israéliens sont offerts à la SAQ, mais ils sont de bon niveau tout en étant représentatifs de la révolution qualitative qui a lieu actuellement sur place. Je me suis prêté pour vous au jeu de la dégustation. Petit conseil, servez les rouges autour de 15°C, histoire de les aviver un peu.
Au choix
Chardonnay 2010, Samson, Ella Valley Vineyards (24,10$ - 10700561): Un petit miracle de fraîcheur et de précision, à la fois au nez comme en bouche. Le fruité y est lumineux, à peine caressé par le boisé qui le porte en finesse, avec ce petit côté fluide et salin qui maintient le palais avec agilité et longueur. Du niveau d’un beau Mâcon. (5)
Silver 2010, Late Harvest Riesling, Teperberg (20,80$ les 500ml -11375713): Ne cherchez pas l’extrême finesse des allemands et alsaciens, mais ce riesling sait tout de même jouer sur les contrastes sucre/acidité pour exalter un fruité bien net, sans bavures. Il y a du gras, de la richesse, une touche de miel et de pomme au four qui invite justement à la tarte des sœurs Tatin. Belle affaire à ce prix (5 +)
Syrah 2009, Yarden, Hauteurs du Golan, Galilée (28,95$ - 11616097): Franchement aromatique et savoureuse à souhait, cette cuvée dessine un pourtour fruité impeccable, d’une lisibilité parfaite. Tonus, matière, surtout de beaux tanins expressifs qui se mâchent et se mâchent longuement. Un régal (5 +)
Merlot 2007, Samson, Ella Valley Vineyards (31,75$ - 11386711) : Grosse, très grosse pointure ici ! Un merlot qui cumule les épaisseurs et sait s’habiller chaudement, avec une étoffe serrée, fraîche et bien tendue. Un rouge sec profond, corsé, capiteux, voire alcooleux sans être toutefois chauffant en finale. Long et affirmé. (5 +)
Meritage 2010, Teperberg, Shomron (25,30$ - 11607385): Cet assemblage bordelais élaboré par la famille Teperberg offre un registre épicé surprenant. Le fruité y côtoie des notes de cèdre et de menthe sur une trame tannique serrée, arrondie par la texture moelleuse de l’alcool. C’est riche, plein, de belle facture (5 +)
Mount Hermon 2011, Yarden, Hauteur du Golan, Gali- lée (18,60$ - 10236682): La dominante de cabernet sauvignon joue dans les tonalités hautes avec ce rouge vivace, épicé et capiteux, lisse de toutes aspérités. Un rouge chaleureux qu’il faudra rafraîchir pour aviver plus encore son expression fruitée (5)
Collaborateur
Cette terre d’Israël était-elle destinée à produire un vin de qualité? Certes, il y a eu l’occupation musulmane (636 de notre ère), visiblement allergique aux miracles, même liquides, puis au retour des croisés (entre 1100 et 1300), qui remettent en selle la viticulture, et, bien avant, l’exil des Juifs qui stoppe toute activité. Mais constatons que le potentiel est là. D’autant qu’avec des hivers pluvieux et des étés très secs, les vignerons israéliens savent redoubler d’ingéniosité pour planter là où il faut planter, à savoir en altitude, sur des sols volcaniques où l’irrigation demeure toutefois nécessaire.
Une petite révolution est d’ailleurs en cours depuis une vingtaine d’années avec un choix pointu de porte-greffes, de techniques au vignoble (non-effeuillage, entre autres, pour protéger celui-ci du soleil) comme au chai (refroidissement de la vendange), même si les volumes de production (14 millions de bouteilles pro- duites annuellement) sont sans commune mesure avec, par exemple, une production bordelaise qui frise les 850 millions de cols. La consommation nationale, en revanche, a doublé, passant de trois à sept litres par habitant (nous en sommes à 22 litres chez nous), et pas seulement du vin de messe!
Cinq régions viticoles
Pour l’essentiel, cinq régions se distinguent: la Galilée (Galil), au nord du pays, à la frontière libanaise et dans les hauts plateaux du Golan; la Samarie (Shomron), sur la côte au sud de Haïfa; les collines de Judée, à l’ouest de Jérusalem; Samson (Shimshon), plus à l’ouest de celles-ci; enfin, en climat subdésertique, Néguev, tout au sud.
Les cépages carignans, grenaches, alicantes Bouschet et muscats d’Alexandrie, naturellement à l’aise dans les conditions souvent arides du pays, côtoient cabernets sauvignons, merlots, petits verdots, caber- nets francs, rieslings, chardonnays et autres sauvignons blancs traités aux petits oignons par des établissements de moyenne et petite taille tels Castel et Flam, Margalit, Yatir ou encore, en plus imposants, Carmel et Barkan.
Il ne faudra pas s’attendre à percevoir en dégustation ce découpé précis sur le plan aromatique des caractéristiques inhérentes aux vins cultivés à la limite septentrionale de la vigne. Non. Les robes sont riches et profondes, les parfums souvent capiteux mais très suggestifs, mêlant l’épicé au minéral, avec ce trait exotique qui favorise immédiatement la fusion avec la finesse souvent troublante des mets de la région. Une poignée seulement de vins israéliens sont offerts à la SAQ, mais ils sont de bon niveau tout en étant représentatifs de la révolution qualitative qui a lieu actuellement sur place. Je me suis prêté pour vous au jeu de la dégustation. Petit conseil, servez les rouges autour de 15°C, histoire de les aviver un peu.
Au choix
Chardonnay 2010, Samson, Ella Valley Vineyards (24,10$ - 10700561): Un petit miracle de fraîcheur et de précision, à la fois au nez comme en bouche. Le fruité y est lumineux, à peine caressé par le boisé qui le porte en finesse, avec ce petit côté fluide et salin qui maintient le palais avec agilité et longueur. Du niveau d’un beau Mâcon. (5)
Silver 2010, Late Harvest Riesling, Teperberg (20,80$ les 500ml -11375713): Ne cherchez pas l’extrême finesse des allemands et alsaciens, mais ce riesling sait tout de même jouer sur les contrastes sucre/acidité pour exalter un fruité bien net, sans bavures. Il y a du gras, de la richesse, une touche de miel et de pomme au four qui invite justement à la tarte des sœurs Tatin. Belle affaire à ce prix (5 +)
Syrah 2009, Yarden, Hauteurs du Golan, Galilée (28,95$ - 11616097): Franchement aromatique et savoureuse à souhait, cette cuvée dessine un pourtour fruité impeccable, d’une lisibilité parfaite. Tonus, matière, surtout de beaux tanins expressifs qui se mâchent et se mâchent longuement. Un régal (5 +)
Merlot 2007, Samson, Ella Valley Vineyards (31,75$ - 11386711) : Grosse, très grosse pointure ici ! Un merlot qui cumule les épaisseurs et sait s’habiller chaudement, avec une étoffe serrée, fraîche et bien tendue. Un rouge sec profond, corsé, capiteux, voire alcooleux sans être toutefois chauffant en finale. Long et affirmé. (5 +)
Meritage 2010, Teperberg, Shomron (25,30$ - 11607385): Cet assemblage bordelais élaboré par la famille Teperberg offre un registre épicé surprenant. Le fruité y côtoie des notes de cèdre et de menthe sur une trame tannique serrée, arrondie par la texture moelleuse de l’alcool. C’est riche, plein, de belle facture (5 +)
Mount Hermon 2011, Yarden, Hauteur du Golan, Gali- lée (18,60$ - 10236682): La dominante de cabernet sauvignon joue dans les tonalités hautes avec ce rouge vivace, épicé et capiteux, lisse de toutes aspérités. Un rouge chaleureux qu’il faudra rafraîchir pour aviver plus encore son expression fruitée (5)
Collaborateur







