Des vérités bonnes à dire, et à boire
Le mois de mars est sans doute morose, mais l’humeur des participants aux Amis du vin du Devoir, cette semaine, était inversement proportionnelle à la grisaille liée aux turpitudes ambiantes. Une thérapie de groupe à peu de frais, qui, par le jeu subtil du glissement progressif au plaisir, a permis une fois de plus à chacun de se mettre à nu devant neuf verres de vin tous aussi nus qu’un témoin devant la commission Charbonneau. Fait à noter : le vin le moins cher du lot, soit le N.A.R.I. 2010 de la maison Firriato, avec ses 13,95 $, a de loin remporté l’unanimité. Et cela, sans l’ombre du profil de l’identité des vins dégustés. Au moins, ici, la vérité… est dans le verre !
Chardonnay 2011, Liberty School, Central Coast, États-Unis (20,20 $ - 719443) : la pédale douce sur le boisé pour un blanc simple mais dont le charme, la rondeur mais aussi la vivacité ont été appréciés. Meilleur, à mon sens, sous la barre des 20 $, surtout avec une escalope de poulet panée au citron. (5) **1/2 Moyenne du groupe : HHH
Chardonnay 2009, Arbois, Marcel Cabelier, Jura, France (19,45 $ - 11194672) : la belle robe dorée annonce ces notes de pommes au four et de noisettes typiques de ces jurassiens nostalgiques des goûts de « jaune ». C’est bien sec, nerveux, sapide, gagnant en volume, pour terminer sur de fines nuances amères. La poule crème et morilles ? (5) *** Moyenne du groupe : ***
Bien-Venu in X-tremis 2011, Bret Brothers, Beaujolais, France (29,75 $ - 11904611) : il y a une espèce d’urgence fruitée ici, comme si les vieilles vignes maison démultipliaient leur savoir-être au profit d’une sagesse terrienne amplement assumée. Mélange de légèreté et de densité, de chair palpable, vivace, presque mordante. Un bio avant la lettre. (5 +) ***1/2 Moyenne du groupe : ***
Brouilly 2011, Château de Pierreux, Mommessin (20,15 $ - 107544421) : les proportions sont une fois de plus au rendez-vous, le fruité de belle densité, enrobé ce qu’il faut, avec de légers tanins pour affirmer le tout. Un chouïa plus austère que le 2010. (5) **1/2 Moyenne du groupe : **
N.A.R.I. 2010, Firriato, Sicile, Italie (13,95 $ - 11905809) : cet assemblage de nero d’avola et de petit verdot offre à prix modeste un voyage éclair dans le ventre chaud d’une Sicile évocatrice à souhait. Intensité, ferveur et poigne à peine astringente où origan, thym et olives noires séchées appellent à la rescousse la pizza aux anchois… Miam. (5) **1/2 Moyenne du groupe : ***1/2
Château la Tour de l’Évêque 2011, Côtes de Provence, France (19 $ - 440123) : trois bouteilles dégustées et le même sentiment que ce rouge n’est pas dans son assiette. L’ensemble est carré, avec un déséquilibre sur le plan alcool qui assèche un peu plus les tanins. Mauvaise passe ? Mme Sumeire nous a habitués à mieux ! À revoir. (5 +) **© Moyenne du groupe : **
Gigondas La Gille 2009, Perrin & Fils, Rhône, France (30,50 $ - 10267905) : qu’y a-t-il de plus festif qu’un beau grenache aromatique saisissant la taille fine d’une syrah décidée à le faire valser sans fin ? En tout cas, la fusion, le rythme, l’élégance du mouvement, la finale précise, à peine lascive, en témoignent ici. (5 +) ***1/2 © Moyenne du groupe : ***1/2
Vergelegen 2009, Afrique du Sud (20,10 $ - 10678472) : le caractère poivré et herbacé s’inscrit au nez comme en bouche comme la trame narrative de ce rouge raffermi à la fois par de fins tanins et une acidité qui le resserre jusqu’en finale. C’est ouvert, large, corsé, de belle longueur. Steak au poivre ? (5) *** Moyenne du groupe : ***
Muscat de Rivesaltes 2008, Vin Doux Naturel, Cazes, Roussillon, France (24,85 $ - 961805) : ce muscat est une référence. Il a de la lumière dans l’œil, de la vivacité d’esprit, une débordante imagination fruitée, un moelleux dont la douceur se sert habilement de l’acidité pour mieux illuminer les flaveurs. (5) ***1/2 Moyenne du groupe : entre ***1/2 et **** (!)
Domaine Fougeray de Beauclair
L’affaire familiale dispose de 18 hectares de vignoble en Bourgogne et de 15 autres hectares en Languedoc, ce qui fait que Patrice et Laurence Ollivier-Fougeray ont autant de pain sur la planche que de vin dans leur verre. Des vins logés sous les enseignes Bonnes Mares, Vosne Romanée et Gevrey-Chambertin, mais aussi du côté de Marsannay (Favières, St-Jacques…), de Fixin (Clos Marion) et autres Côtes de Nuits-Villages.
Patrice travaille en bio, ne manque pas de flair, s’ajuste sans cesse aux millésimes comme aux tâches sur le terrain et au chai, bref, il sait faire le vin. Un style sans esbroufe, précis, soucieux du terroir mais sachant aussi y insuffler une part de lyrisme. Cinq vins dégustés en sa présence — tous du splendide millésime 2010 — au chic restaurant Laloux, notamment sur une truite marinée, une mousse de foie de lapin et une caille rôtie.
Marsannay Les Aiges Pruniers (26,40 $ - 11890918) : un trio de parcelles pour un blanc sec brillant, vivace, détaillé, nourri par ses lies fines. Délicieux. (5 +) ***1/2 ©
Marsannay Les Favières (28,60 $ - 736314) : élevage en demi-muid (ici 500 litres) pour un rouge ferme, généreux, épicé, d’une sincère mâche fruitée. (5 +) *** ©
Marsannay Aux St-Jacques (37,25 $ - 917302) : plus large, plus dense, plus construit que le précédent, d’une parfaite lisibilité de fruit. (10 +) ***1/2 ©
Côtes de Nuits Villages (31 $ - 10865294) : en mi-coteaux du côté de Brochon, un rouge musculeux, dense, très frais, étoffé, long. (10 +) ***1/2 ©
Fixin Clos Marion (40 $ - 872952) : une parcelle précoce où le pinot fin (pas cloné) s’ouvre sur des tanins sphériques, parfumés, d’un charme fou. Féminin ? (10 +) ***1/2
Bonnes Mares 2011 (148 $ - 11942159) : de l’infanticide, surtout dégusté à ce stade, mais il y a là, déjà, la profondeur de ton, l’ampleur et les textures, avec de beaux tanins gras. (10 +) **** ©
Autre bourgogne dégusté hier soir : Bourgogne 2010 Cuvée Prestige, P. Charlopin (28,55 $ - 11494456) : je ne peux retenir mon enthousiasme et le partage, donc, avec vous. Ce pinot, c’est du tonnerre ! Pas donné, je sais, peu de disponibilités, hélas, aussi, mais il y a le volume, une exquise texture fruitée, un charme sans équivoque qui font de ce simple « régional » l’exemple type du beau bourgogne inspiré. Mes respects, M. Charlopin. (5) ***1/2
Jean Aubry est l’auteur du Guide Aubry 2013–Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $ et chroniqueur à l’émission Ça commence bien ! sur les ondes de V tous les vendredis.








