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    Nebbiolo à la carte

    16 novembre 2012 |Jean Aubry | Vin
    Un vignoble piémontais
    Photo: Jean Aubry Un vignoble piémontais
    Un cépage, un vrai, de ceux qui en imposent le plus naturellement du mon de. Un cépage qui n’a de comp tes à rendre à personne, seul, sur son trône septentrional, contemplant avec une suffisance assumée tout ce Sud italien qui, lui, sans être tout à fait étranger, est du moins incontestablement roturier.

    Nebbiolo, capricieux comme un pinot noir, le charme en moins. Nebbiolo, capteur de terroir comme l’est un riesling, un chenin blanc ou, encore une fois, un pinot noir bien né, interprète aussi subtil que polyglotte de climats, parcelles et autres lieux-dits qu’une pente, une exposition ou une variable pédologique rend plus disert encore.


    Nebbiolo enfin, pas du tout petit-vin-de-soif-gouleyant-qui-fait-roucouler-les-foules, car bien au-delà de la mêlée des branchitudes bon chic bon genre en raison d’une pugnacité qui coupe court à toute discussion.


    C’est qu’il revient de loin, le nebbiolo. À se mesurer à sa majestueuse trame tannique doublée d’astringence, on se surprend toujours de le voir surgir de ces collines rondes et sensuelles ronronnant du feuillage sur les contreforts des Alpes, comme s’il tenait à revendiquer sa place parmi les grands de ce monde. Dans les faits, peu de ses collègues peuvent lui tenir tête, ne serait-ce que sur sa capacité à se bonifier royalement en bouteille.


    Surtout s’il tire son fruité des terroirs de Barolo ou de Barbaresco. On peut alors le choisir à la carte ; plus intransigeant, plus austère et téméraire du côté de la première appellation, plus « délicat », voire « féminin », aristocratique et raffiné en raison de sols plus calcaire pour la seconde. Mais là encore, il aime confondre et brasser les cartes !

     

    Produttori del Barbaresco


    Cave coopérative fondée en 1958 par des moines avisés (l’illumination par le nebbiolo ?), forte aujourd’hui de ses 52 vignerons partenaires portant la totalité de leur production de nebbiolo à la cave située à Barbaresco même, Produttori del Barbaresco offre à sa façon ce grand cépage à la carte par l’entremise de neuf vignobles bien identifiés qui font aussi office de crus particulièrement évocateurs.


    Pour la petite histoire, notons qu’en 1950, 90 % de la production de Barbaresco est raflée par le négoce alors que la proportion est aujourd’hui inversée. La cave adopte pour sa part la mise en bouteille sur place en 1961, suivie de près en 1967 par Angelo Gaja, véritable locomotive qui fera alors rayonner l’appellation aux quatre coins du globe.


    Ce sont 100 hectares de nebbiolo (sur les 700 de l’appellation) dont dispose aujourd’hui la coopérative. Sans vouloir froisser le moindrement votre susceptibilité, j’étais cette semaine invité à déguster huit vins de cette remarquable coopérative au Toqué !, sur une gigue de cerf sauce à l’anis dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle a flatté la bête nebbiolo dans le sens du poil. Le risotto copeaux de truffes est pas mal non plus, mais je ne voudrais pas abuser de vos réflexes pavloviens !


    Langhe Nebbiolo 2010 (22 $ - 11383617) : le cadet ou, si l’on veut, un mini-barbaresco en puissance, discret mais avec excellente tenue. Corps et maturité. (5) *** ©


    Barbaresco 2007 (35,50 $ - 108581820 : millésime précoce et chaud, dans l’esprit d’un 2011 mais pas d’un 2010 en légère sous-maturité, ce rouge parfumé, harmonieux et très classique a du « fond » et un bon volume. Belle initiation au vin de l’appellation. (5 +) ***1/2 ©


    Barbaresco Riserva « Pora » 2007 (49 $ - 11214469) : à proximité du fleuve Tanaro, à même les terroirs de truffes, un rouge accessible possédant épaisseur de fruit et excellente tenue. Sexy ! (5 +) ***1/2 ©


    Barbaresco Riserva « Rio Sordo » 2007 (49 $ -11725470) : exposition sud-ouest et sols calcaires suggérant finesse, charme, élégance mais aussi, derrière, plénitude et resserrement tannique. Remarquable texture. (10 +) ***1/2 ©


    Barbaresco Riserva « Asili » 2007 (49,75 $ - 11601531) : dans la foulée du Pora mais avec plus de sérieux, de race aussi. Grain fruité compact, légère austérité, grande fraîcheur, longue finale. Classique. (10 +) **** ©


    Barbaresco Riserva « Pajè » 2007 (49,75 $ - 11601557) : éclat et luminosité, vivacité et précision liées aux calcaires locaux, élégance mais aussi sève riche sur approche sphérique. Ouf ! (10 +) **** ©


    Barbaresco Riserva « Ovello » 2007 (49 $ - 11214469) : le plus septentrional des crus, tanins bien serrés (sols argileux), force tranquille, autorité et diplomatie, race et longueur. Grand seigneur. (10 +) **** ©


    Barbaresco Riserva « Montestefano » 2007 (49 $ - 11262647) : dans la foulée de l’Ovello avec ses tanins mûrs, abondants, intégrés, d’une mâche redoutable, façon Barolo ou façon James « Daniel Craig » Bond. À vous de voir.

     

    Nouveau, le vin


    Saccharomyces cerevisiae et autres levures susceptibles de se régaler des sucres contenus dans le raisin pour les transformer en alcool, en gaz carbonique et autres dérivés ont cessé, du moins dans l’hémisphère nord, de batifoler dans les cuves. Elles ont tout donné. Épuisées comme Barack Obama au dévoilement du dernier scrutin.


    Chant du cygne pour les levures, oui, mais pas pour les hommes qui chantent déjà haut et fort l’ivresse douce mais sincère du petit nouveau 2012. Les choix du Devoir de l’offre proposée cette année par la SAQ ? Ce Sangiovese Novello 2012 de Botter (10,95 $ - 10479166) pour l’expression fruitée simple et aromatique, et le Beaujolais Nouveau Mommessin 2012 (15,95 $ - 10704247), même si, dans l’ensemble, les gamays de France semblent étriqués, légèrement déficitaires sur le plan fruité dans ce millésime.


    ***
     

    Jean Aubry est l’auteur du Guide Aubry 2013 -Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $ et chroniqueur à l’émission Ça commence bien ! sur les ondes de V tous les vendredis.

     

    jean@guide-aubry.com

     
     
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