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    Des scotchs qui scotchent

    2 novembre 2012 |Jean Aubry | Vin
    Un véritable pacte avec le diable lui-même, tant l’invitation séduit !
    Photo: Jean Aubry Un véritable pacte avec le diable lui-même, tant l’invitation séduit !
    Scotch. Le mot seul suffit à instiller une atmosphère, un mélange de vapeur, de brume et de mystère s’alambiquant à même les feux savants allumés par l’homme pour mieux distiller sa virilité, quand ce n’est pas pour se mesurer à Dieu lui-même.

    Scotch, eau-de-vie terriblement écossaise dans cette façon de dire cru, d’écarter les mauviettes, d’aller au front et de regarder le vertige dans le blanc des yeux. Scotch, né du distillat de grains, de levures et d’eau vierge, farouchement insulaire, pourtant si rassembleur quand vient le temps d’explorer les meilleures intentions du monde. Scotch, enfin, si singulier quand il décline au pluriel ses personnalités multiples, l’air de dire : « Vous prendrez bien un scotch ? »


    Eh bien, prenons-le, ce scotch, cette semaine ! Plus délinquant qu’un cognac drapé de velours, plus effronté qu’une vodka figée dans ses escarpins, mais nettement moins sensuel qu’un rhum ondulant des hanches pour bien marquer le tempo, le scotch agace, titille, provoque et rage, mais veille au grain de ne pas vous perdre en cours de route.


    Qu’il soit de type blended scotch whisky (97 % des ventes mondiales et fruit de l’assemblage de 15 à 40 whiskies différents issus d’autant de distilleries à partir de céréales non maltées — maïs, seigle — et d’orge — malté), de type single ou pure malt whisky (assemblage de malts purs d’âges différents mais issus d’une seule distillerie, à partir d’orge malté exclusivement), le célèbre distillat s’affiche aujourd’hui là où bobos et autres hipsters à peine décalés aiment à s’enflammer la glotte.


    Un bon scotch ? C’est celui que vous aimez ! Selon le genre d’élevage utilisé (fûts ayant préalablement été « éduqués » par le xérès, le rhum ou le porto), les chauffes plus ou moins fortes, l’infusion aromatique plus ou moins prononcée de tourbes (peat) et son corollaire plus ou moins fumé, l’emplacement géographique de la distillerie et le type d’alambic utilisé, tout comme l’équilibre atteint des eaux-de-vie à la suite du vieillissement, participent à l’unicité du scotch.


    Notons enfin que l’âge mentionné sur l’étiquette correspond à celui de l’eau-de-vie la plus jeune entrant dans la composition du produit. J’ai enflammé ma glotte pour vous, avec quatre maisons. Troublant, pour ne pas dire scotchant. Attachez votre tuque !


    Springbank, Campbeltown Single Malt


    Un scotch pour l’esthète qui se soigne.


    10 ans (81 $ - 11590261 -à venir): une invitation gracieuse, fine et florale agissant en douceur sans pour autant glisser vers la facilité. Il y a tenue, réserve, force discrète ici. Scotch de jour.


    12 ans Cask Strength (98 $ - 11590270): la puissance sait ici se faire sage au nez, même si la bouche pousse la densité de son moelleux vers des sommets d’expression. Nuances complexes, fruitées, caramélisées, peu tourbées, longues, presque huileuses.


    15 ans (123,75 $ - 11590296): étonnamment aérien avec ses notes de miel de bruyère, ses flaveurs tendres, « serrantes » et fines, cette expansion verticale libre et suggestive, doucement sucrée au final. Féminin.


    18 ans (177 $ - 11590309): profondeur immédiate mais sous le couvert de la sobriété, une certaine plénitude qui invite au rêve feutré, le tout s’ouvrant sur une bouche grasse et bien liée, ferme tout de même derrière son gant de velours. Princier.
     

     

    The Glendronach, Highland Single Malt


    Un scotch pour l’électeur états-unien indécis.


    12 ans Original (58,50 $ - 10784099): la touche xérès épice, avive et caresse une eau-de-vie rieuse et gourmande, accessible, parfaitement assumée. Une initiation en douceur.


    14 ans Virgin Oak Finish (89 $ - 11543748): on troque ici la subtilité pour le charme immédiat suggéré par une futaille américaine aussi juvénile qu’elle explose sur le plan de l’exotisme. Le scotch que s’enfilera Mitt Romney le soir de sa défaite… ou de sa victoire.


    15 ans Revival (92,25 $ - 11367983): le xérès de type oloroso imprime déjà une robe que viennent confirmer sur le plan olfactif et gustatif des tonalités riches, amples, épicées, diablement savoureuses. Assez fort pour un homme mais conçu pour la femme qui s’assume.


    18 ans Allardice (143 $ - 11484995): couleur, corps, richesse, avec cette invitation de pomme caramélisée sur fond de cannelle et de gingembre frais. Un scotch qui vous dit ce que vous voulez entendre, à la fois diplomate et rassurant.
     


    Benriach, Speyside Single Malt


    Un scotch pour l’amateur d’exotisme raffiné.


    10 ans, Curiositas (63,75 $ - 10652547): les fines nuances tourbées savent ici aussi laisser la part belle aux frivolités florales, grillées, presque médicinales. C’est pointu, tendu comme un arc dont la flèche va droit au coeur.


    12 ans, Arumaticus Fumosus (72,25 $ - 11092473): infusez délicatement une notion de tourbe et de fumée à la trame doucereuse et ensoleillée d’un rhum qui sourit de toutes ses dents et vous avez là un scotch taillé pour faire revivre au coeur de l’hiver ces torrides nuits estivales passées.


    12 ans, Horizons (111 $ - 11607924): une triple distillation pour l’esprit, un passage en petit fût de bourbon puis de xérès pour l’habillage, dans un assemblage qui table sur l’intensité, le détail et une maîtrise d’exécution enviable. Rien à voir avec le précédent.


    15 ans, Tawny Port Wood Finish (88,75 $ - 11092457): l’intention est manifeste, l’enjeu bien défini, le mobile transparent. L’amateur de porto tawny y trouvera assurément son compte, bien que tout soit bien sec ici. C’est ample, puissant, invitant, long en bouche.


    15 ans, Dark Rum (90 $ - 11543676): un scotch qui flirte avec un bouquet d’huiles essentielles, à la fois tonique, enrobé, persistant, comme envoûté sous l’emprise sombre d’une manifestation vaudou.
     

     

    Ardbeg, Islay Single Malt


    Un scotch pour puristes finis.


    Blasda (136 $ - 11661710): une initiation à la tourbe, mais déjà avec toute l’éloquence fumée disponible, sur un mode mineur seulement. Intense, parfumé, parfaitement sec, tracé comme une comète.


    10 ans (91 $ - 560474): le préféré de la gamme pour amateurs consentants. Flaveurs larges, abyssales, soutenues, iodées et tranchantes. Palais sensibles, s’abstenir !


    Uigeadail (147,25 $ - 11156318): une autre dimension tourbée, puissante, épicée, avec cette insistance fumée qui décuple la subtilité des malts. Grand seigneur.


    Corryvreckan (162 $ - 11661728): un mystère de complexité concentré sur une bouche d’une amplitude inouïe. Un véritable pacte avec le diable lui-même, tant l’invitation séduit !
     


    5e Salon des vins d’importation privée


    Les vins d’importation privée vous intriguent ? Rendez-vous samedi et dimanche au Marché Bonsecours de Montréal, et le 6 novembre à l’Espace Dalhousie de Québec pour rencontrer plus de 150 vignerons venus pour l’occasion vous faire déguster plus de 1000 vins non disponibles sur les tablettes de la SAQ.


    ***
     

    Jean Aubry est l’auteur du Guide Aubry 2013 -Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $ et chroniqueur à l’émission Ça commence bien ! sur les ondes de V tous les vendredis.


    jean@guide-aubry.com

     
     
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