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    La mémoire du vin

    Saint-Mont est une terre d'histoire

    20 octobre 2012 |Assïa Kettani | Vin
    Photo: Alain Alquier
    L’histoire de Saint-Mont, cette région du Sud-Ouest de la France, est indissociable de celle de son vin. Bien avant le développement de la viticulture, cette région a été le berceau naturel de nombreux cépages : « Ce ne sont pas les Romains qui ont amené la vigne. Nos vignes sont indigènes et étaient ici bien avant », précise André Dubosc. C’est de cette région que proviennent les cépages les plus primitifs de la France : « Alors que le climat de l’autre côté des Pyrénées est très sec, il y a, de ce côté-ci des montagnes, des bois, de l’eau et de la chaleur. Il s’est développé des vignes sauvages, des lianes qui produisaient peu de mauvais raisins. C’est à partir de ces vignes primitives que la viticulture s’est développée plus tard. »

    Dès 1050


    Au XIe siècle, les moines bénédictins du monastère de Saint-Mont ont donné l’impulsion d’une viticulture qui allait marquer l’histoire de la région : en 1050, les premières vignes y furent plantées. « Les moines ont été les révélateurs de la possibilité de nos vins, explique André Dubosc. Ils ont su développer la vinification et l’améliorer considérablement. »


    Dès lors, la région a rayonné par son vin : maintenue jusqu’au XIXe siècle, la viticulture a donné lieu à un commerce florissant qui rayonnait jusqu’aux confins de l’Europe. Exportées en Angleterre et en Irlande, en Belgique et dans le nord de la France, les bouteilles se vendaient « douze fois le prix du vin de table », se plaît à rappeler André Dubosc.


    La région bénéficie à ce titre d’une situation géographique idéale, puisqu’elle est située au croisement des deux principaux chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle et que la présence de l’Adour permettait l’exportation du vin par les voies maritimes. « On l’oublie souvent, mais, jusqu’au milieu du XXe siècle, les voies maritimes étaient les plus utilisées pour le commerce du vin. Dès 1795, les habitants de la région ont ainsi créé des canaux pour domestiquer notre torrent et exporter nos vins. Les bouteilles partaient par bateaux entiers. » Aujourd’hui, alors que la production viticole de la région s’élève à 6,8 millions de bouteilles, nous sommes encore loin d’un âge d’or où le vin était produit en quantité « dix fois plus importante. Le port de Bayonne garde énormément de traces de ces vignobles », rappelle André Dubosc.


    Au fil des siècles, le commerce du vin a ainsi construit un héritage et façonné la région. « C’est par l’exportation de nos vins que se sont développées une richesse et une culture très importantes. Cela a donné lieu à des bâtis sur nos collines, à de nombreux petits châteaux et maisons de maître, qui sont aujourd’hui devenus des chambres d’hôtes ou des hangars. »


    Le commerce vinicole s’effondre lorsque la région de Bordeaux étend sa domination sur le marché français. La viticulture de la région périclite, mais pas la fierté de ses irréductibles Gascons : il ne restera qu’une viticulture de passionnés, simple production de consommation courante, à l’abri des grands circuits commerciaux. « Il y a eu des marginaux qui ont refusé la modernité, qui étaient trop attachés aux traditions et qui conservaient sous leurs escaliers, dans leurs caves, des bouteilles pour leur consommation courante ». Mais, souligne André Dubosc, même si cette production marginale n’était plus rentable, ces usages ont maintenu « une histoire vivante ».


    Prestige retrouvé


    Il a fallu la volonté et la vision d’une poignée de connaisseurs nostalgiques pour relancer la machine. En 1972, grâce à ces bouteilles, André Dubosc a ainsi entrepris de remettre en marche l’appellation saint mont et de lui rendre le prestige qu’elle avait perdu. La création de Plaimont Producteurs a ainsi amorcé le formidable virage de ce vignoble condamné à l’oubli mais aujourd’hui de nouveau reconnu, qui a repris sa place entre les cultures variées de maïs hybride et de blés sélectionnés, mais aussi l’élevage de canards, d’oies, de boeufs et de porcs. « Nous avons décidé de rompre avec cette agriculture de consommation et de remettre en place la viticulture qualitative. Nous voulions refaire ce que l’histoire nous a appris. Ç’a pris quelques années, mais nous en sommes aujourd’hui très heureux. »


    En privilégiant des cépages locaux ancestraux, comme le tannat, le pinenc ou l’arrufiac, entretenus manuellement, ces viticulteurs ont ainsi fait le choix de préserver un héritage végétal et de rester fidèles à une histoire viticole qui a façonné la région pendant un millénaire. « Des mousquetaires qui peuplaient la région, nous avons gardé le caractère rebelle, s’amuse à souligner André Dubosc. Nous avons voulu prouver qu’il était possible de redonner confiance et de réorienter notre viticulture, d’en reprendre les rênes et de refaire naître notre économie. Aujourd’hui, nous exportons près de 40 % de notre vin un peu partout dans le monde. »


    Saint-Mont se souvient


    Dans cette région si riche d’histoire, haut lieu d’une architecture médiévale jalonnée d’innombrables églises, châteaux, monuments et villages pittoresques, le mot d’ordre est la mémoire.


    Une fois par an, le village de Saint-Mont célèbre ainsi son histoire en se remettant à l’heure médiévale, en costumes et trompettes, pour jouer la reconstitution symbolique de la mise en perce du vin. Une célébration annuelle qui rappelle à quel point la région rayonne quelque part entre héritage et modernité, à l’image de ces viticulteurs gascons coiffés d’un béret qui ont rêvé de conquérir l’Amérique : « Il faut garder le béret mais enlever les sabots, puisqu’il faut voyager ! », lance André Dubosc, qui voit aujourd’hui avec fierté les nouvelles générations de viticulteurs reprendre la direction d’une production en plein essor.

     

    Dans la région du vignoble de Saint-Mont, sur les coteaux du piémont nord de la chaîne des Pyrénées, une parcelle de 600 pieds de vigne a été classée monument historique : il s’agit de la première fois en France, et peut-être même dans le monde, qu’une telle distinction est décernée à un végétal. Figurant parmi les plus vieilles vignes de la France et ayant survécu à l’hécatombe phylloxérique qui a décimé les vignes françaises au XIXe siècle, ces vignes ancestrales témoignent, selon André Dubosc, le viticulteur et fondateur de Plaimont Producteurs, « de l’histoire de notre viticulture ».


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