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À Sarragachies - Une vigne classée monument historique

Elle aurait été plantée sous le règne de Napoléon III...

20 octobre 2012 | Hélène Roulot-Ganzmann | Vin
Olivier Yobrégat appelle affectueusement «notre vigne» cet ensemble de ceps de la famille Pédebernade.
Photo : Appellation Saint-Mont Olivier Yobrégat appelle affectueusement «notre vigne» cet ensemble de ceps de la famille Pédebernade.
Ce qu’Olivier Yobrégat appelle affectueusement « notre vigne » appartient en fait à la famille Pédebernade depuis plusieurs générations et se situe dans la commune de Sarragachies, dans le département du Gers, au coeur de l’appellation saint mont. Sur 20 ares, 600 pieds de vigne environ… et 23 cépages distincts ! « Depuis les années 70, nous avons identifié cette parcelle, nous avons commencé à prospecter et nous nous doutions qu’elle recelait des ressources génétiques exceptionnelles, poursuit M. Yobrégat. Les tests d’ADN réalisés récemment nous en ont apporté la preuve et elle s’est révélée être encore plus riche que ce à quoi nous nous attendions. D’autant que sept cépages étaient jusque-là inconnus. »

Inconnus. Ce qui signifie qu’ils ne faisaient partie d’aucune des collections nationales ou régionales censées répertorier tous les cépages présents en France, voire dans le monde. Ce qui signifie qu’ils avaient disparu et que plus personne ne soupçonnait leur existence. Pas référencés, pas analysés, ils ne portaient même pas de nom. Comme ce cépage inconnu n° 4… qui ne compte qu’un seul pied. Sans doute le seul de son espèce tout autour de la planète ! Et s’il n’y avait que ça…


Une vigne exceptionnelle!


Cette vigne est exceptionnelle par bien d’autres aspects, principalement en raison du fait qu’elle a traversé la crise du phylloxéra sans encombres. Il suffit d’y jeter un coup d’oeil pour se rendre compte de la hauteur particulière des pieds. « C’est un système de culture en hautain, explique Olivier Yobrégat. En gros, le départ de la végétation se situe au niveau des têtes. Ça limitait sans doute les risques de gelée, c’était également plus facile pour les vendanges puisque les raisins sont à hauteur d’homme. Autre particularité : les pieds ne sont pas greffés comme c’est l’usage maintenant, ils sont plantés directement dans le sol, deux par deux, adossés à un piquet… Et ils ne sont pas franchement alignés. Après le phylloxéra, quand les viticulteurs ont replanté, ils ont rationalisé, ils ont fait en sorte de pouvoir faire passer un cheval pour permettre la mécanisation de la production. Cette vigne-là n’est absolument pas mécanisable, tout doit être fait à la main… Elle n’est absolument pas rentable. Mais elle est historiquement exceptionnelle. »


Historiquement, et c’est assez pour que la Commission régionale du patrimoine et des sites acceptent de la classer… mais pas d’un point de vue gustatif ! Avec ses 23 cépages distincts, impossible d’en faire une cuvée valorisable, et le raisin est donc vendu à la cave coopérative de Plaimont, qui regroupe la majorité des viticulteurs de l’appellation saint mont, afin d’être assemblé.


Terre de tannat


Parmi ces 23 cépages, l’un d’entre eux est cependant largement dominant, le tannat, cépage roi du Madiran, également utilisé dans le Cahors. Cépage ancestral dans toute cette zone pyrénéenne. « L’ossature de la parcelle, c’est en majorité de vieux tannats, de très vieux tannats même, avec des troncs magnifiques. Et puis, on trouve de temps en temps d’autres cépages. Des très connus et très répandus comme le fer servadou, des inconnus et des anecdotiques, typiques de cette microrégion. Ce qui est étonnant également, c’est la diversité qu’on trouve à l’intérieur d’un même cépage. On a des tannats qui ont des feuilles plus découpées que la majorité des tannats, des fers servadous avec des grappes relativement


Mais pourquoi autant de diversité dans une si petite parcelle quand, ailleurs, les milliers d’hectares de terroir de la Bourgogne sont plantés de deux cépages, le pinot noir pour ses vins rouges, le chardonnay pour ses blancs ? Le phylloxéra, toujours et encore. Parce que toutes les régions viticoles avaient tendance à être plus diversifiées et que c’est lorsqu’elles ont replanté qu’elles ont eu tendance à se spécialiser dans un ou quelques cépages. La famille Pédebernade n’a pas eu à se poser de questions. « Même avant le phylloxéra, il était rare de trouver une telle variété, nuance Olivier Obrégat. Mais, en mélangeant, on était toujours sûr qu’il y aurait au moins un cépage qui produirait. On n’avait pas non plus les mêmes critères de qualité : aujourd’hui, on recherche une homogénéité pour optimiser la maturité d’un cépage et la qualité d’un vin. Autrefois, on n’hésitait pas à mélanger les variétés. On réduisait l’acidité de la négrette en la mélangeant à un cépage blanc récolté tardivement. Parfois, c’était moins raisonné que ça… Quand une souche manquait, on la remplaçait par une bouture prise dans la vigne du voisin, parce qu’il avait un bon blanc… »


Autochtone, 38 fois!


La coopérative de Plaimont a planté une parcelle conservatoire, censée abriter tous les cépages autochtones de l’appellation de saint mont. Elle en compte 38. De son côté, Olivier Obrégat a fait le même travail pour toute la région du Sud-Ouest. Il en a référencé pas moins de 300, les plus connus étant le duras, le petit manseng, le tannat bien sûr, mais aussi le malbec, la négrette, le fer servadou. « Cette région est très ancienne en matière de circulation humaine, note-t-il. Nous sommes sur le chemin de Compostelle et il n’est pas anodin de noter que les vignobles se situent tous sur des noeuds de ce pèlerinage, avec généralement d’ailleurs une abbaye. C’est pourquoi on trouve des cépages qui viennent de l’Espagne comme le fer servadou, mais aussi du nord de l’Europe. N’oublions pas non plus que ce terroir abrite les vignobles parmi les plus anciens de l’Europe. On fait du vin à Gaillac depuis le IIe siècle avant J.-C. ! »


Et on continuera à en faire encore longtemps sur la parcelle désormais classée de Sarragachies, la vigne semblant en très grande forme. On ne connaît pas vraiment l’espérance de vie d’un vignoble, mais on sait que, quelque part en Slovénie, un pied aurait près de 400 ans… En attendant, dès cet été, de nombreux curieux sont venus voir de quoi tout ça a l’air. Pour le plus grand bonheur de M. Pédebernade père, 85 ans, pas peu fier de son terroir et d’être le miroir de ce qu’étaient les vignes autrefois.


Cent cinquante ans, rien de moins. Ce qui signifie qu’elle a purement et simplement résisté au cataclysme causé par le phylloxéra dans les années 1860 et 1870, lorsque ce petit insecte venu de l’Amérique du Nord ravagea presque toutes les vignes d’Europe. « Des ceps en provenance des États-Unis avaient été importés quelques années plus tôt, amenant avec eux ce petit puceron ravageur de vigne, explique Olivier Yobrégat, en charge du pôle Sud-Ouest à l’Institut français de la vigne et du vin (IFV). Notre vigne est l’une des rares à avoir survécu, parce que ses racines sont en sol sablonneux et que le phylloxéra ne peut pas s’y développer et finit par étouffer ! » Bienvenue à Sarragachies.


Collaboratrice

Olivier Yobrégat appelle affectueusement «notre vigne» cet ensemble de ceps de la famille Pédebernade.
 
 
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