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    Vins de Saint-Mont - De précieux pieds de vigne

    Au pied des Pyrénées, le souffle de l’Atlantique dans le cou, on cultive à Saint-Mont une vigne deux fois centenaire

    20 octobre 2012 | Michel Bélair | Vin
    Photo : P. Allard - René Pédebernade
    Éric Fitan l’admet : on connaît mal ici les vins du Sud-Ouest de la France et encore moins ceux de la région de Saint-Mont. Le président de la Section interprofessionnelle des vins de Saint-Mont avoue même que, « à l’exception des cahors, des madirans et de quelques jurançons, les vins du Sud-Ouest sont trop peu présents au Québec. Il est temps de les faire mieux connaître. »

    Vérification faite, on ne peut encore trouver qu’un seul vin de la région de Saint-Mont à la SAQ, un blanc : Les Vignes retrouvées. C’est peu, c’est le moins qu’on puisse dire ; dans les faits, cela représente de 5000 à 7000 bouteilles par année, alors que la région produit de nombreux vins de qualité. D’où cette campagne lancée par les vignerons du coin, les producteurs de Plaimont, qui sont persuadés que le marché québécois est mûr pour un type de vin différent. « Authentique », pour emprunter le vocabulaire d’Éric Fitan.


    Cépages et terroirs


    « Ce sont les cépages et les terroirs dans lesquels ils sont implantés qui donnent leur caractère unique à nos vins, explique-t-il au téléphone avec un accent aussi chantant que le vent chaud du Sud-Ouest. Ils se dénotent par leur fraîcheur, autant en rouge et en rosé qu’en blanc. C’est que nous sommes à peine à 100 km de la côte atlantique et à 100 km également des hauts sommets des Pyrénées ; la vingtaine de cépages avec lesquels nous travaillons en témoignent tous d’une façon ou d’une autre. »


    C’est dire que les vignerons de Saint-Mont fabriquent des vins d’assemblage. « Pas de monocépage ici, reprend Éric Fitan ; traditionnellement, on a toujours assemblé nos vins avec les cépages locaux qui sont bien adaptés au climat. C’est un peu comme faire la cuisine ; les qualités de chacun des ingrédients composent la saveur finale du plat que l’on sert. Et puis, il y a aussi le fait que nos parcelles sont encore de petite taille, puisqu’elles ont résisté aux regroupements massifs des années 1980. Vous avez là tous les éléments qui expliquent la particularité et la différence des vins que nous fabriquons à Saint-Mont : du travail à la main de cépages locaux plantés sur de petites surfaces. » Les plus connus de ces cépages sont le gros manseng et le petit manseng, l’ugny, le tannat de même que le braucol, qui porte aussi, selon les communes où on le cultive, les noms de pinenc, fer servadou ou mansoï.


    C’est cependant un cépage non encore agréé et qui porte le nom du propriétaire de la parcelle où il est cultivé - le pédebernade #5 - qui vient tout à coup de faire apparaître la région de Saint-Mont sur le radar des amateurs de vin et d’histoire. Éric Fitan raconte, un indescriptible sourire accroché au détour du moindre mot…


    « Cet été, le 18 juin pour être plus précis, l’État français a reconnu comme monument historique la vigne cultivée depuis huit générations par la famille Pédebernade à Sarragachies, près de Saint-Mont. Pourquoi ? Eh bien, parce qu’on sait maintenant que cette vigne a au moins 190 ans et donc qu’elle a résisté à l’épidémie de phylloxéra qui a dévasté toutes les vignes d’Europe à la fin du XIXe siècle. C’est une vigne unique, une des seules connues qui ont survécu à la catastrophe. Un gisement génétique dont nous ne mesurons pas encore toute l’ampleur… »


    En pieds doubles


    Éric Fitan, qui est lui-même vigneron, se fait intarissable en parlant des 600 pieds de vieilles vignes des Pédebernade. Il explique d’abord le « miracle » par le fait que la vigne est plantée, tout près de la maison de la famille, dans une parcelle très sablonneuse qui a empêché le phylloxéra — un insecte qui se nourrit de la sève du plant — de se développer. René Pédebernade — qui a depuis longtemps cédé la culture de la vigne à son fils et à son petit-fils — confiait cet été aux journalistes que sa grand-mère lui disait que sa propre grand-mère avait toujours vu ces vignes « vieilles »…


    «C’est une vigne cultivée en pieds doubles selon la méthode ancestrale, explique Éric Fitan ; sur un carré, à tous les 2,25 m, on plante un piquet qui soutient un pied de vigne de chaque côté. C’est une technique propre à la région qui visait à faciliter le désherbage ; elle permettait de faire circuler un attelage de boeufs dans les allées… Dans cette fameuse parcelle, on retrouve une vingtaine de cépages locaux distincts plantés ensemble comme on le faisait alors. De plus, toutes les souches sont franches de pied, c’est-à-dire établies sur leurs propres racines, ce qui n’est plus possible aujourd’hui qu’en de très rares endroits. » Pour s’assurer de la survie de la parcelle, les producteurs de Plaimont versent une rémunération fixe aux Pédebernade pour qu’ils continuent de la cultiver.


    Ce qu’a voulu reconnaître l’État français, c’est en fait beaucoup plus qu’une vigne, souligne notre interlocuteur au bout de la ligne : c’est un morceau de patrimoine, une façon de faire depuis longtemps disparue qu’on a voulu mettre en relief. « Mais le plus beau, poursuit-il, tient au fait qu’on ne parvient pas à identifier sept de ces cépages, auxquels on a donné des numéros pour mieux les analyser. Et c’est donc le pédebernade #5, oui, qui apparaît le plus intéressant de ces cépages locaux ancestraux. »


    Des experts ont réussi à transplanter ailleurs, ex situ, ces sept ceps inconnus et à leur faire produire des raisins. Mais ce qui rend le #5 si intéressant, selon notre vigneron, c’est qu’on en tire un vin à fort caractère, épicé et à faible degré d’alcool, ce qui est devenu rare. On peut déjà anticiper des assemblages prometteurs et authentiques allant à contre-courant de ce vent de standardisation qui souffle un peu partout ailleurs.


    En terminant, Éric Fitan souligne qu’on peut désormais visiter la fameuse vigne des Pédebernade, mais surtout que la campagne de promotion autour des vins de Saint-Mont est le fruit d’une réflexion collective de toute la collectivité.


    « Tout le monde s’est engagé : les vignerons, les oenologues, les experts en marketing et en communication, sans oublier les commerciaux. Tous ensemble, nous avons voulu profiter de cet événement exceptionnel pour mettre en valeur nos vins, nos façons de faire et notre région. C’est le caractère authentique et unique de nos produits qui les rend si différents, et cela recoupe un besoin nouveau des consommateurs qu’on sent jusqu’ici. Mais, il faut l’admettre, ajoute-t-il en souriant du bout de la voix, il nous reste encore un joli travail à faire pour convaincre les Québécois. »


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