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Alléchante Alsace (1)

28 septembre 2012 | Jean Aubry | Vin
Le clan Barmès : un avenir brillant en perspective !
Photo : Jean Aubry Le clan Barmès : un avenir brillant en perspective !
Vous ne m’en voudrez pas de comparer l’Alsace à une femme. C’est tout de même moins ringard que de citer les propos grivois éructés par une bande d’ostréiculteurs barbouillés par quelques litres de sylvaner bien frais ! L’Alsace ? On croit la saisir, mais en réalité, c’est elle qui nous saisit. Subtil appel de l’intérieur, comme une résonance, écho végétal dont les racines minérales vous branchent directement sur une roche mère aussi spirituelle que nourricière. La sensibilité à fleur de peau. Et les parfums dans son sillage. Tous les parfums.

Que ce soit ceux du riesling, du pinot blanc, du pinot gris, du sylvaner, du muscat ou encore du gewurztraminer, la dame s’habille de blanc, qui constitue 90 % de sa garde-robe. Le reste va à un pinot noir pas du genre macho non plus, par sa robe diaphane et son sens inné de la séduction.


Corsetée entre les Vosges à l’ouest et la Forêt-noire à l’est sur quelque 120 km, la dame s’est vue, au fil du temps, ballottée entre deux amants pour n’être, au final, destinée qu’à l’un deux. La France d’avant 1870, mais annexée par l’Allemagne dès l’année suivante, puis reprise par la France en 1918, avant de retomber dans les bras de l’Allemagne en 1940. Elle rejoint enfin l’Appellation d’origine contrôlée (AOC) française en 1962, avant d’élire son premier grand cru en 1975 du nom de Schlossberg. Apparition enfin de l’AOC Crémant d’Alsace en 1976 (23 % de la production actuelle) et d’une nomenclature de lieux-dits communaux, sans oublier plus de 51 grands crus qui constituent 4 % de la production.


C’est dans ce contexte de grande luminosité (plus de 1800 heures annuelles) qu’elle se hâle le teint, juchant sur ses escarpins entre 200 et 400 mètres d’altitude pour mieux saisir ses rondeurs ondulantes entre plaine et coteaux. C’est que la femme est gracieuse, pour ne pas dire enviée, courtisée par plus de 4600 vignerons répartis sur quelque 15 600 hectares de vignoble taillés dans les plus beaux tissus de chlorophylle.


J’ai été invité par le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (CIVA) à me rendre sur place la semaine dernière, histoire de voir comment s’y prennent ces beaux Brummell vignerons pour faire la cour à la dame, entre Mulhouse au sud et Strasbourg au nord. Ma thématique ? Le royal riesling qui compte pour 22 % de la production et le fascinant gewurztraminer qui le seconde derrière avec 19 %. Pour tout vous dire, j’en suis encore tout chaviré.

 

Au royaume des blancs


Direction Wettolsheim, au Domaine Barmès Buecher. La famille Barmès - Geneviève, Sophie et Maxime - nous accueille avec le souvenir de François, le père, disparu l’année dernière lors d’un bête accident de vélo, mais laissant tout de même au fiston Maxime ses précieuses notes sur le travail de la vendange et de l’exercice de la biodynamie. Nous escaladons l’emblématique Hengst, grand cru très prisé exposé plein sud sur marne calcaire à 300 mètres d’altitude et dont la famille détient un hectare et demi. Sa dégustation à la cave s’avérera un moment rare. Le vin est multipiste, vibrant, très profond : il « défatigue » le palais au fur et à mesure, gravant pourtant sa signature profondément comme un tatouage sur un palais qui n’en demandait pas tant.


Suivront ce riesling Clos Sand, exemplaire de salinité en raison de son sol granitique, ce riesling Herrenweg, qui joue entre autorité et poésie, ou ce gewurztraminer G.C. Steingrübler, offrant volume, amplitude et finesse sur longue assise minérale.

 

Tout cela en « sec », contrariant tous les détracteurs pour qui les vins d’Alsace sont « sucrés » !


C’est sur le savoureux Crémant d’Alsace 2009 (22,50 $ - 10985851) que nous quittons le clan Barmès avec cette intuition qu’il y a ici un avenir brillant qui veille.


La route vers Niedermorschwihr, à la hauteur de Colmar, expose déjà les grands crus Brand, Florimont, mais surtout le très pentu Sommerberg où voisine la famille de Jean Boxler depuis le XVIIe siècle. Le vignoble sur assise granitique exposé plein sud, composé de riesling à 80 %, dessine déjà le profil d’un cru tracé comme un laser dont le faisceau s’élargit graduellement pour exploser littéralement en fin de parcours de bouche. Ce Sommerberg est unique. Entre les mains du discret Jean Boxler, le riesling est ni plus ni moins qu’une autorité en la matière, offrant une illusion de douceur alors qu’il est parfaitement sec (moins de cinq grammes de sucre pour dix grammes de tartrique).


Petits rendements (20 hectolitres/hectare), comme partout, d’ailleurs, chez les gens sérieux qui savent sublimer le terroir pour des variations si fines dans la dynamique et dans le goût qu’on est rapidement pris d’un délicieux vertige. Du TGV. Il serait dommage de quitter le village sans faire une visite à la savoureuse Christine Ferber (christineferber.com), dont la réputation pour les plaisirs de bouche - entre autres ses jouissives confitures - dépasse les frontières (de l’entendement).


Poussons plus au nord, la semaine prochaine, avec les domaines Schoffit, Weinbach-Faller, Trimbach et Ostertag, en attendant qu’à votre tour vous puissiez, à vélo, parcourir les 170 kilomètres d’une Route des vins tracée à même une carte postale devenue image d’Épinal.


Rappel : des places sont encore disponibles pour les dégustations commentées des Amis du vin du Devoir les 9 octobre, 5 novembre et 3 décembre, à Montréal, au restaurant La Colombe, 2e étage (554, rue Duluth Est). Renseignements et réservations.
 

Jean Aubry est l’auteur du Guide Aubry 2013 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $ à paraître en octobre prochain et chroniqueur à l’émission Ça commence bien ! sur les ondes de V tous les vendredis.

 
 
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