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Le Québec vendange

21 septembre 2012 | Jean Aubry | Vin
De mémoire d’homme, en admettant que cette mémoire d’homme soit celle de Charles-Henri de Coussergues, vigneron au Vignoble de l’Orpailleur, du côté de Dunham, au Québec, le millésime 2012 dont on commence tout juste à récolter les fruits serait comparable, en termes de qualité, aux récoltes 1991, 2001 et 2005. Mais ça, vous vous en doutiez déjà vu la qualité de votre bronzage estival.

« Le printemps hâtif, combiné à une avance végétative préservée jusqu’à maintenant, permet de récolter sur pied des seyvals dont le degré potentiel avoisine déjà plus de 10 % d’alcool en volume », avance l’homme qui cumule près d’une trentaine de vendanges derrière le sécateur. Un grand millésime, donc ? Ne faisons pas la peau de l’ours avant de lui avoir donné à boire, dit le dicton.


Est-ce suffisant pour faire mousser l’intérêt d’un consommateur pour qui le vin québécois demeure encore un petit vin sympathique qui vole au ras des pâquerettes ? Les perceptions changent, mais les préjugés demeurent. C’est du moins ce que je constate sur le terrain, au fil des rencontres et des dégustations avec ces consommateurs qui aiment ce qu’ils boivent quand on leur en sert, mais qui hésitent toujours à en acheter. Pourtant, ce sont quelque 170 000 bouteilles qui s’envolent des tablettes de la SAQ chaque année, malgré des prix considérés passablement gratinés par certains.


En ce sens, à quand un rabattement des marges consenties à l’industrie par le monopole d’État, comme il s’en pratique ailleurs dans le reste du Canada ? Pas facile de justifier un Baco Réserve 2009 du Domaine les Brome — excellent, soit dit en passant — à 24,05 $ (11632804) quand vous pouvez, au même prix, déboucher une bouteille des bordeaux Moulins de Citran 2004 et Terrasse de la Garde 2010. Rien à voir, je sais, mais tout de même.


N’empêche, une volonté politique s’impose pour développer l’économie locale. Et qu’on ne vienne pas me rabattre les oreilles avec le protectionnisme et certains accords de libre (?) échange !


Revenons à nos moutons, pour qui il ne saurait être question de faire la peau de l’ours sans lui avoir donné à boire. La situation septentrionale du Québec demeure tout de même de bon augure en ces périodes de réchauffement planétaire. Mon instinct me dit d’ailleurs que ces emplacements géographiques stratégiques, où qu’ils soient dans le monde, seront les seuls à garantir une production de vins fins dans l’avenir. « Il y a 30 ans, on avait 130 jours sans gel au sol », souligne De Coussergues, qui constate que «nous en sommes aujourd’hui à 160 jours, sans compter que le vignoble québécois en est, avec ce millésime 2012, à sa septième année sans l’ombre du moindre gel à l’horizon ».


Admettons-le tout de go : la position géographique du vignoble québécois sera un atout indéniable dans les décennies qui viennent, en autant qu’hybrides et vinifera soient enracinés aux endroits stratégiques. Beaucoup de travail reste à faire, mais ce n’est pas la volonté qui manque. Après tout, Rome ne s’est pas faite en un jour. En plantant pinot gris, riesling, gewurztraminer et pinot noir du côté de Saint-Jacques-le-Mineur, au Domaine Saint-Jacques, par exemple, Yvan Quirion ne baisse pas les bras — au contraire ! — devant des résultats qui semblent prometteurs. Il n’est pas le seul; une confrérie se donne aujourd’hui des moyens en souscrivant à un cahier des charges strict sous la bannière «Vin du Québec certifié» (VQC). Vrai que l’histoire vitivinicole d’ici est jeune, très jeune même, vrai aussi qu’il existe encore des vignerons qui n’aident en rien à crédibiliser la production locale, mais ce n’est tout de même pas une raison pour jouer les oiseaux de malheur fondant, telle une nuée vorace, pour ne pas dire cynique, sur de beaux raisins qui, cette année, n’ont jamais été aussi prometteurs.


Si l’oenotourisme vous semble trop compliqué, bien que le meilleur de la production se retrouve encore à la propriété, chez les vignerons eux-mêmes, passez toujours à la SAQ où il y a tout de même à se mettre le Québec sous la dent avec ces Cuvée William 2010 - Blanc (14,50 $ - 744169), L’Orpailleur 2011 - Blanc (14,70 $ - 704221), Classique de Saint-Jacques 2011, Domaine Saint-Jacques - Blanc (15,50 $ - 11506120), Cuvée Alexandra 2009, Les Vents d’Ange - Rouge (15,80 $ - 11576275), Clos du Maréchal 2011, Domaine du Ridge - Rouge (15,90 $ - 10220373), Terratabac 2010, Le Mermois - Rouge (17 $ - 11441400), Réserve Saint-Jacques 2010 - Blanc (23,95 $ - 11506390), Baco Réserve 2009, Domaine les Brome - Rouge (24,05 $ - 11632804) et Vin de glace du Domaine Saint-Jacques 2009 (46 $ - 11213600). Vous pouvez les boire par nationalisme, oui, mais vous pouvez aussi les boire parce qu’ils sont bons. Tout simplement.

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Places encore disponibles pour les dégustations commentées des Amis du vin du Devoir les 9 octobre, 5 novembre et 3 décembre prochains, à Montréal, au restaurant La Colombe, 2e étage (554, rue Duluth Est). Renseignements et réservations: jean@guide-aubry.com.

***


Jean Aubry est l’auteur du Guide Aubry 2013 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $, à paraître en octobre prochain, et chroniqueur à l’émission Ça commence bien! sur les ondes de V tous les vendredis.

 
 
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