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    À l’école des cépages (5): le cabernet franc

    27 juillet 2012 | Jean Aubry | Vin
    Des cabernets francs qui n’auraient pas déplu au Pantagruel de Rabelais
    Photo : Jean Aubry Des cabernets francs qui n’auraient pas déplu au Pantagruel de Rabelais
    Je ne veux pas revenir sur l’archétype même du cabernet franc cultivé en zone fraîche du côté de Saumur-Champigny en général et du Clos Rougeard en particulier. Vous me démarrez sur le sujet et je risque de vous en tartiner long et large, bien profond dans le creuset de l’émotion comme il m’a déjà été donné de le faire dans une précédente chronique. D’ailleurs, quiconque s’est déjà frotté à la texture envoûtante des vins des frères Foucault au Clos Rougeard admet que le cabernet franc, que de méchantes langues bien pendues prétendent bassement roturier, admet, oui, que c’est faux, archifaux. Encore faut-il s’en procurer.

    Le personnage ? Mélange de Roy Dupuis pour le jeu d’acteur réaliste et nuancé, de Marc Labrèche pour le délire simple en apparence mais savamment orchestré, et de Guy A. Lepage pour l’impertinence à peine décalée. On sait que l’on va s’amuser, mais on ne sait pas tout à fait comment cela va se terminer. Direct, franc, à peine impétueux, du genre qui vous regarde droit dans les yeux, le cabernet franc sait très bien qu’il ne joue pas les seconds violons derrière le cabernet sauvignon même s’il laisse aux imbéciles le soin de se conforter à l’idée.


    Il a le fruit facile, mais sait vous l’administrer avec une poigne qui n’est pas sans vigueur en jeunesse, vous déculottant presque sous cette apparente naïveté qui est la sienne. C’est incontestablement dans ses terroirs de prédilection de Chinon, de Saint-Nicolas-de-Bourgueil, de Saumur, de Bourgueil et de Saumur-Champigny que le gaillard excelle, même si le merlot de Saint-Émilion au Château Cheval Blanc l’adoube et l’ennoblit plus encore. Pour le reste, l’Italie du Nord mais aussi l’Europe de l’Est et le Canada lui sont favorables, même s’il demeure encore (trop) peu planté ailleurs sur la planète vin.


    Personnellement, j’aime le cabernet franc parce qu’il se boit aisément, façon comptoir-de-bistrot-tartine-de-rillette-belles-filles-rieuses-mordant-à-même-la-grappe, mais aussi parce qu’il est suffisamment sérieux pour soutenir l’intérêt et suffisamment folichon pour trinquer à la cave en compagnie du Pantagruel de Rabelais lui-même, à l’ombre des riches roches de tuffeau à Chinon. Sincère, jamais vendu très cher, le cabernet franc ne sera jamais non plus tout à fait à la mode, préférant observer sagement en retrait la folie furieuse des prix commandés pour de plus illustres cépages. Le cabernet franc, c’est un peu Jack Kerouac qui n’en a rien à foutre et qui va sur sa route. Seul.


    Comme nous en avons pris l’habitude à l’intérieur de cette chronique, une batterie de cabernets francs ont été dégustés cette semaine avec le petit regret de n’avoir que peu de vins hors Loire à se mettre sous la dent. Ce qui est tout à fait l’inverse de l’offre ontarienne actuelle où je ne peux, en vertu du désaccord de libre-échange, vous inciter à vous approvisionner. Pour l’accompagner ? Disons que la bavette de boeuf sauce au poivre vert ne s’est pas trop fait prier pour écluser ce qu’il restait de bouteille.


    ***

     

    Saumur 2010, Louis Roche (15,70 $ - 10689681) : À ce prix, difficile de ne pas se garder quelques poires pour la soif en mettant des bouteilles de côté. Simple mais joli, avec ce fruité profilé avec tonus, à la fois glissant et sans aspérités. (5) **1/2


    Chinon 2009, Couly-Dutheil (16,10 $ - 606343) : Immédiatement accrocheur et rayonnant dans ce beau millésime solaire avec ce fruité guilleret, juteux, appétissant et cette petite mâche croquante qui contente. Simple mais pas simplet pour autant. On en redemande. (5) **1/2


    Saumur Champigny 2011, Thierry Germain (18 $ - 10514312) : Avec ce saumur, le cabernet franc se contracte un brin et monte au front, déclarant une guerre fruitée qu’il sait pouvoir gagner malgré ces nuances de chlorophylle et de poivre qui le tiennent en laisse jusqu’en finale. Jeune et fougueux. (5) **1/2 ©


    Chinon 2009 « Expression », Alain Lorieux (18,15 $ - 873257) : Voilà du beau chinon, amplement parfumé, au fruité si vrai que l’on s’en trouve tout retourné par tant de vérité. Robe framboisée qui se permet aussi d’en exalter les parfums, tanins souples et vivants, soutenus, de belle tenue. Un vin d’auteur qui veut régaler son monde. (5) ***


    Anjou 2011, Château de Fesles « La Chapelle » Vieilles Vignes (18,35 $ - 710442) : Millésime plus difficile que les précédents, mais fruité tout de même préservé, sans être trop large ni concentré, seulement ce tanin filtrant doucement sur une finale doucement minérale. (5) **1/2 ©


    Saumur Champigny 2009, Château de Targé (22,50 $ - 967224) : Le cabernet franc type, avec ce nez et ce goût de roche et de fumée, à la fois retenu et libéré, joliment friand derrière ses tanins sapides et francs de goût. (5) ***


    Chinon Les Grézeaux 2009, Bernard Baudry (25,50 $ - 10257555) : C’est déjà plus sérieux ici, ouvert sur le plan aromatique, généreux, coulant, substantiel, surtout parfaitement harmonieux. Certains y décèleront des « bretts » ; disons qu’elles « ajoutent » sans pénaliser. (5) ***1/2 ©


    Chinon 2005, Château de la Grille (26,35 $ - 11440175) : Je vous en ai déjà causé : la classe y est, dans un millésime qui, avec le recul, s’avère d’anthologie. Robe riche, intégration de la matière, grain de texture, longueur. Top ! (5 +) ***1/2


    Saumur Champigny 2010, Terres Chaudes, Domaine des Roches Neuves, Thierry Germain (28,15 $ - 873943) : L’impression d’un félin argenté saturant de ses griffes acérées une ardoise chaude et consentante, aie ! Vin intense, mais contracté, très pur, vivant, avec ce goût presque asséchant de poussière de roche qui, paradoxalement, fait saliver. Vin de garde. (5 +) ***1/2 ©


    Bourgueil 2009 « Les Perrières », C P Breton (37 $ - 11665180) : Du niveau du Bourgueil « La Butte » 2009 de Jacky Blot (34,75 $ - 10903684), mais en plus « libre », aérien de flaveurs, d’une tenue, d’une race, mais surtout d’une gourmandise exceptionnelle. Un cabernet qui a des ailes et vous en donne. (5 +) **** ©


    La semaine prochaine: le riesling!


    ***

     

    Jean Aubry est l’auteur du Guide Aubry 2013 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $. jean@guide-aubry.com

     
     
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