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    À l’école des cépages (4) : Le chardonnay

    20 juillet 2012 | Jean Aubry | Vin
    Charmeur, sensuel, poli, rangé: voilà le chardonnay.
    Photo : Jean Aubry Charmeur, sensuel, poli, rangé: voilà le chardonnay.
    (5)  à boire d’ici cinq ans
    (5+) se conserve plus de cinq ans
    (10+)  se conserve dix ans ou plus
    ©  devrait séjourner en carafe
    *   appréciation en cinq étoiles

    Le bon gars. Tout le monde l’aime. Plutôt le chanteur Roch Voisine que Plume Latraverse, du moins si une maman avait à le choisir à titre de gendre pour le bonheur de sa fille. Voilà le chardonnay. Charmeur, sensuel, consensuel même, malléable, poli, rangé, propre de sa personne, aussi populaire que rassembleur, indulgent, mais aussi un tantinet bonasse ; bref, le type qui n’aime pas faire de vague et qui s’adapte à toutes les situations. Il est aimable dans le sens italien amabile, mais sans la sucrosité, voire cette afféterie mielleuse des séducteurs de bas étage. Avec pour berceau des terroirs aussi éloquents que Corton-Charlemagne, Montrachet, Meursault, Puligny-Montrachet ou encore Vaudésir à Chablis, rien n’incite à penser qu’il soit aussi despote que Caius Augustus Germanicus, dit Caligula, ou aussi barbare qu’Attila, roi des Huns. Voilà pour le caractère.


    Côté physique, le cépage possède rondeur, suavité, une certaine épaisseur, mais aussi de l’élasticité, de la tension même dans les articulations. On le dit polymorphe, passant du grand sec longiligne comme une asperge des terroirs « nerveux » de Mesnils-sur-Auger en Champagne à la plénitude d’un melon de Cavaillon en Pays d’Oc français, quand il n’est pas aussi juteux qu’une pêche jaune dorée sous le soleil couchant de la Napa Valley en Californie. Polymorphe, mais aussi caméléon, car il s’imprègne, s’imbibe et s’éprend fidèlement de l’empreinte terroir quand ce dernier n’est ni trop riche ni trop humide ; il sait aussi « attendrir », par l’assemblage, sauvignons, chenins, parelladas ou autres catarrattos, sans y laisser toutefois son âme. La fermentation ou l’élevage en barrique lui confère même un surcroît de complexité et d’onctuosité. Pour cette quatrième immersion dans le merveilleux monde des cépages, 20 chardonnays ont été choisis au hasard selon leurs prix, leurs provenances et leurs personnalités respectives ; 12 ont été retenus. À vous de voir !


    ***

     

    Le Bonheur 2011, Stellenbosch, Afrique du Sud (16,50 $ - 710780). Il y a de l’éclat, de l’émerveillement même, ce bonheur simple qui fait du bien et le fait bien. C’est tendre, vivant, caressant et gourmand avec sa touche beurrée-citronnée. (5) ***


    Chardonnay 2010, Louis Latour, Bourgogne, France (18,50 $ - 055533). À bon prix, un chardonnay qui « chardonne » et chante ce fruité de pêche tendre, arrondi mais aussi très svelte, bien élevé. Typique. (5) ***


    Gran Cuvée 2010, William Fèvre, Chili (19,05 $ - 10692629). Incontestablement chilien avec ce goût de menthe fraîche et de citron confit, ce blanc sec persuade aussi par sa rondeur, sa qualité de texture, son ampleur. Rien de minéral ici, mais très satisfaisant. (5) ***


    Chardonnay 2009, Arbois, M. Cabelier, Jura, France (19,05 $ - 11194672). On est ici volontairement dans le registre oxydatif, par la riche robe d’abord, les arômes de pommes et de miel ensuite, le tout décliné sur une trame peu acide mais compensée par l’amertume. À découvrir. (5) ***


    Chablis 1er Cru Fourchaume 2010, Château de Maligny, Bourgogne, France (19,35 $ - 894709). À moins de 20 $, ce 1er cru fait belle figure ! Tout y est : ce fruit, cette mâche typique du cru, bien fournie, avec cette sapidité fluide qui surfe sur le minéral avec élégance. Délicieux ! (5) *** 1/2


    La Fuga 2010, Donnafugata, Sicile, Italie (19,95 $ - 11580151). Pas très loin d’un chardonnay d’Afrique du Sud à l’aveugle, mais avec ici cette impression minérale nette, tranchée comme le rasoir. Fruité très pur, éclatant sur trame rieuse et vivace. Un régal ! (5) ***


    Beaujolais Blanc 2010, Terres Dorées, J. P. Brun, Bourgogne, France (22,45 $ - 713495). De quoi rendre jaloux le Mâconnais et la Côte Chalonnaise réunis ! Un rare blanc de l’appellation ici livré à l’intérieur d’une confection irréprochable. Fruité mûr, plein, consistent, subtilement enrobé par le boisé, persistent, de belle longueur. Beau vin d’auteur. (5) *** 1/2 ©


    Mâcon Verzé 2010, Nicolas Maillet, Bourgogne, France (22,95 $ - 11634691). Quelle pureté, mes amis ! Le chardonnay courtois, enjoué, disposé à vous rendre la vie agréable avec ce fruité juste, brillant, éclairant même. L’archétype du beau chardonnay. (5) *** 1/2


    Chardonnay 2010, La Crema, Monterey County, Californie, États-Unis (24,15 $ - 11368821). Le style ample et beurré est reconnaissable entre tous même s’il tend à aplanir le relief et à banaliser le registre. Tout y est : robe soutenue, richesse, puissance, et une touche de rancio qui relance finement l’amertume. Pour amateur du genre. (5) ***


    Bourgogne 2010 Les Ursulines, J. C. Boisset, Bourgogne, France (24,50 $ - 110081112). Grégory Patriat a vinifié ce vin comme un Chinois mange avec ses baguettes : en procédant par petites touches et avec une minutie d’horloger. C’est savant sans toutefois manquer d’inspiration, tendu comme un ressort, lumineux comme le cristal, vibrant sous le fruit, épuré et long en bouche. À ce prix, on dépasse largement l’appellation régionale ! Top. (5+) *** 1/2 ©


    Le Clos Jordanne Village Réserve 2009, Péninsule de la Niagara, Ontario, Canada (31 $ - 11254031). Parvenir à ce niveau de qualité à deux pas de chez nous est remarquable. Loin des onctuosités beurrées à outrance de nombreux vins du Nouveau Monde, ce chardonnay tient la route avec fierté, éloquence et rigueur. Le fruité est bien serré derrière ses mailles minérales qui l’enveloppent et le structurent même si l’ensemble manque un peu de fond. Finale nette et droite. (5) *** ©


    Kumeu River Hunting Hill Chardonnay 2008, Nouvelle-Zélande (39,75 $ - 11416159). Le premier vignoble à mûrir de la maison, mais aussi, paradoxalement, le plus frais. Maturité lente qui précise les arômes et trace le vin comme un funambule se saisit de son fil de fer. Forte présence minérale soutenant un fruité pur, nerveux, sapide, magnifiquement glorifié par le boisé. Superbe ! (5+) **** ©

     

    La semaine prochaine : le cabernet franc!

     
     
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