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    À l’école des cépages (3) : le sangiovese

    13 juillet 2012 | Jean Aubry | Vin
    Vingt sangiovese ont été dégustés cette semaine.
    Photo : Jean Aubry Vingt sangiovese ont été dégustés cette semaine.
    (5)  à boire d’ici cinq ans
    (5+)  se conserve plus de cinq ans
    (10+)  se conserve dix ans ou plus
    ©  devrait séjourner en carafe
    *  appréciation en cinq étoiles

    Avec le sangiovese au programme cette semaine, permettez que je vous suggère d’attacher votre tuque avec de la broche de bicycle. Car voilà, ce cépage rouge qui fait la fierté des Antinori, Frescobaldi, Ricasoli et autres Folonari de Toscane depuis des générations et des générations est de ceux que l’on manipule avec des pincettes. Du type irascible, le mec, un rien susceptible aussi, une espèce d’athlète de haut niveau qui a besoin de se concentrer pour viser juste et décrocher le podium. Un peu façon nebbiolo, mais à peine moins patient, plus expéditif. C’est que monsieur a le poil raide, raide mais vachement léché aussi, comme ce mannequin italien à peine pubère affichant à la une sur papier glacé d’un magazine très mode une barbe de trois jours, 18 heures, 42 minutes et 7 secondes d’émancipation folliculaire.


    Mais il n’est pas rasant pour autant, le sangiovese. Sans dire qu’il est tout à fait aimable en raison d’une acidité à faire larmoyer des canetons encore surpris de la disparition de leur maman invitée à régaler le dîneur à titre de poule au pot du soir, ce grand cépage rouge italien ne tolère ni la sous-maturité de ses composants tanniques ni les concentrations excessives qui lui font endosser de nouveau des gants de boxe que l’on aurait souhaités plutôt de velours. Sa « fenêtre » de cueillette est en ce sens plutôt étroite.

     

    Sangiovese grosso


    Les puristes et autres viticulteurs chevronnés chercheront à planter pour ensuite assembler les nombreux clones qualitatifs qui, en fonction de terroirs et microclimats bien identifiés, ajouteront en complexité, en profondeur et en longueur en bouche. Dans les meilleurs cas, dans le sud de la Toscane, en appellation Brunello di Montalcino, le sangiovese grosso se bonifie en bouteille sur une, deux, voire trois décennies, s’éclaircissant et se parfumant comme un grand bourgogne, par exemple, avec ce je ne sais quoi de beau Brummell façon Marcello Mastroianni qui aurait en plus croisé James Dean sur sa moto. Il touche alors là au sublime, s’imposant comme l’un des grands racés de ce monde.


    Vingt sangiovese ont été dégustés cette semaine (pour 10 de retenus), tous, ou à peu près, assemblés avec 5, 10 ou 15 % d’un cépage complémentaire. D’ailleurs, la question qui brûle toutes les lèvres : le sangiovese se suffit-il à lui-même ? Historiquement, alors que la maîtrise des tanins et de l’acidité laissait à désirer, du rouge et un peu de blanc le fréquentaient pour mieux le sociabiliser. Aujourd’hui, des maisons sérieuses relèvent le défi avec brio en le vinifiant en monocépage. Côté table, jouez-le avec l’acidité naturelle de la tomate, sur une simple pâte à la tomate et trois flocons de parmesan. Il pourrait même vous sourire !


    Valdifalco 2009, Morellino di Scansano, Tenute Loacker (23,30 $ - 10223806) : derrière la belle robe rubis, les arômes de fruit expriment la clarté alors que le palais se charge d’intégrer des tanins mûrs, consistants, étoffés, bien frais, hautement savoureux. Délicieux. (5) ***


    Sangiovese di Romagna Riserva 2009, Umberto Cesari (19 $ - 10780338) : C’est que Monsieur s’est habillé pour la soirée : complet trois-pièces, et bien taillé avec ça ! L’étoffe est belle, le fruité bien lié sur une trame boisée qui sait ne pas trop en faire, l’ensemble consistant, marqué par la fraîcheur. Classique. (5) *** ©


    Il Grigio, Chianti Classico Riserva 2009, San Felice (19,85 $ - 245241) : Un 2009 moins dissimulé derrière le paravent de l’austérité des 2008, mais offrant tout de même intensité, corps et matière fruitée bien serrée, le tout relayé par un bel élevage de circonstance. À table ! (5 +)*** ©


    Scabi 2010, Sangiovese di Romagna, San Valentino (17,05 $ - 11019831) : Le fruité ne manque pas d’assurance, mais surtout ne manque pas de vous dire : croquez-moi ! C’est coloré, bien net, épuré, mais construit tout de même avec musculature, puissance et, encore une fois, beaucoup de présence. (5) *** ©


    Brolio 2009, Chianti Classico, Ricasoli (24,75 $ - 003962) : L’impression ici d’un adolescent qui veut emprunter les clés de voiture du paternel pour aller voir sa blonde et lui causer… fruité. Il y a du naturel, de la vivacité, une certaine candeur, des tanins frais, épicés, consistants. Séducteur, va ! (5) ***


    Rocca delle Macie, Chianti Classico Riserva 2006 (23,55 $ - 10324543) : On sent déjà ici une patine d’évolution, de ces parfums de havane et de bois de cèdre, cette structure boisée ajoutant une pointe de fermeté sur une finale fraîche et épicée. (5) *** ©


    Fonteruroli, Chianti Classico 2009, Mazzei (25,95 $ - 856484) : si les différents clones de sangiovese ajoutent à la profondeur et à la complexité, avouons aussi que ce rouge moderne, techniquement irréprochable, se destine à tous les palais. Il y a du charnu, de l’éclat, un galbe qui ne manque pas de fermeté dans le fruité, un élevage pertinent qui contribue enfin à la campagne de séduction visée ici par le producteur pour les amateurs de son vin. Difficile de résister ! (5) *** ©


    Sangiovese 2006, Ca’del Solo, San Benito County, Californie, États-Unis (20,35 $ - 856484) : que l’on veuille ou non, que l’on soit disponible ou indisposé, ce sangiovese parle, vit et s’anime devant vous, pour vous, en vous. Il est généreux, nourrissant, homogène, multi épaisseurs sur l’étoffe qu’il suggère, délicieusement consistant. J’aime. (5 +)*** 1/2 ©


    La Braccesca 2008, Vino Nobile di Montepulciano, Antinori (24,70 $ - 11324895) : Il y a d’abord cette tension qui électrise la suite, avec ce cumul de tanins fins, gommés, très frais, gentiment autoritaires. Un rouge corsé mais élégant, un rien aristocrate, à peine ambitieux. Stylé. (5 +)*** 1/2 ©


    Fornacina di Biliorsi Simone 2006, Brunello di Montalcino (44 $ - 11195325) : Le grand seigneur que voilà ! Une satanée présence avec ça, ces parfums, ouverts et détaillés qui en imposent, ce déroulé de texture en bouche, orchestré avec ce panache et cette race que seuls les grands peuvent assumer, alliant puissance et élégance, naturellement. Vin de méditation et de soirs profonds. Belle affaire ! (5 +)**** ©

     

    La semaine prochaine : le chardonnay yé yé !

     
     
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