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    À l’école des cépages (1): le merlot

    29 juin 2012 | Jean Aubry | Vin
    Photo : Jean Aubry
    À compter d’aujourd’hui et pour les 10 prochaines semaines, je me propose de faire avec vous cette école buissonnière qui permettra à la fois de boire beau et de ne pas bronzer idiot. Dix vins par semaine mettant au premier plan un cépage vedette, soit, au 31 août prochain, un total de 100 vins décapsulés, débouchés, versés, sentis, bus ou crachés, c’est selon. Bref, une école qui butine à l’essentiel en allant chercher son miel là où le vin prend nécessairement sa source, et j’ai nommé : le cépage.

    Les ampélographes qui lisent les nervures d’une feuille de vigne (ampélométrie) comme la voyante les sillons d’une main humaine s’accordent pour dire qu’il existerait plus de 9600 cépages (Pierre Galet dans son Dictionnaire encyclopédique des cépages, Hachette) dont, allez, une petite centaine présente un certain intérêt sur le plan de la commercialisation.


    Assemblés ou vinifiés séparément. L’histoire même des cépages est fascinante. Pensons juste à cette époque où Pline l’Ancien, Virgile ou Isidore parlaient des apianae (sans doute les muscats de l’époque qui attiraient les abeilles), de l’allobrogicae (mondeuse, nebbiolo ou syrah ?) ou de biturica (cabernet, merlot ou gamay ?) sans tout à fait savoir ce que leur réservait le contenu de l’amphore.


    Aujourd’hui, grâce à l’utilisation de l’informatique traitant des recoupements génétiques liés à l’ADN, il est possible de codifier et de résumer sous un même chapiteau les nombreux synonymes liés aux cépages. Mais tout cela peut être d’un ennui que certains disent mortel. Rassurez-vous, au-delà des technicités du genre « Le 12-426 de Joannès Seyve-Villard est un cépage blanc alors que le 12-426 de son frère teinturier Bertille Seyve-Villard est un cépage teinturier », je préfère ici vous entretenir du cépage comme d’un personnage, avec son caractère, son style, ses manières, son éloquence. Bref, une espèce de portrait-robot.


    Place au merlot!


    Le merlot noir fait penser à un acteur de second rôle au théâtre, dont les interventions, opportunes et calculées, font mouche en permettant à la salle de se dilater la rate. Il est charmeur, limite opportuniste, sûr de lui tout en étant cabotin, suave et généreux, surtout il sait se rallier l’assemblée car il ne souffre d’aucune aspérité. Il offre même de l’étoffe, voire de l’épaisseur.


    Le comédien Benoît Brière lui ressemble (M. Brière : faut pas m’en vouloir pour ce « second rôle », c’est une figure de style). Quant au terroir, il excelle du côté de la Rive Droite bordelaise (Pomerol, Saint-Émilion), mais il sait partout ailleurs dans le monde devenir ce liant, cet « assouplissant » qui fait parfois défaut à ses compagnons d’assemblage tels cabernets, sangioveses, carignans ou encore tannats. Tous les vins ont été dégustés à 15°C.


    Merlot 2010, Baron Philippe de Rothschild,Pays d’Oc, France (13,15 $ - 407544) : bien sûr, il y a ce soleil du Sud qui lui assouplit la couenne et lui confère déjà de la vinosité, mais voilà que l’ensemble demeure d’une rare cohérence tant la buvabilité coule de source. C’est net, bien frais, bien fourni sur le fruité, avec cette épaisseur typique des merlots. Miam. (5)**1/2


    Merlot 2010, Black Reserve, Jackson Triggs, Niagara, Canada (14,95 $ - 11462112) : on a cru bon ici de l’aromatiser avec une pointe de boisé/grillé pour lui donner de l’élan, du tonus. Bouche souple, tendre, coulante, vivante, avec une légère pointe d’amertume au final qui évoque le tabac frais. Un rien commercial, cependant. (5)**


    Bordeaux 2008, Christian Moueix, France (15,90 $ - 369405) : quel que soit le millésime, souvenons-nous du tendre 2005 qui nous quittait récemment, l’équipe Moueix s’assure d’habiller son merlot dans une coupe classique indémodable. Le fruité y est mûr, la consistance homogène, l’épaisseur subtile et le liant aussi libre que friand. L’étalon de mesure par excellence. (5)***


    Atrium 2010, Torres, Espagne (16,05 $ - 640201) : comment se comporte le merlot du côté du Penedès espagnol ? Il a de la gueule, surtout beaucoup de vigueur et de fraîcheur. Il troque surtout ici son volume et son épaisseur pour une touche de fermeté sur le plan des tanins et une pointe fumée sur celui du boisé. Cavalier, ce merlot ! (5)**1/2 ©


    Merlot 2010, Montalto, Sicile, Italie (16,95 $ - 11676794) : l’impression ici d’entrer dans une fabrique de confiture chaude de mûre et de cerise tant l’ensemble s’impose, sans nuances. Les tanins juvéniles sont présents, le milieu de bouche vivant et la finale courte, terminant sur le noyau. Fougueux, le gaillard ! (5) **


    Merlot 2010, Forest Glen, Californie, États-Unis (18,75 $ - 708263) : je sais pourquoi une majorité de vins californiens me lasse. Ce foutu boisé qui met rapidement K.O., et le nez, et la bouche, et la finale, oblitérant le reste, la texture par exemple, pourtant pas mal. Dommage.(5)H1/2

     

    Oyster Bay 2011, Merlot, Hawkes Bay, Nouvelle-Zélande (19,35 $ - 10826113) : après le passage obligatoire en carafe, l’expression fruitée est nette, vive, à peine voilée par le boisé. Un merlot plus élancé que rond, simple, de longueur moyenne. Cher, cependant. (5)**


    Vistorta 2007, Conte Brandolini d’Adda, Friuli (23,30 $ - 10272763) : ce 2007 dégusté parallèlement avec le splendide 2009 permet une fois de plus de saisir l’expression fine des vins du nord italien. Le fruité est évidemment en rondeur avec ce 2007, parfaitement lisse et fondu sur le fond de l’épiderme, alors que le 2009 qui arrivera sous peu brille sans effort, comme si la noblesse de ses origines lui permettait ce détachement, cette classe unique. Du très beau merlot à ce prix. (5)***1/2


    Pomerol 2008, Jean-Pierre Moueix, Bordeaux, France (28,60 $ - 739623) : après un 2007 à maturité, ce 2008 joue de discrétion pour le moment, au nez comme en bouche. Mais la griffe Moueix est là, sans bavures ni enflures, tracée comme un rang de vigne, jouant sur ce grain particulier de merlot qui forme une trame fraîche et unifiée. Une initiation au pomerol. (5)*** ©


    Château de Beauregard 2009, Pomerol, Bordeaux, France (64,25 $ - 10805857) : 30 % de cabernet franc enrichit ici le merlot en le structurant dans ce beau millésime solaire. Le merlot n’est jamais aussi choyé dans son expression qu’à Pomerol. Son riche parfum donne l’impression d’être dans le sillage d’une femme qui se rend au bal, alors que sa texture somptueuse et multiétagée évoque soie, velours et organza ondulant sur cette même inconnue. Somptueux. (10 +)**** ©


    La semaine prochaine: le sauvignon blanc.

    ***


    Jean Aubry est l’auteur du Guide Aubry 2013 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $. jean@guide-aubry.com

     
     
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