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    Ce petit quelque chose de plus

    27 avril 2012 | Jean Aubry | Vin
    Photo : Jean Aubry
    Je suis au 9, rue Chichée à Chablis, devant la porte du caveau du Domaine François Raveneau. Il est 8 h 59 par un petit lundi froid, triste et mouillé de mars. Dans ce contexte, la pluie a la gueule d’un chardonnay minéral, vertical et pénétrant s’immisçant insidieusement par tous les pores pour mieux glacer le sang. En réalité, un chaleureux châteauneuf-du-pape serait plus approprié, mais je suis chez les Raveneau, chez Bernard et Jean-Marie Raveneau, alors, pas de chichis. C’est Bernard qui reçoit. Douze marches puis, sur la gauche, quelques pièces bourguignonnes (228 litres) ; sur la droite, petite cave voûtée avec au centre, sur une barrique, une douzaine de bouteilles de Montmain, Butteaux, Foret, Vaillons, Clos, Valmur et autres Montée de Tonnerre.

    Nous sommes en Bourgogne, alors ça va trinquer. Ici, descendre à la cave, c’est monter directement au paradis, à ce qu’on dit. Descendre à la cave est aussi un acte lourd de sens qui invite à des dispositions particulières. Celles et ceux qui, comme moi, s’offrent régulièrement des « tournées de cave » - plusieurs vignerons rencontrés lors des derniers Grands Jours de Bourgogne se plaignaient d’ailleurs qu’il y avait en général de moins en moins de journalistes qui se déplaçaient dans les caves comme dans les vignes - savent ce cérémonial si particulier qui consiste à tendre le verre à la pipette, à humer, à palper de la bouche puis à recracher les deux, trois ou même quatre douzaines de vins pas nécessairement prévus pour l’occasion mais qui, une fois la machine lancée, liquéfient les esprits en devenant les meilleurs lubrifiants qui soient pour tenter de refaire le monde. Après ? Eh bien, le monde est sans doute refait, mais vous, vous êtes un peu défait tout de même !


    Raveneau, donc, sa cave, ses vins. Que vais-je y glaner ? L’émotion, oui, ce petit quelque chose de plus qui vient et qu’on laisse venir, une espèce d’ouverture qui s’invite à votre insu et qui transcende la simple réalité physique du vin. Comment la décrire ? Impossible avec des mots, mais aisé avec ce pedigree sensoriel qui est le vôtre, où se greffent de plus intuition, abandon, souvenir ainsi que ce désir jamais assouvi pour tout ce qui est unique, troublant et singulier. Cette dimension se vit mais ne s’explique pas. En dégustant ces 2010, qui, selon Raveneau, s’inscrivent, tels les 2002, les 2005 et les 2008, à l’intérieur de ce « profil classique supérieur », je n’ai d’autre choix que de me demander pourquoi la chimie opère ici avec une telle insolence et un tel détachement alors qu’ailleurs elle peine à simplement coller les morceaux.


    Bien sûr, il y a le travail dans les vignes, cette approche artisane qui consiste à réinventer le geste en filtrant les observations cumulées lors de vendanges antérieures, ce souci du détail, mais aussi ce doute constant, cette écoute sensible, presque « animale », des jus qui fermentent et que l’on entonne ensuite, avec ce petit pincement au coeur mais aussi avec ce sentiment d’avoir bien fait. C’est la partie vigneron.


    Quant à moi, buveur ébaubi, je sais que c’est grand. Cette grandeur, je la sens à travers le style maison ici teinté de sobriété, de puissance mais aussi de subtilité, je la sens aussi sous l’angle de la densité fine d’un fruité qui se souvient trop bien de ses origines minérales mais qui se plaît aussi à laisser à l’homme l’illusion de donner sa version des faits par un élevage qui relève ici, chez les Raveneau, tout simplement du grand art. Et puis ce respect du millésime, porté à des sommets d’équilibre quel que soit son état de santé, cette signature des parcelles et des crus tracée comme autant de visages distincts et de personnalités fortes. Que ce soit ce Blanchots réjouissant, ce Valmur plus timide mais terminant en queue de paon, ce Butteaux minéral qui vise droit au coeur ou ces Clos, satiné, stylé, exquis comme un dandy s’affichant par ses mots d’esprit. C’est ce petit quelque chose de plus qui est grand chez Raveneau.

     

    L’art du Châteauneuf à Mont-Redon


    Qu’on se le dise tout de go : le Côtes de Provence rosé Château Riotor 2011 (18,40 $ - 11686351) qui arrivera sur les tablettes en mai prochain promet de mettre l’été québécois sur ses rails et la soif à la commissure des lèvres d’amateur de grenache, de cinsault, de syrah et de rolle bien roulés. Jean Abeille, ses fils Yann, Patrick, Jérôme et les cousins Fabre, dont Pierre est chargé de vinification à Mont-Redon en appellation Châteauneuf-du-Pape, sont emballés par la qualité de ce rosé à la robe violine dont c’est la première apparition au Québec. Un vin sec, captivant, fin et particulièrement digeste avec sa pointe de salinité qui assainie la finale. Estival (5) ***


    Mont-Redon, c’est aussi ce Lirac 2009 et 2010 (21,20 $ - 11293970 prévu en juillet prochain) au volume fruité lisse, riche et charnu, mais surtout ce châteauneuf jamais trop concentré, élégant, bien coupé, une merveille d’équilibre qui ne lasse ni le palais ni le portefeuille. Pour la petite histoire, j’ai dégusté six millésimes, dont ce 2008 qui sera en succursale début juin, juste à temps pour les grillades musclées.

     

    Mont-Redon 2009, Châteauneuf-du-Pape (n.d.) : Voluptueux à souhait ! Flaveurs fines, florales, tendres avec tanins lisses et bien liés. Un régal ! (5+) ***1/2

     

    Mont-Redon 2008 (39,75 $ - 856666) : Coincé entre le 2009 et le 2007, ce « classique » met du temps à s’ouvrir. Nuances plus animales et trame qui offre relief, fraîcheur, vigueur sur fond plus épicé. (5) ***1/2©

     

    Mont-Redon 2007 (n.d.) : Splendide en tous points. Il y a la sève, enrobée et étirée comme un caramel mou, la brillance du fruité, la musculature fine des tanins et la finale svelte, longue, de grande classe… (5+) © ****

     

    Mont-Redon 2006 (n.d.) : Ce 2006 semble accompli mais ouvre tout de même quelques portes sur le plan de la complexité. Le tanin a de la mâche, du grain, une puissance et une intensité. Homogène et long (5) ***1/2

     

    Mont-Redon 2005 (n.d.) : Le bouquet est magnifique, le vin complet. Harmonie parfaite de tous les constituants mais, surtout, élégance et suavité des grenaches. Très sensuel (5+) © ****

     

    Mont-Redon 2003 (n.d.) : Je retiens surtout la fraîcheur pour un millésime solaire qui a épargné ici la dégradation des flaveurs en musclant substantiellement le coeur du vin. Commence à se détailler sur fond de réglisse et de havane. Grande surprise mais, surtout, grande maîtrise ! (5)****


    ***

    Le vins de la semaine

    La belle affaire
    Nativa Gran Reserva 2006, Vallée de la Maipo, Chili 
    (15,35 $ — 904656)
     
    Surprenant, à ce prix, vraiment. Voilà un chardonnay bien sec arrivé à maturité qui s’éloigne de cette trame exotique si courante des vins locaux, proposant plutôt dest nuances épicées où le confit et une pointe à peine oxydative prennent place. Bon volume sur une finale relevée d’une saine touche d’amertume. *** (5)

    L’amoureux
    Condrieu 2010, Guigal, France (57 $ — 11220981)
     
    Décrire le viognier, c’est comme tomber tête première dans une large bassine de confiture d’abricots frais. Mais comme cela n’arrive que très rarement, reste plus qu’à saisir l’expression que nous en propose la maison Guigal. Le sec répond au moelleux, l’amplitude à la finesse et la longueur au rêve. **** (5)

    La primeur en blanc
    Grand Clos de Loyse 2009, Château des Jacques, Louis Jadot, France (20,15 $ — 11094399)
     
    Ce beaujolais blanc en surprendra plus d’un. D’abord parce qu’il est rare (1 % de la surface du vignoble), puis, puis… parce qu’il est bon. Ce 2009 retient l’essentiel sans verser dans l’opulence exagérée. Il y a la rondeur, une incomparable clarté de fruit et ce tonus presque minéral qui allonge la bouche. Apéro ? *** (5)

    La primeur en rouge
    Feudo Principi di Butera Syrah 2009, Zonin, Italie (18,30 $ 
    — 10960161)
     
    La maison familiale Zonin, quoiqu’imposante et diversifiée sur le plan des vignobles, n’en demeure pas moins cohérente et appliquée sur l’ensemble de sa production. Cette belle syrah généreuse, bien fournie et bien fraîche, porte rondement ses tanins fruités sur une finale nette et épicée. Délicieux ! *** (5)

    L’émotion
    Balzello 2009, Catello del Terricio, Toscane (26,30 $ 
    — 11604774)
     
    Le fait de savoir que nous sommes en présence du second vin du domaine n’y change rien. Ce bouge rouge solide et consistant se suffit à lui-même, car il a une personnalité bien à lui. Et il est redoutablement charmeur avec sa trame tannique moelleuse et bien enveloppée, sa sève gourmande subtilement boisée. *** 1/2 © (5)


    ***
     

    Jean Aubry est l’auteur du Guide Aubry 2012 Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $

     

    jean@guide-aubry.com

     
     
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