Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    L'intégrité mise à mal

    20 avril 2012 |Jean Aubry | Vin
    Chablis 2010, La Vigne de la Reine: intégrité fruitée de premier plan!<br />
    Photo: Jean Aubry Chablis 2010, La Vigne de la Reine: intégrité fruitée de premier plan!
    Le 10 février 2011, la presse québécoise du vin rencontrait le «promoteur-journaliste» James Suckling, de passage au Québec pour une opération commerciale. Je faisais d'ailleurs état de la rencontre le 25 février en ces pages, non sans avoir demandé à l'intéress, puis, par la suite, au service de presse du monopole et à des membres de la haute direction, dont Philippe Duval, s'il y avait eu une quelconque entente financière entre la SAQ et M. Suckling. Réponse négative des deux parties.

    Ce que confirmait d'ailleurs, la veille, l'ex-chroniqueur du Wine Spectator sur son blogue: «I am working on an interesting project with the SAQ — the state-run wine and spirits distribution company and arguably the biggest wine merchant in the world — where I am blind-tasting many of its specially selected wines, and we share the tasting notes on our websites. There is no financial relationship. [...]» Les caractères gras sont de moi.

    Revirement de situation mardi dernier alors que Karine Duplessis Piché nous apprenait, dans l'édition de Cyberpresse, que le gymnaste à l'échelle des 100 points avait touché près de 24 000 $ de la SAQ, une somme plutôt rondelette pour une personne qui assurait le contraire, tout en précisant sur You Tube défrayer personnellement transport et hébergement.

    Pourquoi la SAQ a-t-elle menti, non seulement à la presse spécialisée mais aussi à l'ensemble des contribuables québécois, sur la contribution culturelle de notre voisin du Sud? Ces 24 000 $ sont-ils la pointe de l'iceberg d'une entente qui devrait prendre fin en novembre 2013? Je ne voudrais pas être dans les culottes du capitaine du Titanic.

    Cela dit, l'affaire est lamentable. Et l'intégrité d'une institution qui devrait être au-dessus de tout soupçon est ici mise à mal. L'industrie de la corruption se serait-elle infiltrée dans l'un des monopoles québécois? Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark...

    Et ce n'est pas le chroniqueur vins qui s'exprime ici, plutôt le citoyen québécois qui, non seulement n'a de leçon à recevoir de personne mais trouve tout de même proprement surréaliste que sa propre notion culturelle en matière de goût soit remise en question, et qu'elle le soit en payant un Américain pour le faire! A-t-on si honte en ce pays de notre incapacité à grimper seul au haut de l'échelle (sociale ou cardinale des points) pour devoir se plier au jugement ou à l'aide des autres? Visiblement, ce Pays du Québec n'est pas pour demain. Fin de l'éditorial.

    Les Amis du vin du Devoir remettent ça

    C'est sans l'ombre du moindre indice et sous le couvert d'une intégrité sans tache que s'est effectuée la semaine dernière la dégustation mensuelle des Amis du vin du Devoir. Le flou artistique total pour une dégustation menée à l'aveuglette, mais qui a tout de même permis aux participants de dégager un consensus sur l'ensemble des produits, sans a priori ni préjugés. Bref, jolie leçon de modestie pour une gamme qui a visiblement séduit tout le monde.

    Ce Genoli, Viura 2011, Vina Ijalba d'Espagne (12,70 $ - 883033) a rapidement fait des heureux. Simplicité, oui, mais avec cette densité fruitée suffisante couplée à une belle acidité bien tranchée qui fait le bonheur d'un bon verre de vin blanc à savourer en apéro sur des tapas. Aussitôt dévoilé, le prix en a fait saliver plus d'un. La note? Entre **1/2, 1 et ***, 1.

    Dans la foulée, ce Chablis 2010, La Vigne de la Reine du Château de Maligny (23,50 $ - 560763), a tranché sur le précédent avec une dimension supplémentaire, sans toutefois éveiller de soupçons parmi les dégustateurs sur la grandeur des chardonnays plantés sur les calcaires chablisiens. Pureté aromatique, excellent volume fruité, plus «encadré» que le 2009, passablement substantiel et doté de cette finale relevée finement par le minéral. Le meilleur dégusté depuis belle lurette! Petit hic, cependant: des «fuites» sur la qualité extra de ce chablis ont eu raison des quantités disponibles sur le marché, mais rassurez-vous, une reconduction des stocks est en cours...***, 1.

    Côté rouges, la cuvée Les Garrigues 2009, Côtes-du-Rhône Villages de F. & O. Mousset (26,70 $ - 11007208) a ouvert le bal avec une bonne dose de civilité et d'élégance, même si le vin était, de l'avis de tous, vendu au moins 5 $ trop cher. L'ensemble offre beaucoup de netteté et de franchise, une trame tannique fine, bien balancée, avec suffisamment de corps pour réjouir le lapin qui se serait fait prendre au piège de votre casserole. ***, 1.

    Mais c'est avec le Gigondas 2009 de la maison Guigal (33,50 $ - 334615) que s'est imposée sans réserve et sans détour la meilleure syrah qui soit. Un fruité de grande clarté, mûr et parfaitement circonscrit, étoffé sous l'habitacle de tanins présents mais diablement savoureux, charnus, à mordiller longuement. Ajoutez-y un élevage parfait et une finale longue et très digne et voilà une belle bouteille de caractère, capable de se bonifier encore quelques années. Magnifique. ***1/2, 2.

    Deux espagnols ont ensuite chaussé leurs sabots en s'imposant avec vigueur et avec ce caractère boisé, franchement épicé, typique des vins du nord-ouest de l'Espagne. D'abord, cet Altos del Duraton 2008, Castilla y Leon (19,05 $ - 11387343) franc de fruit, étoffé de corps, construit avec intensité et une bonne dose de passion (***, 1 ©), puis, toujours à bon prix, ce Dominio Basconcillos Roble 2009 de la Ribera del Duero (22,70 $ - 11413441), plus complexe celui-là, redoutable sur le plan de la couleur, du fruité et de la puissance contenue, invitant une belle pièce de viande braisée à calmer la pointe d'astringence qui le motive et le prolonge en bouche. Sacré gaillard! (***, 2 ©).

    Les italiens ont rapidement été identifiés par la majorité mais surtout appréciés pour leur race et leur harmonie d'ensemble. Ce Poliziano 2008 en appellation Vino Nobile di Montepulciano d'abord (27,25 $ - 10517759), détaillé et complexe, mesuré dans l'approche, pourvu d'une architecture tannique fine mais bien réelle, un tonus et une allonge exemplaire (***1/2, 2 ©); puis ce Barbaresco 2003, Punset, Campo Quadro (54 $ - 10816679), peu coloré mais amplement parfumé, tracé avec pertinence, sans lourdeur, offrant une perspective en profondeur comme en longueur. Un rouge tannique travaillé à l'ancienne, racé, racontant avec panache ces terroirs uniques de ce coin de pays piémontais.

    Enfin, histoire d'adoucir le jeu, ce Jurançon moelleux du Domaine Cauhapé 2009, Symphonie de Novembre (18 $ - 10257483 et 33 $ - 10782510) où scintille le petit manseng avec cette espèce d'agilité vive, ce réflexe de fraîcheur unique et ce caractère original de citron confit qui lui colle à la peau et qui gonfle la finale. Un bijou de vin, suave et moelleux de texture, intrigant de nature, à servir à l'apéro, par exemple sur des toasts de mousse de foie gras. ***1/2, 2.

    Si la notion d'intégrité vous intéresse, ne ratez pas le journaliste Marc André Gagnon (Vin Québec) sur http://vinquebec.com/node/9747. Décapant.

    Capacité du vin à se bonifier: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.

    ***

    Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2012 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.
    jean@guide-aubry.com

    ***

    Les vins de la semaine


    La belle affaire
    Grande Réserve des Challières 2010, Ventoux, Mommessin (11,95 $ - 331090)

    Il y a un fond mordant de carignan qui assume déjà ce caractère à la fois paysan, rustique et passablement turbulent de l'ensemble; vin farouche, entier, imprégné de garrigue et de pierres chaudes que la syrah, le grenache et le cinsault font jaillir plus encore. 1

    L'amoureux
    Les Genestes 2009, Domaine des Amouriers, Vacqueyras (28,55 $ - 11600773)

    J'aime le mot «voluptueux». Il y a là un décor sur le plan de la texture, de l'emphase sur celui de l'expression, de la jouissance sur celui du bonheur d'être là, simplement à le boire. Ce rouge est profond, bien fourni, riche et de belle profondeur, généreux, consistant. 2

    La primeur en blanc
    Menetou-Salon 2010, Chavet, France (23,35 $ - 974477)

    Le sauvignon en état de grâce, pour ne pas dire d'apesanteur. Et puis, il y a ce millésime qui lui tend l'élastique comme une catapulte qui ne demande qu'à projeter plus avant le fruité à l'intérieur d'une trajectoire finement tracée. Plutôt léger, bien sec, vivant et subtil de texture. 1

    Primeurs en rouge
    Montebelvedere 2008, Cabernet Colli Berici, Dal Maso (19,95$ - 11581007)

    La Vénétie, ses cépages qui vivent aux portes de Venise, puis cette grâce, cette fraîcheur, cette finition nette des arômes et des saveurs mais surtout cette digestibilité assumée. Tout est là. Ce beau vin en est la preuve. Corps moyen, fruité juteux, grain fin, esprit libre. On en redemande! 1

    L'émotion
    Château de la Rivière 2005, Fronsac (35$ - 11588348)

    J'y ai mis les pieds en 1986. Il a été revendu depuis. Mon souvenir demeure vivant pour ce caractère unique d'un fronsac lent à se faire, paysan sous toutes ses coutures, mais fier et racé. Un 2005 qui arrive déjà à maturité, complet, pas très large, plutôt minéral avec tout le tonus, la texture, la longueur voulus. 1
     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel