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    Sangiovese: solitaire ou solidaire?

    9 mars 2012 |Jean Aubry | Vin
    Le sangiovese se suffit-il à lui-même? Je veux dire, possède-t-il une personnalité, un tempérament de base à la naissance, au-delà des très nombreux clones qui le justifient aujourd'hui, qui en font un être libre, capable d'impressionner pour ce qu'il est et non pour ce qu'on souhaiterait qu'il soit en l'assemblant avec un ou plusieurs autres cépages? Essayons d'y boire clair en soumettant la proposition à deux domaines viticoles toscans.

    Par le plus heureux des hasards, deux ambassadeurs de renom — Giampaolo Motta, de la fattoria La Massa, et Marco Palanti, au Castello di Ama — étaient de passage au Québec cette semaine.

    Ne tournons pas autour du verre et allons-y rapidement d'un constat: hormis la remarquable cuvée Montesodi du vignoble éponyme de la maison Frescobaldi, où le sangiovese règne en roi, il apparaît que le cépage trouve, avec les merlots, cabernets, pinots noirs, malvasias neras, petits verdots, canaiolos, syrahs, trebbianos et autres cépages, matière à se dépasser, voire à se surpasser sur le plan de l'expression, en étant solidaire de ceux-ci. Faut-il alors penser que le clone, le terroir, l'altitude, la conduite de la vigne, le type de vinification ou tout autre paramètre soient seuls garants du profil type d'un grand sangiovese capable d'évoluer en solitaire, dans la vie comme en bouteille? Ça pourrait ressembler à cela.

    Déjà, en 1738, un certain Cosimo Trinci remarquait que le sangiovese seul arrivait difficilement à convaincre s'il n'était pas assemblé avec d'autres cépages. Giovanni Cosimo Villifranci et surtout Bettino Ricasoli viendront étayer l'argument un siècle plus tard, bien qu'il faille admettre aussi que les traitements alors appliqués au cépage n'avaient rien à voir avec ceux qui ont cours aujourd'hui. Il est vrai que, sous son jour le moins heureux, le sangiovese peut être livide et dilué, étriqué, raide sur le plan tannique, passablement vivace sur celui de l'acidité avec, au final, des pépins qui ne sont jamais parfaitement mûrs. Mais il peut aussi, sur ces sols où affleure le calcaire, offrir un fruité parfumé ample, avec un profil de texture jamais surchargé, plutôt digeste même, en raison d'une vivacité naturelle qui le fait sourire à belles dents. Il peut sans faille, tel un bon pinot noir, se bonifier sur plus d'une décennie, comme en témoignent ces nombreuses verticales de Montesodi commises au fil des ans.

    Giampaolo Motta, de la fattoria La Massa. Le fougueux Giampaolo Motta ne vous racontera pas d'histoire: il adore le vin de Bordeaux (voir: ledevoir.com/art-de-vivre/vin/311705/fattoria-la-massa-du-reve-a-la-realite). À tel point qu'il fait de sa cuvée Giorgio Primo son navire amiral, avec sa forte proportion de cabernet sauvignon appuyé par le merlot et le petit verdot, sous l'oeil avisé de son ami consultant bordelais de longue date, Stéphane Derenoncourt. Le millésime 2009 est le tout premier de leur collaboration.

    Ce dernier avoue offrir un regard global sur la propriété, à la fois simple et pragmatique, en se demandant quel vin on peut faire et sur quel type de terroir. Jamais, depuis 2009, les deux hommes n'ont-ils tant arpenté le vignoble, scrutant à la loupe argiles, schistes décomposés et veines calcaires, s'interrogeant sur les amendements nécessaires à une vie microbienne active en sous-sol tout en faisant attention au cycle et à la vigueur des vignes, le tout dans une perspective où le vin devient une «philosophie de production» et le cépage, un émetteur crédible du terroir. Le sangiovese ? Il participe pour 70 % à l'élaboration de La Massa (complété du trio bordelais). La version 2011 avant assemblage offrait une robe profonde avec du corps, du volume, un tanin «serrant» comme aime à le dire Derenoncourt, un final doucement structurant. Un régal.

    Pourquoi ne pas alors l'offrir tel quel, en monocépage? «Le sangiovese est plus sphérique aujourd'hui, notamment en raison d'un surgreffage sur des ceps qui n'avaient pas été plantés sur les bons terroirs», résumera le consultant. Ce qui n'empêche pas la cuvée La Massa 2009 (25,75 $ - 10517759) d'être une merveille d'équilibre, à la fois friande, souple et enlevante. À des lustres du sangiovese livide, raide et étriqué! ***, 1.

    Quant au Giorgio Primo 2008 (91 $ - 11290226), il y a ici matière, aplomb, consistance et longueur, sur un mode toutefois réservé. ***1/2, 2 ©. Les millésimes 2009 (solaire) et 2010 (frais, mais lumineux) sont prometteurs.

    Marco Palanti au Castello di Ama. La confection du sangiovese se fait plus fine encore sous les doigts de Marco Palanti et son Chianti Classico Castello di Ama 2007 (39,75 $ - 11315403), une référence toutes catégories du genre. Une pointe de malvasia nera, de cabernet franc et de merlot (selon le millésime) ajoute à l'épaisseur tout en maintenant un liant, une continuité, une cohésion entre puissance et élégance. Depuis 1996, ce chianti est une synthèse réussie des meilleures parcelles (65 hectares) perchées entre 430 et 520 mètres d'altitude sur des sols argilo-calcaires.

    Il y a du lyrisme dans cette cuvée, une musique, un mouvement, telle une jolie robe mise en corps par un Christian Lacroix tombé sous le charme du sangiovese. Mais avec les cuvées «La Casuccia» (141,50 $ - 10992293) et «Bellavista» (119,50 $ - 10903246), tous deux du millésime 2004, apparaît une véritable référence au cru, l'équivalent en quelque sorte d'un troisième, voire d'un deuxième cru de Bordeaux, du moins sur le plan du discours terroir. Minimum de 80 % de sangiovese dans les deux cas, avec, pour La Casuccia, un soupçon de merlot qui étoffe et nourrit, révèle le sol argileux mais aussi calcaire en multipliant au palais des strates fines, détaillées et savoureuses (****1/2, 2 ©); alors que le cru Bellavista, issu de sols gravelo-calcaires (+ 15 à 20 % de malvasia nera), intensifie le propos avec assurance, profondeur et plus de minéralité encore. Racé, pour ne pas dire très stylé (****, 1 ©).

    Autres vins du domaine à découvrir: ce chardonnay/pinot grigio Al Poggio 2010 (32,75 $ - 10542401), satiné, très fin, sensuel, admirablement élevé (***1/2, 2); cet assemblage sangiovese/pinot noir Il Chiuso 2010 (25,50 $ - 11546957) qui n'est pas sans évoquer un bon Fixin bourguignon par sa trame fournie, au succulent relief fruité (***, 1); ou encore, pour amateurs de merlot pur, ce Vigna l'Apparita 2005 (211,25 $ - 11034513) produit pour la première fois en 1985, à mon sens nettement plus élégant qu'un Masseto, au velouté profond, d'une séduisante buvabilité tout en demeurant sérieux sur le fond (****, 2 ©). Pas donné, le gaillard, tout de même!

    Capacité du vin à se bonifier: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. © : le vin gagne à séjourner en carafe.

    ***

    Les vins de la semaine

    La belle affaire

    Cuvée Saint Pierre, Mommessin France (8,95 $ - 000000513)

    Revoir ses classiques fait partie du boulot d'un chroniqueur. Pas de préjugés, que des faits. En vérité, ce rouge sans année, sans terroir ni papiers est simplement bon. Il est net, coulant, léger, frais, équilibré et franchement fruité. Servi frais, il évoque l'espièglerie d'un gamay qui, tel un gamin, ne veut pas aller au lit. 1

    Le sicilien

    Cerasuolo di Vittoria 2009 Planeta (23,75 $ - 10553362)

    Est-ce la trame graphique concentrique de l'étiquette ou l'étrangeté des saveurs fines captivantes qui sème ici l'euphorie? Les cépages frapatto et nero d'avola intriguent et régalent. Une robe de pinot noir, des parfums de garrigue, une texture souple doublée d'une pointe d'amertume: à découvrir! 1

    La primeur en blanc

    Fleur de Savagnin 2009 Domaine Labet, Côtes du Jura (28,95 $ - 10783248)

    Le mot qui vient est «finesse». Cette «mise en ambiance» où tout s'ajuste si délicatement qu'il en résulte un moment d'exquise euphorie, de grâce anticipée. Ce savagnin l'est discrètement avec un fruité net, sec, floral, vibrant, porté par une tension minérale qui résonne longuement. 2

    La primeur en rouge

    Lirac, Château Mont-Redon 2009 France (21,20 $ - 11293970)

    Il disparaît à vue d'oeil des tablettes: normal, il a la gueule d'un châteauneuf modèle réduit. Il y a certes la puissance, mais il y a aussi cette combinaison fruité-fraîcheur livrée avec passablement de coulant sur une texture friande, appétissante, palpable, délicieusement épicée. 2

    L'émotion

    Cabernet Reserva 2007 Alois Lageder, Alto Adige, Italie (24,25 $ - 744011)

    Permettez que je le partage, vive, vibre avec vous ce beau moment de vin, que je vous présente surtout son auteur Alois Lageder, homme sobre et cultivé, attentif et civilisé, soucieux du beau comme du bon. Ce vin, c'est lui: élégant, frais, transparent, souple et distingué. La classe, quoi. 1
     
     
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