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Laurence Féraud au Domaine du Pegau

Jean Aubry   24 février 2012  Vin
Peter Fischer<br />
Photo : Source: Jean Aubry
Peter Fischer
C'est en 1987 que Laurence Féraud, diplôme d'œnologue en poche, se joint à son père Paul qui, jusque-là, fait partir en vrac la production du domaine de cinq hectares. La construction d'une cave digne de ce nom est aussitôt entreprise alors que le vignoble passe à plus de 20 hectares sur les meilleurs terroirs de Châteauneuf-du-Pape (La Crau, Pignan, Les Bosquets, Monpertuis, Les Fonds des Papes, etc.). Le Domaine du Pegau est né.

Puis, ce sera au tour d'une activité de négoce en Côtes du Rhône avec le Plan Pegau, un rouge multiparcellaire et multimillésime dont la version rouge (17,15 $ — 10460051) semble déjà avoir la force de caractère de Laurence Féraud, un mélange de vigueur et de droiture doublé d'une mise en bouche à la fois serrée et de belle buvabilité.

Pensez au slogan publicitaire d'un célèbre constructeur de voitures allemandes qui vante les mérites de la «fougue responsable». Cela pourrait s'appliquer à la dame. Fougueuse et responsable, oui, mais ici au volant de son tracteur!

Un partenariat avec des vignerons s'inscrit dans la foulée, avec la livraison d'un Côtes-du-Rhône Sélection Laurence Féraud, d'un Côtes-du-Rhône Villages Séguret ainsi que d'un superbe Gigondas, tous issus de l'achat en jus frais de propriétés uniques (60 000 bouteilles), le tout complété par les châteauneufs maison déclinés, ceux-là, en trois cuvées.

L'emphase est mise bien évidemment sur des grenaches noirs (pour 80 % des cuvées), fins et bien tendus, à la sève sapide étonnamment fraîche et malléable mais respectant tout de même les revendications viriles de l'appellation.

De ces trois cuvées, deux sont actuellement disponibles: Châteauneuf-du-Pape Cuvée Réservée 2008 (70,50 $ — 11521354), un rouge profond à la trame bien serrée, fourni sur le plan des tanins, un rien austère mais généreux sur le fruit, d'une allonge qui le destine rapidement à se démultiplier sur un bon cari d'agneau (****, 2 ©); et, avec deux années de fût supplémentaires, cette Cuvée Laurence 2006 (139 $ — 11627546), détaillée et homogène, au registre épicé fascinant, d'une présence remarquable en bouche (****, 1).

Enfin, la cuvée Da Capo, élaborée depuis 1998 mais dans des millésimes d'exception (2000, 2003, 2007, 2010) où dominent entre autres choses de très vieux grenaches, est aussi ambitieuse que rare (et donc chère), d'une exceptionnelle longévité.

La version 2010 «brut de foudre» dégustée avait à la fois la rondeur et la densité d'un gros galet roulé, un concentré de cépages, de sols, mais aussi de savoir-faire. Grande bouteille. ****1/2, 3 ©

Peter Fischer au Château Revelette


Je rencontrais l'homme chez lui, en Provence, il y a plus de 20 ans maintenant, en même temps qu'Éloi Dürbach au Domaine de Trévallon, qu'Henning Hoesch au Domaine Richeaume et que Georges Brunet au Château Vignelaure. J'avais là des pionniers, des défricheurs, des «estrangers du dehors», mais surtout des amoureux de cabernet sauvignon qui, dans ce coin de pays au nord de Marseille, allait faire sa propre petite révolution.

Déclassées en Vin de Pays, les cuvées deviendront rapidement des références, non seulement pour leur originalité mais aussi pour leur capacité à intégrer syrah, grenache ou encore carignan, en conférant à l'ensemble une classe et une capacité à se bonifier indéniables.

En parcourant la dernière édition du Guide Bettane & Desseauve, en page 697, je dois confesser ici ma surprise, pour ne pas dire mon désacord avec la tiédeur manifestée pour ce vigneron qu'est Peter Fischer dont les cuvées, en blanc comme en rouge, sont de véritables révélateurs de terroirs. Des vins «au naturel» où filtre l'émotion, mais surtout, depuis le début des années 2000, des vins épurés qui suivent le filon minéral dans un cadre où la pureté et la transparence ont force de loi. Bref, Revelette, ce sont 12 parcelles réparties sur 24 hectares de vignes plantées entre 330 et 400 mètres d'altitude, le tout travaillé en agriculture agrobiologique. Des vins d'une rare résonnance.

Seul hic: peu de vins disponibles en tablettes, sinon en importation privée (info@rezin.com). En blanc, ce Pur 2010 à base d'ugni blanc et d'une touche de sauvignon pousse la soif au balcon, conforte et nourrit le soiffeur assoiffé. Léger, généreux, net et bien tranché. ***, 1. Le Grand Blanc 2010 à base de chardonnay (+ sauvignon et rolle) offre quant à lui une saisissante transparence de tons sur un fruité bien serré, très frais, élégant. Et toujours cette résonance minérale discrète derrière. ***1/2,2 ©

En rouge, le juteux Coteaux d'Aix-en-Provence 2009 (18,50 $ — 10259737) offre vigueur et mâche sur une trame qui a du mordant et une pointe de saine fermeté. Un régal sur l'agneau provençal et son tian d'aubergine. **1/2, 1 ©. Quant à la cuvée Le Grand Rouge, où domine la syrah (50 %) complétée par 30 % de cabernet sauvignon (+ grenache et vieux carignans), seul le millésime 2009 est disponible (33,25 $ — 10259745).

Violacé profond avec bouquet floral évoquant l'anis à la violette, milieu de bouche précis, étoffé, éduqué, long et ferme. Encore une fois, indiscutable écho minéral sur le final ***1/2, 3 ©.

Les 2007, 2006, 2005 et 1999 dégustés derrière confirment la subtile variation des millésimes en offrant un parcours de bouche à la fois rigoureux et très fin, structurant et très frais, ne livrant que l'essentiel, seulement l'essentiel. Ce qui est rare dans le contexte actuel où la surenchère est reine. Quatre étoiles bien assumées ici. Bonne continuation, monsieur Fischer!

***

Capacité du vin à se bonifier:
1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.

Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2012 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.

***

Les vins de la semaine

La belle affaire
Riparosso Illuminati 2009, Montepulciano d'Abruzzo, Italie
(13,85 $ — 10669767)

L'un des beaux exemples de montepulciano sur le marché, à petit prix. Couleur, fraîcheur, souplesse du fruité, une certaine «tendresse» de texture: tout y est. Le tout résumé avec équilibre. Mon vin du lundi sur la lasagne maison ou la bolognèse saucisse. Servir autour de 15 °C. 1

Le pinot noir
Mercurey «Les Mauvarennes» 2009, Domaine Faiveley
(21,50 $ — 864629)

Vin de nez, de parfums nuancés, de textures finement tendues, la cuvée 2009 offre moins de rigueur et de densité qu'à l'habitude, proposant plutôt le fruité avec une déconcertante sincérité, une exemplaire clarté de ton. Corps moyen, jolie vitalité, allonge harmonieuse sur le fruit frais. 1

La primeur en blanc
Riesling 2010, Müller-Catoir, Pfalz, Allemagne
(22,80 $ — 10558462)

Bel animal racé que ce riesling, domestiqué mais aussi fougueux, libre de ses mouvements, puisant en son essence même l'énergie nécessaire à sa fulgurante motricité. Savouré sur un waterzooi à la Gantoise (poulet, citron, crème, bouillon, effiloché de légumes, etc.), ce blanc sec a littéralement explosé! 1

La primeur en rouge

Paisaje de Barrancas 2008, Finca Flichman, Argentine
(20,85 $ — 10303751)

On a mis ici toute la gomme! Couleur riche et profonde, parfums pénétrants, puissants, sucrés, sensuels, épicés, et puis cette texture qui vous tapisse le palais tout entier sans possibilité de retour en arrière, généreuse, veloutée, de jolie densité. 1

L'émotion

Expression de granite 2009, Muscadet de Sèvre et Maine, Domaine de l'Écu, France
(20,95 $ — 10282873)

Je n'ai pas encore saisi l'inflexion agissant sur le petit ressort relié au mécanisme activant la glande salivaire, mais basta! Ce muscadet sec, minéral, tendu, me donne l'occasion d'en vivre l'expérience. Net, transparent, profond, sapide, salin, long. 3
 
 
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