Surprise et indignation
Photo : Source: Jean Aubry
Déguster à l’aveugle, c’est aimer l’idée du vide, du parachute dont on se demande s’il va amortir la réflexion ou, au contraire, la laisser s’écraser sur le plancher des vaches de nos certitudes.
J'aime déguster à l'aveugle. Je jouis à l'idée du vide, du parachute dont on se demande s'il va amortir la réflexion ou, au contraire, la laisser s'écraser sur le plancher des vaches de nos certitudes.
J'adore ce jeu du vin qui consiste à brûler les ponts de nos préjugés pour mieux tendre les passerelles de curiosités aussi neuves que naïves.
L'auteur californien Kermit Lynch disait d'ailleurs «que la dégustation à l'aveugle est au vin ce que le strip poker est à l'amour». Quand elle ne met pas l'amour-propre à nu!
Cela se passait dimanche dernier, entre le croissant du matin et la quiche du midi. Une bouteille, tirée de l'ombre fraîche d'une cave ensommeillée et versée par ma complice. Robe dépouillée mais au coeur chaud, parfums discrets mais fins, évoquant tour à tour la touche épicée d'une syrah du Rhône et les subtilités animales et terrestres d'un côtes-de-nuits villages.
Léger de corps, fraîcheur exquise, équilibre et, surprise, une certaine allonge au final. Note: trois étoiles (***, 1), oui, mais de quoi s'agissait-il? Comme aime à le dire l'ami Mohand: «Tu pédales ici dans la semoule!» Dans la semoule, effectivement, j'étais. Pour ne pas dire dans le couscous au complet.
Le vin? Réserve des Tonneliers 2001 du vignoble Dietrich Jooss, du côté d'Iberville, au Québec! Conservation parfaite pour un rouge qui, une décennie plus tard, affichait une admirable maturité. Aurais-je dégusté et noté le vin de la même façon en sachant qu'il était de chez nous? Bonne question.
Décédé le 23 juin 2003, Victor Dietrich, Alsacien de souche mais Québécois de terroir arrivé chez nous en 1986, président de l'Association des vignerons du Québec (AVQ) de 1991 à 1999, grand pépiniériste et vigneron émérite, serait sans doute sous le charme lui aussi.
Et on me dira que les vins du Québec ne valent pas un kopek? Il serait peut-être temps que les Québécois commencent à aimer leur pays à même ses racines. Dommage, seulement, que les cinq hectares de vignoble qu'il a laissés derrière lui aient été «convertis» en champs de maïs l'année suivant son décès. Quel gâchis.
Campagne de salissage
Quel gâchis aussi, mais d'un tout autre ordre cette fois, que cette campagne de salissage visant actuellement un autre vigneron d'ici. La personne ciblée? Charles-Henri de Coussergues, vigneron propriétaire au Domaine de l'Orpailleur et président actuel de l'AVQ.
La grande majorité des gens du milieu conviendront avec moi que l'homme est d'une intégrité sans faille. Son implication sur le terrain, depuis plus de trois décennies, en témoigne. Le litige? Le dépôt à même les filets de grappes gelées sur vigne pour l'élaboration du vin de glace.
À moins de se conformer à la norme européenne et canadienne (au 1er janvier 2013) stipulant que les grappes doivent être vendangées sur pied avant le pressurage, et non, comme dans le cas qui nous occupe, être coupées puis déposées sur place à même les filets, les vins issus de cette dernière technique ne pourront bénéficier de l'appellation «Vin de glace».
Mais voilà, société distincte oblige, l'opération dite du «buttage» des vignes (action de recouvrir de terre le pied de vigne pour le préserver du froid), spécifique à notre rude climat, nécessite lesdits filets, d'où le dépôt des grappes qui, de toute façon, ont depuis belle lurette coupé le cordon ombilical d'avec la mère nourricière. Vous me suivez toujours?
La campagne de salissage en question nous vient d'un internaute malveillant qui, sur les réseaux sociaux et bien sûr sans apposer la moindre signature au bas de sa hargne pamphlétaire, non seulement accuse De Coussergues de recevoir à bennes entières des grappes importées dans ses filets au vignoble (!), mais pousse l'outrecuidance jusqu'à dénigrer aussi une presse du vin qui, à ce que je sache, n'est à la solde de quiconque.
Permettez que je cite le Fantomas en question: «Mademoiselle, Messieurs. Nous sommes surpris du peu de rigueur journalistique dont vous avez fait preuve au sein de vos articles. Vos textes sont plutôt ceux de relationnistes, de porte-paroles à la solde d'une industrie ou d'une organisation, ici, l'Association des vignerons du Québec, non pas ceux de journalistes sérieux, éthiques, objectifs.»
Pourtant, si ce même poltron de l'ombre s'était réellement donné la peine de suivre les étapes de rédaction du cahier des charges monté avec diligence et perspicacité par De Coussergues depuis les quatre dernières années, cahier maintenant approuvé par 22 vignerons qui se sont rangés sous la stricte «Certification Vin Québec» (voir le Guide Aubry 2010, page 44, et le 2011, page 46, ainsi que Le Devoir, au: http://www.ledevoir.com/art-de-vivre/vin/291471/vive-le-quebec-vins), il envisagerait sûrement la question autrement.
Une question qui pourrait se lire ainsi: quand est-ce que les acheteurs, que ce soit la SAQ, les autres monopoles canadiens ou autres, vont-ils imposer de réelles normes d'origines contrôlées sur le vin de glace ou autres vins secs produits chez nous?
Du côté de l'AVQ, on est prêt, car il n'y a rien à cacher. Et notre internaute masqué ne s'interroge nullement sur le fait qu'il existe au Québec des cuvées élaborées avec du pinot noir — vous avez bien lu: du pinot noir! —, cuvées qu'on se refuse évidemment à déclarer sous la norme du vin certifié du Québec. L'agitateur anonyme du Web aurait sans doute là un gros poisson dans ses filets...
Les amis du vin du Devoir
Voici les dates prévues pour les prochains ateliers de dégustations ludiques des amis du vin du Devoir: 12 février (complet), 9 avril, 7 mai, 4 juin. Huit vins. Coût: 50 $. Endroit: restaurant La Colombe, 554, avenue Duluth Est à Montréal, à 18h30 précises. Mode de paiement: un chèque à l'attention de Jean Aubry, posté au journal Le Devoir, 2050, rue de Bleury, 9e étage, Montréal H3A 3M9, tient lieu de réservation. Une confirmation suivra dans la foulée. Premiers arrivés, premiers servis.
Très important: inclure un numéro de téléphone ou une adresse de courriel pour ladite confirmation, avec mention de la date choisie.
Capacité du vin à se bonifier: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.
Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2012 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.
***
Les vins de la semaine
La belle affaire
Beaujolais 2010, Collin Bourisset (13,75 $ - 050096)
Cette maison de négoce archiconnue fera sans doute lever le nez des fins connaisseurs, mais encore faut-il admettre ici que ce simple beaujolais livre avec spontanéité, fraîcheur et clarté le fruit demandé. C'est bien net, léger et, bien sûr, friand. 1
Le fino
Capataz, Alvear, Montilla Moriles (14,15 $ - 884833)
Le devoir d'un fino est d'être bu frais, sans attendre. Le fino ne peut se permettre de flétrir, telle une belle qui évite le soleil sur sa peau blanche, car il est la grâce même. Impérialement sec, divinement aromatique avec ses nuances florales où noix et olives vertes se lovent; net, vibrant, tranché. Top! 1
La primeur en blanc
Furmint Locse 2008, Béres, Hongrie (23 $ - 11607490)
Rares, oui, ils sont rares sur notre marché ces vins secs à base de furmint. Profitons donc de ces flaveurs à peine décalées, originales, suggestives, hors des sentiers battus. Bien sec mais avec cette impression de rondeur, fruité substantiel où l'amer compense la faible acidité. Idéal sur des viandes blanches relevées. 1
La primeur en rouge
Morgon Côte du Py 2009, Château des Jacques (34,50 $ - 11589851)
Philippe Bouin parle avec justesse en ces termes de la Côte du Py dans Le Rouge&LeBlanc n°101 (www.lerougeetleblanc.com) consacré au Morgon: «La Côte du Py n'est pas une étiquette. C'est une saveur, celle des morgons juteux qui emplissent la bouche et gravent la mémoire.» Quoi ajouter de plus? 2
L'émotion
José de Sousa 2009, José Maria Da Fonseca, Alentejano, Portugal (17,20 $ - 396689)
C'est bon. Diablement bon. Ça vous plonge au coeur d'un pays, en profondeur, sans repères; ça raconte ce Portugal d'hier qui n'a pas changé, avec toutefois ce glissement imperceptible au présent, fort, lumineux. Tanins fruités serrés, fins et frais, volume, fraîcheur, beaucoup de style. 1
J'adore ce jeu du vin qui consiste à brûler les ponts de nos préjugés pour mieux tendre les passerelles de curiosités aussi neuves que naïves.
L'auteur californien Kermit Lynch disait d'ailleurs «que la dégustation à l'aveugle est au vin ce que le strip poker est à l'amour». Quand elle ne met pas l'amour-propre à nu!
Cela se passait dimanche dernier, entre le croissant du matin et la quiche du midi. Une bouteille, tirée de l'ombre fraîche d'une cave ensommeillée et versée par ma complice. Robe dépouillée mais au coeur chaud, parfums discrets mais fins, évoquant tour à tour la touche épicée d'une syrah du Rhône et les subtilités animales et terrestres d'un côtes-de-nuits villages.
Léger de corps, fraîcheur exquise, équilibre et, surprise, une certaine allonge au final. Note: trois étoiles (***, 1), oui, mais de quoi s'agissait-il? Comme aime à le dire l'ami Mohand: «Tu pédales ici dans la semoule!» Dans la semoule, effectivement, j'étais. Pour ne pas dire dans le couscous au complet.
Le vin? Réserve des Tonneliers 2001 du vignoble Dietrich Jooss, du côté d'Iberville, au Québec! Conservation parfaite pour un rouge qui, une décennie plus tard, affichait une admirable maturité. Aurais-je dégusté et noté le vin de la même façon en sachant qu'il était de chez nous? Bonne question.
Décédé le 23 juin 2003, Victor Dietrich, Alsacien de souche mais Québécois de terroir arrivé chez nous en 1986, président de l'Association des vignerons du Québec (AVQ) de 1991 à 1999, grand pépiniériste et vigneron émérite, serait sans doute sous le charme lui aussi.
Et on me dira que les vins du Québec ne valent pas un kopek? Il serait peut-être temps que les Québécois commencent à aimer leur pays à même ses racines. Dommage, seulement, que les cinq hectares de vignoble qu'il a laissés derrière lui aient été «convertis» en champs de maïs l'année suivant son décès. Quel gâchis.
Campagne de salissage
Quel gâchis aussi, mais d'un tout autre ordre cette fois, que cette campagne de salissage visant actuellement un autre vigneron d'ici. La personne ciblée? Charles-Henri de Coussergues, vigneron propriétaire au Domaine de l'Orpailleur et président actuel de l'AVQ.
La grande majorité des gens du milieu conviendront avec moi que l'homme est d'une intégrité sans faille. Son implication sur le terrain, depuis plus de trois décennies, en témoigne. Le litige? Le dépôt à même les filets de grappes gelées sur vigne pour l'élaboration du vin de glace.
À moins de se conformer à la norme européenne et canadienne (au 1er janvier 2013) stipulant que les grappes doivent être vendangées sur pied avant le pressurage, et non, comme dans le cas qui nous occupe, être coupées puis déposées sur place à même les filets, les vins issus de cette dernière technique ne pourront bénéficier de l'appellation «Vin de glace».
Mais voilà, société distincte oblige, l'opération dite du «buttage» des vignes (action de recouvrir de terre le pied de vigne pour le préserver du froid), spécifique à notre rude climat, nécessite lesdits filets, d'où le dépôt des grappes qui, de toute façon, ont depuis belle lurette coupé le cordon ombilical d'avec la mère nourricière. Vous me suivez toujours?
La campagne de salissage en question nous vient d'un internaute malveillant qui, sur les réseaux sociaux et bien sûr sans apposer la moindre signature au bas de sa hargne pamphlétaire, non seulement accuse De Coussergues de recevoir à bennes entières des grappes importées dans ses filets au vignoble (!), mais pousse l'outrecuidance jusqu'à dénigrer aussi une presse du vin qui, à ce que je sache, n'est à la solde de quiconque.
Permettez que je cite le Fantomas en question: «Mademoiselle, Messieurs. Nous sommes surpris du peu de rigueur journalistique dont vous avez fait preuve au sein de vos articles. Vos textes sont plutôt ceux de relationnistes, de porte-paroles à la solde d'une industrie ou d'une organisation, ici, l'Association des vignerons du Québec, non pas ceux de journalistes sérieux, éthiques, objectifs.»
Pourtant, si ce même poltron de l'ombre s'était réellement donné la peine de suivre les étapes de rédaction du cahier des charges monté avec diligence et perspicacité par De Coussergues depuis les quatre dernières années, cahier maintenant approuvé par 22 vignerons qui se sont rangés sous la stricte «Certification Vin Québec» (voir le Guide Aubry 2010, page 44, et le 2011, page 46, ainsi que Le Devoir, au: http://www.ledevoir.com/art-de-vivre/vin/291471/vive-le-quebec-vins), il envisagerait sûrement la question autrement.
Une question qui pourrait se lire ainsi: quand est-ce que les acheteurs, que ce soit la SAQ, les autres monopoles canadiens ou autres, vont-ils imposer de réelles normes d'origines contrôlées sur le vin de glace ou autres vins secs produits chez nous?
Du côté de l'AVQ, on est prêt, car il n'y a rien à cacher. Et notre internaute masqué ne s'interroge nullement sur le fait qu'il existe au Québec des cuvées élaborées avec du pinot noir — vous avez bien lu: du pinot noir! —, cuvées qu'on se refuse évidemment à déclarer sous la norme du vin certifié du Québec. L'agitateur anonyme du Web aurait sans doute là un gros poisson dans ses filets...
Les amis du vin du Devoir
Voici les dates prévues pour les prochains ateliers de dégustations ludiques des amis du vin du Devoir: 12 février (complet), 9 avril, 7 mai, 4 juin. Huit vins. Coût: 50 $. Endroit: restaurant La Colombe, 554, avenue Duluth Est à Montréal, à 18h30 précises. Mode de paiement: un chèque à l'attention de Jean Aubry, posté au journal Le Devoir, 2050, rue de Bleury, 9e étage, Montréal H3A 3M9, tient lieu de réservation. Une confirmation suivra dans la foulée. Premiers arrivés, premiers servis.
Très important: inclure un numéro de téléphone ou une adresse de courriel pour ladite confirmation, avec mention de la date choisie.
Capacité du vin à se bonifier: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.
Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2012 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.
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Les vins de la semaine
La belle affaire
Beaujolais 2010, Collin Bourisset (13,75 $ - 050096)
Cette maison de négoce archiconnue fera sans doute lever le nez des fins connaisseurs, mais encore faut-il admettre ici que ce simple beaujolais livre avec spontanéité, fraîcheur et clarté le fruit demandé. C'est bien net, léger et, bien sûr, friand. 1
Le fino
Capataz, Alvear, Montilla Moriles (14,15 $ - 884833)
Le devoir d'un fino est d'être bu frais, sans attendre. Le fino ne peut se permettre de flétrir, telle une belle qui évite le soleil sur sa peau blanche, car il est la grâce même. Impérialement sec, divinement aromatique avec ses nuances florales où noix et olives vertes se lovent; net, vibrant, tranché. Top! 1
La primeur en blanc
Furmint Locse 2008, Béres, Hongrie (23 $ - 11607490)
Rares, oui, ils sont rares sur notre marché ces vins secs à base de furmint. Profitons donc de ces flaveurs à peine décalées, originales, suggestives, hors des sentiers battus. Bien sec mais avec cette impression de rondeur, fruité substantiel où l'amer compense la faible acidité. Idéal sur des viandes blanches relevées. 1
La primeur en rouge
Morgon Côte du Py 2009, Château des Jacques (34,50 $ - 11589851)
Philippe Bouin parle avec justesse en ces termes de la Côte du Py dans Le Rouge&LeBlanc n°101 (www.lerougeetleblanc.com) consacré au Morgon: «La Côte du Py n'est pas une étiquette. C'est une saveur, celle des morgons juteux qui emplissent la bouche et gravent la mémoire.» Quoi ajouter de plus? 2
L'émotion
José de Sousa 2009, José Maria Da Fonseca, Alentejano, Portugal (17,20 $ - 396689)
C'est bon. Diablement bon. Ça vous plonge au coeur d'un pays, en profondeur, sans repères; ça raconte ce Portugal d'hier qui n'a pas changé, avec toutefois ce glissement imperceptible au présent, fort, lumineux. Tanins fruités serrés, fins et frais, volume, fraîcheur, beaucoup de style. 1
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