Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Médaille Grand or - Un vin venu du froid

21 octobre 2011 | Catherine Lalonde | Vin
Qu'est-ce qui fait courir les vignerons du Vignoble du marathonien? «J'ai fait une dizaine de marathons dans ma vie,explique le propriétaire Jean Joly en entrevue téléphonique. C'est une analogie: planter de la vigne au Québec, ce n'est pas évident. Ça prend de l'endurance, de la persévérance, de la volonté et surtout un brin de folie.»Plus besoin de courir après le succès: les prix et mentions pleuvent désormais sur les vins de Jean Joly.

Il a fallu un peu plus de vingt ans à Jean Joly et à sa femme, Line Joly, pour faire de leur vignoble un incontournable dans le monde du vin québécois. La cuvée vendange tardive 2009 du Vignoble du marathonien a reçu pour la deuxième année de suite le trophée du Best Dessert Wine of the Year du concours All Canadian Wine Competition. Le vigneron est particulièrement fier de cette décoration, puisque la cuvée y était en compétition féroce avec les vins de glace blancs et rouges et les vendanges tardives du pays. Ses vins ont aussi remporté la manche à la Coupe des nations. «Cette année, ils ont remis deux Prix Victor-Dietrich parce que deux vins avaient récolté la même note: les deux miens!, précise Jean Joly, la voix fière.Le vendange tardive et le vin de glace!»

Un vignoble, enfin!


D'aussi loin qu'il se souvienne, Jean Joly a toujours aimé le vin. «J'ai commencé à faire du vin maison autour de mes vingt ans, avec pas mal de succès.»Assez pour se faire remarquer par le chroniqueur de La Presse,Jacques Benoît, dès 1984.

L'ingénieur de métier rêve de vendanges, mais ne vivra ses premières qu'après avoir planté ses propres vignes, autour d'une ferme, en 1990. «Avant d'avoir le vignoble, quand je faisais mon vin avec du raisin de Californie acheté, je me pétais les bretelles tellement c'était facile. Mais avec nos premiers raisins, ce n'était pas du tout la même chose. Je me suis mis à faire du blanc, plutôt que du rouge. Au Québec, on a un bon climat pour faire du blanc, et des supervendanges tardives et vins de glace.»

Son vignoble est relativement petit: deux hectares, 7000 plants, une superficie «facilement gérable les week-ends». Après de premiers étés difficiles, où la chaleur lui fait perdre la moitié de ses vignes, les embûches se raréfient. «Le sol chez nous est très caillouteux et c'est peut- être un des facteurs qui fait la qualité de nos vins. Ça assure un bon drainage quand il manque d'eau.»

Le secret de son succès? D'abord, le partage. Jean Joly a été épaulé dès ses débuts par l'ancien président de l'Association des vignerons du Québec, feu Victor Dietrich, et par le propriétaire de L'Orpailleur

Charles-Henri de Coussergues. «Il faut trois qualités pour être un bon vigneron. Connaître la culture. Avoir un penchant pour la chimie et l'alchimie afin de savoir faire le vin. Finalement, vendre le vin.»

Et le succès des cuvées? «Je fais ma vendange tardive en même temps que mon vin de glace, beaucoup plus tard que ce qui se fait habituellement. Ça donne le même goût que le vin de glace, en moins liquoreux, avec une moindre concentration en sucres.»Pour la petite histoire, c'est lui qui a sorti en1994 le premier vin de glace du Québec. L'idée, importée d'Autriche et d'Allemagne, commençait à se réaliser en Ontario, avec du gewurztraminer, du riesling et du vidal. C'est ce dernier raisin que le vigneron a choisi pour sa terre.

Le plaisir et la fierté sont évidents, mais les défis demeurent. «On ne peut pas survivre avec un vignoble de 7000 plants. Par chance que j'ai mon fonds de retraite d'ingénieur», précise Jean Joly. La distribution n'est pas simple, les majorations de prix imposées par la Société des alcools du Québec désavantagent les vins d'ici.

L'Ontario refuse de reconnaître les vins de glace du Québec, malgré de nombreuses négociations. Il ne faut pas oublier le climat: s'il permet l'oxydation du raisin et la magie du vin de glace, il impose ses difficultés. «Tous mes plants sont des hybrides qui doivent être protégés, en les enterrant, contre la saison froide. Il faut buter les plants à l'automne. Au printemps, c'est la folie furieuse: il faut déterrer les plants avant que les

bourgeons commencent à sortir et les tailler, tandis qu'en France les plants sont taillés tout l'hiver. C'est une course contre la montre. Pour le vin de glace, pas le choix, il faut négocier avec la neige et le froid. On est obligé de prétailler la vigne à la chute des feuilles, on va le faire prochainement, fin octobre ou début novembre, quand il n'y a plus de photosynthèse et plus de

feuilles. On met les filets, on décroche les raisins qui sont prêts au bas du plant et on les laisse dans le filet, sur le pied de vigne. Et, en janvier, il faut déterrer tout ça.»Un vrai travail de marathonien, quoi, avec des sprints aux changements de saison. Et des médailles en bout de course. www.marathonien.qc.ca
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel