Yalumba : « Grandir jeune demande du temps »
Photo : Agence France-Presse
Dans un monde de fusions, d'OPA, de synergies et de conglomérats, la maison australienne Yalumba négocie les virages depuis six générations déjà. Aux commandes de cette maison demeurée familiale depuis 1849: Robert Hill Smith.
Son plus bel exploit? Avoir su résister à la vague d'acquisitions qui s'opérait au cours des années 1980 en Australie par les géants de l'industrie, tel le titan de la bière Foster's, qui a englouti Wolf Blass, et Penfolds lui-même ayant digéré Leo Buring et Kaiser Stuhl, le Suisse Donald Hess n'ayant fait qu'une bouchée de Peter Lehmann, ou encore Pernod Ricard ayant ajouté Orlando à son portfolio.
En 1988, Smith emprunte alors 20 millions de dollars US, restructure l'entité familiale dans ses moindres détails et demande (et obtient!) des employés un gel de salaire sur trois ans. Si « grandir jeune demande du temps », comme aimait à le dire Pablo Picasso, Robert Hill Smith peut aujourd'hui revendiquer à son compte les propos de l'artiste.
Cette dynamique à l'échelle humaine se traduit depuis en la personne de Jane Ferrari, à la fois oenologue, philosophe et grande raconteuse de la saga Yalumba. Jetez un oeil sur son site (http://yalumbastories.wordpress.com) pour sentir l'appartenance qui la lie au « clan » mais aussi les coudées franches qui lui sont assurées pour mener à bien son boulot. Elle était de passage au Québec récemment pour animer une dégustation où le grenache, la syrah, le viognier et le cabernet sauvignon de la Barossa et de l'Eden Valley étaient à l'honneur. Si l'amour pour son boulot témoigne de l'enthousiasme qu'elle a à en parler, pas de doute que les vins produits sont à la hauteur. Ils sont plus que ça!
Yalumba niche au nord d'Adélaïde, à cheval entre la Barossa Valley (plus chaude) et Eden Valley, aux plateaux plus frais. Les assemblages se font d'ailleurs à partir de parcelles réparties dans les deux zones. Fait à souligner, la maison a été la première à dresser une charte concernant l'âge des vignes, sachant qu'il existe sur place des ceps pré-phylloxériques qui contribuent à la profondeur des cuvées; une charte qui veut reconnaître, préserver et faire la promotion de ces vieilles vignes sans pour autant utiliser l'argument voulant qu'elles produisent nécessairement du meilleur vin, comme c'est le cas par exemple sur de nombreuse étiquettes à travers la monde.
Ainsi, Old Vine est âgée d'au moins 35 ans, Antique Vine d'au moins 70 ans, Centenarian Vine d'au moins 100 ans et Tri-Centenary Vine (ou very, bloody exceptionnaly old vine) couvre pas moins de trois siècles d'enracinement. Pour Ferrari, c'est le résultat d'un assemblage complexe d'une trentaine de lots vinifiés séparément à partir de vignes ou de terroirs différents, qui assure au final la profondeur et l'élégance des vins.
Neuf vins dégustés, dont la plupart se retrouvent heureusement en tablettes, à commencer par ce mousseux de Tasmanie « Jansz » (26,90 $ - 10669824 - arrivage en novembre prochain) à la mousse fine, au profil fruité tonique, vibrant, d'une grande clarté: un incontournable pour le temps des f'nêtres ***, 1; ou encore ce superbe Viognier « Y » Series 2008 (16,95 $ - 11133811) dont il faudra surveiller l'arrivée en début d'année prochaine, dans la section des produits courants: il va faire un petit malheur! À la fois réservé et fin comme un Condrieu, avec cette ampleur mesurée, cette texture suave typique, cette finesse abricotée qui séduit illico. Le tout d'une étonnante harmonie, ***, 1.
Côté rouges, la table est mise pour des vins certes puissants mais « flexibles », digestes, souples et parfumés, des vins dont on maîtrise parfaitement la structure et la maturité des tanins, sans lourdeur ni défaut de fraîcheur. Le grenache noir impressionne, d'abord avec ce Grenache Bush Vine 2007 (19,90 $ - 902305) provenant d'une douzaines de vignobles de la vallée (sur sable drainant), floral comme un pinot noir, avec ce soyeux fin qui caresse, cette amplitude fruitée qui charme, simplement, ***, 1; ou encore, sur des terroirs spécifiques, ce Grenache Single Site « Moppa » 2006 (vignoble planté en 1960) à la fois foncé, riche et chaud avec son goût profond de mûre, de cassis, de crayon minéral, ***1/2, 2 ©; ou encore ce grenache Single Site Tri Centenary Vine Vale 2006 aux flaveurs multidimensionnelles où le minéral, l'orange confite, les épices rares se conjuguent sur une trame d'une rare profondeur. Un vin qui laisse songeur, ****, 3. ©
Pourquoi assembler la syrah et le blanc viognier? Selon Jane Ferrari, ce dernier aviverait la couleur, découperait mieux les arômes et assouplirait l'entrée de bouche. Sur le Shiraz/Viognier 2006 (20,90 $ - 524926), l'approche est friande, fraîche et gourmande, sans verser dans ce côté « bonbon » tout juste bon à aromatiser les jus de fruits, ***, 1; mais l'assemblage devient plus sérieux avec le Shiraz/Viognier Hand Pick de l'Eden Valley (40 $ - 10339227) au fruité plus consistant, très frais, détaillé, généreux, puissant et long en bouche. De quoi faire flipper un kangourou! ***1/2, 3 ©.
Enfin, avec The Signature Cabernet/Syrah 2004 (44,75 $ - 903252), elle semble bien révolue, l'époque où la région approvisionnait l'empire britannique avec ces gros rouges collants de type porto. Assemblage ici des meilleurs fruits de plusieurs parcelles de la Barossa comme de l'Eden Valley, pour un vin tout simplement somptueux, construit avec rigueur mais aussi élégance, d'une clarté de fruit permanente, de l'entrée à la fin de bouche, greffant au passage des nuances de fumée, de bois, d'anis étoilé et de réglisse. Une multi-cuvées de haut niveau à faire pâlir bon nombre de crus bordelais! ****, 3. ©
Potentiel de vieillissement du vin: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.
Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2010 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25$ à paraître ce mois-ci et chroniqueur à l'émission de Christiane Charette à l'antenne de Radio-Canada.
***
LES VINS DE LA SEMAINE
La belle affaire
Panarroz 2007, Jumilla, Bodegas Olivares (12,75 $ - 10540570)
C'est avec une certaine puissance mais aussi beaucoup de fraîcheur que cette cuvée vous balance un fruité qui ne manque ni de maturité, ni de concentration. Un rouge coulant et bien épicé, idéal sur vos saucisses grillées. 1.
***
Le corse
Fiume seccu 2007, Domaine d'Alzipratu, Corse (20,50 $ - 11095658)
Non loin de Calvi, les pieds dans le maquis avec un quignon de pain et un morceau de fromage brebis, vous êtes en selle pour du beau galop. Un rouge souple et très frais, nuancé d'une pointe de prune et de réglisse; corps, vigueur et intensité sur finale épicée. 2.
***
La primeur en blanc
Savatiano 2008, Domaine
Papagiannakos, Grèce
(16,95 $ - 11097451)
Ce savatiano a des fourmis dans les jambes tant il détale avec fraîcheur et agilité sur une bouche qui offre tout de même un fruité nourri, mûr, d'excellente tenue. Ajoutez cette impression de suavité constante et une vibrante trame minérale. 1.
***
La primeur en rouge
Parallèle 45 2007, Paul Jaboulet Aîné, Côtes du Rhône (13,25 $: 16 % de rabais ce week end - 332304)
Ce 2007 ne mâche pas ses mots! Belle robe violacée soutenue, le fruité s'étoffe et s'épaissit sur une trame fraîche, ferme et pourvue de solides tannins. Ensemble généreux mais viril. Une nouvelle équipe est derrière et ça se sent! 1.
***
Le vin plaisir
Crozes-Hermitage « Les Pierrelles » 2005, Domaine Belle (24,85 $ - 863795)
Avec cette syrah juteuse et parfumée, le mot plaisir retrouve ce sens princier qui allie curiosité vive, bonheur naïf et abandon total pour une jouissance de premier ordre. Pureté et clarté de fruit sur un soyeux frais, distingué, d'une croquante légèreté. 1.
Son plus bel exploit? Avoir su résister à la vague d'acquisitions qui s'opérait au cours des années 1980 en Australie par les géants de l'industrie, tel le titan de la bière Foster's, qui a englouti Wolf Blass, et Penfolds lui-même ayant digéré Leo Buring et Kaiser Stuhl, le Suisse Donald Hess n'ayant fait qu'une bouchée de Peter Lehmann, ou encore Pernod Ricard ayant ajouté Orlando à son portfolio.
En 1988, Smith emprunte alors 20 millions de dollars US, restructure l'entité familiale dans ses moindres détails et demande (et obtient!) des employés un gel de salaire sur trois ans. Si « grandir jeune demande du temps », comme aimait à le dire Pablo Picasso, Robert Hill Smith peut aujourd'hui revendiquer à son compte les propos de l'artiste.
Cette dynamique à l'échelle humaine se traduit depuis en la personne de Jane Ferrari, à la fois oenologue, philosophe et grande raconteuse de la saga Yalumba. Jetez un oeil sur son site (http://yalumbastories.wordpress.com) pour sentir l'appartenance qui la lie au « clan » mais aussi les coudées franches qui lui sont assurées pour mener à bien son boulot. Elle était de passage au Québec récemment pour animer une dégustation où le grenache, la syrah, le viognier et le cabernet sauvignon de la Barossa et de l'Eden Valley étaient à l'honneur. Si l'amour pour son boulot témoigne de l'enthousiasme qu'elle a à en parler, pas de doute que les vins produits sont à la hauteur. Ils sont plus que ça!
Yalumba niche au nord d'Adélaïde, à cheval entre la Barossa Valley (plus chaude) et Eden Valley, aux plateaux plus frais. Les assemblages se font d'ailleurs à partir de parcelles réparties dans les deux zones. Fait à souligner, la maison a été la première à dresser une charte concernant l'âge des vignes, sachant qu'il existe sur place des ceps pré-phylloxériques qui contribuent à la profondeur des cuvées; une charte qui veut reconnaître, préserver et faire la promotion de ces vieilles vignes sans pour autant utiliser l'argument voulant qu'elles produisent nécessairement du meilleur vin, comme c'est le cas par exemple sur de nombreuse étiquettes à travers la monde.
Ainsi, Old Vine est âgée d'au moins 35 ans, Antique Vine d'au moins 70 ans, Centenarian Vine d'au moins 100 ans et Tri-Centenary Vine (ou very, bloody exceptionnaly old vine) couvre pas moins de trois siècles d'enracinement. Pour Ferrari, c'est le résultat d'un assemblage complexe d'une trentaine de lots vinifiés séparément à partir de vignes ou de terroirs différents, qui assure au final la profondeur et l'élégance des vins.
Neuf vins dégustés, dont la plupart se retrouvent heureusement en tablettes, à commencer par ce mousseux de Tasmanie « Jansz » (26,90 $ - 10669824 - arrivage en novembre prochain) à la mousse fine, au profil fruité tonique, vibrant, d'une grande clarté: un incontournable pour le temps des f'nêtres ***, 1; ou encore ce superbe Viognier « Y » Series 2008 (16,95 $ - 11133811) dont il faudra surveiller l'arrivée en début d'année prochaine, dans la section des produits courants: il va faire un petit malheur! À la fois réservé et fin comme un Condrieu, avec cette ampleur mesurée, cette texture suave typique, cette finesse abricotée qui séduit illico. Le tout d'une étonnante harmonie, ***, 1.
Côté rouges, la table est mise pour des vins certes puissants mais « flexibles », digestes, souples et parfumés, des vins dont on maîtrise parfaitement la structure et la maturité des tanins, sans lourdeur ni défaut de fraîcheur. Le grenache noir impressionne, d'abord avec ce Grenache Bush Vine 2007 (19,90 $ - 902305) provenant d'une douzaines de vignobles de la vallée (sur sable drainant), floral comme un pinot noir, avec ce soyeux fin qui caresse, cette amplitude fruitée qui charme, simplement, ***, 1; ou encore, sur des terroirs spécifiques, ce Grenache Single Site « Moppa » 2006 (vignoble planté en 1960) à la fois foncé, riche et chaud avec son goût profond de mûre, de cassis, de crayon minéral, ***1/2, 2 ©; ou encore ce grenache Single Site Tri Centenary Vine Vale 2006 aux flaveurs multidimensionnelles où le minéral, l'orange confite, les épices rares se conjuguent sur une trame d'une rare profondeur. Un vin qui laisse songeur, ****, 3. ©
Pourquoi assembler la syrah et le blanc viognier? Selon Jane Ferrari, ce dernier aviverait la couleur, découperait mieux les arômes et assouplirait l'entrée de bouche. Sur le Shiraz/Viognier 2006 (20,90 $ - 524926), l'approche est friande, fraîche et gourmande, sans verser dans ce côté « bonbon » tout juste bon à aromatiser les jus de fruits, ***, 1; mais l'assemblage devient plus sérieux avec le Shiraz/Viognier Hand Pick de l'Eden Valley (40 $ - 10339227) au fruité plus consistant, très frais, détaillé, généreux, puissant et long en bouche. De quoi faire flipper un kangourou! ***1/2, 3 ©.
Enfin, avec The Signature Cabernet/Syrah 2004 (44,75 $ - 903252), elle semble bien révolue, l'époque où la région approvisionnait l'empire britannique avec ces gros rouges collants de type porto. Assemblage ici des meilleurs fruits de plusieurs parcelles de la Barossa comme de l'Eden Valley, pour un vin tout simplement somptueux, construit avec rigueur mais aussi élégance, d'une clarté de fruit permanente, de l'entrée à la fin de bouche, greffant au passage des nuances de fumée, de bois, d'anis étoilé et de réglisse. Une multi-cuvées de haut niveau à faire pâlir bon nombre de crus bordelais! ****, 3. ©
Potentiel de vieillissement du vin: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.
Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2010 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25$ à paraître ce mois-ci et chroniqueur à l'émission de Christiane Charette à l'antenne de Radio-Canada.
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LES VINS DE LA SEMAINE
La belle affaire
Panarroz 2007, Jumilla, Bodegas Olivares (12,75 $ - 10540570)
C'est avec une certaine puissance mais aussi beaucoup de fraîcheur que cette cuvée vous balance un fruité qui ne manque ni de maturité, ni de concentration. Un rouge coulant et bien épicé, idéal sur vos saucisses grillées. 1.
***
Le corse
Fiume seccu 2007, Domaine d'Alzipratu, Corse (20,50 $ - 11095658)
Non loin de Calvi, les pieds dans le maquis avec un quignon de pain et un morceau de fromage brebis, vous êtes en selle pour du beau galop. Un rouge souple et très frais, nuancé d'une pointe de prune et de réglisse; corps, vigueur et intensité sur finale épicée. 2.
***
La primeur en blanc
Savatiano 2008, Domaine
Papagiannakos, Grèce
(16,95 $ - 11097451)
Ce savatiano a des fourmis dans les jambes tant il détale avec fraîcheur et agilité sur une bouche qui offre tout de même un fruité nourri, mûr, d'excellente tenue. Ajoutez cette impression de suavité constante et une vibrante trame minérale. 1.
***
La primeur en rouge
Parallèle 45 2007, Paul Jaboulet Aîné, Côtes du Rhône (13,25 $: 16 % de rabais ce week end - 332304)
Ce 2007 ne mâche pas ses mots! Belle robe violacée soutenue, le fruité s'étoffe et s'épaissit sur une trame fraîche, ferme et pourvue de solides tannins. Ensemble généreux mais viril. Une nouvelle équipe est derrière et ça se sent! 1.
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Le vin plaisir
Crozes-Hermitage « Les Pierrelles » 2005, Domaine Belle (24,85 $ - 863795)
Avec cette syrah juteuse et parfumée, le mot plaisir retrouve ce sens princier qui allie curiosité vive, bonheur naïf et abandon total pour une jouissance de premier ordre. Pureté et clarté de fruit sur un soyeux frais, distingué, d'une croquante légèreté. 1.
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