La mosaïque saint-émilionnaise
Bien malin qui ferait la différence, les yeux fermés et les oreilles pointées, entre un Lussac, un Puisseguin, un Montagne ou un Saint-Georges Saint-Émilion. Non pas qu'elle n'existe pas, ou que votre nez ne soit qu'un banal appendice tout juste bon à flairer le meilleur candidat aux prochaines élections. Non.
Même son de cloche entre un Fronsac et un Canon-Fronsac, ou entre un Pomerol et un Lalande de Pomerol, des appellations qui se jouxtent et qui pourtant cultivent cette petite différence qui fait à la fois le bonheur du véritable amateur de vin, la gloire de la France et la jalousie des pays « émergents », qui aimeraient bien bénéficier de cette découpe historique unique pour faire la promotion de leurs vins.
Mais attention! Il n'est pas interdit de penser qu'un Saint-Georges Saint-Émilion bien disposé soit meilleur qu'un Grand Cru Classé de Saint-Émilion, ou qu'un Lalande de Pomerol bien roulé soit plus convaincant qu'un Pomerol qui ronronne sur ses argiles. J'ai pu m'en rendre compte lors de mon bref séjour sur place lors de la déclaration du ban des vendanges, le 13 septembre dernier. Ma question: n'y aurait-il pas avantage, pour le simple consommateur, vu la complexité de cette mosaïque saint-émilionnaise composée de 10 appellations, à se regrouper derrière une marque forte, comme l'ont fait par exemple dernièrement ces Côtes de Bordeaux (Côtes de Francs, Côtes de Castillon, etc.)? Ajoutez à cela le fait qu'ici le merlot est roi (plus de 70 % de l'encépagement) et vous avez là matière à une communication si sexy que même des bourgeons gustatifs « grand public » auront la chair de poule à l'entendre!
Bref, beau coin de pays, riche de femmes et d'hommes qui cultivent cette différence en y traçant une signature bien personnalisée. Je vous parlais la semaine dernière de Jean-Claude Berrouet, à Pétrus, et de son fils Olivier qui prend doucement le relais; voici d'autres vignerons rencontrés qui s'amusent sérieusement en travaillant leurs parcelles de vignoble.
Saint-Émilion
Joseph Janoueix. Vous connaissez l'entreprise familiale à taille humaine avec papy Janoueix aux commandes (et son impressionnant trousseau de clés!), secondé de ses fils Jean-Pierre et Jean-Philippe, sans oublier Françoise, qui veille au grain. Châteaux Haut-Sarpe, le Castellot, La Confession ne sont que quelques-unes des propriétés gérées avec soin, en relation intime avec le terroir. À déboucher, du côté de Castillon, ce Château la Gasparde 2002 (17,90 $ - 527572), au fruité fondu, à point, ***, 1, ou ce St-Émilion G. C. Le Castellot 2005 (40,25 $ - 11071955), étoffé, fourni, texturé, long en bouche, ***1/2, 2, ©.
Château Grand Corbin d'Espagne. C'est François Despagne qui me reçoit sur ce vignoble familial (1812) de 26 hectares, qui jouxte Pétrus tout près. L'homme est honnête, juste, intense et passionné. Son vin a de l'étoffe, une classe et une sapidité qui le rendent palpable et digeste. Une référence. Il reste encore du 2000 (69 $ - 11158241), un vin majestueux qui ouvre sur des promesses fruitées, minérales et épicées insoupçonnées... ****, 2, ©.
Château Destieux. Christian Dauriac n'a pas besoin de ses trois propriétés (Montlisse, Destieux à St-Émilion et La Clémence à Pomerol) pour vivre, mais ses propriétés font vivre l'humain de l'intérieur. Il prend le temps aussi de commercialiser souvent son Destieux après 10 ans de cave chez lui, tel ce 1998 (69 $ - 850685) à pleine maturité, aux tanins nobles, civilisés, ***1/2, 1. Le 2005 (71 $ - 10697315), tout juste arrivé, est superbe, ****, 3, ©. Quant à la (micro)cuvée La Clémence, en appellation Pomerol, orchestrée par Michel Roland, c'est la sensualité à l'état pur!
-Château de Pressac. Le château et le vignoble sont ici un petit monument d'histoire et Jean-François Quenin et Dominique, son épouse, des hôtes amoureux de leur nouvelle appartenance terrienne depuis 1997. Le vin? Le secret le mieux gardé du coin! Jean-François s'est roulé les manches et offre un vin de textures, riche et profond, farouchement fruité, authentique. Un cru qui ne cesse de progresser. À suivre!
Puisseguin Saint-Émilion
-Château Guibot la Fourvieille. L'aventure démarre au Mexique avec l'arrière-grand père d'Henri Bourlon et se termine du côté de Puisseguin Saint-Émilion, sur 34 hectares de vignoble. Se termine? Pas tout à fait, car la fille d'Henri et son gendre poursuivent la confection maison d'un cru qui fait une large place au merlot pour un vin bien élevé, structuré et vineux en raison de ses origines argilo-calcaires. Pour la petite histoire, Henri Bourlon, qui est aussi maire de Puisseguin depuis 40 ans, s'est également occupé du Château les Laurets dont la qualité ne cesse de progresser depuis.
Montagne Saint-Émilion
-Château Montaiguillon. Chantal Amart pilote ici le domaine de 28 hectares d'une main sûre, pour un vin qui ne se révèle pas au premier coup de nez en raison d'une forte proportion de cabernets, mais qui évolue à merveille comme ce 1998 arrivé à son apogée. S'il reste quelques beaux magnums du splendide 2005 (50,75 $ - 10214977 - ***1/2, 2, ©), intéressez votre prochaine entrecôte avec le 2006 (23,30 $ - 864249), plus classique, à la fois frais et de belle densité, ***, 2, ©.
Le ban des vendanges à l'Orpailleur
Le vignoble de l'Orpailleur sonnera ce week-end le ban des 25es vendanges de son histoire. L'occasion est belle d'y voir la récolte 2009 et d'y boire celle de 2008, seul ou en famille. Surtout que le millésime s'annonce top! www.orpailleur.ca. Sortie 68 de l'autoroute 10. 1086, rue Bruce (route 202), à Dunham.
***
Les vins de la semaine
La belle affaire
Moulin Saint Jean 2008,
Corbières (10,45 $ - 346148)
Plein les yeux, le nez, la bouche. Plein de bonnes choses pour un corbières qui, à ce prix, est une véritable affaire. La robe pleine et d'une ébouriffante jeunesse laisse place à un registre fruité et poivré parfaitement circonscrit, suivi d'une bouche charpentée, bien fraîche. 1.
Le taureau
Juan Rojo 2004, Toro, Espagne (27,15 $ - 11034628)
L'idée de savourer de vieux tempranillos vous intéresse? Les âmes sensibles devront par contre s'abstenir car ce Toro encorne sans crier gare. Un rouge puissant, d'une sève fruitée consistante, très fraîche, appuyée sur un élevage boisé qui accompagne sans nuire. Très bon. 2.
La primeur en blanc
Dopff & Irion, « Les Sorcières » 2006, Gewurztraminer (27,30 $ - 979658)
Magnifique vignoble que celui-ci, livrant en 2006 un vin couleur d'or, d'une richesse minérale peu commune derrière un fruité riche, presque surmaturé. Un blanc qui offre tout juste l'acidité voulue, un relief épicé en retrait, une longueur étonnante. Racé. 2.
La primeur en rouge
Graciano 2005, Vina Ijalba, Rioja (20,35 $ - 10360261)
Dégusté à l'aveugle il y a deux semaines avec un viticulteur de Pomerol, chez lui: « La rondeur d'un merlot mûr avec ce moelleux capiteux des vins du sud, à la fois épicé, ample, moderne de facture; vin d'Argentine? » Eh non, à deux pas de chez lui! Pur, juteux, consistant. 2.
Le vin plaisir
Bourgogne 2006, J.C. Boisset (23,95 $ - 11008121)
Expression pure du pinot noir révélé sans boisage ni concentration excessive, retenu comme on retient son souffle, sous le coup de l'émotion, pour mieux replonger ensuite à grande lampée, sur une trame sapide et fraîche, précise et fine de texture. Un pinot pour la joie et pour la soif. 1.
***
Collaborateur du Devoir
Même son de cloche entre un Fronsac et un Canon-Fronsac, ou entre un Pomerol et un Lalande de Pomerol, des appellations qui se jouxtent et qui pourtant cultivent cette petite différence qui fait à la fois le bonheur du véritable amateur de vin, la gloire de la France et la jalousie des pays « émergents », qui aimeraient bien bénéficier de cette découpe historique unique pour faire la promotion de leurs vins.
Mais attention! Il n'est pas interdit de penser qu'un Saint-Georges Saint-Émilion bien disposé soit meilleur qu'un Grand Cru Classé de Saint-Émilion, ou qu'un Lalande de Pomerol bien roulé soit plus convaincant qu'un Pomerol qui ronronne sur ses argiles. J'ai pu m'en rendre compte lors de mon bref séjour sur place lors de la déclaration du ban des vendanges, le 13 septembre dernier. Ma question: n'y aurait-il pas avantage, pour le simple consommateur, vu la complexité de cette mosaïque saint-émilionnaise composée de 10 appellations, à se regrouper derrière une marque forte, comme l'ont fait par exemple dernièrement ces Côtes de Bordeaux (Côtes de Francs, Côtes de Castillon, etc.)? Ajoutez à cela le fait qu'ici le merlot est roi (plus de 70 % de l'encépagement) et vous avez là matière à une communication si sexy que même des bourgeons gustatifs « grand public » auront la chair de poule à l'entendre!
Bref, beau coin de pays, riche de femmes et d'hommes qui cultivent cette différence en y traçant une signature bien personnalisée. Je vous parlais la semaine dernière de Jean-Claude Berrouet, à Pétrus, et de son fils Olivier qui prend doucement le relais; voici d'autres vignerons rencontrés qui s'amusent sérieusement en travaillant leurs parcelles de vignoble.
Saint-Émilion
Joseph Janoueix. Vous connaissez l'entreprise familiale à taille humaine avec papy Janoueix aux commandes (et son impressionnant trousseau de clés!), secondé de ses fils Jean-Pierre et Jean-Philippe, sans oublier Françoise, qui veille au grain. Châteaux Haut-Sarpe, le Castellot, La Confession ne sont que quelques-unes des propriétés gérées avec soin, en relation intime avec le terroir. À déboucher, du côté de Castillon, ce Château la Gasparde 2002 (17,90 $ - 527572), au fruité fondu, à point, ***, 1, ou ce St-Émilion G. C. Le Castellot 2005 (40,25 $ - 11071955), étoffé, fourni, texturé, long en bouche, ***1/2, 2, ©.
Château Grand Corbin d'Espagne. C'est François Despagne qui me reçoit sur ce vignoble familial (1812) de 26 hectares, qui jouxte Pétrus tout près. L'homme est honnête, juste, intense et passionné. Son vin a de l'étoffe, une classe et une sapidité qui le rendent palpable et digeste. Une référence. Il reste encore du 2000 (69 $ - 11158241), un vin majestueux qui ouvre sur des promesses fruitées, minérales et épicées insoupçonnées... ****, 2, ©.
Château Destieux. Christian Dauriac n'a pas besoin de ses trois propriétés (Montlisse, Destieux à St-Émilion et La Clémence à Pomerol) pour vivre, mais ses propriétés font vivre l'humain de l'intérieur. Il prend le temps aussi de commercialiser souvent son Destieux après 10 ans de cave chez lui, tel ce 1998 (69 $ - 850685) à pleine maturité, aux tanins nobles, civilisés, ***1/2, 1. Le 2005 (71 $ - 10697315), tout juste arrivé, est superbe, ****, 3, ©. Quant à la (micro)cuvée La Clémence, en appellation Pomerol, orchestrée par Michel Roland, c'est la sensualité à l'état pur!
-Château de Pressac. Le château et le vignoble sont ici un petit monument d'histoire et Jean-François Quenin et Dominique, son épouse, des hôtes amoureux de leur nouvelle appartenance terrienne depuis 1997. Le vin? Le secret le mieux gardé du coin! Jean-François s'est roulé les manches et offre un vin de textures, riche et profond, farouchement fruité, authentique. Un cru qui ne cesse de progresser. À suivre!
Puisseguin Saint-Émilion
-Château Guibot la Fourvieille. L'aventure démarre au Mexique avec l'arrière-grand père d'Henri Bourlon et se termine du côté de Puisseguin Saint-Émilion, sur 34 hectares de vignoble. Se termine? Pas tout à fait, car la fille d'Henri et son gendre poursuivent la confection maison d'un cru qui fait une large place au merlot pour un vin bien élevé, structuré et vineux en raison de ses origines argilo-calcaires. Pour la petite histoire, Henri Bourlon, qui est aussi maire de Puisseguin depuis 40 ans, s'est également occupé du Château les Laurets dont la qualité ne cesse de progresser depuis.
Montagne Saint-Émilion
-Château Montaiguillon. Chantal Amart pilote ici le domaine de 28 hectares d'une main sûre, pour un vin qui ne se révèle pas au premier coup de nez en raison d'une forte proportion de cabernets, mais qui évolue à merveille comme ce 1998 arrivé à son apogée. S'il reste quelques beaux magnums du splendide 2005 (50,75 $ - 10214977 - ***1/2, 2, ©), intéressez votre prochaine entrecôte avec le 2006 (23,30 $ - 864249), plus classique, à la fois frais et de belle densité, ***, 2, ©.
Le ban des vendanges à l'Orpailleur
Le vignoble de l'Orpailleur sonnera ce week-end le ban des 25es vendanges de son histoire. L'occasion est belle d'y voir la récolte 2009 et d'y boire celle de 2008, seul ou en famille. Surtout que le millésime s'annonce top! www.orpailleur.ca. Sortie 68 de l'autoroute 10. 1086, rue Bruce (route 202), à Dunham.
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Les vins de la semaine
La belle affaire
Moulin Saint Jean 2008,
Corbières (10,45 $ - 346148)
Plein les yeux, le nez, la bouche. Plein de bonnes choses pour un corbières qui, à ce prix, est une véritable affaire. La robe pleine et d'une ébouriffante jeunesse laisse place à un registre fruité et poivré parfaitement circonscrit, suivi d'une bouche charpentée, bien fraîche. 1.
Le taureau
Juan Rojo 2004, Toro, Espagne (27,15 $ - 11034628)
L'idée de savourer de vieux tempranillos vous intéresse? Les âmes sensibles devront par contre s'abstenir car ce Toro encorne sans crier gare. Un rouge puissant, d'une sève fruitée consistante, très fraîche, appuyée sur un élevage boisé qui accompagne sans nuire. Très bon. 2.
La primeur en blanc
Dopff & Irion, « Les Sorcières » 2006, Gewurztraminer (27,30 $ - 979658)
Magnifique vignoble que celui-ci, livrant en 2006 un vin couleur d'or, d'une richesse minérale peu commune derrière un fruité riche, presque surmaturé. Un blanc qui offre tout juste l'acidité voulue, un relief épicé en retrait, une longueur étonnante. Racé. 2.
La primeur en rouge
Graciano 2005, Vina Ijalba, Rioja (20,35 $ - 10360261)
Dégusté à l'aveugle il y a deux semaines avec un viticulteur de Pomerol, chez lui: « La rondeur d'un merlot mûr avec ce moelleux capiteux des vins du sud, à la fois épicé, ample, moderne de facture; vin d'Argentine? » Eh non, à deux pas de chez lui! Pur, juteux, consistant. 2.
Le vin plaisir
Bourgogne 2006, J.C. Boisset (23,95 $ - 11008121)
Expression pure du pinot noir révélé sans boisage ni concentration excessive, retenu comme on retient son souffle, sous le coup de l'émotion, pour mieux replonger ensuite à grande lampée, sur une trame sapide et fraîche, précise et fine de texture. Un pinot pour la joie et pour la soif. 1.
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